Jean Feutren

Jean Feutren
Biographie
Naissance
Gouézec (Finistère, France)
Ordination sacerdotale
Décès (à 77 ans)
Morlaix(Finistère, France)
recteur de Pleyber-Christ
recteur de Roscoff
Autres fonctions
Fonction religieuse
enseignant.
Fonction laïque
historien, photographe, éditeur.

L'abbé Jean Feutren (Gouézec, 15 novembre 1912 - Morlaix, 1er mai 1990), connu à ses débuts à Roscoff sous le nom de Jean Feuntren, est un historien de la vie locale, de l'onomastique[1] et de l'art du Léon. Professeur de sciences catholique qui devint sur le tard recteur de Roscoff puis de Pleyber Christ, il a rendu accessible aux chercheurs et au public deux importants documents de la fin du Moyen Âge et du début de la Renaissance, le Rentier de Saint-Dominique et le dictionnaire breton-français Catholicon[2], dont il a édité la première version critique.

Biographie

Jeunesse et formation

Le Kreisker, chapelle du Collège de Léon où Jean Feutren passe son baccalauréat de mathématiques en 1931[3] puis enseigne la physique-chimie.

Arrière-petit-fils d'un trégorois devenu éclusier de Saint Algon[4] et, du côté maternel, petit-fils d'un tailleur d'ardoise de Pont-Coblant[4] sur l'Aulne en amont de Châteaulin, Jean Feutren est élevé par sa grand-mère[5] paternelle, veuve[4], en pays Bidard. Pensionnaire prometteur de l'école de Pleyben[6], bourg le plus proche, il est envoyé au Collège de Léon à douze ans, en 1924[7]. Il découvre l'ex capitale religieuse et la mer de Roscoff où il se sent comme un « morzig Kernew er vro avel »[8], la grive migrant de sa Cornouaille méridionale au pays du vent, et où il connait, comme tous les séminaristes, la faim[7] et attrape, comme beaucoup, la tuberculose endémique. Né dans un milieu bretonnant non francophone[9] où la promotion sociale passe par des études françaises, Jean Feutren reçoit une éducation en français, en latin et en grec.

Renonçant à son projet de devenir dominicain[5], il est ordonné prêtre le 1er juillet 1942.

Enseignant

Le collège des Ursulines à Morlaix où l'abbé Feutren apprit la pastorale.

Déjà féru de chant grégorien[5], c'est durant ce sextennat où il atteint la cinquantaine, qu'il se passionne pour l’art égyptien, le roman, la musique classique et l’art photographique. Il photographie les monuments du patrimoine religieux du Léon, églises, calvaires, ossuaires, enclos, fontaines, ce qui le confronte à des énigmes toponymiques et historiques. La collection ainsi constituée sert de base documentaire aux historiens contemporains[12].

Recteur de Roscoff

N.D. de Croaz Vaz, siège de la paroisse de l'abbé Feutren. Le petit bâtiment devant l'église, une chapelle funéraire, abritait ses expositions.

L’abbé Feutren est nommé recteur de Roscoff en août 1962. Les confessions lui sont l'occasion de renouer avec sa langue natale, malgré son accent et ses idiomatismes cornouaillais. D'octobre 1962 au printemps 1977, il continue l'édition du bulletin paroissial, La Voix de Sainte Barbe[13], du nom de la chapelle qui sert d'amer à la pointe de Bloscon. Pour captiver son lectorat, il y publie mensuellement une rubrique d'histoire dans laquelle il rend compte de son dépouillement minutieux des archives conservées à Notre-Dame de Croaz Batz, en particulier celles des conseils de fabrique, des archives municipales (le conseil municipal se tenait dans le presbytère), des archives départementales et des archives épiscopales. C'est dans ces dernières qu'il trouve l'exemplaire du Catholicon breton du 5 novembre 1499 édité par Jehan Calvez.

