Jean-Baptiste Morin de Villefranche

Jean-Baptiste Morin de Villefranche
Jean-Baptiste Morin by Etienne Desrochers.jpg
Jean-Baptiste Morin
Gravure par Étienne Desrochers.
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(à 73 ans)
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Jean-Baptiste Morin de Villefranche ( ( ou sont des dates fautives) - ) était un médecin et un mathématicien nommé à la chaire de Mathématique de Du Hamel au Collège Royal (devenu en 1870 le Collège de France) le 3 août 1629[1]. Il développa une activité de théoricien de l'astrologie sans faire d'enseignement officiel, puisqu'à son époque l'astrologie judiciaire, ou prédictive (la partie d'art divinatoire dans l'astrologie), avait été interdite par les papes en 1586 et 1631[2]. Seule l'astrologie naturelle (la partie scientifique de l'astrologie) était licite, majoritairement publiée dans les Almanachs.

Ce qui fut considéré comme sa théorie fut publié post mortem, 5 ans après son décès, sans contrôle [?]. Elle fut intégrée par la communauté astrologique internationale au XXe siècle, dans le corpus de la "tradition", sans analyse critique des textes. Partisan du géocentrisme, selon la version officielle, il laissa un traité, non publié, qui révoque le géocentrisme et qui annonce une astronomie selon Kepler. Il apparaît, selon les mentions officielles des privilèges d'exploitation des textes (privilège du roi de mai 1658), que l'Astrologia Gallica, parue à La Haye en 1661, soit cinq ans après sa mort, NE SERAIT PAS de la main de Morin. [ Cette hypothèse paraît hautement hasardeuse. En effet l’opus majus que constitue l’Astrologia Gallica a été rédigé par Morin au moins dès 1631 (il mentionne ce projet déjà dans sa Solutio de 1631) et quasiment achevé en 1648, selon ses propres dires. Morin a peaufiné cette véritable encyclopédie de 784 pages, reprenant tous ses travaux jusqu’à la fin de sa vie, mais il n’eut ni le temps, ni peut-être plus prosaïquement les moyens pécuniaires pour la faire imprimer. On y trouve des ajouts postérieurs à 1648, comme la réfutation du Syntagma Philosphiae Epicuri de "l'épicurien" Pierre Gassendi (œuvre parue en 1649 à Lyon) — reprise de sa Dissertatio ... De Atomis, et Vacuo Contra Petri Gassendi Philosophiam Epicuream ..., de 32 pages, parue à Paris en 1650 et de sa Defensio suae Dissertationis De Atomis & Vacuo; adversus Petri Gassendi Philosophiam Epicuream. Contra Francisci Bernerii ..., de 136 pages, parue à Paris en 1651 —, ainsi que la discussion de l'éclipse totale de soleil du lundi 8 avril 1652 en Angleterre, mais partielle en France, l'un des fameux lundis noir (« Black Monday ») des Anglais. ]

Il contesta que la solution au problème des longitudes en mer soit réglée par un mécanisme d'horlogerie. Il se trompait, car cette solution proposée au XVIIIe siècle par l'anglais John Harrison se révéla concluante, et pratique par tous temps de navigation. Il échangea une correspondance avec Descartes sur la théorie de la composition de la lumière, ayant un intérêt certain, avançant la notion théorique de grain et de "granulité", (avant celle des quanta de lumière découverte au XXe siècle)

Son nom a été latinisé en Morinus.

Biographie

Morin naquit le 23 février 1583, à 8 heures 33 minutes, selon son livre titré "Ma vie devant les astres", ouvrage de Morin. Selon Claude Thebault, il naquit le 11 février 1583, à 21 heures 21 minutes (à paraître avec 3 preuves officielles, dans Les Vies de Morin avec et sans les astres) [ cette dernière date et cette heure sont dues à une lecture erronée des carrés astrologiques ; cf. infra ].

