Jacques Lemaigre Dubreuil

Jacques Lemaigre Dubreuil
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Biographie
Naissance
Décès
(à 60 ans)
Casablanca, Maroc
Nationalité
Formation
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Conflit

Jacques Lemaigre Dubreuil[1], né le à Solignac (Haute-Vienne) et mort assassiné à Casablanca (Maroc) le , est un homme d’affaires et militant politique français.

Origines et jeunesse

Né dans une famille aisée du Limousin, il est le fils de Georges-Léon Lemaigre Dubreuil (1864-1933) qui fut maire de Solignac pendant quarante ans et de Geneviève Labour. Jacques eut un frère, René (1892-1979) et deux sœurs, Marie-Louise (1893-1984) et Edmée (1898-1961).

Il fait ses études à l'école Gerson à Paris puis à l'École des sciences politiques.

Première Guerre mondiale

En 1914, à l'âge de 19 ans, il rejoint le 20e dragon de Limoges. L'année suivante[2], il est accepté à l'École de cavalerie de Saumur avec les véhicules armés légers. En 1916, il part en Roumanie avec le grade de sous-lieutenant, faisant partie d'une mission française associée aux roumains — face aux autrichiens. En 1917, après son retour en France, il est affecté à la 9e armée, y devenant lieutenant le jour de Noël 1918[3]. Par la suite, il est désigné pour faire partie de l'état-major du haut-commissaire français à Constantinople. Il sert enfin dans l'armée du Levant en Syrie pour quatre ans, jusqu'en 1922, lorsqu'il quitte l'armée avec le grade de capitaine[4].

Industriel

En 1922, de retour à la vie civile, il travaille à la Banque du pays du Nord, puis dans la même année, la quitte pour rejoindre la société Marc Desaché, courtiers à la Bourse de Paris.

Le , il épouse Simone Lesieur[5], fille de Georges Lesieur — fondateur de la marque d'huiles alimentaires du même nom (Huiles Lesieur) — et intègre son conseil d'administration[5] la même année. En 1931, à la mort de Georges Lesieur, Lemaigre Dubreuil devient, à l'âge de 37 ans, président-directeur général de la société. Il prend en charge son développement en France et à l'international jusqu'à sa mort.

En pratique[3], il partage la direction de l'entreprise avec son beau-frère Paul Lesieur, deuxième fils de Georges. Ce dernier gère la direction opérationnelle de la société, sa production ainsi que son complexe d'expéditions. Lemaigre Dubreuil lui, s'occupe principalement du marketing en France et à l'international ainsi que de la production et l'acheminement à Coudekerque des matières premières — arachide principalement — notamment en provenance de Dakar au Sénégal.

Il fut par ailleurs propriétaire du journal Maroc-Presse[5] et possédait des intérêts dans les magasins du Printemps.

Militant d'extrême droite dans les années trente

Il devient un militant d’extrême droite[6], au début des années 1930. Il en est l'un des financiers[6]. Il est nommé président de la Fédération des contribuables en janvier 1935. Il appuie Henri Dorgères et son mouvement des Comités de défense paysanne, les fameuses « chemises vertes », au financement duquel il participe[7]. À partir de 1936, il prend ses distances avec Dorgères[8]. Devenu, depuis , l'un des conseillers de la Banque de France, il est l'un des adversaires les plus résolus du Front populaire[6]. Il soutient La Cagoule[6].

Seconde Guerre mondiale

La défaite de 1940 rend très difficile le maintien de l'exploitation du site historique des Huiles Lesieur à Dunkerque. Lemaigre Dubreuil transfère son activité à Casablanca[5], bénéficiant de l'encouragement des autorités allemandes pour l'importation d'huile en Europe[9].

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est très actif dans l’ombre et effectue de nombreux voyages entre la France métropolitaine et l'Afrique[9]. Il fait partie des hommes qui favorisent le débarquement des Alliés en Afrique du Nord (Maroc et Algérie), le 8 novembre 1942, lors de l'opération Torch[10],[5],[11],[12], marquant un tournant décisif de la Seconde Guerre mondiale sur le front occidental. Il contribue parallèlement à l’arrivée du général Giraud sur la scène politique[10],[9].

Avec Jean Rigault[13],[11],[14], Jacques Tarbé de Saint-Hardouin[13],[11], le colonel Van Hecke[11] (nommé par Pétain à la tête des Chantiers de jeunesse en Afrique du Nord)[13] et d'Henri d'Astier de la Vigerie[11], Lemaigre Dubreuil fait partie du « groupe des Cinq » (ou « comité des Cinq ») qui contribuent avec le consul américain Robert Murphy[9] à préparer le débarquement des Alliés en Afrique du Nord[15],[11],[16],[13]. D'Astier de la Vigerie est le seul, parmi les « Cinq », à unifier véritablement la Résistance[17],[18],[19],[20],[21]. La prise de contrôle d'Alger, le , est dirigée avec d'Astier[19], par le jeune José Aboulker[21], le colonel Germain Jousse[22] et grâce à la complicité du commissaire de police André Achiary[21], tandis que Lemaigre Dubreuil, allait attendre Giraud à Blida[19].