Son récit factuel et précis mais quelque peu décousu reconstitue avec un goût prononcé pour l'anedocte l'étymologie de toponymes, des expressions bretonnes oubliées, le déroulement des coutumes, certains détails de la vie politique et économique depuis la Renaissance jusqu'au XXe siècle, en particulier l'opération immobilière qui a créé au XVIe siècle le Roscoff qui se voit aujourd'hui, et, avec un parti pris à peine perceptible, les minutes de la résistance passive de la population sous la Révolution.

Pionnier amateur et bénévole conscient des insuffisances de cet état, il accomplit pour une génération future ce travail d'exégèse des sources, original à l'époque, à la recherche des seuls faits historiques intéressant sa paroisse. Ce même travail est désormais accompli à l'université de Bretagne occidentale dans le cadre d'études plus systématiques et élargi à toutes les archives.

Parallèlement, tout en donnant des conférences au centre hélio-marin de Perharidy ou à la clinique Kerléna sur l'histoire et l'art local, il continue son travail de documentation photographique et expose ses ektachromes en noir et blanc dans l'ossuaire de l'enclos de Notre-Dame de Croaz Batz.

En 1972, il sauve des placards de la mairie-presbytère les archives en vélins et papiers de l'hospice Saint Nicolas, actuelle maison de retraite[14].

Le Catholicon

En 1975, la revue Ogam de Christian-Joseph Guyonvarc'h fait publier un fac-similé de l'un des quatre exemplaires du Catholicon breton de 1499, celui de Rennes. Il était quasiment impossible de trouver un des trois cents numéros de la précédente, et imparfaite, édition de 1867. Sollicité alors pour publier un simple fac-similé de l'exemplaire de Quimper, l'abbé Feutren va livrer une édition scientifique, basée sur l'ensemble des sources les plus directes disponibles et leur critique. Il mobilise pour cela toute une équipe autour du projet : le bibliothécaire de la ville de Quimper, Monsieur Rouillard, la bibliothécaire de la ville de Morlaix, Mademoiselle Le Guével, les enseignantes religieuses de Roscoff, Monsieur Gilles Feutren, les ouvrières du livre.

Cette sixième édition d'un ouvrage majeur de l'histoire de la langue bretonne, est enrichie par Jean Feutren de renseignements sur l'œuvre, sur ses éditions successives et sur les différentes sources du Catholicon. Elle est publiée en 1977 avec le prologue en latin de l'exemplaire qui a servi à l'édition de 1867 (cote BNF 7656) et la traduction en français de celui-ci. L'abbé y a ajouté un petit texte personnel, L'éloge de la Bretagne par un Léonard, et un fac-similé de l'exemplaire de Quimper[15].

Le travail critique s'expose en deux glossaires et un apparat:

  • un glossaire français dans lequel sont regroupés les mots français du Catholicon qui ne se trouvent plus dans les dictionnaires contemporains ou qui ont une nouvelle acception;
  • un glossaire breton des termes non traduits;
  • des notes accompagnant les mots du glossaire français par lesquelles est tenté d'apporter une signification aux termes qui présentent une difficulté;
  • des notes pour expliquer les mots bretons.

Recteur de Pleyber Christ

Eglise paroissiale de Pleyber Christ.

Au printemps 1977, l'abbè Feutren transmet sa charge des âmes de Roscoff à l'abbé François Rolland, qui fut lui aussi supérieur du collège Charles de Foucauld à Brest[16], et commence en août une nouvelle pastorale à Pleyber-Christ, à quelques kilomètres dans l'intérieur des terres au sud de Morlaix.

Il continue le même travail d'édition dans le bulletin de sa nouvelle paroisse qui finira par constituer une somme de notes de plus de neuf cent pages dont la méthode principale est la confrontation des données toponymiques et l'étymologie, souvent très hypothétique, aux archives d'une part, d'autre part aux observations directes. Les nombreuses observations qu'il a formulé sur les moindres détails des monuments religieux de la région ont bien souvent été les premiers examens scientifiques de ceux-ci. Rejetant systématiquement en doute les a prioris du XIXe[17], elles sont reprises dans les études universitaires[18] ou savantes[19] plus générales[20].