[ Remarque importante : l'entrée en vigueur du calendrier grégorien, une réforme du calendrier promulguée par le pape Grégoire XIII — avec un saut de dix jours par rapport au calendrier julien qui avait pris du retard (le vrai équinoxe astronomique de printemps arrivait déjà le 11 mars au lieu du 21, comme fixé par le Concile de Nicée en 325) et avec aussi la suppression des années bissextiles séculaires non divisibles par 400 — eut lieu en Italie et en Espagne dans la nuit du jeudi 4 au vendredi 15 octobre 1582. En France, Henri III décida son entrée en vigueur dans la nuit du dimanche 9 au lundi 20 décembre 1582. Le 11 février 1583 indiqué ci-dessus est tout simplement une date encore donnée dans l'ancien style du calendrier julien. On était bien le 21 février 1583 du calendrier grégorien. Les dates du 25 août 1582 et 11 février 1582 sont infondées. Dans son Astrologia Gallica Morin dit de lui-même dans son propre carré astrologique établi pour sa date de naissance qu'il est né « 22 jours, 20 heures et 33 minutes de février 1583, en temps astronomique » ; on lit précisément ceci : « Nativitas Ioannis Baptistae Morini.1583 Februarii D. H. M. 22. 20. 33. T.A. ». C'est ici qu'il y a une ambiguïté qu'il faut lever : normalement, et cela depuis le XIVe s., les jours astronomiques sont en avance de douze heures sur les jours civils : ils commencent à midi le jour civil d'avant (jusqu'à la fin du XIIIe s. c'était le midi du même quantième civil) ; ainsi le jour astronomique nommé 22 février 1583 commence le 21 février civil 1583 à midi et le jour astronomique nommé 23 février astronomique 1583 commence le 22 février civil 1583 à midi. Cependant une autre caractéristique de la datation est à retenir : on ne donne pas une date civile, mais une durée avec un temps écoulé (completo ou perfecto). On peut le faire avec l'année, le mois, le jour l'heure et la minute, ou seulement avec une partie de ces données. Ici il est clairement donné l'année courante (currente, ou incompleto, ou imperfecto) et le mois courant, en toutes lettres ; par contre, les deux indications D.H.M. et T.A. explicitent deux choses : le fait que 22 jours, 20 heures et 33 minutes se sont écoulés en ce mois de février 1583 et que le temps est astronomique, donc que le jour commence à midi. L'autre carré astrologique de la même page va conforter cela : il donne aussi un argument décisif pour éliminer la date indiquée ci-dessus du 11 février julien, soit le 21 février grégorien, soi-disant à 21 h 21. En effet, c'est là le premier carré astrologique donné à la p. 397 de son Astrologia Gallica, qui se rapporte non pas à son jour de naissance, mais à la veille, le jour de la Nouvelle Lune de février 1583 qui a bien eu lieu le 22 février civil 1583 à 9 h 38, comme nous pouvons le vérifier aujourd'hui sur le site de l’IMCCE. Dans la notation de Morin on lit : « Figura Novilunii praecedens Nativitatem Ioannis Baptistae Morini. 1583. Februarii D. H. M. 21. 21. 43. T.A. », donc « 21 jours, 21 heures et 43 minutes de février 1582, en temps astronomique », c'est-à-dire le 22 février civil à 9 h 43, à cinq minutes près du calcul moderne ! On doit donc conclure sans hésiter que Morin utilisait les jours, heures et minutes en temps écoulé (completo), avec le jour astronomique avancé de 12 heures et commençant à midi la veille. Selon les deux carrés astrologiques, la Nouvelle Lune a bien eu lieu le 22 février civil 1583 et Morin est bien né le lendemain, soit le 23 février civil 1583. On voit de plus que Morin a la modestie de ne pas aller jusqu’à la seconde près dans ses carrés astrologiques ! Mais certains, qui n'ont pas su les lire, ont cru comprendre que Morin donne comme heure de sa naissance 22 h 20 min et 33 s, voire 21 h 21 min 43 s, car ils n'ont pas compris la notation avec les indications T.A. et D.H.M. ( Une précision : midi solaire correspondait ce 23 février 1583 à 12 h 14 à Villefranche-sur-Saône, un écart dû à ce que l'on appelle l'équation du temps qui définit l'écart entre le temps solaire vrai et le temps solaire moyen ; ainsi, pour être rigoureux, il faudrait encore 14 minutes, soit ajouter 20 heures et 47 minutes pour obtenir le moment à retenir, donc non pas 8 h 33, mais 8 h 47, ce qui perturberait encore le carré astrologique... ). Bref, Morin utilise naturellement, mais il le précise explicitement, le "temps astronomique", T.A., qui commence non pas à minuit, mais à midi, et où les lettres D.H.M. signifient en latin "jours", "heures" et "minutes" écoulés en durée, tout simplement. Les nombres, ici séparés par un point, sont des cardinaux et non pas des ordinaux. Il faut rappeler que le jour en temps astronomique commence aussi actuellement à l'heure de midi, comme le fait le "jour julien", où chaque instant est donné en jour et fraction ordinaire, selon la dénomination de Joseph Juste Scaliger, le fils du Jules César Scaliger. ( Ainsi le premier jour julien a été défini par Scaliger comme débutant le 1er janvier -4712 (ou 4713 av. JC) à midi, sa valeur était alors strictement 0. À 13 h 00, il valait 0.0416666. À minuit ce soir là, il valait 0.5 et à midi le 2 (ordinal) janvier, exactement 1.0 (in tempore completo), car il s'était bien écoulé un jour entier. N.B. : c’est en l'honneur de son père Jules que Joseph nomma le jour de son nouveau comput, créé dans son De emendatione temporum, paru par pure coïncidence justement en 1583. Ici l'adjectif "julien" n'a donc rien à voir avec le calendrier julien ). Concernant la date du baptême de Jean Baptiste Morin, qui est très bien attestée en ce 23 février 1583, rien n'interdit de penser que l'enfant ait été baptisé le jour même de sa naissance, une pratique très courante, étant donnée la forte mortalité des nouveaux nés... ]

