Jean Jules Jusserand

Jean Jules Jusserand
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Jean Jules Jusserand en 1922

Nom de naissance Jean Adrien Antoine Jules Jusserand
Naissance
Lyon
Décès (à 77 ans)
Paris
Nationalité française
Profession
Conjoint
Elisa Richards

Ambassadeur de Drapeau de la France France

Washington, Drapeau des États-Unis États-Unis

Prédécesseur Jules Cambon[1]
Successeur Émile Daeschner[1]

Jean Jules Jusserand, né à Lyon le et mort à Paris le , est un diplomate[2] et historien français.

Naissance et formation

Jean Adrien Antoine Jules Jusserand, fils de Jean Jusserand et Marie Adrienne Tissot est né le 18 février 1855[3]. Il était l'aîné d'une fratrie de deux sœurs et un frère.

Descendant d’une vieille famille lyonnaise, le père de Jean Jules Jusserand était avocat. Il perdit sa première femme ainsi que le seul fils qu'il eut d'elle. Après quelque temps il se maria de nouveau avec une femme 27 ans plus jeune que lui. De ce second mariage naquirent deux fils et deux filles, Jean-Jules, Étienne, Jeanne et Francica et ce en l'espace de quatre ans. Il fut baptisé le 26 février à l’église Saint François de Salesson ; son parrain fut Jean Louis Rombeau et sa marraine, Antoinette Laurençon. Son père était propriétaire, à cette époque, du 7 rue des Marronniers, près de la place Bellecour, à Lyon, France.

Il commença ses études secondaires en 1865, aux Chartreux, un établissement prestigieux de Lyon. Il les termina en juin 1872 avec un bon bilan scolaire. Grâce à ses excellentes notes, il obtint différents prix avec un palmarès assez riche. Au total il fut applaudi et nommé 10 fois, un record à l'époque, et encore de nos jours. Lors de son baccalauréat, il confirme les mêmes appréciations mais avec un palmarès toutefois moins riche. Il ne fut nommé que deux fois pour deux second accessits (philosophie et littérature)[4].

De 1872 jusqu’en 1876, il a fréquenté la faculté de lettres de Lyon pour perfectionner ses fortes connaissances en langues latines et anglaises. De plus, il a obtenu un doctorat de Lettres (diplôme peu commun à cette époque). Dans ce cadre il a soutenu deux thèses, une en français et une en latin. Sa thèse principale écrite, d’un style alerte et clair, a été validée par le recteur Dareste de la Chavanne, qui lui a permis de l'imprimer le 12 janvier 1877. Elle fut communiquée aux facultés extérieures et lui valut les flatteuses appréciations de l’illustre Hippolyte Taine, historien et critique littéraire. Sa deuxième thèse fut aussi soutenue devant la Faculté de Lettres de Lyon[4].

À la fin de ses études, il décide de se consacrer à une carrière diplomatique qui sera particulièrement brillante.

Carrière

Sa carrière diplomatique commence en 1878 lorsqu’il se présente au concours national des Affaires Étrangères où il est reçu à l’âge de 23 ans. Il débute comme élève-consul, puis devient rapidement aide-consul à Londres, sous la direction de M. Langlet, qui le félicitera pour son travail remarquable.

En 1880, il devient sous-chef du cabinet de Barthélemy-Saint-Hilaire, ministre des affaires étrangères. Ses ouvrages lui permettent de décrocher le poste d’adjoint de Paul Cambon, Ministre de France en Tunisie, en 1882. Il sera responsable de l’organisation administrative du protectorat. Cette nomination témoigne de ses compétences. Il contribuera à la bonne humanisation du protectorat. Il revient au Quai d’Orsay en 1887, dans un moment très délicat, où il travaillera dans le secteur politique.

En 1898 il exerce un rôle d’émissaire auprès du Saint-Siège, puis auprès du Ministre de France à Copenhague.

Ambassadeur à Washington

Avant la guerre

En 1902, sous la présidence de Loubet, Jean Jules Jusserand est nommé ambassadeur français à Washington. Il succède ainsi à Jules Cambon qui, à Madrid, remplace son frère Paul Cambon nommé à Londres. Jusserand rejoint son poste le 7 février 1903[4].

Il gagna très rapidement l’amitié de Roosevelt et la sympathie de ses successeurs. Ainsi, pendant vingt-deux ans, Jusserand devient le porte-parole de la politique française auprès de cinq présidents des États-Unis (Roosevelt, Taft, Wilson, Harding et Coolidge)[5],[3].

