Salat (islam)

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Fidèles accomplissant la salat (prière) dans la cour de la Grande Mosquée de Kairouan en Tunisie.

La Salat (en arabe: صلاة [ṣalāʰ] pl. صلوات [ṣalawāt]) ou namaz (persan : نماز) désigne la prière islamique, second des cinq piliers de l'islam. Ce terme recouvre cependant un large ensemble de prières en islam, mais il est employé aussi spécifiquement pour les cinq prières rituelles quotidiennes, obligatoires pour le fidèle. Il s'agit donc des prières que l'on peut qualifier de canoniques, par opposition aux prières surérogatoires.

Elles ont lieu à l'aube (Fajr), au milieu de la journée, lorsque le soleil est à son zénith (Dhohr), au milieu de l'après-midi ('Asr), au coucher du soleil (Maghreb) et au crépuscule ('Ichâ'). Chacune d'elles est constituée d'un nombre variable de rakʿa (arabe : ركعة, pl. ركعات), qu'on peut qualifier d'unités de prière.

Étymologie

Le terme Salat est utilisé pour désigner la prière canonique des musulmans. Elle provient du terme syriaque slôtâ et est utilisée dès l'époque préislamique[1]. Comme le terme Zakat, le terme salat appartient au lexique araméen partagé par le Coran et par les inscriptions préislamiques. Il est attesté par cinq inscriptions et par la poésie préislamique[2]. Ils apparaissent, en particulier dans une inscription d'un juif proche du roi d'Himyar et daté vers 400. Ces termes "ont donc été acclimatés dans les langues d'Arabie près de 220 ans avant l'hégire"[2].

Il n'est pourtant pas évident que le terme ait intégré le Coran via le Yémen. En effet, l'orthographe consonantique du terme est plus proche de l'araméen que du saba'ique. Il peut donc avoir utilisé une autres voies, comme celle du milieu chrétien du golfe, du judaïsme du Hedjaz, de la Syrie[2], l'Arabie étant alors "grandement imprégnée de culture monothéiste biblique"[3]... L'usage de ce terme est partagé par les chrétiens et les juifs à cette époque[4]

Histoire du rite

La prière selon le Coran

Vue de la nef centrale de la salle de prière de la Grande Mosquée de Kairouan (en Tunisie) ; au fond deux fidèles font la prière face au mihrab (niche indiquant la qibla).

Le terme Salat est utilisée à 65 reprises dans le Coran. Elle peut y désigner la prière canonique et obligatoire, distinguée d'autres prières telle la prière de demande (du'â) ou certaines prières litaniques. Il est aussi utilisé pour désigner toute prière faite pour Dieu, sans précision. Le terme est parfois utilisé au pluriel et désigne alors des prières appelant des bénédictions divine[1]. Ainsi, le terme salat ne peut désigner la prière canonique dans les sourates II et IX[5].

Selon le Coran, dès les origines de l'humanité, la prière a été révélée et pratiquée par les prophètes, "comme pratique d'adoration de Dieu". Elle appartiendrait à un monothéisme originel, associé à Abraham et désigné sous le terme de hanifisme[1]. Avant d’être une forme normée, la prière est, dans le Coran, la base d'un comportement religieux [5].

Dans le Coran, les évocations de la prière canonique sont absentes dans les sourates les plus anciennes[5]. Elle se trouve principalement dans les sourates de la période médinoise, sans que le Coran ne fournisse toutes les informations et règles de la prière. Celles-ci a été complétée par la tradition musulmane[1].

Mise en place du rite

Selon la tradition musulmane, la salât n'est devenue une obligation cultuelle qu'après l'Ascension du Prophète de l'islam au-delà des sept cieux (Mi'raj), que la tradition situe en l'an 2 avant l'hégire, soit vers 620 apr. J.-C.[6]. C'est en effet à cette occasion que Dieu aurait prescrit à Mahomet les cinq prières rituelles. Selon la tradition, cela se fit par une sollicitation de Mahomet à la suite de laquelle celui-ci obtint de Dieu qu'il ramène à cinq les cinquante prières quotidiennes qu'Il avait initialement exigées[7]. Cette mise en place correspond à l'établissement de l'islam comme religion institutionnalisée[5]

