Isaïe

Isaïe
Description de cette image, également commentée ci-après
Isaïe peint par Michel-Ange,
fresques de la chapelle Sixtine (1509).

ישעיהו

Naissance VIIIe siècle av. J.-C.
Décès VIIe siècle av. J.-C.
Nationalité Israélite de la tribu de Juda
Activité principale
Premier des quatre grands prophètes
Autres activités
Auteur du Livre d'Isaïe

Compléments

Contemporain du roi de Juda Ézéchias

Isaïe ou Ésaïe (יְשַׁעְיָהוּ en hébreu, Yeshayahu) est un prophète de l'Ancien Testament (ou Tanakh selon la tradition hébraïque), qui aurait vécu sous le règne d'Ézéchias (Hizkiya) puisqu'il est fait mention de « la quatorzième année du roi Ézéchias ». Ésaïe est considéré comme l'un des quatre grands prophètes, avec Jérémie, Ézéchiel et Daniel, non pas parce qu'ils seraient plus importants que les autres, mais du fait de la longueur de leurs livres par rapport à ceux des petits prophètes. Un livre de l'Ancien Testament — qui traite de la déportation du peuple juif à Babylone puis de son retour et de la reconstruction du Temple de Jérusalem sur les ordres du Grand Roi achéménide Cyrus II — lui était attribué avant que l'exégèse moderne n'invalide cette hypothèse. C'est un personnage biblique considéré comme saint par les chrétiens. Il est fêté le 9 mai en Orient et le 6 juillet en Occident[2].

Biographie

Figure biblique, Ésaïe aurait vécu à Jérusalem au VIIIe siècle av. J.-C., approximativement entre 766 et 701. Son époque est marquée par la montée en puissance de l'Assyrie face au royaume de Juda qui voit toutefois une période de prospérité. Isaïe dénonce le relâchement des mœurs de ses concitoyens qui attire la colère de Dieu. Le roi Manassé, fils d'Ézéchias, a fait persécuter plusieurs contemporains d'Ésaïe. Selon l'Ascension d'Isaïe, écrit apocryphe, torturé sur ordre de Manassé, Ésaïe fut coupé en deux par une scie mais son âme est ravie au ciel juste avant de manière qu'il ne souffre pas[3].

C'est donc dans la seconde moité du VIIIe siècle avant notre ère qu'Isaïe exerça son ministère prophétique, dans le royaume de Juda. Il vécut dans l'entourage royal et ses oracles ont une portée politique très caractérisée. Parmi ceux-ci, les prophéties sur l'Emmanuel ont une très grande importance, en raison de leur sens messianique et leur influence sur la révélation chrétienne. En plus des oracles d'Isaïe, conservés en majorité dans les chapitres 1 à 39, le livre contient des oracles d'un prophète contemporain de l'Exil (chap. 40-55) et même d'autre oracles de l'époque après l'Exil (chap. 56-66). Ces ajouts au recueil contenant les oracles du grand prophète montrent l'importance qu'on attribuait au Livre d'Isaïe, qui conservait ses paroles[4].

Isaïe ou Ésaïe

En hébreu, le nom théophore ישעיהו se prononce « Yéshayahou ». « Yésha » (ישע) peut se traduire « il sauve » ou « [le] salut » ; « Ya » (יה) comme dans Hallelou-Yah (qui signifie « louez Dieu ») est une forme abrégée du nom de Dieu YHWH ; « hou » (הו) = pronom personnel « lui ». Le nom d'Isaïe est donc théophore et signifie « Lui, Dieu, sauve » ou « Lui, Dieu, est salut »[5].

En français, les traditions juive, catholique et orthodoxe utilisent habituellement la forme Isaïe, alors que les protestants ont coutume de prononcer et d'écrire Ésaïe (probablement pour différencier le nom du prophète de celui du père du roi David, car les protestants nomment Isaï le père de David, tandis que les juifs l'appellent Ishaï et la tradition catholique Jessé). La Traduction œcuménique de la Bible utilise Ésaïe. La forme anglaise, y compris pour les protestants, est Isaiah.

Le Livre d'Isaïe

Article détaillé : Livre d'Isaïe.
Le Livre d'Isaïe dans une Bible anglaise.
Entre la nuit et l'aurore – manuscrit byzantin du Xe siècle.

Sous l'apparence d'un livre unique de 66 chapitres, le Livre d'Isaïe se présente en fait en trois parties bien distinctes qui auraient pu former trois livres séparés[réf. nécessaire] :

  • chapitres 1-39 : Isaïe présente le contexte historique, avec la montée en puissance de l'Assyrie, jusqu'à la tentative de prise de Jérusalem par Sennachérib ;
  • chapitres 40-55 : Isaïe évoque la montée en puissance de Cyrus II, le roi de Perse, annonçant la fin de l'exil à Babylone ;
  • chapitres 56-66 : Isaïe se penche sur la situation à Jérusalem peu de temps après le retour d'exil. Cette section regroupe probablement les prophéties de plusieurs prophètes.

