IHU Méditerranée Infection

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43° 17′ 23″ N, 5° 24′ 02″ E
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L'Institut hospitalo-universitaire en maladies infectieuses de Marseille (IHU Méditerranée Infection) ou « Institut MI» est un institut hospitalo-universitaire créé en 2011 sous la forme d'une fondation de coopération scientifique.

Il est issu d'un partenariat entre l'Université d'Aix-Marseille, les hôpitaux universitaires de Marseille, l'Institut de recherche pour le développement (IRD), le Service de santé des armées, BioMérieux, et l'Établissement français du sang.

Présentation de l'Institut

Genèse

Lauréat des investissements d'avenir en 2011, le projet d’IHU de Marseille en maladies infectieuses (POLMIT) consistait en 2011 à concentrer sur le site de la Timone à Marseille les moyens de lutte contre les maladies infectieuses[1]. La création de l'institut est financée grâce à la subvention la plus élevée accordée en France pour la recherche médicale : 72,3 M€ (dont 48,8 M€ consacrés à la construction du bâtiment)[2]. Le coût total est de « plus de 150 millions d'euros »[3],[4]. Il est ouvert aux patients en décembre 2016[3],[5]. Un nouveau bâtiment est inauguré en mars 2018[6],[7],[8].

Gouvernance de l'institut

L’IHU est administré par une fondation de coopération scientifique (fondation Méditerranée Infection) qui regroupe sept membres fondateurs, dont l’Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille et Aix-Marseille Université, et des membres partenaires. En 2015, le professeur Didier Raoult est le directeur de la fondation et le docteur Yolande Obadia préside son conseil d’administration[1]. Celle-ci était précédemment directrice de la fondation Infectiopôle Sud présidée par Didier Raoult. Philippe Douste-Blazy, ancien ministre de la Santé est également membre du conseil d’administration. L'IGAS regrette en 2015 que « le management de la fondation et de l’ensemble du projet est tout entier dominé par le professeur Didier Raoult qui l’exerce selon un mode vertical fondé sur l’autorité et non sur la coopération et l’inclusion et selon un mode très centralisé, sans délégation ou presque. Toutes les décisions, scientifiques et non-scientifiques, remontent en pratique au professeur Didier Raoult qui décide selon des critères qui ne sont pas transparents pour un bon nombre des interlocuteurs de la mission. »[1].

Organisation

L’IHU n'a aucune structure de réanimation mais peut traiter des malades dont l'état ne nécessite pas de prise en charge lourde ; l'unité comporte 75 lits[9],[10]. Les patients qui ont besoin de réanimation sont transférés à l’hôpital de la Timone[11].

En 2016, l'IHU comporte quatre unités de recherche : l’URMITE, UMR 7278 dirigée par le professeur Didier Raoult, l’UMR 190 dirigée par le professeur Xavier de Lamballerie, l’UMR 912 (SESSTIM) dirigée par le professeur Jean-Paul Moatti et l’UMR MD-3 du professeur Renaud Piarroux[1]. En janvier 2018, l'une des UMR, l'URMITE, est scindée en deux : VITROME (Vecteurs – Infections Tropicales et Méditeranéennes) et MEPHI (Microbes Evolution Phylogeny and Infections).

Champs de recherche

Les thèmes de recherche sont la lutte contre le SIDA, la Tuberculose et le Paludisme, ainsi que la recherche dans le domaine des maladies émergentes (infections respiratoires et infections diarrhéiques) et l'étude de la contagion de ces maladies[réf. souhaitée].

L'institut fait beaucoup parler de lui, via la voix de Didier Raoult, lors de la controverse sur le traitement de la maladie à coronavirus 2019 par l'hydroxychloroquine. L'IHU a annoncé avoir séquencé 494 génomes complets du SARS-CoV-2, sans toutefois les partager sur la plateforme internationale GISAID qui vise à mettre en commun toutes les séquences pour mener des comparaisons phylogénétiques du virus[12].

