Histoire de la Bulgarie pendant la Seconde Guerre mondiale

Dans la Seconde Guerre mondiale, le Royaume de Bulgarie adhère à l'Axe Rome-Berlin-Tokyo en avril 1941 et déclare la guerre au Royaume-Uni et aux États-Unis le 13 décembre 1941, mais pas à l'Union soviétique, et ne participe donc pas à l'invasion de l'URSS aux côtés du Troisième Reich en juin. Contre l'URSS, le roi Boris III de Bulgarie se contente simplement de laisser la Luftwaffe utiliser ses aérodromes ; c'est surtout contre la Yougoslavie et contre la Grèce que l'armée bulgare intervient aux côtés de la Wehrmacht.

En septembre 1944 l'URSS déclare la guerre à la Bulgarie et les forces des généraux Rodion Malinovski et Fiodor Tolboukhine franchissent le Danube. L'armée bulgare n'oppose aucune résistance. Un armistice est conclu avec les Alliés, les territoires annexés par le roi Boris III sont évacués et l'armée bulgare rejoint ensuite les forces alliées, combattant aux côtés de l'Armée rouge contre les forces allemandes en Yougoslavie jusqu'à la fin de la guerre.

Contexte

La renaissance de la Bulgarie au XIXe siècle, reconnue au traité de San Stefano (1878) sur un territoire rassemblant toutes les régions de culture bulgare, fut aussitôt remise en question par le congrès de Berlin, qui rendit à l'Empire ottoman près de la moitié de ce territoire, et divisa l'autre moitié en deux entités séparées, la Principauté de Bulgarie et la Roumélie orientale, elles-mêmes toujours sous suzeraineté du Sultan ottoman. La Bulgarie devra attendre 1908 pour que l'union des deux entités et son indépendance soient enfin reconnues. Ce profond traumatisme initial amena le pays à entrer en conflit avec ses voisins durant les guerres balkaniques et à s'allier à l'Allemagne durant les deux guerres mondiales, dans le but de retrouver son étendue initiale. Se trouvant à chaque fois dans le camp des vaincus, elle ne put atteindre ce but que durant ces périodes de guerre.

Préparatifs

La Bulgarie se procura une grande quantité de matériel de guerre auprès de l'Italie, de la France et surtout de l'Allemagne nazie qui, soucieuse de trouver au moins un allié dans les Balkans, vendra en quantité et à des prix cassés une partie de l'armement pris par la Wehrmacht en Tchécoslovaquie et en Pologne en 1939. Les Bulgares reçurent aussi de l'Allemagne la livraison de chasseurs français capturés Dewoitine D.520. L'aide allemande se renforça par un entrainement de l'Armée bulgare par des instructeurs allemands (en Bulgarie même, en Allemagne, mais également en France occupée). Le 7 septembre 1940, en faisant pression sur la Roumanie, l'Allemagne aide la Bulgarie à récupérer la Dobroudja du Sud (accords de Craiova).

Composition des forces

Une sentinelle à Sofia en 1942.

L'armée bulgare, forte de plus de 110 000 militaires, à la veille de l'invasion de L'URSS en juin 1941 compte :

  • 16 divisions d'infanterie
  • 2 régiments de gardes-frontières
  • 2 divisions de cavalerie dotées chacune de:
    • 2 brigades de cavalerie
    • 1 régiment d'infanterie motorisé
    • 1 régiment d'artillerie à cheval
  • 1 régiment de chars composé de
    • 2 bataillons de chars à 3 compagnies
    • 1 bataillon d'infanterie motorisé
    • 1 bataillon d'artillerie motorisé
  • quelques unités de maintenance et de transport
  • 4 bataillons de DCA
  • 1 bataillon de la Garde Royale
  • 1 force aérienne
  • 1 marine de guerre composée

Les forces terrestres sont réparties en

  • 5 armées qui sont composées de
    • 2 à 3 divisions d'infanterie, chaque division est composée de
      • 3 à 4 régiments d'infanterie
      • 1 régiment d'artillerie
      • 1 bataillon anti-aérien
      • 1 bataillon de mitrailleuses
      • 1 bataillon de cavalerie
      • des unités de génie
  • Les régiments de gardes-frontières sont composés :
    • d'unités d'artillerie
    • d'unités du génie
Croissance territoriale de la Bulgarie (1940-1944). En hachuré serré, la Dobroudja du Sud, rendue par la Roumanie en 1940 (accords de Craiova) ; en vert pâle, les territoires annexés après les invasions de la Yougoslavie et de la Grèce ; en hachuré large, les territoires grecs occupés, mais non annexés par la Bulgarie.