La prière liturgique, appelé salat, est citée dès le Coran. D'abord demandée à Mahomet, sa prière personnelle sert de base à la forme liturgique. Il s'inscrit dans la continuité des prières liturgiques juives et chrétiennes dont il a subi des influences. Ainsi, un rite des ablutions proche du rite musulman est connu dans le christianisme antique[8]. Le paganisme antique est également une source d'influence mais de moindre importance,[note 1],[note 2]. Jan Van Reeth a mené une étude sur la sourate Al-Fatiha commençant le Coran mais aussi la prière Salat. Selon lui, les premiers versets proviennent de liturgie chrétienne et rappellent une doxologie puis des répons psalmodiques. Ainsi, le verset 5 serait une adaptation du Deus in adjutorium meum intende, Domine ad adjuvandum me festina commençant la prière des heures. Pour lui, la sourate Al-Fatiha est un « restant de livre d'heure[9]. » En tout cas, il ne faut aucun doute que cette sourate a été composée à des fins liturgiques[5].

Plusieurs versets, en particulier de la période mecquoise, donnent des indications horaires souvent adressées à Mahomet[note 3],[1]. Né d'une prière personnelle, elle a pris au fur et à mesure une dimension communautaire. C'est probablement à cette période qu'est rajoutée la prière médiane, séparée des autres dans la sourate II[10].

La prière est un sujet largement évoqué par les auteurs musulmans anciens. C'est au IIIe siècle de l'hégire, au IXe siècle, que ces ouvrages ayant été compilés, que la conduite de la prière ainsi que le calendrier ont été fixées[5]. Au IXe siècle, les différences, assez restreinte, entre les écoles de l'islam quant à la prière, sont atténuées par la canonisation de celle-ci lors des compilations de Hadiths. Ces divergences se situaient dans l'obligation de la langue arabe ou, par exemple, dans la place de la prière communautaire face à la prière individuelle[10]. Ainsi, Abu Hanifa (VIIIe siècle) autorisait la récitation de la première sourate de la prière en persan pour ceux qui ne maîtrisait pas l'arabe[1].

Description du rite

Fidèles qui prient en direction de La Mecque à la mosquée des Omeyyades de Damas.

Conditions de pratique de la prière

Des différences apparaissent entre les différentes écoles juridiques à propos de la prière. Elle est, néanmoins, pour toutes obligatoires. Les conditions pour l'effectuer sont "être musulman(e), en bonne santé mentale, avoir l'âge de raison,, étre purifié(e) et ablutionné(e), couvrir ses parties honteuses, être orienté(e) dans la direction de La Mecque, exprimer enfin son intention de prier"[1].

Préambules

La prière est précédé de deux appels à la prière, l'un étant lancé par le muezzin (adhan), le second étant prononcé dans la mosquée par le muezzin ou un fidèle chez lui[1].

Pour les accomplir, le fidèle doit au préalable purifier son corps en accomplissant le rite des ablutions. Il peut prier dans n'importe quel endroit propre, aussi bien à la mosquée que chez soi ou sur son lieu de travail. Dans les faits, il est de coutume de prier à l'intérieur d'un espace qui a été préalablement délimité. Cela peut être fait au moyen d'un tapis, d'une ligne tracée dans le sable, d'un simple bout de tissu propre. À chaque fois, cet espace est sacralisé, il devient sanctuaire[11]. Enfin, le fidèle se tourne vers la qibla, c'est-à-dire vers le sanctuaire de la Ka'ba, à La Mecque, faute de quoi, la prière ne sera pas légalement valable[12].

La prière

Chacune des cinq prières comprend 2, 3 ou 4 cycles/unités appelés rak'a. Chacun de ces cycles est constitué au moins de la récitation de la sourate Al-Fatiha, d'une louange divine, d’invocations, le tout dans une suite spécifique de postures : debout, incliné, prosterné, à genoux[1].

Les différentes postures durant l'accomplissement de la prière.

La prière de l’aube (fajr) est composée de deux rakats, est dite à voix haute et se conclue par une station agenouillée. Celle de midi (zuhr) et celle de l'après midi ('asr) sont composées de deux paires d'unités entrecoupée d'une station agenouillée. Celle du crépuscule (maghrib) est composée de trois unités séparée par une station agenouillée. Sa première partie est prononcée à voix haute. Enfin, la prière de la nuit ('ishâ') est composée de deux paires d'unités[1].

Autres prières

Il y a quelques prières non quotidiennes qui sont liées à des occasions spéciales, comme la prière funéraire, la prière du vendredi ou la prière de l'Aïd .