Infrastructure

Situé sur le site de la Timone, il s'étend sur 27 000 m2, dont 5 000 m2 destinés aux soins du pôle maladies infectieuses et tropicales avec près de 75 lits d’hospitalisation complète et 25 lits d’hôpital de jour[3],[13]. L'IHU emploie 800 personnes dont un tiers affecté à la recherche[14].

Controverses

Affaires de harcèlement

En avril 2017, 12 personnes de l’unité de recherche médicale sur les maladies infectieuses (Urmite) dirigée par le professeur Didier Raoult dénoncent auprès des tutelles de l’Urmite (Université Aix-Marseille, CNRS, IRD et Inserm) « les conditions dégradées de travail des agents et étudiants, des manquements aux règles éthiques, des problèmes de matériels, d’hygiène et de sécurité et des comportements inappropriés de certains membres du personnel et directeurs de recherche »[15],[16]. Les CHSCT réunis en juillet[17] rendent un rapport très sévère[18],[19].

Quatre plaintes pour harcèlement ou agression sexuels sont déposées à l'encontre de chercheurs ou d'enseignants de l'Urmite[20],[21].

Pour Didier Raoult, qui a ignoré les signalements[22], il s'agit d' « une histoire d’amour qui a mal tourné »[20],[23], mais un chercheur de l’Urmite est révoqué de la fonction publique par la commission disciplinaire du CNRS[15],[22],[24],[25]. Cette décision de révocation est suspendue dans un premier temps en référé par le tribunal administratif, mais le conseil d'État maintient la révocation, et un recours sur le fond est toujours pendant devant le tribunal administratif[8],[26],[27],[28].

Le chercheur concerné devient membre d’une start-up hébergée à l’IHU[29].

En mars 2020, le conseil de laboratoire de l’unité de recherche Vitrome discute sa demande de réintégration en tant que chercheur associé ; il l' « approuve » selon une première version du compte rendu et l' « enregistre » selon la version corrigée[29]. Après avoir consulté la direction d'AMU, le directeur de l'Unité annonce finalement qu'il refusera[29].

Qualité des recherches menées à l'IHU

Suite à l'évaluation « pas très bonne »[30] par l'HCERES des unités VITROME et MEPHI en 2017 [31],[32],[33] (« volume de publications plutôt que leur qualité », « manque d'expertise dans des domaines clefs », « compilation de nouvelles bactéries (...) comme on collectionne des timbres », et citant la revue New Microbes and New Infections comme tentative servant à « publier des articles refusés par les autres revues, est quelque peu désespérée »), le CNRS et l'Inserm se retirent de l'institut[7],[8],[30],[19].

Conflits d'intérêt

En 2017, après la défection du CNRS et de l'INSERM, l’ancien président de l'IRD Jean-Paul Moatti renouvelle son soutien à l'IHU, en signant une convention avec sa propre épouse, qui est présidente de la fondation de l’IHU, et sans consultation du service des affaires juridiques de l’IRD[34]. Après enquête, l'agence française anti-corruption estime que « le PDG aurait dû se déporter et faire approuver cette convention par le conseil d’administration », et que le million d'euros versé depuis 2017 pour l'accueil de 5 chercheurs IRD est « disproportionné »[35].

L'IHU lors de la pandémie de Covid-19

Menaces de poursuites contre Damien Barraud

Le 14 avril 2020, pendant la pandémie de Covid-19, sur twitter, l'IHU menace de poursuites judiciaires le docteur Damien Barraud, médecin réanimateur du Centre hospitalier régional de Metz-Thionville, et vif opposant à ce qu'il appelle la « médecine spectacle » pratiquée par le Pr Raoult[36]. L'IHU l'accuse d'être derrière le compte Twitter « @fluidloading HydroxyChloroQueen », qui critique vivement, et de façon quasi-quotidienne, l'institut et son directeur. Damien Barraud reconnait être le propriétaire de ce compte, et dénonce une tentative d'intimidation[37],[38],[39].