Chronologie des opérations militaires

  • 1er mars 1941 : le gouvernement bulgare de Bogdan Filov adhère au Pacte tripartite
  • 6 avril 1941 : invasion de la Yougoslavie et de la Grèce par les forces allemandes qui se sont auparavant déployées en Bulgarie.
  • 19 avril 1941 : les forces bulgares pénètrent en Macédoine serbe
  • 20 avril 1941 : les forces bulgares pénètrent en Macédoine grecque et en Thrace grecque.
  • 14 mai 1941 : Faisant fi du traité de Neuilly, les Bulgares annexent la Macédoine serbe[1], les territoires serbes de Pirot et Vranje, l'est de la Macédoine grecque et la Thrace grecque ainsi que les iles de Thasos et de Samothrace.
  • 22 juin 1941 : début de l'opération Barbarossa. Le gouvernement Filov ne s’associe pas à l’attaque contre l’URSS. Le territoire bulgare servira essentiellement de base d’opérations.
    Protestant contre la politique répressive de l'occupant, les Grecs des régions annexées par la Bulgarie se soulèvent.
  • De juin 1941 à la fin de 1943, les Partisans Bulgares exécutent environ 2 200 actes de sabotage. Les forces armée et la police bulgare engagent des milliers d'actions en essayant de détruire les mouvements Résistants, par de nombreuses opérations militaires et actions de pacification.
  • 29 septembre 1941 : l’armée bulgare réprime férocement les insurrections de Drama et Doxato en Macédoine grecque. 3 000 exécutions de civils eurent lieu.
  • 12 décembre 1941 : le gouvernement Filov déclare la guerre aux États-Unis et à la Grande-Bretagne.
  • 28 décembre 1941 : la Grande-Bretagne déclare la guerre à la Bulgarie.
  • 15 janvier 1942 : à la suite de la demande allemande, la Bulgarie étend sa zone d’occupation en Serbie.
  • 5 juin 1942 : Les États-Unis déclarent la guerre à la Bulgarie.
  • 17 juillet 1942 : à la suite de l’appel lancé par Georgi Mikhailov Dimitrov à la radio soviétique, un Front de la patrie (Otecestven Front) regroupant tous les opposants à la collaboration de la Bulgarie avec l’Axe se constitue. Ce Front de la patrie regroupera des communistes, des agrariens et des nationalistes anti-allemands comme Kimon Georgiev. Des maquis, principalement communistes, se constituent dans les régions montagneuses du pays.
  • 7 janvier 1943 : La zone d’occupation bulgare en Serbie est étendue jusqu’à la Drina. 5 divisions bulgares (incomplètes) participent au maintien de l'ordre.
  • 13 février 1943 : le général Hristo Nikolov Lukov leader et fondateur du mouvement pro-allemand de l'Union de la Légion Nationale Bulgare [2] est exécuté par des résistants communistes.
  • 6 avril 1943 : l'exécution du secrétaire Lukovs par la Résistance échoue.
  • 15 avril 1943 : Sotir Yanev, président du Comité des relations étrangères du parlement bulgare est assassiné.
  • 3 mai 1943 : Le colonel Pantev, ancien directeur de la police, Président du tribunal militaire de Sofia, est exécuté par la même équipe qui avait tué le général Hristo Lukov le 13 février.
  • 25 mai 1943 : Des troupes bulgares participent à la bataille de la Sutjeska contre les Partisans yougoslaves.
  • 13 juillet 1943 : La Bulgarie occupe presque toute la Serbie (sauf Belgrade et le coin nord-ouest du pays). Désormais 7 divisions bulgares participent, au maintien de l'ordre
  • 2 au 18 décembre 1943 : Dans le cadre des opérations anti-partisans en Croatie, la 24e division d'infanterie participe à l'opération Kugelblitz.
  • 26 janvier 1944 : Création d’un corps de gendarmerie pour lutter contre les partisans Bulgares.
  • 22 février 1944  : Un détachement de Partisans commandé par Anton Ivanov est encerclé et anéanti dans le nord des Rhodopes[3].
  • 30 mai 1944 : capture du major britannique F. Thompson, seul observateur occidental dans la résistance bulgare, qui est exécuté peu après.
  • 5 septembre 1944 : L’URSS déclare la guerre à la Bulgarie et l'Armée rouge franchit le Danube. Les troupes bulgares, malgré les ordres reçus, n’opposent pas de résistance. Dans le même temps, le Front de la patrie proclame partout l’insurrection générale, contre l'occupant allemand.
  • 9 septembre 1944 : Le Front de la patrie constitue avec Kimon Gueorguiev un gouvernement auquel participent les communistes, les agrariens et des sociaux-démocrates.
    Les territoires annexés par le roi Boris III de Bulgarie sont évacués.
  • 11 septembre 1944 : Un accord d'armistice est conclu avec l'URSS.
    2 corps d’armée bulgares sont engagés dans la guerre aux côtés des Soviétiques. Ils liquident les unités allemandes présentes en Bulgarie.
  • 12 septembre 1944 : 9 divisions d'infanterie, 1 division de cavalerie, 1 brigade blindée représentant 270 000 hommes, sont envoyées contre les forces allemandes qui battent en retraite à travers la Macédoine, et le sud de la Serbie en direction de la Bosnie.
  • 19 septembre 1944 : La mobilisation a lieu, l'armée compte désormais 450 000 hommes. Les forces bulgares se composent de 16 divisions d'infanterie, 1 division + 2 brigades de cavalerie, 1 brigade blindée et 2 brigades de gardes-frontières.
  • septembre 1944 à mai 1945 : Les forces bulgares combattent en Yougoslavie et en Hongrie. L'armée Bulgare perd 32 000 hommes, tués au combat.
  • Entre le 9 septembre et le 12 décembre 1944, les forces aériennes bulgares composée de 124 avions de chasse et de bombardement + 14 avions de reconnaissance effectuent 3 014 sorties au-dessus du front ennemi, et des régions de l'arrière. Elle perd 18 pilotes et 23 avions. La taille de l'armée de l'air Bulgare étant trop petite pour pouvoir soutenir suffisamment ses forces terrestres, elle a été renforcée par la 189e Division d'assaut aérienne soviétique et la 288e Division de chasse soviétique.
    La marine bulgare, principalement la flottille du Danube, a également participé à des combats contre les Allemands.
  • 5 octobre 1944 : Convention de Craiova avec les partisans de Tito.
  • 14 octobre 1944 : Après avoir participé aux opérations dans les vallées du Vardar et de la Morava, en libérant les villages serbes et macédoniennes et les villes de Podujevo, Stracin, Kumanovo et Skopje, les troupes bulgares contribuent à la libération de Niš.
  • 22 octobre 1944 : Opérations en Sirmie.
  • 28 octobre 1944  : Signature de l’armistice à Moscou avec l’URSS, les États-Unis et le Royaume-Uni.
  • Début 1945, 6 divisions d'infanterie bulgare, environ 100 000 hommes combattent dans la région du Moyen-Danube, dans la région de Srem, puis dans le sud de la Hongrie.
  • 6 mars 1945 : Opération sur la Drave.
  • 29 mars 1945 : Offensive sur la Mura.
  • 5 mai 1945 : Rétablissement des relations diplomatiques avec la Yougoslavie.
  • 7 mai 1945 : L’armée bulgare opère sa jonction avec les forces armées britanniques à Völkermarkt en Carinthie autrichienne.