Lorsque Giraud, dans son discours du , annonce son renoncement aux principes de la Révolution nationale, Lemaigre Dubreuil quitte ses fonctions dans l'organe gouvernemental instauré en Afrique du Nord[12].

En , pensant que les États-Unis pourraient accepter une paix de compromis, alors que les Russes gagnent du terrain en Europe de l'Est, il tente, sans succès, d'établir un contact entre les Américains et Pierre Laval par l'intermédiaire de l'ambassadeur de Vichy à Madrid, François Piétri[12].

Pour l'autonomie du Maroc

De la fin de la guerre au début des années 1950, Lemaigre Dubreuil est pour le maintien de l'ordre établi au Maroc, en raison de l'importance économique que représente son Empire colonial pour la France[5]. En 1951, il est favorable à la tentative de déposition du sultan Sidi Mohammed ben Youssef et participe aux évènements qui voient l'éviction du général Juin comme résident général au Maroc et son remplacement par le général Guillaume[5]. À la suite de la déposition du sultan, le , il écrit des articles dans Le Monde, dont un, le , dans lequel, s'il approuve cette destitution comme un mal nécessaire pour « […] la sauvegarde et le tranquillité de l'Empire[5] », il en déplore les conséquences sur les tenants du « colonialisme le plus odieux[5] » qui en sont très satisfaits[5].

À partir de 1954, il évolue vers une position davantage autonomiste et participe activement au rapprochement des interlocuteurs en servant d'intermédiaire entre les représentants du gouvernement, les modérés et les « libéraux » favorables à l'autonomie[5]. Ce qui lui attire la haine farouche des mouvements — qualifiés à l'époque de « contre-terroristes » — partisans du maintien du Maroc sous protectorat français[5]. Il rachète le journal Maroc-Presse en , après que celui-ci a mis en cause Philippe Boniface, préfet de la région de Casablanca, comme étant partie prenante du « contre-terrorisme » en favorisant l'impunité des activistes français[5]. Pierre July, le ministre des Affaires marocaines et tunisiennes de l'époque, rapporte qu'à cette occasion, Lemaigre Dubreuil prévoit son assassinat[5]. Le nouveau patron de presse se sert de son journal pour défendre le point de vue des libéraux par des éditoriaux qui ont un grand retentissement dans l'opinion au Maroc et ouvre une tribune libre dans laquelle s'expriment, entre autres, des personnalités proches de l'Istiqlal[5].

Assassinat

Lemaigre Dubreuil est assassiné à Casablanca dans la soirée du samedi , sur la place qui porte désormais son nom, au pied de l'immeuble Liberté qu'il habitait[5]. Ses obsèques ont lieu le , en la Cathédrale du Sacré-Cœur de Casablanca.

L'enquête qui suit cet assassinat et qui se déroule de 1955 à 1959 n'aboutit pas ; le principal témoin est retrouvé « assassiné ou suicidé[5] » un mois après les faits[5]. Malgré les aveux de l'un d'eux, en , mettant en cause quatre anciens hommes de main du groupe « Présence Française » (dont des policiers), un non-lieu est prononcé en 1965[5].