Contournement de l'avis d'un comité de protection des personnes

Des travaux publiés par les équipes de l'IHU sur le traitement de la covid-19 sont suspectés de relever de la recherche impliquant la personne humaine, sans pour autant avoir reçu l'aval obligatoire d'un comité de protection des personnes. Le sujet est débattu par plusieurs chercheurs[40] avant d'être portée par les médias. Le 26 mai 2020, le quotidien Libération révèle qu'une demande d'autorisation pour une étude a bien été sollicitée, mais annulée par l'IHU Méditerranée Infection, quelques jours avant la publication d'une étude analogue[41],[42]. L'enquête précise que l'examen de la demande, finalisée, s'est révélée négative. Quelques jours plus tard, Le Canard Enchaîné révèle à son tour qu'une instruction judiciaire est en cours sur ce dossier[43]. L'Agence nationale de sécurité du médicament, qui a diligenté sa propre enquête[44], a confié la suite des investigations au Conseil National de l'Ordre des médecins.

Notes et références

  1. a b c et d Bézagu et al. 2001.
  2. « L'Institut hospitalo-universitaire (I.H.U.) en maladies infectieuses. Diagnostic et propositions. », sur Ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation (consulté le 23 mars 2020)
  3. a b et c « L'IHU Méditerranée Infection, un modèle économique inédit qui rapporte (2/2) », sur Gomet, (consulté le 23 mars 2020)
  4. « Droit de réponse du professeur Raoult », La Provence, 29 novembre 2017
  5. Vaudoit 2018.
  6. « L'IHU, fierté marseillaise de la recherche et du soin », La Provence, (consulté le 23 mars 2020)
  7. a et b Catherine Walgenwitz, « Marseille : le pôle d'infectiologie se refait une santé », Journal La Marseillaise,‎ (lire en ligne)
  8. a b et c « Didier Raoult inaugure son IHU Méditerranée Infection sur un mode défensif », Marsactu,‎ (lire en ligne)
  9. « Coronavirus : « Nous ne voulons pas avoir à choisir les malades », la tribune des médecins de l'AP-HM », sur LaProvence.com, (consulté le 28 septembre 2020)
  10. « Marseille : l'IHU de Didier Raoult ne dispose pas de lits de réanimation pour les patients atteints d'une forme grave du Covid-19 », sur actu.orange.fr, (consulté le 9 octobre 2020)
  11. Caroline Coq-Chodorge, « En réanimation à Marseille: «On est déjà dans un goulot d’étranglement» », sur Mediapart (consulté le 25 octobre 2020)
  12. Lise Barnéoud, « Données épidémiologiques: la pénurie cachée », sur mediapart.fr,
  13. « Didier Raoult, il est né le divin infectiopole... », La Provence,‎ (lire en ligne)
  14. « Coronavirus. Le professeur Didier Raoult, directeur à l’IHU – Méditerranée Infection appelle au calme », sur www.ledauphine.com (consulté le 31 mars 2020)
  15. a et b Myriam Guillaume, « Marseille : les sanctions tombent à l’unité de recherche médicale sur les maladies infectieuses », Journal La Marseillaise,‎ (lire en ligne)
  16. « Le chercheur Didier Raoult mis sur la sellette par ses tutelles », sur Marsactu, (consulté le 24 mars 2020)
  17. « L'unité de Didier Raoult : « Paradis de la recherche » pour les uns, enfer pour d'autres », Marsactu,‎ (lire en ligne, consulté le 6 mai 2018)
  18. « Sévère rapport sur l'unité de recherche du professeur Raoult », Marsactu,‎ (lire en ligne)
  19. a et b « Coronavirus : qui est Didier Raoult, la « star mondiale » de la microbiologie qui assure avoir trouvé le remède contre le Covid-19 ? », sur Franceinfo, (consulté le 30 mars 2020)
  20. a et b « Plusieurs plaintes déposées pour harcèlement sexuel à l'université d'Aix-Marseille », Marsactu,‎ (lire en ligne)