Il existe aussi des prières non obligatoires, appelées surérogatoires. Celles-ci suivent le même principes de paires d'unités dont le nombre varie en fonction du moment.Celles de l'aube et du crépuscule sont les plus suivies[1].

Aspect normatif

Une obligation pour le musulman

La prière est une obligation pour le musulman et appartient aux piliers de l'islam[5]. Elle est considérée comme le "coeur de l'islam". La récitation du Coran est une partie importante de chaque prière. "La prière musulmane doit son importance exceptionnelle au lien constant qu'il établit entre l'individu fidèle et les trois réalités suprêmes de son univers religieux: la Communauté, le Prophète et Dieu"[5].

Seules la prière du vendredi (salatu-l-jumu'a) et la prière funéraire est obligatoirement communautaire[1]. En dehors de ces deux cas, a prière peut se faire de façon individuelle, bien qu'il soit recommandé pour les hommes de prier en groupe, à la mosquée. Dans ce cas, les fidèles se placent en lignes horizontales, derrière l'imâm ou un fidèle désigné[1] qui se tient seul, devant la niche du mihrab et dont ils suivent les gestes[13].

Il existe toute une littérature sur les négligences dans la prière, "les vêtements et chaussures à porter pour cela, le comportement à suivre, l'endroit où il doit être effectuée et la pureté rituelle à observer"[5]. Celui qui n'observe pas le rituel est tenu de recommencer[8].

Pourcentage de personnes pratiquant la prière

Tableau statistique indiquant la proportion de musulmans déclarants effectuer la prière prescrite plusieurs fois par jour en 2011-2012 :
Pays Prie 5 salawat par jour[14] Prie plusieurs salawat par jour, mais pas 5[14] Prie plusieurs fois par jour[14]
Drapeau de l'Afghanistan Afghanistan 88% 3% 91%
Drapeau de l'Albanie Albanie 4% 3% 7%
Drapeau de l'Azerbaïdjan Azerbaïdjan 21% 49% 70%
Drapeau du Bangladesh Bangladesh 30% 9% 39%
Drapeau de la Bosnie-Herzégovine Bosnie-Herzégovine 14% 4% 18%
Drapeau du Cameroun Cameroun 90% 5% 95%
Drapeau de la république démocratique du Congo République démocratique du Congo 53% 6% 59%
Drapeau de Djibouti Djibouti 74% 3% 77%
Drapeau de l'Égypte Égypte 53% 7% 60%
Drapeau des États-Unis États-Unis[15] 42% 17% 59%
Drapeau de l'Éthiopie Éthiopie 61% 5% 66%
Drapeau du Ghana Ghana 91% 3% 94%
Drapeau de la Guinée-Bissau Guinée-Bissau 76% 11% 87%
Drapeau de l'Indonésie Indonésie 71% 6% 77%
Drapeau de l'Irak Irak 83% 2% 85%
Drapeau de la Jordanie Jordanie 54% 14% 68%
Drapeau du Kazakhstan Kazakhstan 2% 2% 4%
Drapeau du Kenya Kenya 66% 10% 76%
Drapeau du Kirghizistan Kirghizistan 14% 4% 18%
Drapeau du Kosovo Kosovo 10% 31% 41%
Drapeau du Liban Liban 61% 2% 63%
Drapeau du Libéria Liberia 82% 4% 86%
Drapeau de la Malaisie Malaisie 72% 7% 79%
Drapeau du Mali Mali 79% 2% 81%
Drapeau du Maroc Maroc 67% 2% 69%
Drapeau du Mozambique Mozambique 32% 9% 41%
Drapeau du Niger Niger 80% 2% 82%
Drapeau du Nigeria Nigeria 86% 4% 90%
Drapeau de l'Ouganda Ouganda 68% 20% 88%
Drapeau de l'Ouzbékistan Ouzbékistan 16% 1% 17%
Drapeau du Pakistan Pakistan 42% 8% 50%
Drapeau de la Palestine Palestine 69% 5% 74%
Drapeau de la Russie Russie 30% 5% 35%
Drapeau du Sénégal Sénégal 85% 2% 87%
Drapeau du Tadjikistan Tadjikistan 39% 3% 42%
Drapeau de la Tanzanie Tanzanie 44% 4% 48%
Drapeau du Tchad Tchad 84% 2% 86%
Drapeau de la Thaïlande Thaïlande 75% 3% 78%
Drapeau de la Tunisie Tunisie 63% 2% 65%
Drapeau de la Turquie Turquie 27% 15% 42%