L'abbé Feutren terminera son office en juin 1987. La commune lui rend hommage par une plaque commémorative renommant la place de l'église Place Jean Feutren.

Retraite et testament

Clocher de la maison de retraite Saint Joseph à Saint Pol.

Âgé de soixante quatorze ans, l'abbé Feutren est accueilli dans la maison de retraite pour ecclésiastiques Saint-Joseph à Saint-Pol-de-Léon. Il meurt à l’hôpital trois ans plus tard le 1er mai 1990 dans la soixante dix huitième année d'une vie consacrée à l'idéal[21] thomiste[22] de l'amor intellectualis[23] conciliant démarche scientifique et foi humaniste tel qu'il le témoignait aux roscovites en les quittant[8]:

« L'amour met sa joie dans la vérité. »

— Corinthiens 1re XIII 6.

.

Collectionneur, il léguait ses photographies, diapositives, photocopies d'actes anciens et manuscrits à l’abbé Yves-Pascal Castel, lequel en publiera quelques-unes en 1992 dans une étude sur les contes de Noël. Tout en les dédiant aux habitants de Roscoff, il affirmait sa volonté que ces documents soient, éventuellement, exploités libres de droits. Les bulletins paroissiaux de Roscoff ont été mis en ligne par l'ancien directeur de la maison de retraite de la ville moyennant cinq heures de travail quotidien pendant six mois[24]. Ceux de Pleyber l'ont été à la suite.

Yves-Pascal Castel lui rendit hommage lors de la séance du 27 mai 1990 de la Société archéologique du Finistère[25].

Jean Feutren est inhumé au cimetière de la maison Saint-Joseph à Saint-Pol-de-Léon.

Œuvre

  • Deux articles sur La Roche-Maurice avec photographie en couleur, Le Télégramme, février 1972.
  • « La dévotion à la Passion de Notre-Seigneur en Armorique », in Pax n° 90, pp. 37-42, Abbayes de Kerbénéat et de Landevennec, Landevennec, avril 1972[26].
  • La voix de Sainte Barbe, n° 169-306, Paroisse de Notre Dame de Croaz Vaz, Roscoff, 1962-1977.
  • Bulletin paroissial, 106 n°, vol. I, Paroisse Saint Pierre, Pleyber Christ, 1977-1987.
    L'étude de Feutren « Le pays de Pleyber » publiée dans le n° 132 (pp.  5-25, novembre 1986) est citée par Galiou à propos de l'archéologie de la baie de Douarnenez (cf. infra "Bibliographie") comme la source la plus récente et la plus développée concernant les tombelles, aujourd'hui arasées, qui ont été trouvées entre Goarem-an-Ilis et Treuscoat et datées « sans doute de l'âge du Fer »[27].
  • Bulletin paroissial, 106 n°, vol. II, Paroisse Saint Pierre, Pleyber Christ, 1977-1987.
  • Bulletin paroissial, 106 n°, vol. III, Paroisse Saint Pierre, Pleyber Christ, 1977-1987.
  • Le Catholicon armoricain de Jehan Lagadec, présenté et transcrit par Jean Feutren, Joseph Floch, Mayenne, 1977 (notice BnF no FRBNF34617214).
  • Paraboles de l'abbé Jean, Association des amis de Saint Melaine, Morlaix, 1990, 78 p.
    259 témoignages sur la pensée et l'action de religieux et de laïcs dans le domaine pastoral[28].
  • Photographies de J. Feutren, in Y.-P. Castel, Noëls du Finistère et d'ailleurs : contes et récits, Société des éditions nouvelles du Finistère, Quimper, 1992 (ISBN 978-2-950665-91-1)
  • La Collection Feutren conservée au Musée départemental breton, à Quimper, comprend une partie de ses clichés sur l'art breton.