Les chapitres 40 à 66 ont vraisemblablement été écrits et compilés autour de l'exil à Babylone, entre le VIe siècle av. J.-C. et le Ve siècle av. J.-C.[6]

Prophéties messianiques

Article détaillé : Messie dans le judaïsme.

La lecture et la compréhension des prophéties messianiques d'Isaïe diffèrent selon les traditions religieuses, chrétiennes ou juives. Pratiquement toutes les références (sauf (Isaïe 11,12)) renvoient à un messie qui ne concerne pas un peuple spécifique et cela, bien que le Messie soit désigné comme étant un descendant de Jessé, le père du roi David.

« Un rameau sortira de la souche de Jessé / un rejeton jaillira de ses racines » (Isaïe 11.1)

Mais on trouve des références traitant des temps futurs — sans préciser que ces changements dépendent de la venue du messie — dans pratiquement tous les livres bibliques et celles-ci désignent explicitement la maison d'Israël ou les Juifs.

  • « Les juges et les conseillers seront rétablis » (Isaïe 1.26) ;
  • « Il sera un arbitre entre les nations et le précepteur de peuples nombreux (…) » (Isaïe 2.4) ;
  • « (…) Seul Dieu sera grand en ce jour. » (Isaïe 2.17) ;
  • « Sur lui reposera l'esprit du Seigneur : esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de science et de crainte de Dieu » (Isaïe 11.2) ;
  • « Il jugera les faibles avec justice, il rendra des arrêts équitables en faveur des humbles du pays (…) du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant. » (Isaïe 11.4) ;
  • « (…) Les nations se tourneront vers lui. » (Isaïe 11.10) ;
  • « Il sera un messager de paix » (Isaïe 52.7) ;
  • « Car Ma Maison sera appelée une maison de prières pour toutes les nations. » (Isaïe 56.3-7)[7].

Interprétation chrétienne du messianisme

Benjamin West, Les Lèvres d'Isaïe purifiées par le feu.

L'exégèse chrétienne qui lit la version grecque de la Bible hébraïque (la Septante) voit dans certains passages d'Isaïe une pré-Annonciation de la naissance du Christ enfanté par une vierge (interprétation [non traduction littérale] de l'hébreu ‘almâ « jeune femme/fille » en parthenos = « vierge » dans la LXX). « Le Seigneur vous donnera un signe Voici que la jeune femme est enceinte et enfante un fils » (Isaïe 7.14)

L'argument était d'autant plus fort dans l'optique chrétienne que la traduction des Septante date d'avant Jésus de Nazareth.

« Car un enfant nous est né / un fils nous a été donné » (Isaïe 9.5)

La tradition chrétienne considère également que le « Serviteur souffrant » des Cantiques du Serviteur (42.1-9 ; 49.1-7 ; 50.4-11 ; 52.13-53.12) annonce Jésus-Christ et sa Passion.

Manuscrit retrouvé à Qumrân

En 1947, parmi les manuscrits de la mer Morte, seul le Livre d'Isaïe a été retrouvé dans son intégralité sous la forme d'un manuscrit du IIe siècle av. J.-C. : le Grand Rouleau d'Isaïe. D'autres manuscrits de ce livre, mais incomplets, ont également été découverts. On peut les voir au musée d'Israël à Jérusalem, dans le Sanctuaire du Livre.

Notes et références

  1. Nominis : saint Isaïe.
  2. http://www.ccel.org/c/charles/otpseudepig/martisah.htm.
  3. Introduction à l'Ancien Testament, Jean-Daniel Macchi, Thomas Römer, Christophe Nihan, ed.Labor et Fides, 2005, (ISBN 2-8309-1112-1).
  4. Jean-Pierre Prévost, Pour lire les prophètes, Cerf - Novalis, 1995, p. 78.
  5. Jacques Vermeylen dans Thomas Römer (éd.), Jean-Daniel Macchi (éd.) et Christophe Nihan (éd.), Introduction à l'Ancien Testament, Labor et Fides, 2009, p. 418-419.
  6. Christophe Rico, La mère de l'enfant-Roi. Isaïe 7, 14, Paris, Cerf, (ISBN 978-2-204-09869-4).

Voir aussi

Bibliographie

  • Adrian Schenker, Douceur de Dieu et violence des hommes. Le quatrième chant du serviteur de Dieu et le Nouveau Testament, coll. Connaître la Bible, no 29, Bruxelles, Lumen Vitæ, 2002 (ISBN 2-87324-186-1).
  • Gaston Duchet-Suchaux, Michel Pastoureau, La Bible et les Saints. Guide iconographie, Flammarion, Collection Tout l'Art, Paris, 1994, Première édition 1990 (ISBN 2-08-012256-8).
  • David Bensoussan, Le livre d'Isaie - Lecture commentée, Les Éditions du Lys (ISBN 978-2-922505-24-5), Les Éditions Du Marais, 2014 (ISBN 978-2-923721-52-1).
  • Jacques Vermeylen, Le Livre d'Isaïe, une cathédrale littéraire, coll. Lectio Divina, CERF, 2014.
  • Anne-Marie Pelletier, Le livre d'Isaïe ou l'histoire au prisme de la prophétie, coll. Lire la Bible no 151, CERF, 2008.

Articles connexes