La date donnée depuis 343 ans est celle de son acte de baptême. L’enquête de la revue Astroemail, édition 130, publia cet acte intégral retrouvé aux Archives du Rhône. Il ne comporte ni mention de son jour de naissance, ni son heure. À l’époque, un délai de survivance des nourrissons était appliqué par les parents, auquel mit fin le Concile de Trente en ordonnant le rite du baptême dans un délai de 3 jours. Cette habitude entra dans les mœurs au XVIIIe siècle en France, car Henri III refusa lors de la rédaction de l'Ordonnance de Blois de mai 1579 de publier les textes du Concile, au motif que les nouvelles dispositions papales interféraient avec son autorité royale. L’Astrologia Gallica, publie 3 dates de naissance, fausses et contradictoires de Morin. [ Cette affirmation est incorrecte : voir la remarque importante ci-dessus, car le troisième carré astrologique de la p. 396 se rapporte à un tout autre personnage, Jérôme Cardan, né le 24 septembre 1501, à 6 h 40 T.A., soit à à 18 h 40. De plus, Morin redonne son propre carré astrologique, mais recalculé par triangulation sphérique (per Triangula Spaerica) à la p. 780, cependant avec une petite minute de différence : 20 h 34 min ]

Morin est mort à son domicile à Paris à 2 heures du matin le ,

L'édition française de 1660, chez le libraire Jean Hunault de La Vie de Maistre Jean Baptiste Morin, est l'œuvre des héritiers de Morin, une mention indiquée dans le privilège royal d'exploitation de mai 1658. Le rédacteur est vraisemblablement l'abbé de Laubérie, contrairement à l'assertion d'Aurélien Ruellet, dans sa thèse soutenue à Tours en 2014, qui attribue la rédaction à Guillaume Tronson, exécuteur testamentaire de Morin. Or Tronson est l'auteur de l'apologie de Jean Racine publiée dans le Nécrologue et Calendrier de Port Royal. Le texte de Tronson ne présente aucune correspondance de style d'écriture avec le roman épique, picaresque et rocambolesque de La Vie de Maistre Jean Baptiste Morin.

