Homme de Tautavel

Homme de Tautavel
image illustrative de l’article Homme de Tautavel
Crâne de l'Homme de Tautavel
fossile Arago 21
Coordonnées 42° 50′ nord, 2° 45′ est
Pays Drapeau de la France France
Département Pyrénées-Orientales
Massif Corbières
Vallée Verdouble
Localité voisine Tautavel
Daté de 560 000 à 300 000 ans AP
Période géologique Pléistocène moyen
Époque géologique Paléolithique inférieur
Découvert le 1965
Découvreur(s) Henry et Marie-Antoinette de Lumley
Identifiant Arago 1 à 149
Particularités Plus ancien fossile humain trouvé en France
Identifié à Homo heidelbergensis

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L'Homme de Tautavel est le nom donné à un ensemble de fossiles du genre Homo, trouvés dans la Caune de l'Arago, sur la commune de Tautavel, dans les Pyrénées-Orientales (France). Les fossiles humains découverts sont datés sur une période allant de 560 000 à 300 000 ans avant le présent, et sont généralement attribués à l'espèce Homo heidelbergensis[1],[2]. La première dent fut mise au jour en 1965, et le fossile Arago 21 en 1971, par l'équipe d'Henry et Marie-Antoinette de Lumley. Les campagnes annuelles de fouilles continuent de livrer de nouveaux vestiges.
L'industrie lithique associée à l'Homme de Tautavel est de type acheuléen[3].

La Caune de l'Arago

Le Verdouble au bas de la Caune de l'Arago ; on accède à la grotte en montant un chemin le long de la roche visible à droite sur la photo.
Article détaillé : Caune de l'Arago.

Le site préhistorique de la Caune de l'Arago se trouve sur la commune de Tautavel, au nord des Pyrénées-Orientales, dans une vaste cavité surplombant un cours d’eau pérenne, le Verdouble. Connue depuis le milieu du XIXe siècle pour ses restes de faune, la Caune de l'Arago a commencé à livrer des industries préhistoriques à Jean Abélanet en 1948. Depuis 1964, elle fait l’objet de fouilles systématiques longtemps dirigées par Marie-Antoinette et Henry de Lumley. Ce dernier est notamment le président du Centre européen de recherche préhistorique de Tautavel.

Son remplissage, épais d'une quinzaine de mètres, couvre la quasi-totalité du Pléistocène moyen et a fait l’objet de nombreuses datations radiométriques[1],[2]. Des âges limites d’environ 700 000 et 100 000 ans ont été obtenus par datation par l'uranium-thorium pour des planchers stalagmitiques situés respectivement à la base (plancher 0) et au sommet (plancher α) de la séquence stratigraphique.

Les principaux niveaux archéologiques se trouvent dans l’ensemble III (niveaux de « sols » D à G) et ont un âge compris entre 300 000 et 450 000 ans. Cet ensemble a livré à ce jour de nombreux outils lithiques et près de 150 restes humains fossiles[4].

Les matériaux utilisés sont majoritairement locaux (80 %) et ont été prélevés dans les alluvions du Verdouble, mais certains proviennent de zones distantes d’une trentaine de kilomètres au nord-est et au sud-ouest du site, traduisant une bonne connaissance des ressources régionales et une certaine anticipation des besoins[5].

Attribution

Les restes découverts ont fait l'objet d'interprétations taxonomiques qui ont évolué au fil du temps :

  • Pour l'équipe des inventeurs, l'Homme de Tautavel aurait été une forme européenne d'Homo erectus pour laquelle le nom d'Homo erectus tautavelensis avait initialement été proposé[4].
  • L'appellation Homo erectus tendant aujourd'hui à se restreindre à l'Asie, la majorité des auteurs modernes attribuent les fossiles à l'espèce Homo heidelbergensis, plus spécifiquement européenne[6],[7].

La paléoanthropologue Amélie Vialet souligne toutefois que les mandibules fossiles de Tautavel paraissent plus graciles que la mandibule de Mauer, qui sert d'holotype à l'espèce Homo heidelbergensis. La définition des différentes espèces fossiles européennes suscite encore de nombreux débats parmi les spécialistes.

