Isolat (linguistique)

En linguistique, un isolat est une langue dont on ne peut démontrer de filiation (ou « relation génétique ») avec d'autres langues vivantes. La langue basque, le coréen, l'aïnou ou encore le bourouchaski (nord du Pakistan) sont des isolats. Mais, comme ce qu'on ne peut pas démontrer aujourd'hui peut l'être demain, le classement parmi les isolats d'une langue donnée peut évoluer dans le temps.

Certaines langues deviennent des isolats lorsque toutes les langues auxquelles elles sont reliées s'éteignent. C'est par exemple le cas de la langue pirahã au Brésil, dernier survivant de la famille mura. D'autres, comme le basque, sont des isolats depuis que leur existence est documentée.

Les isolats sont la plupart du temps dus à l'absence de contact entre la population qui parle cette langue avec d'autres parlant une autre langue, ce qui est notamment le cas pour les populations insulaires et les tribus isolées.

Le terme de filiation (ou « relation génétique ») doit être compris dans le sens de celui entendu par l'histoire des langues, selon laquelle la quasi-totalité des langues parlées dans le monde peuvent être rassemblées par familles issues de langues ancestrales communes. Par exemple, le français, issu du latin, appartient à la famille des langues indo-européennes, le mandarin à la famille des langues sino-tibétaines. Selon ce critère de classification, chaque isolat constitue une famille à lui seul, ce qui explique l'intérêt que leur portent les linguistes. Cependant certains linguistes estiment que l'on peut regrouper plusieurs familles en superfamilles ou macrofamilles, mais cela reste des filiations (phyla) théoriques.

Les isolats

Section non exhaustive, à corriger et mettre à jour.

En Afrique

Isolats (noir), quasi-isolats (gris acier) et langues de classification douteuse (gris perle) d'Afrique.

En Amérique

Isolats (noir), quasi-isolats (gris acier) et langues de classification douteuse (gris perle) d'Amérique du Nord.

En Asie

  • Coréen : parfois regroupé dans une famille coréen-japonais-aïnou (Greenberg). Cette langue est considérée comme un isolat en terme d'écriture, néanmoins on note des ressemblances à l'oral avec le tamoul (parlé au Tamil Nadu et au Sri Lanka). La structure grammaticale et la syntaxe sont similaires, ainsi que certains mots.
  • Aïnou : langue en voie d'extinction, parlée au nord du Japon (locuteurs restants surtout concentrés dans l'île de Hokkaidō), parfois regroupé dans une famille coréen-japonais-aïnou (Greenberg)
  • Burushaski
  • Le ket n'est plus un isolat depuis son rapprochement avec les langues na-déné (Vajda 2010).
  • Nihali
  • nivkhe ou gilyak. Fait partie de la famille eurasiatique de Greenberg (2001), plus particulièrement lié au tchouktche-kamtchadal (Fortescue 2011).
  • Youkaguire : lié aux langues ouraliennes dans un ensemble ouralo-youkaghir, de plus en plus largement accepté.

Si l'on étend la notion d'isolat linguistique aux langues mortes, on peut citer :

En Europe

  • Basque : le seul isolat vivant européen est le basque, aucune langue vivante ou morte n'ayant pu lui être reliée avec certitude. L'aquitain était une forme ancienne du basque et un substrat du gascon. Elle était parlée par les Aquitains ou Proto-Basques habitant une aire qui correspond aux provinces romaines d'Aquitania puis de Novempopulanie antiques : approximativement entre les Pyrénées et la Garonne. L'aquitain est balayé en partie par le gascon au Moyen Âge. Comme tous les isolats, ils sont fort peu probables, mais on a seulement des difficultés à retrouver avec certitude des ancêtres communs, faute d'écrits suffisants, autrement que par des comparaisons lexico-phonologiques. De nombreux auteurs sont d'accord sur l'existence d'une famille de langues vasconiques, dont il ne reste cependant aujourd'hui que le basque moderne.

Isolats européens morts

Si l'on étend la notion d'isolat linguistique aux langues mortes, on peut citer :

  • Ibère : langue morte dont on n’a qu’une connaissance très partielle, de nombreuses similarités de vocabulaire l'ont fait rapprocher du basque, sans que l'on ait jamais pu prouver ou infirmer que ces points communs aient été de simples emprunts mutuels. Certains auteurs la rattachent à la famille vasconique ou la joignent dans une famille cousine des langues navarro-ibériques.
  • Tartessien : langue morte dont on a une connaissance encore plus partielle que pour l'ibère, qui était parlée au sud-ouest du Portugal. Peut-être celtique.
  • Picte : langue morte préceltique parlée dans l'Antiquité et au Moyen-Âge dans l'actuelle Écosse. D'origine non indo-européenne selon John Rhys et Eric Hamp, la langue picte fut influencée par les langues celtiques, mais elle est aussi considérée souvent comme une langue celtique à part entière.
  • Étrusque : langue morte, parlée par les peuples antiques des environs de la Toscane, toujours mal comprise.Son isolat réel est aujourd'hui mis en doute par des recherches récentes (Helmut Rix) montrant que l'étrusque appartient à la famille des langues tyrséniennes, dans laquelle on classe également :
    • le rhétique (un des ancêtres, avec le latin vulgaire, du rhéto-roman actuel, et aussi un ancêtre commun, avec le gotique, de plusieurs langues germaniques qui l'ont assimilé, et enfin un ancêtre de certaines langues celtiques aujourd'hui disparues elles aussi),
    • et le lemnien (autre langue sur l'île de Lemnos en mer Égée, plus ancienne encore que l'étrusque, mais aujourd'hui aussi disparue par assimilation locale du grec ancien).

Langues pré-romanes d'Italie non classées:

Langues pré-helléniques :

En Océanie

Notes et références

Article connexe

  • langue non rattachée à une famille de langues