Jean Poyer

Jean Poyer
Naissance
Vers
Décès
Vers
Période d'activité
Activités
Enlumineur, peintre
Lieu de travail
Influencé par
Œuvres principales

Jean Poyer (ou Poyet) est un peintre et enlumineur français qui vécut à Tours et fut actif de 1483 ou peut-être 1465 jusqu'à sa mort, avant 1504.

Les enlumineurs tourangeaux ont fusionné les innovations picturales et décoratives venues d'Italie ou des Pays-Bas, pour créer un style qui a reçu le nom d'École de la Loire[1].

Éléments biographiques

Très peu d'informations sont connues de Jean Poyer, que l'on retrouve aussi parfois écrit Poyet ou Pohier selon les sources. Il semble qu'il soit de la même famille qu'un autre artiste tourangeau, Mathelin Poyet signalé dans les archives en 1453 pour une peinture héraldique sur une église à Tours. Selon Mara Hoffmann, il s'agirait du père de Jean Poyer qui serait aussi son formateur[2]. Un autre Jean Poyer est signalé en 1465 pour avoir contribué à pavoiser les portes de la ville. Pour François Avril, il s'agit d'une personne différente, mais pour Pierre-Gilles Girault et Mara Hoffmann, il s'agit du même Jean Poyer[3]. Signalé alors comme peintre indépendant à cette date, cela pourrait indiquer que sa date de naissance serait autour de 1445[2].

Jean Poyer apparait en tout cas en 1483 comme participant à la peinture d'armoiries pour les funérailles de Charlotte de Savoie, femme de Louis XI. Il peint alors 1031 écussons. Il bénéficie à cette occasion d'une dotation de trois aunes de drap noir pour se faire un costume de deuil, ce qui indique qu'il fait déjà partie des notables de la ville. Le 23 décembre 1491, il est signalé dans les dépenses de la ville de Tours pour des travaux réalisés à l'occasion de l'entrée solennelle d'Anne de Bretagne dans la ville. Il y joue un rôle majeur dans l'organisation des scènes de mystères qui lui sont présentées. En 1497, il est payé 153 livres pour la réalisation de 23 « histoires riches » (de grandes miniatures), 171 vignettes et 1500 versets ou bouts-de-ligne, dans un petit livre d'heures destinée à la reine Anne et calligraphié par Jean Riveron. Poyer y est qualifié d'« enlumineur et historieur demourant à Tours ». Les historiens de l'art ont longtemps pensé que le livre d'heures ainsi décrit correspondait aux Grandes Heures d'Anne de Bretagne, jusqu'à ce que ces dernières soient réattribuées à Jean Bourdichon. Contrairement à ce dernier, Poyer n'a semble-t-il jamais eu de carrière officielle à la cour. En 1498, il participe encore à la préparation d'une entrée royale dans la ville de Tours finalement annulée en raison d'une épidémie de peste[4],[5].

Plusieurs témoignages posthumes nous indiquent qu'il a acquis une certaine célébrité au cours de sa carrière. Jean Pèlerin, dit Viator, le cite en 1521 parmi d'autres peintres célèbres tels que Jean Fouquet. Jean Lemaire de Belges le cite dans un poème allégorique daté du début de l'année 1504 et consacré aux peintres disparus, à égalité avec Hugo van der Goes et Rogier van der Weyden. On peut en déduire que Jean Poyer est déjà décédé à cette date. Au milieu du XVIe siècle, un juriste tourangeau, Jean Brêche, le cite encore en le comparant à Jean Fouquet pour sa maîtrise de la peinture et de la perspective[4],[6].

Œuvres attribuées

Aucun document ne permet d'attribuer une quelconque œuvre à Jean Poyer. Cependant, le fait qu'il soit proche de Bourdichon et qu'il ait été influencé par Jean Fouquet, tout en ayant travaillé pour les rois et reines de France et notamment Anne de Bretagne, permet de lui rattacher un groupe d'œuvres réunies par François Avril. L'historien de l'art américain John Plummer est le premier à lui avoir attribué ce groupe d'œuvres de manière catégorique.

Panneaux

retable de la crucifixion (église Saint-Antoine de Loches)
  • Retable de la crucifixion, peinture sur bois, 143 × 262 cm, 1485, commandé par frère Jean Béraud, provenant de la Chartreuse du Liget[7], conservé auparavant au château de Loches, il est visible depuis 2012 dans la galerie antonine de l'église Saint-Antoine de Loches
  • Un triptyque représentant trois scènes de la vie de Marie Madeleine commandé par Jean IV de Chalon-Arlay, peut-être achevé par un suiveur, vers 1500-1502 à Tours, ou 1515 à Paris, conservé en l'église Notre-Dame-de-l'Assomption de Censeau (Jura)[8],[9] :
    • La Prédication du Christ, huile sur bois transposée sur toile, 120 × 92 cm.
    • Le Repas chez Simon le Pharisien, huile sur bois 122 × 207 cm
    • Noli me tangere ou l'apparition du Christ ressuscité à Marie Madeleine, 1500-1502 ou 1515, huile sur bois transposée sur toile, 120 × 92 cm

Manuscrits enluminés

L’Adoration des mages, extrait du Livre d’heures d’Henri VIII, Pierpont Morgan Library, New York

Feuillets isolés

  • Deux miniatures détachées d'un livre d'heures non identifié, musée du Louvre (Ange et la Vierge de l'Annonciation), RF55258-55259[23]
  • Feuillet des Heures Branicki contenant la dormition et couronnement de la Vierge, École nationale supérieure des beaux-arts, Ms.731[24]
  • Deux miniatures d'un calendrier, passé en vente chez Anaf, Lyon, le 10 février 2008 (lot 39)
  • Bas de page avec la Vierge et des apôtres, Fitzwilliam Museum, Marlay Cuttings Z10A
  • Fragment d'une miniature avec la Pentecôte, provenant d'un missel, ancienne Coll. Pierre Berès, Paris
  • La Cène, vers 1500, coll. Kingston Lacy, Dorset

Manuscrits attribués à son atelier

Miniatures des heures du musée Czartoryski.

