Jean-Baptiste Salle

Jean-Baptiste Salle
Fonction
Député
Biographie
Naissance
Décès
(à 34 ans)
Bordeaux
Lieu de travail
Activités

Jean-Baptiste Salle, né à Vézelise le , guillotiné à Bordeaux le , est un homme politique français, député aux États généraux de 1789, à l'Assemblée constituante et à la Convention nationale, proscrit et condamné à mort comme Girondin.

Jean-Baptiste Salle

Sommaire

Biographie

Fils d’un négociant de Vézelise, Salle se fit recevoir docteur en philosophie à l’université de Pont-à-Mousson et se voua à la médecine fut médecine. Venu à Paris pour achever ses cours en médecine, il s’y trouvait au moment de la présence et de la vogue de Mesmer et le combattit dans une brochure parue en 1783.

Revenu dans sa ville natale, il se livra à l’exercice de sa profession comme médecin des pauvres. Chargé de la rédaction des doléances du Tiers en 1789, il s’acquitta de cette mission à la satisfaction générale et il fut élu tout d’une voix, le 20 mars, député du tiers état aux États généraux pour le bailliage de Vézelise.

À l’Assemblée constituante, il se montra partisan des réformes, mais avec modération et combattit le droit de véto absolu en 1790. En juin 1791, il prononça un discours énergique contre ceux qui voulaient lever l’inviolabilité de Louis XVI. À la dissolution de la Constituante, il rentra un instant dans ses foyers et s’apprêtait à reprendre l’exercice de sa profession de médecin lorsqu’il fut appelé aux fonctions de membre du Directoire de département de la Meurthe. Élu député à la Convention nationale en 1792, il prit place sur les bancs de la Gironde. Malgré l’indépendance de ses opinions et sa haine du despotisme, il était partisan de la royauté et la défendit lorsqu’elle fut menacée. Après le retour de Louis XVI de Varennes, il couvrit le roi autant qu’il le put dans la grande discussion sur l’inviolabilité. D’après lui, le roi ne devait cesser d’être inviolable qu’autant qu’il aurait abdiqué ou serait censé avoir abdiqué, par exemple, en refusant de prêter serment à la Constitution et pour des faits postérieurs à son abdication. Entraîné plus tard par les circonstances, il se rallia à la République.

Il se montra hostile aux pétitionnaires du champ de Mars, qu’il présentait comme les ennemis de la patrie, et il approuva la conduite de La Fayette, qui les avait dispersés. Il essaya tous les moyens de faire rapporter le décret par lequel la Convention se constituait juge de Louis XVI, et dénonça Marat, comme excitant le peuple au meurtre et au pillage. Lors du procès de Louis XVI, il fut opposé à la mort du roi et fut le premier à proposer l’appel au peuple. Il se prononça ensuite pour la détention jusqu’à la paix, puis bannissement après la guerre.

D’accord avec Barbaroux, il s’opposa énergiquement à la prolongation indéfinie du Comité de salut public. Lorsque le conflit eut éclaté entre la Montagne et la Gironde, et que la salle des Jacobins fut fermée au parti modéré, il fut au nombre de ce que Marat appelait « la faction des hommes d’État », la quarantaine de députés pouvant être considérés comme les hommes d’action du parti qui avaient pris l’habitude de se réunir tous les soirs chez Dufriche-Valazé pour discuter des affaires publiques, des motions à présenter, etc.

Barère a donné un aperçu de sa personnalité impétueuse en écrivant qu’on était « irascible comme Salle. » Dubois-Crancé a écrit, quant à lui, dans sa Galerie de portraits, que « Jamais le patriotisme brûlant n’a coulé dans les veines d’un citoyen plus électrisé que ne le fut Salle depuis le commencement jusqu’à la fin de la session du Corps constituant... C’était un homme plein d’honneur, de probité et d’humanité ; il avait aussi du savoir et même du génie; jamais il ne varia dans ses principes, mais sur la fin il se trompa; cet égarement passager fut, pour lui comme pour beaucoup d’autres, l’œuvre astucieuse des orateurs des Feuillants. » Il était en effet, avec Lafayette, Sieyès, Lameth, Le Chapelier, Merlin, l’un des fondateurs du club des Feuillants. Desgenettes l’a décrit, dans ses Souvenirs de la fin du dix-huitième siècle « avec l’extérieur et le maintien d’un niais, quoiqu’il fût un bel homme, avait fort peu d’usage de la société. Cela était racheté par de la candeur, des connaissances étendues et quelques talents oratoires[1]. »