Aurélien Ruellet eut le mérite de publier une version partielle du testament de Morin, lequel comporte une révélation inconnue depuis 343 ans, relative à l'état, ainsi qu'au statut de Morin. Il résulte de ce document, que lors de son retour de voyage dans les mines de Hongrie, en mars 1616, Morin reçut les ordres mineurs, à Paris, de l'archevêque de Gondi. Morin devint à partir de mars 1616 et jusqu'à sa mort en 1656 un clerc tonsuré, en mesure de recevoir des bénéfices ecclésiastiques. Une vie de 40 années sous les ordres de l'église. Cette donnée efface les relations de son biographe posthume sur sa vie de duelliste (autant de duels qu'il avait d'années d'âge), ainsi que ses rapports aux femmes. Le droit canon imposait des règles précises à cet effet.

Morin reçut un cadeau exceptionnel de Guillaume du Vair, sous la forme d’un séjour touristique, et d’étude, d’une année, tous frais payés en Allemagne, Hongrie et Transylvanie. À son retour de ce voyage, il écrivit un livre de reportage, une innovation, intitulé Nova Mundia Sublunaris anatomia, comportant deux pages de dédicace expressément très reconnaissantes à Du Vair pour son extrême générosité. Il entra comme médecin au service de l’abbé commendataire Charles de la Bretonnière à l’abbaye de Saint Évroult dans l’Orne jusqu’en 1626, date de son entrée en service, en province, comme médecin ordinaire du duc de Luxembourg jusqu’en août 1629.

La vie de Morin de 1616 à 1621, date de la mort de Guillaume du Vair, comporte de nombreuses zones d'ombre. Il existe des présomptions selon lesquelles Morin était au service de Guillaume du Vair, Garde des Sceaux de Louis XIII, donc son ministre de la justice.

Morin n’aurait jamais été employé comme médecin par l’évêque Claude Dormy au Prieuré Saint-Martin-des-Champs, située 270-292 rue Saint-Martin à Paris. Cette affabulation est insérée dans les deux biographies posthumes de Morin. Il publia une apologie d'Aristote en 1624, cultiva également l'optique parallèlement à ses travaux d'astrologie. Morin lança l'idée de créer un Observatoire astronomique à Paris, connu originellement sous le nom de Bureau des Longitudes, qui lui est resté, devenu l'Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides IMCCE.

La vie de Morin doit s'interpréter en fonction de son réseau relationnel, lequel fait apparaître une forte influence des opposants au pouvoir royal, notamment ses liaisons avec l'entourage direct de Gaston d'Orléans. Il existe ainsi une lecture politique de la vie de Morin, comme il existe aussi une lecture religieuse de sa vie, au regard de ses engagements.

En effet, dès 1616 Morin professait la thèse dans laquelle les Jansénistes se reconnaissaient, selon laquelle Jésus n'était pas mort pour tous les chrétiens, mais seulement pour les prédestinés à être sauvés. Cette lecture induit une conséquence sur sa théorie astrologique, selon laquelle les astres prédestinent par circonstances. Très différente du déterminisme développée par André Barbault, à la suite des écrits hâtifs de Henri Selva et de Jean Hiéroz au début du XXe siècle.

Morin obtint en 1629 la chaire de mathématiques du Collège Royal (Collège de France dès 1870), mais son adversaire Pierre Gassendi occupa la seconde chaire de mathématiques en 1645,