  21. « Marseille : Harcèlement moral et sexuel à l'unité de recherche sur les maladies infectieuses », sur France 3 Provence-Alpes-Côte d'Azur (consulté le 26 mars 2020)
  22. a et b « Agresseur et harceleur sexuel présumé, un chercheur de l'IHU révoqué de la fonction publique », Marsactu,‎ (lire en ligne)
  23. « Les syndicats de la recherche s'insurgent contre les propos du professeur Raoult », Marsactu,‎ (lire en ligne)
  24. « Décision n° DEC172858DRH », sur www.dgdr.cnrs.fr, BULLETIN OFFICIEL DU CNRS,
  25. Jean-Paul Delahaye, Michèle Leduc, Nathalie Nevejans et Lucienne Letellier, COMETS AVIS 2018-36 - Le Harcèlement sexuel dans les laboratoires : quelques considérations éthiques, (lire en ligne)
  26. « Le Conseil d’État confirme la révocation d’un chercheur de l’institut d’infectiologie », sur Marsactu, (consulté le 2 avril 2020)
  27. Communiqué de presse du SNTRS-CGT et de la CGT-FERC-SUP : université AMU Marseille (16 mai 2018) (Pdf) http://websyndicats.vjf.cnrs.fr/sntrscgt/IMG/pdf/en_bref_no472.pdf
  28. Conseil d'État, 4ème chambre, 26/04/2018, 416740, Inédit au recueil Lebon, (lire en ligne)
  29. a b et c « Le chercheur soupçonné de harcèlement sexuel tente un retour à l'IHU de Didier Raoult », sur Marsactu, (consulté le 1er mai 2020)
  30. a et b « « Champion » à Marseille, savant reconnu et amateur de polémiques : Didier Raoult, le trublion du Covid-19 », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 25 mars 2020)
  31. HCERES, Report on research unit: Vecteurs - Infections TROpicales et MÉditerrannéennes, (lire en ligne)
  32. HCERES, Report on research unit: Microbes Evolution Phylogeny and Infections (lire en ligne)
  33. « Homme de réseaux et enfant terrible de la recherche, enquête sur le système Raoult », sur Marsactu, (consulté le 27 mars 2020)
  34. « Conflit d'intérêts à la tête de l'institut de recherche pour le développement », sur Marsactu, (consulté le 27 mars 2020)
  35. « Les flux financiers entre l'IRD et l'IHU de Didier Raoult entachés d'un conflit d'intérêts », sur Marsactu, (consulté le 10 septembre 2020)
  36. Benjamin Grinda, « [Covid-19] Damien Barraud : « C'est de la médecine spectacle, ce n'est pas de la science » - Journal La Marseillaise », sur www.lamarseillaise.fr (consulté le 21 avril 2020)
  37. « L'institut du Pr Raoult menace de porter plainte contre un médecin critique », sur valeursactuelles.com,
  38. « Chloroquine et médecine spectacle : l'IHU Méditerranée menace un réanimateur de poursuite pénale, le collectif FakeMed vole à son secours », sur lequotidiendumedecin.fr,
  39. « Coronavirus : les dessous de l'affrontement entre le Pr Raoult et le médecin réanimateur Damien Barraud », sur ladepeche.fr,
  40. Philippe Amiel, Hervé Chneiweiss et Christine Dosquet, « Covid-19: protocoles de soins ou protocoles derecherche? », médecine/sciences,‎ (lire en ligne)
  41. Florian Gouthière, « L’équipe du Pr Raoult a-t-elle contourné l’avis obligatoire d’un comité de protection des personnes ? », sur Libération.fr, (consulté le 17 juillet 2020)
  42. Florian Gouthière, « Le professeur Raoult a-t-il pris des libertés avec les règles éthiques ? », sur Libération.fr, (consulté le 17 juillet 2020)
  43. « Didier Raoult épinglé par l'Agence nationale du médicament », sur Europe 1 (consulté le 17 juillet 2020)
  44. « L'ANSM attend de Didier Raoult qu'il démontre le caractère observationnel de sa dernière étude », sur www.apmnews.com (consulté le 17 juillet 2020)

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

Lien externe