En juin 1905, lors de la crise du Maroc entre la France et l’Allemagne pour la domination du Maroc, qui faillit conduire à la guerre, Jusserand utilisa son influence sur Roosevelt pour jouer un rôle efficace dans les négociations de la conférence d'Algésiras. L’appui accordé par les États-Unis et la Grande-Bretagne à la France ouvrit aux Français les portes de l’empire chérifien (aujourd’hui Royaume du Maroc). Cette négociation fût efficace, et plusieurs personnalités, américaines comme françaises, jugèrent que l’ambassadeur français avait “sauvé la paix”.

Pendant les dix premières années de son poste à Washington, Jules Jusserand a énormément voyagé. Par exemple il va à New York pour dévoiler la statue du scientifique lyonnais André-Marie Ampère, ou alors à Annapolis dans le Maryland, pour dévoiler la statue du soldat et marin français inconnu.

Pendant la guerre

Jean Jules Jusserand joua un rôle important dans l’entrée en guerre des États-Unis puisque dès 1914, il milita pour leur entrée en guerre auprès de la France. Ce fut une période difficile pour Jusserand car l’opinion publique américaine était très divisée. Il fallut aux Américains plus de trois ans avant d'entrer en guerre, une décision qu'ils prirent suite à la guerre sous marine à outrance lancée par l’Allemagne.

Le 12 mars 1917, la Chambre des Représentants autorise à faire armer les navires de commerce. À la suite de l'attaque de deux bateaux américains par des U-Boats allemands, le président américain constate le 20 mars que l'État de guerre existe avec l'Allemagne et que les États-Unis ne pourront limiter leurs dispositions défensives au seul domaine naval. Le 2 avril, il annonce au Congrès qu’il souhaite l'entrée en guerre des États-Unis aux côtés de l’Entente qui se traduit par l'envoi de troupes pour combattre sur le sol français, prenant ainsi une part directe au conflit[3]. Le Sénat américain approuve cette résolution par 182 voix contre 6. Le 6 avril 1917, les États-Unis sont officiellement en guerre. Le 28 juin 1917, la première division américaine débarque sur le sol français, à Saint-Nazaire. Jean Jules Jusserand déclare à cette occasion que “Pour la première fois, une nation neutre s’est décidée à entrer dans le conflit sans marchandage préalable, sans avoir posé de condition.”

Le 10 mai 1917, le président du conseil français Clemenceau lui envoie un câble (télégramme) pour le féliciter de son action, disant “Tout ce que vous avez dit est excellent”. Le 5 septembre 1917 les États-Unis d'Amériques participent à une première offensive contre l’Allemagne. Le 11 novembre, alors que les Américains sont en train de remporter une victoire, l'armistice est déclaré et la Première Guerre Mondiale atteint sa fin.

Après la guerre

Après la Première Guerre mondiale, Jean Jules Jusserand continua de se battre pour conserver la paix obtenue avec tant d’efforts et de sacrifices.

Le 18 janvier 1919 commence à Paris la Conférence de la Paix. Dans le cadre des négociations, le président Wilson se fait accompagner en France par Jean Jules Jusserand, en qui il a confiance. Wilson a été le premier président américain en exercice à venir en Europe. Cette conférence aboutit à la signature du traité de Versailles le 28 juin. Avec celui-ci, les conditions de sortie de la guerre sont dictées et la paix définitive semble établie.

Personne ne pensait alors que cette période de paix ne durerait que 22 années avant l'avènement d’un autre conflit mondial. Jusserand n’aura pas d’influence sur cette deuxième guerre mondiale, il s'éteindra en 1932.

Lorsque l’armée polonaise envahit l’Ukraine, une contre-offensive russe atteint Varsovie, dans laquelle un mouvement révolutionnaire fait surface. Jean Jules Jusserand est envoyé à la tête d’une mission diplomatique et militaire par la France pour secourir les polonais.

Il reste ambassadeur de la France à Washington pendant cinq ans de plus sous les Présidents Warren G. Harding et Calvin Coolidge. Pendant ces années, il publie une dizaine d’ouvrages en français et en anglais, sur des sujets variés. Plus tard, il prend des congés en France, où il fait un séjour avec son épouse à Saint-Haon-le-Châtel - leur propriété - dans le Forez.

En 1923, Jean Jules Jusserand préside et délivre un discours lors de la cérémonie d’inauguration du monument aux morts des États-Unis.

À soixante-dix ans, il prend sa retraite. C’est Émile Daeschner qui le succède en 1924, puis Henry Bérenger prend sa place le 1 janvier 1925[3].