L'épisode Morin s'intercale entre les débuts de la diffusion de la théorie de l'héliocentrisme (Copernic, Galilée, Kepler), la découverte des lois de la mécanique céleste (les 3 lois de Kepler de 1610) et le raidissement de la religion catholique sur le principe du géocentrisme issu de Ptolémée jusqu'à Tycho Brahe. Partisan déclaré du géocentrisme, Morin apporta sa caution à l'Église. À la fin de sa vie il laissa un manuscrit ambigu, non publié, faisant état d'un doute sur l'immobilité réelle de la Terre comme centre du monde. Morin combattit également le système de Descartes, qu'il avait rencontré en 1638. Mais Morin, farouchement attaché au système géocentrique de Ptolémée et donc opposant au "copernicanisme" (en compagnie de Libert Froidmont) — le système héliocentrique de Nicolas Copernic désormais accepté par Paolo Antonio Foscarini, Galilée, René Descartes, Pierre Gassendi, Nicolas Claude Fabri de Peiresc, Marin Mersenne, les Lansberge, Philippe, le père, et Jacob, le fils, et Johannes Kepler — voyait bien, très probablement, que le fait de supprimer la stabilité, l'immobilité et la centralité de la Terre dans le nouveau système du monde ainsi proposé allait remettre en cause les actions supposées s’exercer sur la Terre par des astres tournant uniquement autour d'elle, comme centre du monde ; car ces effets sont tous "rayonnés", dirigés directement sur le centre du monde dont désormais la Terre était exclue par Copernic. L'avènement de l'héliocentrisme allait marquer la fin de l'astrologie basée sur le géocentrisme, la Terre devenant une planète comme les autres tournant autour du Soleil ; et en plus, aucune des nombreuses sphères célestes de l'ancienne astronomie ptolémaïque ne tournait plus autour de la Terre chaque jour ! Morin aurait, semble-t-il, comme Giovanni Battista Riccioli, volontiers donné sa préférence au système "mixte" de Tycho Brahe, qui faisait toujours tourner le Soleil autour de la Terre centrale, les autres planètes évoluant autour du Soleil. La mort de Morin, selon l'extrait testamentaire publié, laissa la communauté des astrologues sans directive théorique à adopter au moment où l'astronomie évoluait du système de Tycho Brahe à celui de Kepler, puis de Newton. En effet, il ne laissa pas de manuscrit posthume selon les documents publiés. Ce défaut de directive explique la régression des astrologues du XXe siècle.

Morin testa le 5 novembre 1656, in extremis, quelques heures avant de décéder à Paris, dans son logis, rue des Morfondus au Faubourg Saint Marcel, en face du couvent des Doctrinaires, le 6 novembre 1656. Il est inhumé dans l'église Saint-Étienne-du-Mont.

Le problème des longitudes

Morin proposa en 1634 sa solution au « problème des longitudes » : celle-ci était fondée sur la comparaison entre le temps apparent et le temps absolu, lequel était déduit de la position relative de la Lune par rapport aux étoiles ; c'était, en somme, une variante de la méthode des distances lunaires. Morin apporta ses propres améliorations pour rendre cette approche efficace, comme l'amélioration des instruments de visée et la prise en compte de la parallaxe lunaire. Il dénigra la proposition de Frisius d'utiliser une horloge de précision embarquée : « J'ignore si le Malin peut réussir à fabriquer une horloge à longitude, mais ce serait folie pour l'homme de s'y essayer »[3].

Morin s’intéressa à la résolution du problème des longitudes en raison notamment du prix de 20 000 livres prévu pour récompenser le lauréat en mesure d’apporter une solution aux difficultés rencontrées par les navigateurs.

Afin d’écarter Morin des compétiteurs, le Cardinal de Richelieu nomma un membre du Collège royal dans la commission, en la personne de Jean Boulenger, titulaire d’une chaire de mathématique de 1606 à 1636. Morin fut officiellement désavoué à deux reprises par un de ses pairs, véritable mathématicien.

Sur le problème des longitudes Morin se trompa lourdement, puisque, contrairement à ce qu’il soutenait, ce fut bien l’invention faite par un horloger, John Harrison en 1773, d’un chronomètre marin, réalisé dans un alliage spécial de métaux, une horloge spécialement conçue pour fonctionner quelles que soient les conditions météorologiques, qui résolut le problème au XVIIIe siècle, avec le choix combiné d’un méridien de référence, celui de Greenwich.

Devant les enjeux que représentaient ces recherches pour la marine, le Cardinal de Richelieu envisagea de récompenser Morin, mais nomma un comité d'évaluation pour s'assurer de l'intérêt des propositions du professeur de mathématiques. Le comité, composé de Jean de Beaugrand, Étienne Pascal, Claude Mydorge et Pierre Hérigone, formula d'emblée diverses objections à Morin, qui indiquaient que le procédé, fondé scientifiquement, n'était simplement pas praticable. La controverse dura cinq ans, Morin refusant de se rendre aux conclusions de ses juges : il suffisait, selon lui, d'améliorer les méthodes de résolution des triangles sphériques ainsi que les tables lunaires. Dans le cours de son argumentation, il en vint à proposer la création d'un observatoire astronomique à Paris.