Sculpture, devant le musée de Tautavel

Principaux fossiles

L'Homme de Tautavel est représenté par 149 fragments fossiles découverts à ce jour. Le plus célèbre est un crâne incomplet découvert en plusieurs étapes : la face et le frontal (Arago XXI ; cf. illustration) ont été mis au jour le et le pariétal droit (Arago XLVII) a été retrouvé huit ans plus tard. Il s'agit des restes d'un individu mâle, âgé d'une vingtaine d'années, mesurant environ 1,65 m pour un poids de 45 à 55 kg. Son front était plat et fuyant et ses arcades sourcilières proéminentes (torus sus-orbitaire). Les surfaces d'insertion musculaire indiquent une musculature développée. La boite crânienne a un volume estimé à 1 150 cm3[4],[8].

Parmi les autres restes découverts, il convient de signaler deux mandibules, l'une d'une femme âgée d'une cinquantaine d'années (Arago II) et l'autre d'un jeune adulte mâle de 20 à 25 ans (Arago XIII).

En juillet 2008, une nouvelle mandibule humaine (Arago 119), vieille de 450 000 ans, a été mise au jour par l'équipe de Marie-Antoinette et Henry de Lumley. Il s'agit de la quatrième mandibule découverte sur le site. « C'est une découverte très importante, car il y a très peu de mandibules retrouvées jusqu'à présent en Europe. Moins de dix, antérieures à 400 000 ans, ont jusqu'ici été exhumées » a déclaré Henry de Lumley. L'une d'elles, qui aurait appartenu à une femme âgée de 30 ans, avait déjà été trouvée sur ce même site en 2001.

Sites préhistoriques en Europe contemporains de l'Homme de Tautavel.

Une cinquième mandibule a été mise au jour en juillet 2012. Répertoriée Arago 131, elle appartenait à un adulte dont le sexe reste à déterminer[9]. Une incisive inférieure découverte en 2014 en fait le 148e reste humain découvert sur le site[10].

Le , le Musée de la Préhistoire de Tautavel a annoncé la découverte par des jeunes chercheurs d'une dent vieille de 550 à 560 000 ans sur le site de la Caune de l'Arago. Cette découverte repousse de 100 000 ans l'âge prêté jusque-là à l'Homme de Tautavel. Le crâne Arago 21, mis au jour en 1971 et complété en 1979, a longtemps marqué à 450 000 ans la présence la plus ancienne d'humains en France au cours du Pléistocène moyen[11].

Mode de vie

Reconstitution du squelette de l'Homme de Tautavel, Musée de Tautavel.

L'Homme de Tautavel ne maitrisait pas encore le feu (il mangeait donc sa viande crue) : de rares ossements brûlés attestant de l'utilisation du feu à la Caune de l'Arago font leur apparition dans les dépôts ultérieurs, dont l'âge est compris entre 400 000 et 100 000 ans AP, et les témoins de combustion ne se généralisent qu'après 100 000 ans AP.

L'habitat a révélé des restes de rhinocéros, de chevaux, mouflons, tahrs, bœufs musqués, bisons, cerfs, daims et rennes[12]. Il est fort possible également qu'il ait mangé de petits animaux. Les chercheurs ont trouvé des traces de cannibalisme. L'Homme de Tautavel était peut-être davantage charognard que chasseur. S'il était chasseur, son territoire s'étendait sans doute sur un rayon d'au moins 30 km (comme en témoignent également certaines roches importées pour son outillage[5]).

L'industrie lithique associée à l'Homme de Tautavel est interprétée tantôt comme un Tayacien ancien, tantôt comme un Acheuléen[13]. Quelques bifaces sont présents, mais ils sont rares compte tenu de la difficulté d'en réaliser sur les matériaux locaux, dont le quartz filonien.

Le musée et le centre de recherches de Tautavel

Le Centre Européen de Recherches Préhistoriques est l'un des cinq sites de l'UMR 7194 - Histoire naturelle de l’Homme préhistorique, département de Préhistoire au sein du nouveau département « Hommes & Environnements » du Muséum national d'histoire naturelle[14]. Il est situé dans des locaux voisins du Musée de Tautavel[15] et du Musée des premiers habitants de l'Europe, au Palais des Congrès et de la Préhistoire de Tautavel.