Le 10 janvier 1925, un banquet d’adieu lui est offert par le gouvernement américain pour montrer son estime et sa gratitude. Cette cérémonie réunit les plus hautes personnalités politiques, scientifiques et culturelles des États-Unis. Une médaille d’or lui est aussi offerte.

En 1930, Jean Jules Jusserand publie un dernier ouvrage, L’évolution du sentiment américain pendant la guerre.

C’est en 1932 que Jean Jules Jusserand meurt à Paris à l’âge de soixante-dix sept ans[3]. Ses funérailles nationales se font à Notre-Dame, et son corps est déposé dans le caveau de famille à Saint-Haon-le-Châtel.

Un des fondateurs de l'Alliance française

Jean Jules Jusserand a participé à la fondation de l'Alliance française. Cette alliance fut créée le 21 juillet 1883 à l'initiative de Paul Cambon, lui même ambassadeur. Son comité se compose de Philippe Berthelot, Jean-Jules Jusserand, Ferdinand de Lesseps, Louis Pasteur, Ernest Renan, Jules Verne, Félix Charmetant et Armand Colin. Son nom est inspiré de l’Alliance israélite universelle. Son objectif est de défendre et de promouvoir la culture et la langue française, notamment après la défaite de 1870-1871 contre l'Allemagne.

Cette association n’est soumise à aucune influence politique ou encore religieuse. Elle compte en effet parmi ses fondateurs des personnalités de toutes religions.

La Fondation de l'Alliance française est « la référence morale et juridique » des Alliances françaises. C’est elle qui reconnaît les nouvelles Alliances françaises en approuvant leur statut. Elle accompagne les Alliances dans la formation du personnel et les conseille dans l’extension de leurs activités ou encore lorsqu’elles traversent des difficultés.

L'Alliance française possède des établissements partout dans le monde et c'est aujourd'hui la plus grande Organisation Non Gouvernementale (ONG) culturelle du monde avec près de 1000 établissements dans plus de 136 pays différents.

À Lyon l'Alliance française a été mise en place en 1984 et a obtenu de nombreux labels depuis sa création. Elle est aujourd'hui la 1re école de langues de Lyon ainsi que la 3e Alliance française en France. Elle compte une équipe multiculturelle de 40 personnes. Elle accueille 2 500 élèves par an avec 130 nationalités différentes et ce dans 2,500 m² de locaux modernes avec 17 salles de classes spacieuses et climatisées dédiées à l'apprentissage des langues.

Elle perpétue encore aujourd’hui l’esprit des fondateurs dont Jean-Jules Jusserand.

Jean Jules Jusserand et Saint Haon-le -Châtel

Parmi les lieux qui ont marqué la vie de Jules Jusserand, le Forez ou plus précisément la bourgade de Saint Haon-le Châtel tient une place toute particulière. En effet, c'est ici que le futur ambassadeur de France aux États-Unis passait ses vacances dans sa maison secondaire. Il avait ses habitudes dans ce village médiéval dans lequel il aimait tant passer du temps.

Il effectuait le trajet vers Saint-Haon depuis Lyon par le train. Il partait pour cela de la Gare Saint Paul. Cette gare, qui date de 1876, se situe à l'Ouest du centre de Lyon, au pied des pentes de la colline de Fourvière, au niveau de la place des Terreaux. On peut admirer sa  façade sur la photographie ci-dessous. C’est ainsi que via la ville de Roanne il gagnait son cher village. Il reste encore des traces à Saint Haon du passage de ce grand homme. En effet une rue ainsi qu'une des tours du château de cette bourgade médiévale porte son nom. Il y possédait sa résidence préférée.

Ouvrages et publications

En français

  • Le Théâtre en Angleterre depuis la conquête jusqu'aux prédécesseurs immédiats de Maarten Bax (1878)
  • Le Théâtre en Angleterre, depuis la conquête jusqu'aux prédécesseurs immédiats de Shakespeare (1878)
  • Les Anglais au Moyen Âge: la vie nomade et les routes d'Angleterre au XIVe siècle (1884
  • Le Roman au temps de Shakespeare (1887)
  • Histoire littéraire du peuple anglais (vol. 1, 1893; vol. 2, 1904; vol. 3, 1909).
  • L'Épopée de Langland (1893).
  • Les Anglais au Moyen Âge. L'Épopée mystique de William Langland (1893)
  • Le Roman d'un roi d'Écosse, (1895)
  • Histoire abrégée de la littérature anglaise (1896)
  • Shakespeare en France sous l'ancien régime (1898)
  • Les Sports et jeux d'exercice dans l'ancienne France (1901)
  • Ronsard (1913)
  • Recueil des instructions données aux ambassadeurs et ministres de France depuis les traités de Westphalie jusqu'à la Révolution française. XXIV-XXV, Angleterre, publié sous les auspices de la commission des archives diplomatiques au ministère des affaires étrangères, avec une introduction et des notes par J. J. Jusserand (1929)