Finalement, en 1645, le Cardinal de Mazarin, successeur de Richelieu, accorda une pension de 2 000 livres à Morin pour ses travaux d'astronomie nautique.

L'astrologue

Morin NE SERAIT PAS l'auteur du volumineux traité Astrologia Gallica, paru à la Haye en 1661. Les auteurs seraient ses héritiers, ainsi qu'il en est fait mention dans le privilège royal d'exploitation de mai 1658, figurant dans l'édition française de La Vie de Maistre Jean Baptiste Morin, parue en 1660. En réalité, ce privilège accorde simplement le droit de faire publier les œuvres de Morin, il ne désigne aucunement les héritiers en tant qu'auteurs mais simplement en tant qu'ayants droit.

L'édition, remaniée, de l'Astrologia Gallica, imprimée à La Haye, comporte en fin d'ouvrage une prohibition majeure. En effet, l'Église et le pouvoir royal interdisaient l'astrologie judiciaire, ou prédictive, dans le royaume de France, alors que les Pays Bas protestants la toléraient. L'Astrologia Gallica publie le carré de Pythagore (soit le thème astral) de Louis XIV, avec la date et l'heure exacte donnée par Gaston d'Orléans ayant assisté à la naissance du roi, lors de l'accouchement public d'Anne d'Autriche. Cet insert interdit, caractérisant un fait de lèse-majesté, est le fait de Nicolas Goulas de la Motte, premier gentilhomme de la chambre de Gaston d'Orléans, une publication faite en réaction des Jansénistes, amis de Morin, à la répression religieuse de Louis XIV à leur égard, à partir des années 1660 en France. Le nom de Morin fut ainsi instrumentalisé. Selon Jacques Halbronn, seuls certains ajouts et annexes ne sont pas de Morin. On voit mal dans ce cas la portée du privilège royal qui autorise les héritiers à publier les ouvrages astrologiques de Morin si le pouvoir royal interdisait l'astrologie !




Dans la gravure ci-dessus par Étienne Desrochers donnant son portrait on peut lire, en conclusion de ce débat :

À ceux qui font mouvoir la terre

Morin résista vivement.

Mais cette astronomique guerre

N'en détruit point le mouvement.

Astrologia Gallica (1661)

Œuvres

Quelques œuvres de Morin sont disponibles sur Gallica.

  • Famosi et antiqui problematis de telluris motu, vel quiete, hactenus optata solutio (appelée Solutio par abréviation), impr. Pierre Ménard, Paris, 1631 ; 1657
  • Responsio pro Telluris quiete / Ad Jacobi Lansbergii Doctoris Medici Apologiam pro Telluris Motu. Ad Eminentissimum Cardinalem Richelium, Ducem, et Franciae Parem (appelée Responsio par abréviation), impr. Jean Libert, Paris, 1634
  • Longitudinum terrestrium et caelestium nova et hactenus optata scientia, impr. Jean Libert, Paris, 1634
  • Response de Iean Baptiste Morin à une longue lettre de Monsieur Gassend, prevost en l'église épiscopale de Digne, & professeur du roy aux mathématiques. Touchant plusieurs choses belles et curieuses de physique, astronomie, & astrologie, Paris, Macé Boüillette, Jean Le Brun, 1650
  • Dissertatio Io. Bapt. Morini Doctoris Medici, et Parisiis Regii Mathematum Professoris. De Atomis, et Vacuo Contra Petri Gassendi Philosophiam Epicuream. Ad Serenissimum Principem Henricum Borbonium Metensium Episcopum, S. Germani a Pratis Abbatem, &c. (appelée Dissertatio par abréviation), Paris, 1650
  • Io. Bapt. Morini Doctoris Medici. et Regii Mathematum Professoris Defensio suae Dissertationis De Atomis & Vacuo; adversus Petri Gassendi Philosophiam Epicuream. Contra Francisci Bernerii Andegavi Anatomiam ridiculi muris, &c. Ad Serenissimum Principem Henricum Borbonium Metensium Episcopum, S. Germani a Pratis Abbatem, &c. (appelée Defensio par abréviation), Paris, 1651.
  • Remarques astrologiques sur le commentaire du Centiloque de Ptolémée par Nicolas de Bourdin Paris 1657 chez Pierre Ménard
  • Astrologia Gallica Principiis et Rationibus Propriis Stabilita, Atque in XXVI Libros distributa. Non solùm Astrologiae Judiciariae Studiosis, sed etiam Philosophis, Medicis, & Theologis omnibus per-necessaria : Quippe multa complectens eximia ad scientias illas spectantia. Opera & Studio Joannis Baptistae Morini, apud Gallos è Bellejocensibus Francopolitani, Doctor Medici, & Parisiis Regii Mathematum Professoris. Ejus Anagramma, Mira Sapiens Uni Bono Stat (appelé Astrologia Gallica, par abréviation), libr. Adriaan Vlacq, La Haye, 1 vol. in-fol. I–XXI + 784 p., 1661.
  • trad. partielle : Jean Hiéroz, L'astrologie mondiale et météorologique de Morin de Villefranche, trad. du livre XXV, Leymarie, 1946, 176 p.
  • Henri Selva, La Théorie des déterminations astrologiques de Morin de Villefranche (conduisant à une méthode rationnelle pour l'interprétation du thème astrologique) (Bodin 1902), Éditions Traditionnelles, Paris, 1976 - Traduction partielle des livres XXI et XXVI de Astrologia Gallica, traduits et présentés par Henri Selva, préface par André Barbault
  • Ma vie devant les astres, collationné dans Astrologia Gallica et traduit par Jean Hieroz avec les reproductions de 39 thèmes originaux de Morin, Cahiers astrologiques, 1943.