Lors de la proscription des Girondins, Salle fut porté le onzième sur la Liste des conspirateurs le 2 juin 1793, il ne laissa pas mettre en état d’arrestation et s’enfuit de Paris. Réfugié à Chartres puis à Évreux, où il alla rejoindre Buzot le 10 juin. Le 13, ils étaient à Caen l’un et l’autre, et ils publiaient un manifeste collectif sous le titre de Compte rendu contre le crime du 2 juin. Ensuite il fit paraitre en son nom personnel un Examen critique de la Constitution, sans nom d’imprimeur ni date.

Sa femme Catherine-Charlotte Poinsignon, qu’il avait épousée en 1787, était venue le retrouver à Caen avec deux enfants en bas âge et un troisième qu’elle venait de mettre au monde depuis son départ. Il dut la quitter, elle et ses enfants, à Fougères. Mis hors la loi le 28 juillet 1793, fugitif, abandonné, proscrit, il se cacha finalement avec Élie Guadet chez le père de celui-ci à Saint-Émilion. Caché dans un grenier privé de lumière, il écrit une tragédie en cinq actes et en vers intitulée Charlotte Corday, puis un poème satirique en décasyllabes sur l’arrivée de Danton aux enfers.

Dénoncés, les deux députés furent surpris brusquement au milieu de la nuit du 30 prairial. Salle tenta de se brûler la cervelle, mais le coup ne partit pas. Il fut conduit, chargé de chaines, sur une charrette à Libourne, et de là, à Bordeaux, où il fut jugé le 1er messidor an II, condamné à mort, et guillotiné le lendemain, âgé que de trente-quatre ans.

Salle avait un frère, Jean Salle, qui était maire de la ville de Vézelise depuis 1791. Après le 2 juin, celui-ci fut suspendu de ses fonctions par arrêté du département, et plus tard mis en état d’arrestation. Sa veuve obtint, le 8 messidor an III, une pension annuelle de deux mille livres que le gouvernement de la Restauration réduisit à cinq cents francs.

Publications

  • Discours sur un projet d’organisation du ministère de la guerre ;
  • Opinion sur les conventions nationales en 1791 ;
  • Sur la procédure de Louis XVI, et sur les événemens du 21 juin ;
  • Recherches sur les agens et les moyens de la faction d’Orléans ;
  • Lettres à Guffroi et à Dubois de Crancé, ses collègues ;
  • Observations sur cette lettre dénoncée à la Convention ;
  • Réponse aux calomnies prononcées contre lui par Robespierre à la Convention ;
  • Examen critique de la constitution de 1793 ;
  • Lettre à son épouse.

Œuvres

  • Charlotte Corday, tragédie en cinq actes et en vers publiée pour la première fois, d'après le manuscrit original, avec une lettre inédite de Barbaroux, éd. Georges Moreau-Chaslon, Paris, J. Miard, 1864, in-4°.
  • L'Entrée de Danton aux Enfers, poème inédit, publié d'après le manuscrit original par Georges Moreau-Chaslon, Paris, 1865, in-18.

Notes

  1. t. Il, p. 223.

Sources

  • Charles Vatel, Charlotte de Corday et les Girondins : pièces classées et annotées, t. 1, Paris, H. Plon, 1864-1872, 432 p. (lire en ligne)
  • « Jean-Baptiste Salle », dans Robert et Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, [détail de l’édition] .
  • La tragique Odyssée sous la terreur à Saint-Emilion. Dr Pierre Bertin-Roulleau 1926.