Industrie du tabac

L'industrie du tabac désigne les entreprises engagées dans la production, le marketing et la distribution des produits à base de tabac. Il s'agit d'une industrie mondiale.

Histoire

Scotch snuff de Sweetser Brothers, Boston, 1840

Le tabac est une plante originaire des Amériques et historiquement une culture très importante pour les agriculteurs américains. De 1617 à 1793, le tabac a été l'exportation la plus précieuse de base en provenance des colonies anglaises. Jusqu'aux années 1960, les États-Unis ont été le plus grand pays producteur et exportateur de tabac du monde.

L'industrie du tabac au XXe siècle

À partir du milieu du XXe siècle, l'industrie du tabac fut pionnière de nombreuses campagnes à gros budget qui ont alimenté la croissance et l'évolution de l'industrie des relations publiques. Cependant, en 1964, les preuves épidémiologiques concluantes des effets mortels du tabagisme ont progressivement modifié l'image du tabac dans l'opinion publique.

L'industrie du tabac au XXIe siècle

Les années 2000 sont marquées par une politique anti-tabac et par une campagne de sensibilisation contre les dangers sanitaires du tabac, notamment son implication dans la survenue de cancers. De ce fait, l'industrie du tabac essaye de détourner l'attention des effets mortels de ses produits grâce à la publicité et au marketing. Selon des prévisions, le nombre de fumeurs d'ici à 2025 devrait augmenter de 500 millions, malgré les campagnes de prévention dans le monde. Il y a ainsi déjà 5,5 billions de cigarettes fumées chaque année dans le monde.

Les producteurs de tabac ont continué à recevoir des aides publiques, notamment à travers la Politique agricole commune (PAC) dans l'Union européenne jusqu'au début du XXIe siècle. À la suite de la réforme de la PAC de 2006, les aides à la production de tabac en Europe ne sont plus liées à la quantité produite mais elles ont cédé la place en France à des aides à la qualité du tabac[1]. En septembre 2013, neuf ministres de l'agriculture de l'Union européenne, dont le ministre français Stéphane Le Foll, ont plaidé pour la réintroduction des subventions directes à la culture du tabac, sans succès[2].

Parallèlement, les produits du tabac sont désormais fortement taxés et la publicité pour ces produits est restreinte à des degrés divers dans un grand nombre de pays.

L'industrie du tabac souhaite étendre son marché à certains pays d'Afrique, en ciblant un public jeune, notamment en proposant des paquets pour enfants ou la vente de cigarettes à l'unité[3].

La désapprobation sociale grandissante à l'encontre de cette industrie entraine une forme de culpabilité du personnel en charge des opérations de marketing. Se trouvant réprouvés par la morale, ils neutralisent leur remords par différentes attitudes caractéristiques des personnes en situation de déviance, telles « La loi nous interdit de travailler », ou « L'État est responsable et hypocrite ». Certains démissionnent, d'autres préfèrent rester, expérimentant une forme de prison dans laquelle ils en viennent à nier l'efficacité de leur propre travail pour légitimer de continuer à le faire[4].

Production de tabac brut

Article détaillé : Tabac.

Production moyenne en kg par habitant en 2012 (Sources : production FAOStat, Population World Development Indicators)

Principales entreprises

L'industrie du tabac se réfère généralement aux sociétés impliquées dans la fabrication de cigarettes, cigares, tabac à priser, à mâcher et tabac à pipe. La plus grande compagnie de tabac dans le monde en volume est la China National Tobacco Corporation. Après le vaste mouvement de fusion et acquisitions opéré au cours des années 1990 et 2000, les marchés internationaux sont dominés par 4 entreprises :

Relations publiques

Lobbying auprès des politiques

En 2012 et 2013, Philip Morris a établi des documents sur les députés européens en fonction de leur proximité supposée avec l'industrie du tabac et de la nécessité de les rencontrer[5]. Ces documents montrent aussi que les lobbyistes au service de l'industrie du tabac disposent d'un budget de 548 927 euros pour l'organisation d'événements lors desquels des politiques sont invités[6]. Aux États-Unis un procès opposant l'administration aux cigarettiers a mis sur la place publique les documents de 30 ans de stratégie commerciale et de lobbying[7].

Financement de la recherche

Article connexe : Biais de financement.

L'industrie du tabac a également financé un certain nombre de chercheurs publics. Le Council for Tobacco Research (CTR) était une officine de l'industrie du tabac, chargée d'allouer des fonds pour la recherche scientifique[8]. Le CTR a notamment financé les recherches de Jean-Pierre Changeux entre 1995 et 1998 à hauteur de 177 000 euros de 2012. Au total le CTR a financé plus de 1 000 chercheurs, ayant publié environ 6 000 articles scientifiques, pour un montant total de 282 millions d'euros. Une partie de ces études a servi à entretenir le doute sur les effets du tabac sur la santé. Un tribunal californien a jugé en 1998 que le CTR a été utilisé par l'industrie du tabac pour tromper le public[9]. Le CTR a été dissous à cette époque.

Jean-Pol Tassin, neurobiologiste, a reçu de Philip Morris entre 1989 et 2000 environ 546 000 euros pour ses recherches. Jean-Pol Tassin affirme en 2010 que les cigarettiers n'ont pas volontairement produit l'addiction à la cigarette, il conteste également que l'ammoniac ajouté aux cigarettes le soit pour augmenter la dépendance[8]. Or dès le milieu des années 1960, Philip Morris augmentait le pH de la fumée, à l'aide d'ammoniac, afin d'accroître la proportion de nicotine libre, plus facilement absorbée par l'organisme[10]. Les recherches de Robert Molimard ont également été financées par Philip Morris à hauteur de 700 000 euros entre 1986 et 1998. Philip Morris justifie ce financement, en interne, par le fait que M. Molimard est « considéré en France comme un des experts les plus importants sur le tabagisme ». M. Molimard estime qu'il n'y a pas de dépendance à la nicotine et que l'interdiction de fumer est une « intrusion fascisante »[8].

Pressions sur les États pour empêcher l'adoption de mesures contre le tabagisme

Au-delà des activités de lobbying, les multinationales du tabac exercent des pressions directes sur les États pour freiner l'adoption de mesures contre le tabagisme. Ces pressions passent notamment par des poursuites devant des tribunaux arbitraux contre les pays qui adoptent de telles mesures, par exemple l'Uruguay (affaire Philip Morris v. Uruguay) et l'Australie, et par la menace de lancer de telles actions, notamment contre les pays pauvres qui n'ont pas les moyens juridiques et financiers de se défendre ni d'assumer les conséquences éventuelles d'une condamnation[11]. Par exemple, en 2017 le Togo n'a toujours pas mis en place le paquet neutre à la suite d'une menace de poursuite devant un tribunal arbitral formulée en 2010 par Philip Morris, en vertu d'un accord de libre-échange avec la Suisse[12]. Ces menaces sont renforcées par des travaux réalisés par des analystes concluant à des dommages et intérêts potentiels très élevés si des mesures de lutte contre le tabagisme étaient prises. Ainsi des dommages très élevés ont été évoqués dans le cadre de la proposition de mettre en place des paquets de cigarettes neutres au Royaume-Uni[13], en Irlande[14] et en France[15].

Par ailleurs, l'industrie du tabac s'attache à faire durer autant que possible les procès qu'elle engage, afin de prolonger l'effet de dissuasion sur les autres pays tentés d'adopter des lois similaires. Ainsi, dans le cas de l'Australie et de sa décision de mettre en place des paquets de cigarettes neutres, des plaintes séparées ont été déposées par cinq pays (Cuba, le Honduras, l'Indonésie, la République dominicaine et l'Ukraine) à des dates différentes auprès de l'Organisation mondiale du commerce[16]. British American Tobacco a reconnu apporter un soutien financier à l'Ukraine dans le cadre de cette plainte[17]. L'industrie du tabac a également apporté son soutien légal et financier au Honduras pour la même affaire[18].