En Anglais

  • With Americans of Past and Present Days (1916)[6], pour lequel il a remporté un prix Pulitzer.
  • What Me Befell : The Reminiscences of J. J. Jusserand, 1933.
  • A French Ambassador at the Court of Charles II, 1892.
  • English essays from a French pen (1895)
  • A Literary history of the English people from the origins to the Civil war (1907)
  • Piers Plowman, the work of one or of five (1909)
  • The School for ambassadors and other essays (1925)
  • The evolution of the American sentiment during the war (1930)

Collaborations

  • « La Tunisie », texte inséré dans La France coloniale, histoire, géographie, commerce, ouvrage publié sous la direction de M. Alfred Rambaud. Paris : A. Colin, 1888
  • « Les Grands Écrivains français. Études sur la vie, les œuvres et l’influence des principaux auteurs de notre littérature », texte inséré avec pagination à part dans Jules Simon, Victor Cousin, Paris: Hachette, 1887.

Correspondances

  • Jean-Jules Jusserand, [Lettre à Anatole France], 9 mars 1888 ou 1889, Correspondance d’Anatole France, Bibliothèque Nationale.
  • Jean-Jules Jusserand, [Lettres à Ferdinand Brunetière], 11 et 23 mars, 23 septembre, Correspondance de Ferdinand Brunetière, Bibliothèque Nationale.
  • Jean-Jules Jusserand, [Lettre à Gaston Paris], 11 septembre 1900, Correspondance de Gaston Paris, Bibliothèque Nationale.
  • Jean-Jules Jusserand, [Lettre à Joseph Reinach], 23 novembre 1898, Correspondance de Joseph Reinach, Bibliothèque Nationale.
  • Jean-Jules Jusserand, [Lettre à Arvède Barine], 12 février 1889, Correspondance d’Arvède Barine, Bibliothèque Nationale.

Postériorité et commémoration

Jean Jules Jusserand reçoit le premier prix Pulitzer d'histoire en 1917 pour la publication de son recueil d’études historiques « With Americans of Past and Present Days ». Il reçoit également  la Grande Croix de la Légion d’Honneur française et crée la Société Américaine de la Légion d’Honneur.

Aujourd’hui encore différents monuments en France et aux États-Unis commémorent le rôle diplomatique de Jean Jules Jusserand.

À sa mort, le président Roosevelt a souhaité garder la mémoire de Jusserand en disant qu’il a représenté « Les normes les plus strictes d'éthique diplomatique ». En 1935, un banc construit en granit et en marbre a été érigé pour commémorer les liens d'amitié qui unissaient Jean Jules Jusserand au Président Théodore Roosevelt. Ce banc marque l'endroit où les deux hommes s’asseyaient lors de leurs promenades au Rock Creek Park à Washington[7].

La tour Jusserand à Saint-Haon-le-Châtel constitue un monument érigé à sa mémoire puisqu'il s'y était retiré. Elle est l’œuvre de Joanny Durand et fut inaugurée en septembre 1935[3].

Une rue portant son nom a été ouverte à Lyon aux alentours de 1990. Elle se situe dans le 3e arrondissement près de l'avenue Félix Faure.

Notes et références

Notes

Références

  1. a et b [1]
  2. « St-Romain-la-Motte « Ils ont vécu en Côte Roannaise » et dans les Monts de la Madeleine. », Le Progrès,‎ , p. 23
  3. a, b, c, d, e et f Kevin Triet, « Jusserand, artisan de l’entrée en guerre des Etats-Unis. », Le Progrès,‎ , p. 18
  4. a, b et c H. Cogoluenhe, « Un lyonnais injustement oublié : Jules Jusserand », La Revue Rive Gauche,‎ , p. 3
  5. « L'un des Lyonnais les plus célèbres aux Etats-Unis (en dehors de Paul Bocuse) n'est autre que Jean-Jules Jusserand, qui fut ambassadeur à Washington de 1902 à 1925. », Le Progrès,‎ , p. 1
  6. (en) Jean Jules Jusserand, With Americans of Past and Present Days, New York, Charles Scribner's Sons, (lire en ligne)
  7. (en) « Jean Jules Jusserand Memorial », sur atlasobscura.com (consulté le 7 mars 2017)

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes