Incendie criminel à Odessa

Commémoration le 10 mai 2014 en l'honneur de ceux qui sont morts dans les affrontements, devant la Maison des syndicats, brûlée.

L'incendie d'Odessa a eu lieu le dans le cadre de l'agitation croissante en Ukraine au lendemain de la réussite du mouvement de l'Euromaïdan. Des affrontements entre les groupes pro-ukrainiens et pro-russes ont éclaté dans plusieurs rues d'Odessa[1],[2],[3]. Ils ont abouti à un important affrontement autour de la Maison des syndicats, un point de repère à Odessa situé sur le terrain Kulikovo dans le centre-ville[4]. Ce bâtiment a pris feu dans des circonstances obscures, entraînant la mort de quarante-deux militants pro-russes qui s'y étaient retranchés[5]. Du chloroforme[6], entreposé dans le bâtiment pour une raison encore inconnue[7], serait responsable de la mort des occupants. Si aucune arme à feu n'a été trouvée à l'intérieur du bâtiment, néanmoins des individus armés[Qui ?] situés sur le toit, et qui avaient donc accès au bâtiment, tiraient, possiblement sur la foule située en dessous. Six autres personnes sont mortes dans les rues[8] : ces évènements sont les affrontements civils les plus sanglants dans la ville depuis 1918[9].

Origine du conflit

Drapeau de l'organisation « République populaire d'Odessa ».

À la suite du mouvement Euromaïdan, qui a conduit à la chute du président Viktor Ianoukovytch le 22 février, des protestations et des troubles éclatent dans les régions russophones de l'Est et du Sud du pays, fief électoral et de l'ancien pouvoir. Odessa était restée plutôt calme, avec des manifestations sporadiques de pro-Maidan, anti-Maidan et de groupes pro-russes[10]. Comme la situation se dégrade de plus en plus dans l'oblast de Donetsk, les manifestants pro-Maidan décident d'organiser un rassemblement pour une Ukraine unie à Odessa[4].

Événements

Campement des militants pro-russes le 13 avril.

Un rassemblement pour l'unité nationale a lieu à 14 heures sur la place Sobornaya, avec environ 1 500 personnes, dont des supporters du Tchornomorets Odessa et du FC Metalist Kharkiv, des militants du Secteur droit et d'autres partisans de l'unité ukrainienne[1],[11],[12].

Ce type de marches est une tradition régulière avant les matches de football dans la région[9]. Après avoir descendu la rue Deribasovskaya, les supporters des deux équipes chantent ensemble l'hymne national ukrainien et scandent des slogans patriotiques tels que « Odessa, Kharkiv, Ukraine », et d'autres chansons contre le président russe Vladimir Poutine[9],[13]. Les membres de l'OSCE ont déclaré qu'ils ont vu environ une centaine de militants pro-unité en tenue de camouflage avec des bâtons et des boucliers[14]. Le candidat pro-russe à la mairie d'Odessa, Hennadiy Trukhanov et le pro-ukrainien Oleksandr Dubovoy qui a dirigé la campagne électorale de Ioulia Tymochenko dans la ville, ont tous deux été accusés d'avoir engagé des titouchky, payés pour disperser des manifestations par la violence[15].

Les participants ont averti des journalistes avant la marche qu'ils avaient découvert à travers les médias sociaux que les « partisans anti-Maidan ont appelé tout le monde à se rassembler et à écraser la marche pro-unité »[12].

Selon les rapports du gouvernement ukrainien, un bus des séparatistes pro-russes a été arrêté alors qu'il tentait d'entrer dans la ville, mais ils ont été rapidement remis en liberté sur ordre d'un fonctionnaire de police de haut rang[16].

Escalade des affrontements

Le défilé a été plus tard attaqué dans la rue Hretska par une foule pro-russe du groupe Odesskaya Druzhina armée de bâtons et d'armes à feu[11],[2],[17]. Les deux parties ont échangé des pierres et des cocktails Molotov et des barricades ont été construites dans la ville durant l'après-midi[18]. Certains témoins affirment que la première victime était un manifestant pro-Ukraine tué d'un tir d'arme automatique dans le poumon autour de 13 h 40[19],[20]. En effet un partisan anti-Maidan, armé d'un fusil d'assaut Kalachnikov, a ouvert le feu dans une ruelle menant dans la rue Derybasivskaya[9],[21]. Quelques coups de feu ont été tirés sur la foule depuis le toit du centre commercial Afina[11]. L'utilisation d'une arme automatique par des manifestants pro-Ukraine a été aussi établie par une enquête dirigée par un groupe de journalistes et d'experts d'Odessa[22], soutenus par du matériel vidéo[23]. Il est rapporté qu'au moins trois manifestants pro-russes sont morts d'un tir de pistolet[24],[25].

Incendie de la Maison des syndicats

Faits

La Maison des syndicats après l'incendie.

Dès que la nouvelle de l'attaque par des manifestants pro-russes s'est répandue, des manifestants pro-ukrainiens ont lancé sur les réseaux sociaux un appel pour aller à Kulikovo et détruire le camp des anti-Maidan[12]. En conséquence, la foule pro-russe a ensuite été submergée par les manifestants pro-ukrainiens et leur campement à l'extérieur de la Maison des syndicats a été incendié[11],[26],[27]. Cela a forcé les pro-russes à entrer dans ce bâtiment et à l'occuper[27]. Le bâtiment, situé sur Kulikovo, dans le centre-ville[28], comporte cinq étages et est le siège de la fédération régionale des syndicats d'Odessa[28].

Les rapports sur le déroulement de la suite des évènements varient selon les sources. Tout en défendant le bâtiment, les militants sur le toit ont jeté des pierres et des cocktails Molotov sur les manifestants situés en bas[11],[26]. Un rapport de l'Agence d'information indépendante ukrainien (UNIAN) dit que la foule pro-Ukraine a commencé à jeter des cocktails Molotov dans le bâtiment après avoir été repoussée par le groupe pro-russe[29]. BBC News a déclaré que la situation était difficile, plusieurs sources indiquant que les deux parties avaient échangé des cocktails Molotov. Un témoin oculaire a déclaré à la BBC que le feu a commencé au troisième étage, quand un cocktail Molotov a été lancé sur une fenêtre fermée de l'intérieur du bâtiment, et le Kyiv Post a rapporté que plusieurs bouteilles enflammées détenus par des militants de l'unité ukrainienne à l'extérieur ont été jetées dans l'entrée et à travers les fenêtres des deuxième et quatrième étages[2],[9],[11]. Une enquête officielle menée par le ministère de l'Intérieur ukrainien a déclaré que, bien qu'aucune arme à feu n'ait été trouvées à l'intérieur du bâtiment, ceux sur le toit tiraient sur la foule en dessous, et [Qui ?] a accidentellement mis le feu au bâtiment tout en jetant des cocktails Molotov[30],[31]. Les sources russes contestent ce rapport, en disant que le feu a été déclenché intentionnellement par les « radicaux pro-Kiev » et que ceux qui sont morts étaient « des militants anti-gouvernementaux »[32].

Sans chercher à déterminer la responsabilité de l'incendie, on sait qu'il a commencé aux deuxième et troisième étages de l'immeuble, et qu'il s'est propagé rapidement[28]. Les pompiers ont été lents à réagir, n'arrivant qu'une heure après le début de l'incendie[9]. Treize unités d'engins d'incendie et de secours ont été envoyés sur les lieux, mais elles ont été empêchés de fonctionner en raison du grand nombre de personnes rassemblées autour du bâtiment[28]. Cinquante militants pro-russes sont restés sur le toit, en se barricadant dans le bâtiment et en refusant de le quitter, tandis que d'autres ont été vus en train d'essayer de sauter par les fenêtres[32]. Une partie de ceux qui ont essayé d'échapper à l'incendie ont été battus lors de leurs tentatives de fuite par des manifestants pro-ukrainien[9],[13],[33].

Bilan humain

Trente-deux personnes sont mortes dans l'incendie : vingt-trois à la suite d'une intoxication au monoxyde de carbone et huit après avoir sauté par les fenêtres pour échapper aux flammes[34].

Au total, quarante-trois personnes sont mortes en une journée à la suite des affrontements[35]. La police a dit qu'au moins trois personnes ont été abattues[36],[37],[38], le personnel hospitalier a indiqué que 174 personnes ont été blessées, dont 25 étaient dans un état critique[39]. 172 personnes ont été arrêtées à la suite du conflit, et 38 militants pro-russes ont été arrêtés par la police après avoir évacué le bâtiment en flammes[40],[41].

Un correspondant TSN a rapporté que quinze des morts dans l'incendie étaient des citoyens russes, et que cinq étaient originaires de Transnistrie[42]. Le conseiller municipal d'Odessa Dmitry Spivak a également déclaré que certains des émeutiers étaient originaires de Transnistrie[43]. Le ministère de l'Intérieur a déclaré que l'identité de la plupart des victimes du 2 mai n'a pas été déterminée, en dépit de ces rapports[44].