Suites

Environ 8 000 soldats bulgares ont été tués ou blessés dans les combats contre la Yougoslavie, la Grèce et les partisans. Environ 32 000 soldats bulgares ont été tués ou blessés dans les combats contre l'Axe. On estime que les bombardements sur le sol bulgare firent 1 828 morts et 2 370 blessés.

L'accord de Moscou (octobre 1944) plaçant la Bulgarie dans l'orbite soviétique

Le roi Boris III, comme le dictateur roumain Antonescu, refuse de livrer ses sujets juifs au Troisième Reich, pour mettre lui-même en place sa propre « solution à la question juive » : mais à la différence du voisin roumain, Boris ne persécute pas les Juifs citoyens de son pays, et seuls les juifs grecs du territoire occupé par la Bulgarie en Grèce furent livrés aux Allemands.

Comme les autres pays de l'Est quelles qu'aient été leurs positions pendant la guerre, la Bulgarie fut, conformément à l'accord de Moscou d'octobre 1944 entériné à Yalta en février 1945, intégrée à l'issue de la guerre dans la zone d'influence soviétique et y resta jusqu'à la chute des régimes communistes en Europe en 1989.

Au Traité de Paris (1947) la Bulgarie put garder la Dobroudja du Sud, rendue par la Roumanie en 1940.

Source

  • (en) Marshall Lee Miller, Bulgaria During the Second World War, Stanford University Press, , 290 p. (ISBN 0-8047-0870-3)

Liens internes

Notes, sources et références

  1. À l'exception des territoires Tetovo et Debar alors sous domination italienne
  2. En bulgare : Съюз на Българските Национални Легиони
  3. Il y aura 121 morts et seulement 32 survivants