Notes et références

  1. a et b Lumley, H. de, Fournier, A., Park, Y.C., Yokoyama, Y. et Demouy, A. (1984) - « Stratigraphie du remplissage pléistocène moyen de la Caune de l'Arago à Tautavel - Étude de huit carrotages effectués de 1981 à 1983 », L'Anthropologie, t. 88, n° 1, pp. 5-18.
  2. a et b Lebel, S. (1992) - « Mobilité des hominidés et système technique d'exploitation des ressources au Paléolithique ancien : la Caune de l'Arago (France) », Canadian Journal of Archaeology, vol. 16, pp. 48-69.
  3. Lumley, H. de, Camara, A., Geleijnse, V., Krezpkowska, J., Park, Y-C. et Svoboda, J. (1979) - « Les industries lithiques de l'Homme de Tautavel », in: L'Homme de Tautavel, Dossiers de l'Archéologie, n° 36, pp. 60-69.
  4. a, b et c Lumley, M.-A. de (1982) - « L'homme de Tautavel. Critères morphologiques et stade évolutif », in: Datations absolues et analyses isotopiques en préhistoire, méthods et limites, Lumley, H. de et Labeyrie, J., (Éds.), Colloque international du CNRS, Tautavel, 22-29 juin 1981, pp. 259-264.
  5. a et b Wilson, L. (1988) - « Petrography of the Lower Palaeolithic tool assemblage of the Caune de l'Arago », World Archaeology, 19, 3, pp. 376-387.
  6. Farizy, C. et Bernard Vandermeersch (1988) - « Arago (Caune de l'), Tautavel, Pyrénées-Orientales », in: Dictionnaire de la Préhistoire, Leroi-Gourhan, A., (Éd.), PUF, pp. 56-57.
  7. Hublin, J.-J. « Origine et évolution des Néandertaliens », in Aux origines de l'humanité, vol. 1, Y. Coppens et P. Picq (dir.), Fayard, (2001)
  8. Lumley, M.-A. de (1976) - « Les Anténéandertaliens dans le Sud », in: La Préhistoire française - t. I : Les civilisations paléolithiques et mésolithiques, Lumley, H. de, (Éd.), Ed. du CNRS, pp. 547-560.
  9. [1], Archéologie. Une nouvelle découverte dans la grotte de Tautavel (site Ouest-France.fr le 13 juillet 2012).
  10. L'Indépendant, Un 148e reste humain découvert à Tautavel, 4 octobre 2014
  11. Une dent trouvée à Tautavel devient «le plus vieux reste humain de France»
  12. Moigne, A.-M. 1983, Taphonomie des faunes quaternaires de la Caune de l'Arago, Tautavel, thèse de doctorat, Université de Paris 6. (résumé)
  13. Lumley, H. de (1976) - « Les civilisations du Paléolithique inférieur en Languedoc méditerranéen et en Roussillon », in: La Préhistoire française - t. I : Les civilisations paléolithiques et mésolithiques, Lumley, H. de, (Éd.), Ed. du CNRS, pp. 852-874.
  14. Site de l'« UMR 7194 - Histoire naturelle de l’Homme préhistorique », sur HNHP. CNRS (consulté le 22 septembre 2017). Sur le site : plusieurs vidéo-conférences : « Connaissances et controverses en anthropologie préhistorique » : 1 « Avant Néanderthal en Europe : Homo heidelbergensis. Une espèce discutée parmi les paléo-anthropologues » , 2 « À l’est, quoi de neuf ? Apport de l’Asie à la connaissance de l’évolution humaine » , 3 « Pratiques anthropologiques d’hier et d’aujourd’hui. Progresse-t-on vraiment ? » . Et les autres séries de conférences : « L’évolution de l’Homme », « Histoire de l’homme : une préhistoire africaine », « De femme en femme, les vénus des chasseurs préhistoriques ! ».
  15. « Musée de Tautavel », sur Musée de Préhistoire de Tautavel (consulté le 22 septembre 2017).

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes