Jean Bichelonne

Jean Bichelonne
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Jean Bichelonne, secrétaire d'État à la production industrielle du gouvernement de Vichy, vers 1940.
Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Denis Jean Léopold Bichelonne[1]
Nationalité
Formation
Activité

Jean Bichelonne, né à Bordeaux le et mort à la clinique SS de Hohenlychen (Brandebourg) le , est un technocrate et homme politique français, ministre du gouvernement de Vichy (1942-1944) et partisan de la collaboration avec l'Allemagne nazie.

Biographie

Un jeune et brillant haut fonctionnaire avant la guerre

Fils d'un médecin militaire bordelais, Henri Célestin Bernard[2] et d'Adriene Czernicki[3], Jean Bichelonne suit ses études au lycée Henri-IV à partir de 1916 et en 1923 entre à l'École polytechnique[1] comme boursier. Il en sort major de sa promotion, avec les meilleurs résultats depuis la création de l'école[1]. Il entre alors à l'École des mines[4].

Il se marie en 1934 avec Raymonde Dondelinger[1], fille de l'administrateur-délégué des aciéries de Senelle-Maubeuge.

Ingénieur du Corps des mines, il est alors affecté au service des mines de Lorraine. Il est ensuite nommé directeur général des aciéries de Senelle-Maubeuge et est professeur de sidérurgie à l'École des mines de Paris entre 1935 et 1937[1].

Adjoint au directeur général des chemins de fer en 1937, il y suscite l'admiration par la rapidité avec laquelle il mène la nationalisation des chemins de fer.

Début 1939, il est directeur du contrôle des chemins de fer au ministère des Travaux publics[1].

Il est alors un brillant haut fonctionnaire qui passait pour « la tête la mieux faite de son époque[5] ».

Il dirige le cabinet du Ministre de l’Armement Raoul Dautry (X 1900) du 13 septembre 1939 au 16 juin 1940 pendant le gouvernement Paul Reynaud.

À ce titre, pendant la Drôle de guerre, il fait transporter en Grande-Bretagne le stock français d'eau lourde afin qu'il ne tombe pas aux mains des Allemands[6].

Membre de la délégation française de la Commission allemande d'armistice fin juin 1940, il est arrêté par les Allemands fin août 1940, pour avoir refusé l'envoi de matériel en Allemagne, puis libéré après quelques jours sur intervention du général Huntziger, chef de la délégation française[7].

Ministre de Vichy

Sous le gouvernement de Vichy, il est représentatif des jeunes et brillants technocrates dirigistes obsédés par la modernisation du pays, parfois accusés de fomenter le complot mythique de la « Synarchie ».

Robert Aron dira de lui : « Un mathématicien exceptionnel égaré dans la politique ».

Il devient un des deux secrétaires généraux au Ministère de la Production industrielle et des communications dans le gouvernement de Pierre Laval en 1940.

En 1942, alors qu'il était Secrétaire général du Commerce et de l'Industrie dans le ministère de la Production Industrielle, il est nommé le 18 avril Secrétaire d'État à la Production Industrielle, avec rang de ministre à partir de novembre. C'est à ce titre qu'il joue un rôle clé dans la collaboration industrielle avec le IIIe Reich, et reste étroitement associé à la mise en œuvre du Service du travail obligatoire (STO) qui en à peine un an envoya de force 640 000[8] jeunes Français travailler en Allemagne dans l'industrie de guerre de l'occupant.

En 1943, il s'entendit ensuite avec son homologue Albert Speer, comme lui technocrate et très efficace aux vastes rêves modernisateurs, pour effectuer en France même la production industrielle destinée au Reich[6] et intégrer ainsi l'économie française dans une vaste aire européenne sous domination nazie. Les accords signés à Berlin le 17 septembre créent une nouvelle catégorie d'entreprises « S » (S Betrieb), dont la main-d'œuvre (au total 13 000 personnes) sera protégée contre tout transfert en Allemagne et qui seront prioritaires pour les livraisons de matières premières. En contrepartie, ces entreprises travaillent pour le Reich à raison de 80 % de leur appareil productif. Il s'agit de grandes entreprises - à la fois plus rentables, mieux équipées et plus stables socialement - et présentant un certain intérêt pour l'occupant. Les entreprises qui seront classées dans cette catégorie seront la totalité des mines, des centrales thermiques, des cimenteries, des usines de production de gaz, une grande partie des sociétés de transport, des usines chimiques, ainsi que les établissements mécaniques et métallurgiques. Pour les Français, ces accords permettent de maintenir en France une grande partie de la main-d'œuvre destinée initialement à partir en Allemagne. Pour les Allemands, ces accords leur permettent de disposer de la main-d'œuvre spécialisée dont ils ont besoin[9].