Notes

Sources

  1. M. Mulon, L'Onomastique française - Bibliographie des travaux publiés de 1960 à 1985, Paris, Archives nationales, 1987, p. 125.
  2. Le Catholicon en ligne.
  3. L. Kerbiriou, L'Institution Notre-Dame du Creisker (Ancien Collège de Léon), p. 130, L. Le Grand impr., Brest, 1936.
  4. a, b et c J. Feuntren, Bulletin paroissial, n° 106, vol. II, p. 500 (p. 672), Paroisse de Pleyber Christ, 1967-1987.
  5. a, b, c, d et e Y.-P. Castel, Signé Jean Feutren in Église en Finistère n°106, p. 18-19, Diocèse de Quimper et Léon, Quimper, 26 novembre 2009.
  6. a et b J. Feuntren, Bulletin paroissial, n° 106, vol. I, p. 179 (p. 230), Paroisse de Pleyber Christ, 1967-1987.
  7. a et b J. Feuntren, La voix de Sainte Barbe, n° 169, Paroisse de Notre Dame de Croaz Vaz, Roscoff, octobre 1962.
  8. a et b J. Feuntren, La voix de Sainte Barbe, n° 306, Paroisse de Notre Dame de Croaz Vaz, Roscoff, printemps 1977.
  9. J. Feuntren, Bulletin paroissial, n° 106, vol. I, p. 173 (p. 223), Paroisse de Pleyber Christ, 1967-1987.
  10. Historique de l'établissement Charles de Foucault
  11. P. Flatrès, « Le rentier de Saint-Dominique de Morlaix - Étude de géographie historique (fin XVIIe). », in Bulletin de la Société archéologique du Finistère, Société archéologique du Finistère, Quimper, 1957, t. LXXXVII, p. 150-159.
  12. Y.-P. Castel, Les Pietà du Finistère in Revue Minihy-Levenez n° 69, Tréflévénez, juillet-août 2001.
  13. J. Feuntren, La voix de Sainte Barbe, Paroisse de Roscoff, 1962-1977.
  14. J. Feuntren, La voix de Sainte Barbe n° 266, Paroisse de Roscoff, juin 1972.
  15. Ar C'hatolicon
  16. Charles de Foucault, un peu d'histoire.
  17. V.g.
  18. R. Barrié, Étude sur le vitrail en Cornouaile au 16e siècle - Plogonnec et un groupe d'églises de l'ancien diocèse de Quimper - thèse de doctorat soutenue en 1978, Université de Haute-Bretagne, Rennes, 1979.
  19. [Y.-P. Castel, Daniel & G.-M. Thomas, Artistes en Bretagne - Dictionnaire des artistes, artisans et ingénieurs en Cornouaille et en Léon sous l'Ancien Régime, p. 8, Société archéologique du Finistère, 1987.
  20. Roger Barrié, Les orgues en Bretagne, Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France, Rennes, 1988.
  21. Psaumes XVI 9 & 11 « Aussi mon cœur est heureux et ma gloire se réjouit... Tu me fais connaître la voie de la vie, la plénitude des joies de te comtempler. »
  22. Th. d'Aquin, Summa contra gentiles, I 100, « Cujus libet enim intellectualis naturae proprium bonum est beatitudo ».
  23. B. Spinoza, Ethica V 36 scholium «...nostra salus seu beatitudo seu Libertas consistit nempe in constanti et aeterno in Deum Amore...»
  24. Le Télégramme, 1er juin 2009.
  25. Le texte de cette notice nécrologique parut dans le Bulletin de la Société archéologique du Finistère n° 119, Quimper, Société archéologique du Finistère, 1990, p. 390-393 (ISSN 0249-6763) ; à la suite de l’hommage rendu par Tanguy Daniel à la mémoire de Jeanne Laurent, soutien de l'animation de Kerjean.
  26. Catalogue des archives en ligne (entrer Pax).
  27. p. 844-852
  28. Bibliothèque diocésaine.

Bibliographie

Articles connexes