Conséquences politiques

Un mémorial aux victimes des affrontements, le 4 mai à Donetsk.

La ville d'Odessa a annoncé trois jours de deuil en l'honneur de ceux qui sont morts dans les affrontements[45]. Le président ukrainien par intérim, Oleksandr Tourtchynov, a emboîté le pas, déclarant deux jours de deuil national pour les morts dans les affrontements, et aussi pour ceux qui sont morts au cours d'une contre-offensive gouvernementale dans l'oblast de Donetsk[45].

Les manifestants pro-russes et pro-ukrainiens se sont rassemblés devant le lieu de l'incendie le lendemain[46]. Environ 2 000 manifestants pro-russes se sont réunis à l'extérieur du bâtiment en chantant[47]. Il y avait une forte présence de la police et quelques bagarres entre les manifestants[46].

Exploitation littéraire

Le romancier belge Paul Colize s'est inspiré de ces évènements pour mettre en scène, dans son roman Zanzara (Paris, Fleuve noir, 2017) les aventures d'un journaliste d'investigation enquêtant sur la mort d'un barbouze impliqué dans le massacre d'Odessa. Sa thèse repose sur la présence de mercenaires dans l'opération, et sur son caractère prémédité.

Alex de Brienne a consacré un épisode de la série KO à ces évènements intitulée Massacre à Odessa (Livre de Poche, 2017). L'auteur analyse chaque piste évoquée : mafia locale, commande de la CIA, accident, provocation russe du FSB[48].

Sources

Notes et références

  1. a et b (en) « Pro-Ukrainians, pro-Russians clash in Odessa », sur Global Post, (consulté le 26 octobre 2014)
  2. a, b et c (en) « Dozens killed in Odessa fire amid clashes », sur BBC News, (consulté le 26 octobre 2014)
  3. (en) « 4 dead in Ukraine's Odessa as pro - and anti-Maidan rallies clash », RT, (consulté le 26 octobre 2014)
  4. a et b (en) « Dozens die in Odessa, rebels down Ukraine helicopters », sur Reuters, (consulté le 26 octobre 2014)
  5. (en) « Report on the human rights situation in Ukraine », Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, (consulté le 26 octobre 2014)
  6. (en) « Interior Ministry: Chloroform discovered in Odessa Trade Unions building where 32 died (UPDATE) », sur kyivpost, (consulté le 4 novembre 2014)
  7. (en) « Ukrainian Investigator Sees Chloroform as Cause of Odessa Deaths », sur Bloomberg BusinessWeek, (consulté le 26 octobre 2014)
  8. (en) « Police say 42 killed in Odessa in worst violence of Ukraine crisis », sur Los Angeles Times, (consulté le 26 octobre 2014)
  9. a, b, c, d, e, f et g (en) « Dibrov », sur Kyiv Post, (consulté le 26 octobre 2014)
  10. (en) « OSCE Special Monitoring Mission to Ukraine », sur OSCE (consulté le 26 octobre 2014)
  11. a, b, c, d, e et f (en) « How did Odessa's fire happen? », sur BBC News, (consulté le 26 octobre 2014)
  12. a, b et c (en) Elena Rykovtseva, « Odesa Dispatch: 'Some Murders Are Announced' », sur Radio Free Europe/Radio Liberty, (consulté le 26 octobre 2014)
  13. a et b (en) Andrew E. Kramer, « Ukraine's Reins Weaken as Chaos Spreads », sur The New York Times, (consulté le 26 octobre 2014)
  14. (en) « Latest from the Special Monitoring Mission in Ukraine - based on information received up until 02 May 2014 », Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, (consulté le 26 octobre 2014)
  15. (en) « Ukraine's murky inferno », sur The Economist, (consulté le 26 octobre 2014)
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  19. (ru) Новости Донбасса, « Вчера в Одессе сепаратисты расстреливали проукраинских митингующих. Фотофакт », sur News of Donbass,‎ (consulté le 26 octobre 2014)
  20. (ru) « Опубликованы фото применения оружия одесскими сепаратистами », sur Liga News,‎ (consulté le 26 octobre 2014)
  21. hromadske.tv, « Separatists in Odessa Shoot at pro-Ukrainian Activists Hiding Behind Police Lines », Youtube, (consulté le 13 juin 2015)
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  47. (en) « Ukrainе Anti-Terror Chief: This Is War », sur Voice of America News,‎ (consulté le 26 octobre 2014)
  48. Leslibraires.fr, Massacre à Odessa (KO, Tome 1) - Alex de Brienne - Le Livre de Poche (lire en ligne)

Liens externes

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