De lui, Speer a écrit : « Je reçus Bichelonne le 17 septembre 1943 ; rapidement des rapports enrichissants sur le plan personnel s'établirent entre nous. Tous deux, nous étions jeunes, nous croyions avoir l'avenir devant nous et nous nous promettions d'éviter dans le futur les erreurs commises par la génération actuellement au pouvoir en cette période de guerre mondiale. J'aurais été prêt également à annuler plus tard le démembrement de la France que projetait Hitler, et cela d'autant plus qu'à mon sens, le tracé des frontières dans une Europe où la production aurait été harmonisée, n'aurait plus d'importance. Bichelonne et moi, nous nous abandonnâmes ces jours-là à nos vues utopiques — ce qui montre combien nous nous complaisions dans un monde d'illusions et de chimères[10]. »

Enfin, en novembre 1943, il exerce l'interim du ministère du Travail en remplacement d'Hubert Lagardelle, alors que Laval instaure le STO. Il choisit comme chef de cabinet l'ingénieur en chef des Ponts Cosmi, qui est alors correspondant permanent de la Résistance dans les sphères gouvernementales à Paris. Il dénonce devant les autorités d'occupation les irrégularités des « bureaux d'achat » allemands, qui servent aux SS à acheter des matières premières et des machines au marché noir. Il obtient la fermeture de la plupart de ces officines. Il était également chargé des transports et des communications[11]. Il sera remplacé par Marcel Déat sous la pression des Allemands, le 16 mars 1944.

Arrêté par les Allemands le 17 août 1944 en même temps que les autres membres du gouvernement se trouvant à Paris, à l'issue de l'ultime conseil des ministres du gouvernement de Vichy, il est emmené avec les autres membres du gouvernement et des fonctionnaires à Belfort puis Sigmaringen, dans le Bade-Würtemberg (sud-ouest de l'Allemagne). Inquiet d'être sans nouvelle de sa femme restée en France, déprimé, il souffre de douleurs lancinantes au genou, à la suite d'une triple fracture consécutive à un accident de voiture datant de début avril 1944 et qui lui a laissé une claudication importante. Sur les conseils de Speer[12], il se décide à se faire opérer et est transféré à l'hôpital SS de Hohenlychen, près de Berlin, pour y être opéré par le docteur Karl Gebhardt, chirurgien très réputé et médecin personnel de Himmler[12]. Il y meurt en , d'après les médecins allemands, d'une embolie pulmonaire[13]. Mais alors prisonnier de la police allemande dans cet hôpital, il a peut-être été assassiné par des SS après l'intervention chirurgicale, sans que cette hypothèse puisse être prouvée[13].

Notes et références

  1. a, b, c, d, e et f Ouvrir la « Page d’accueil », sur le site de la bibliothèque de l’École polytechnique, Palaiseau (consulté le 11 mai 2016), sélectionner l’onglet « Catalogues » puis cliquer sur « Famille polytechnicienne », effectuer la recherche sur « Jean Bichelonne », résultat obtenu : « Bichelonne, Denis Jean Léopold (X 1923 ; 1904-1944) ».
  2. Médecin principal de 2e classe, mort le 13 juillet 1939 avec le grade de médecin-colonel
  3. « Denis Jean Léopold Bichelonne (1904-1944) », sur annales.org, consulté le 29 janvier 2010.
  4. Entré à l'École des mines le  : nommé élève de 1re classe le , mis hors de concours le (classé 1/3). Nommé élève-ingénieur par décret du , source : [1]
  5. Jean-Pierre Azéma, Olivier Wieviorka, Vichy 1940-44, Perrin, 1997, p. 281.
  6. a et b Dominique Venner, Histoire de la Collaboration, Pygmalion, 2000, p. 548
  7. Biographie de Denis Jean Léopold BICHELONNE (1904-1944) sur le site des Annales des Mines
  8. Jean-Pierre Azéma, Olivier Wieviorka, Vichy 1940-44, op. cit., p. 255.
  9. Collectif, 1900-2000 Un siècle d'économie, Les Échos, Calmann Lévy, 1998
  10. Albert Speer (trad. Michel Brottier), Au cœur du Troisième Reich, Librairie Arthème Fayard, Paris, novembre 2010, p. 440.
  11. Source biographique : http://www.annales.org/archives/x/bichelonne.html ; Guy SABIN.- Jean Bichelonne: ministre sous l’occupation, 1942-1944 1991 ; J.R. no 511, 45-9.
  12. a et b Jean-Paul Cointet, Sigmaringen, Tempus, , 462 p. (ISBN 9782262033002), p. 188.
  13. a et b Henry Rousso, Pétain et la fin de la collaboration, Sigmaringen 1944-1945, Éditions Complexe, 1999, 441 p. (ISBN 2870271387 et 978-2870271384) [aperçu en ligne sur le site books.google.fr (page consultée le 18 septembre 2009)], p. 42-46.

Annexes

Bibliographie

  • Jacques Evrard, La déportation des travailleurs français dans le IIIe Reich, éd. Fayard, 1971.
  • La main-d’œuvre française exploitée par le IIIe Reich, actes du colloque de Caen, Centre de Recherche d’Histoire quantitative, Caen, 2001, textes rassemblés par B. Garnier, J. Quellien et F. Passera, 704 p.
  • Guy Sabin, Jean Bichelonne, éd. France-Empire, 1990 [partisan et apologétique, par un ancien ami et collaborateur de Bichelonne].
  • Limore Yagil, Jean Bichelonne 1904-1944 : un polytechnicien sous Vichy, Paris, SPM, coll. « Kronos », .
  • Louis-Ferdinand Céline, D'un Château l'Autre, éd. Gallimard, 1957.
  • Maurice Gabolde, Écrits d'exil - Contribution à l'histoire de la période 1939-1945, L'Harmattan, 2016 (ISBN 9782343083582)

Liens externes