Notes et références

  1. Ou Lemaigre-Dubreuil, selon les sources.
  2. William A. Hoisington, Jr., The Assassination of Jacques Lemaigre-Dubreuil, A Frenchman between France and North Africa, Routledge Curzon, Londres, 2005, p. 14.
  3. a et b William A. Hoisington, Jr., The Assassination of Jacques Lemaigre-Dubreuil, A Frenchman between France and North Africa, op. cit., p. 15.
  4. William A. Hoisington, Jacques Lemaigre Dubreuil – De Paris a Casablanca, L'Harmattan, Paris, p. 39.
  5. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r et s Clothilde de Gastines, « Chronique d'une décolonisation – Jacques Lemaigre Dubreuil au maroc, 1950-1955 » [PDF], dans La Lettre de la coopération française au Maroc, no 20, mai 2006, p. 16/36, sur le site ambafrance-ma.org, consulté le 11 mars 2010. .
  6. a, b, c et d Pierre Péan, Le Mystérieux docteur Martin,  éd. Fayard, 1993.
  7. Pascal Ory, « Le dorgérisme, institution et discours d'une colère paysanne (1929-1939) », Revue d'histoire moderne et contemporaine, t. 22, no 2, avril-juin 1975, p. 168-190.
  8. William A. Hoisington, Jacques Lemaigre Dubreuil – De Paris a Casablanca, op. cit., p. 45.
  9. a, b, c et d Robert O. Paxton, L'Armée de Vichy – Le corps des officiers français 1940-1944, éd. en anglais 1966 ; édition française (trad. Pierre de Longuemar) Tallandier, 2004, 588 p. (ISBN 2847341390) ; rééd. Le Seuil, coll. « Points-Histoire », 2006 (postface de Claude d’Abzac-Epezy) 567 p. (ISBN 2020679884 et 978-2020679886), p. 364-365.
  10. a et b Robert Aron, Grands dossiers de l'histoire contemporaine, « Le premier complot d'Alger (7-8 novembre 1942) », éd. Librairie Académique Perrin, Paris, 1962-1964 ; rééd. CAL, Paris, p. 211, 218-219.
    Nota : les références de Robert Aron sont (citées p. 213 et 222) : Robert Murphy, Un diplomate parmi les guerriers, éd. Robert Laffont (titre original : Diplomat among warriors) ; les Mémoires du général Mast ; Chamine, Suite française, t. I, La conjuration d'Alger, Albin Michel, 1946 ; Danan, L'Exercice du pouvoir en A.F.N du juin 1940 à novembre 1942, Mémoire D.E.S de Science politique ; « Témoignages verbaux ou documents particuliers recueillis dans les archives familiales ».
  11. a, b, c, d, e et f « Henri d'Astier de la Vigerie », sur le site de l'Ordre de la Libération, ordredelaliberation.fr, consulté le 11 mars 2010.
  12. a, b et c Robert O. Paxton (trad. Claude Bertrand, préf. Stanley Hoffmann), La France de Vichy – 1940-1944, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points-Histoire », (réimpr. novembre 1999) (1re éd. 1973), 475 p. (ISBN 978-2-02-039210-5), p. 381-382.
  13. a, b, c et d Robert Aron, Grands dossiers de l'histoire contemporaine, op. cit., p. 211, 218-219.
  14. « Papiers Théry », sur le site caom.archivesnationales.culture.gouv.fr, consulté le 30 mars 2010.
  15. Robert Aron, Grands dossiers de l'histoire contemporaine, op. cit., p. 210 et 215.
  16. Chamine, La conjuration d'Alger, Albin Michel, Paris, 1946 et Gabriel Esquer, , jour premier de la Libération, Charlot, Alger, 1946.
  17. Christine Levisse-Touzé, L'Afrique du Nord dans la guerre, 1939-1945, Albin Michel, Paris, 1998, p. 226-228, 235, 239.
  18. Yves Maxime Danan, La Vie politique à Alger de 1940 à 1944, L.G.D.J., Paris, 1963, p. 69-74, 127, 129.
  19. a, b et c « La part de la Résistance Française dans les évènements d’Afrique du Nord », Les Cahiers Français, no 47 (rapports des chefs des groupes de volontaires qui se sont emparés d’Alger le ), commissariat à l’Information du Comité national français, Londres, août 1943 : rapport de José Aboulker, chef de l'opération, et rapport de Bernard Karsenty, participant direct de la conférence de Cherchell (intégré au rapport de José Aboulker), p. 10-13, 22, 26 et 47.
  20. Alain Griotteray, 1940 – La naissance de la résistance, éd. Fernand Lanore, coll. « Histoire », Paris, 2008, 115 p. (ISBN 2851573640 et 9782851573643), [présentation en ligne], p. 107-110.
  21. a, b et c Robert Aron, Grands dossiers de l'histoire contemporaine, op. cit., p. 210.
  22. Robert Aron, Grands dossiers de l'histoire contemporaine, op. cit., p. 210, 213, 219.

Voir aussi

Bibliographie

  • François Broche, L'Assassinat de Lemaigre-Dubreuil, Balland, 1977.
  • Pierre Clostermann, L'Histoire vécue, Flammarion, 1998.
  • Christophe Bident, Maurice Blanchot : partenaire invisible : essai biographique, Champ Vallon, 1998.
  • Michel Junot, Opération « Torch », Fallois, 2001.
  • (en) William A. Hoisington, Jr., The Assassination of Jacques Lemaigre Dubreuil, A Frenchman between France and North Africa, Routledge Curzon, Londres, 2005.
    • Traduction française : William A. Hoisington (trad. Philippe-Étienne Raviart), Jacques Lemaigre Dubreuil – De Paris à Casablanca, vingt ans d'engagements (1935-1955), L'Harmattan, Paris, 2009, 284 p. (ISBN 2296105742 et 978-2296105744) [aperçu en ligne sur books.google.com]

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