Impact environnemental

L'industrie du tabac affecte l'environnement à plusieurs niveaux[19] :

  • La culture du tabac nécessite des pesticides, qui polluent les sols ;
  • La culture et le séchage du tabac sont responsables d'une déforestation importante car la culture nécessite des terres arables tandis que le séchage utilise le bois comme un combustible ;
  • La transformation du tabac entraine l'émission de 16 million de tonnes de CO2 par an aux États-Unis, et elle était responsable de la production de 2,26 millions de tonnes de déchets solides et 209 000 tonnes de déchets chimiques en 1995 dans le monde ;
  • Les mégots de cigarettes constituent une source de pollution importante, car ils contiennent de nombreuses substances dangereuses.

En France : installation classée pour la protection de l'environnement

Selon la législation française, les établissements fabricant ou stockant du tabac sont des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE). En effet, ce type d'installation est concerné par la rubrique no 2180 de la nomenclature des installations classées (« fabrication et dépôts de tabac »)[20] :

  • Les installations dont la quantité totale susceptible d'être emmagasinée est supérieure à 25 tonnes sont soumises à autorisation préfectorale. Cette autorisation est délivrée sous la forme d'un arrêté préfectoral qui impose à l'exploitant le respect d'un certain nombre de prescriptions techniques[21].
  • Les installations dont la quantité totale susceptible d'être emmagasinée est supérieure à 5 tonnes, mais inférieure ou égale à 25 tonnes doivent être déclarées.

L'instruction des demandes d'autorisation d'exploiter ainsi que le contrôle du respect des prescriptions techniques par les exploitants sont réalisés par l'inspection de l'environnement[22].

Notes et références

  1. [PDF] Dossier PAC • Campagne 2012 - Notice Explication de la réglementation
  2. (en) « Italy leads late bid to boost EU tobacco subsidies », sur Reuters, (consulté le 10 décembre 2017).
  3. Ravi Jaipaul, « Les industriels à l'assaut de la jeunesse africaine », sur courrierinternational.com,
  4. Loréa Baïada-Hirèche, Bénédicte Bourcier-Béquaert et Sachet-Milliat Anne, « Le blues des marketers de l’industrie du tabac », I'MTech.,‎ (lire en ligne)
  5. « Lobby du tabac : Philip Morris fiche les eurodéputés », sur leparisien.fr,
  6. « Tabac : des députés européens fichés par Philip Morris », sur lemonde.fr,
  7. « A Digital Library of Tobacco Documents [en anglais] »
  8. a, b et c « Comment le lobby du tabac a subventionné des labos français », sur lemonde.fr,
  9. (en) « Tobacco Master Settlement Agreement Summary », sur oag.ca.gov
  10. Gérard Dubois, Le rideau de fumée, Seuil, , p. 111-122
  11. http://www.bastamag.net/Comment-l-industrie-du-tabac
  12. « « Envoyé spécial » du jeudi 16 novembre 2017 », France Info,‎ (lire en ligne).
  13. http://www.lemondedutabac.com/grande-bretagne-le-cout-des-paquets-generiques-paquets-neutres-138-milliards-deuros/
  14. « Tobacco giant says plain packaging could lead to State compensation », (consulté en 2016)
  15. « Le paquet de cigarettes neutre pourrait coûter cher à la France », (consulté en 2016)
  16. http://www.ip-watch.org/2014/03/27/australia-accepts-indonesia-wto-dispute-on-tobacco-packaging-calls-for-five-disputes-to-be-joined/
  17. http://mobile.reuters.com/article/governmentFilingsNews/idUSL6N0LX1RS20140228
  18. http://aftinet.org.au/cms/node/519
  19. « Fact Sheet: Environmental Impact of Tobacco », (consulté le 7 juin 2016)
  20. « 2180. Fabrication et dépôts de tabac », sur www.ineris.fr (consulté le 7 juin 2016)
  21. « Partie réglementaire du Livre V du Code de l'Environnement », sur www.ineris.fr (consulté le 7 juin 2016)
  22. « Missions », sur installationsclassees.developpement-durable.gouv.fr (consulté le 7 juin 2016).

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • (en) The Tobacco Atlas, World Health Organization, 2002
  • (en) Marketing to the marginalised: tobacco industry targeting of the homeless and mentally ill, 2005

Liens externes