Ces manuscrits datent plutôt du début de la carrière de Poyer[17].

Dessins

  • Caïn et Abel, British Museum, 1874,0613.538[26]
  • Le Sacrifice d'Isaac, British Museum, 1874,0613.539[27]
  • La Dérision d'Élisée, vers 1500, plume et encre noire et brune, lavis de gris, rose, vert bleu et jaune, 21 × 14.5 cm, Institut d'art de Chicago[8]

Voir aussi

Bibliographie

  • Elisabeth Taburet-Delahaye (dir.), Geneviève Bresc-Bautier (dir.) et Thierry Crépin-Leblond (dir.), France 1500 - Entre Moyen Age et Renaissance : Catalogue de l’exposition du Grand Palais à Paris, 6 octobre 2010-10 janvier 2011, Réunion des Musées nationaux, (ISBN 9782711856992).
  • Pierre-Gilles Girault, « Jean Poyet peut-il être l'auteur des heures du Tilliot ? », Revue de l'Art, no 110,‎ , p. 74-78 (lire en ligne)
  • Un triptyque de Jean Poyer, Frédéric Elsig, Revue de l'art, 135, 107-14, avec une annexe de François Avril, 114-16, 2002.
  • (de) Jean Poyer : Gesamtwerk und Rezeption, Mara Hoffmann, thèse de doctorat, Freien Universität, Berlin.
  • Mara Hoffmann, Jean Poyer : Des Gesamtwerk, Turnhout, Brepols, (ISBN 9782503521930).
  • François Avril et Nicole Reynaud, Les manuscrits à peintures en France, 1440-1520, BNF/Flammarion, , 439 p. (ISBN 978-2080121769), p. 306-308
  • François Avril, Nicole Reynaud et Dominique Cordellier (dir.), Les Enluminures du Louvre, Moyen Âge et Renaissance, Hazan - Louvre éditions, , 384 p. (ISBN 978-2-75410-569-9), p. 184 (notice de Mara Hoffmann)
  • Béatrice de Chancel-Bardelot, Pascale Charron, Pierre-Gilles Girault et Jean-Marie Guillouët (dir.), Tours 1500. Capitale des Arts, Musée des Beaux-Arts, Tours / Somogy éditions d'Art, , 344 p. (ISBN 9782757205150), p. 243-246 (notice de Mara Hoffmann)

Articles connexes

Liens externes

Notes et références

  1. Avril et Reynaud 1993, p. 287
  2. a et b Chancel-Bardelot et al. 2012
  3. Girault 1995, p. 75
  4. a et b Avril et Reynaud 1993, p. 306
  5. Girault 1995, p. 74-75
  6. Girault 1995, p. 76
  7. Notice no PM37000263, base Palissy, ministère français de la Culture
  8. a b c d et e Taburet-Delahaye, Bresc-Bautier et Crépin-Leblond 2010.
  9. Bertrand Dumas, « La Restauration du sacré: Le triptyque de Jean Poyet (église de Censeau, Jura) », in L'Art Absolument, hiver 2006/07, no 19, p. 58. ([lire en ligne])
  10. Psalterium abbreviatum disponible sur Gallica
  11. Livre d’heures Henri VIII : reproduction des enluminures avec commentaires en anglais, sur le site de la Pierpont Morgan Library, New York.
  12. (en) The Hours of Henri VIII: a renaissance masterpiece by Jean Poyet, Roger S. Wieck, William M. Voekle, K. Michelle Hearne, éd. Georges Braziller, New York, en association avec la Pierpont Morgan Library, 2000.
  13. Livre de prières d’Anne de Bretagne : fac similé des enluminures, avec commentaires en anglais, sur le site de la Pierpont Morgan Library, New York.
  14. (en) The prayer book of Anne de Bretagne, Roger S. Wieck, K. Michelle Hearne, New York, éd. Faksimile Verlag Luzern, 1999, traduit de l'allemand.
  15. Avril et Reynaud 1993, p. 311
  16. (en) Notice de la Morgan
  17. a b et c Avril et Reynaud 1993, p. 308
  18. (en) Notice et reproduction des miniatures sur le site du musée Teyler
  19. a et b Avril et Reynaud 1993, p. 313
  20. Avril et Reynaud 1993, p. 314
  21. Notice de la BL
  22. Notice de la vente sur le site de la maison Gros-Delettrez
  23. Notice du département des arts graphiques
  24. Notice de l'ENSBA
  25. Notice de la base e-codices
  26. (en) Notice du dessin sur le site du BM
  27. (en) Notice du BM