Notes et références

Notes

  1. "Pourtant il existe une troisième source, sans doute de moindre importance, mais qu'on n'a pas suffisamment mise en évidence : le vieux paganisme arabe" (p.163) Le Coran rejette la possibilité d'une transmission. : « Invoquez Allah de la manière qu'il vous a apprise, [manière] que vous ne connaissiez ". (p.164) "Comme l'a montré Zwemer, plus d'une pratique dans l'islam s'inspire d'une conception animiste" (p.182) L'auteur évoque aussi bien le rôle apotropaïque du chant du muezzin ou de l'attitude serrée des fidèles lors de la prière. Il évoque aussi les formes de salutations dans les cours orientales (p. 185)  "même si elles ont perdu depuis longtemps leur valeur symbolique" (p. 182) : J. Chelhod. "Les attitudes et les gestes de la prière rituelle dans l'Islam", Revue de l'histoire des religions, tome 156, n°2, 1959., p. 161-188.
  2. À propos du nombre de prières, "On sait qu’Ignaz Goldziher y a vu, non pas une simple coïncidence, mais le résultat d’une influence «persane»" : Monnot, G., “Ṣalāt”,  Encyclopédie de l’Islam.
  3. Sourate LXXIII, 2-7, LXXVI, 25...

Références

  1. a b c d e f g h i j k l et m P. Ballanfat, "Prière canonique", Dictionnaire du Coran, 2007, Paris, p.690-693.
  2. a b et c Ch. Robin, "L'Arabie préislamique", Le Coran des Historiens, 2019, Paris, p. 86-87.
  3. M. Amir-Moezzi, "Le Shi'isme et le Coran", Le Coran des Historiens, 2019, Paris, p. 946-947.
  4. M. Bar-Asher, "Le judaïsme et le Coran", Le Coran des Historiens, 2019, Paris, p. 307.
  5. a b c d e f g h et i Monnot, G.. "Ṣalāt." Encyclopédie de l’Islam, vol VIII, p. 925.
  6. Mohamed Talbi, L'islam n'est pas voile, il est culte, Éditions cartaginoiseries, p. 325
  7. Éric Geoffroy, "Ascension céleste" in Mohammed Ali Amir-Moezzi (dir.), Dictionnaire du Coran, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2007, p. 97b.
  8. a et b Joseph Chelhod, « Les attitudes et les gestes de la prière rituelle dans l'Islam », Revue de l'histoire des religions, vol. 156,‎ , p. 161–188 (lire en ligne)
  9. Jan M. F. Van Reeth. (2006). Le vignoble du paradis et le chemin qui y mène : la thèse de C. Luxenberg et les sources du Coran. Arabica, 53(4), 511–524.
  10. a et b Monnot, G.. "Ṣalāt." Encyclopédie de l’Islam. Brill Online, 2016.
  11. Eva de Vitray-Meyerovitch, La prière en islam, Paris, Albin Michel, coll. Spiritualités vivantes, 2003 (1999), 155 p. (ISBN 2-226-14260-6), p. 61.
  12. François Déroche, Direction de la prière in Mohammad Ali Amir-Moezzi (Dir.), Dictionnaire du Coran, Paris, Laffont, coll. Bouquins, 2007, p. 221-222. (ISBN 978-2-221-09956-8)
  13. Dominique et Janine Sourdel, Dictionnaire historique de l'islam, Paris, PUF, , 1010 p. (ISBN 978-2-130-47320-6), p. 386.
  14. a b et c (en) « The World’s Muslims: Unity and Diversity Chapter 2: Religious Commitment », sur PewForum.org, (consulté le 6 novembre 2019)
  15. (en) Elizabeth Podrebarac Sciupac, « U.S. Muslims are religiously observant, but open to multiple interpretations of Islam », sur PewResearch.org, (consulté le 6 novembre 2019)

Bibliographie

  • Monnot, G.. "Ṣalāt." Encyclopédie de l’Islam, vol VIII, p. 925 et suiv.
  • P. Ballanfat, "Prière canonique", Dictionnaire du Coran, 2007, Paris, p.690-693.

Liens externes