Études sur Morin

  • Claude Thebault : "Morin comment il trompa tout le monde " enquête spéciale documentée avec preuves et analyses critiques février 2014, Astroemail 130, http://www.astroemail.com
  • Biographie anonyme : La Vie de maistre Jean-Baptiste Morin, docteur en médecine et professeur royal aux mathématiques à Paris (1660)
  • Jean Hiéroz, L'astrologie selon Morin de Villefranche, quelques autres et moi-même, 2e édition remaniée et augmentée, Éditions Omnium Littéraire, 1962.
  • (en) Lynn Thorndike, A history of magic and experimental science, vol. VII : The seventeenth century part I, 1958, 695 p. Chap. XVI Morin's Astrologia gallica [1]
  • Deux documents inédits sur Jean-Baptiste Morin (1583-1656). Édition critique de son testament et de son inventaire après décès.
  • Denis Labouré : Lire un thème avec Morin de Villefranche, Éditions Spiritualité Occidentale, 2012, http://www.spiritualite-occidentale.com
  • Jacques Halbronn : Intr. aux Remarques Astrologiques de J. B. Morin de Villefranche, Paris, Retz, 1975 Texte français modernisé
  • Jacques Halbronn : Intr. à Le Centiloque de Ptolémée par Nicolas Bourdin, Ed Trédaniel, 1993
  • Jacques Halbronn : Questions autour de l'éclipse de 1654 attribuées à Gassendi, in Gassendi et la modernité, dir. Sylvie Taussig, Brepols, 2008
  • la base ouverte sur les recherches relatives à Morin de Villefranche engagées depuis 2014, http://astroemail.com/morin/morin.html
  • analyse des éléments partiels de la succession de Morin publiés par Aurélien Ruellet http://astroemail.com/morin/archives-papiers-de-succession.html
  • Steven Vanden Broecke : "An Astrologer in the World-System Debate. Jean-Baptiste Morin on Astrology and Copernicanism (1631-1634)", in : Copernicus Banned. The Entangled Matter of the anti-Copernican Decree of 1616, Biblioteca di Galilaeana. VIII., Museo Galileo + Istituto e Museo di Storia della Scienza, Firenze, 2018, pp. 223-241

Notes et références

  1. archives consultées au Collège de France
  2. WWilhelm Knappichh, Histoire de l'astrologie, éd. Vernal/Philippe Lebaud, 1986, (ISBN 9782865-940226), page 214.
  3. Cf.

Sources

Liens externes