Henri de Lancastre

Henri de Lancastre
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Le comte de Lancastre

Titres

Comte de Lancastre

7 janvier 132722 septembre 1345

Prédécesseur Thomas de Lancastre
Successeur Henri de Grosmont

Comte de Leicester

29 mars 132422 septembre 1345

Prédécesseur Thomas de Lancastre
Successeur Henri de Grosmont
Fonctions militaires
Faits d’armes Bataille de Falkirk
Siège de Bristol
Siège de Cardiff
Conflits Guerres d'indépendance de l'Écosse
Invasion de l'Angleterre
Rébellion de Lancastre
Biographie
Naissance 1281
château de Kenilworth
Décès 22 septembre 1345
Leicester
Père Edmond de Lancastre
Mère Blanche d'Artois
Conjoint Maud Chaworth
Enfants Henri de Grosmont
Blanche de Lancastre
Maud de Lancastre
Jeanne de Lancastre
Éléonore de Lancastre
Marie de Lancastre
Description de l'image Arms of Edmund Crouchback, Earl of Leicester and Lancaster.svg.

Henri de Lancastre (1281) est un noble anglais. Il est le 3e comte de Leicester et de Lancastre. Henri est le second fils d'Edmond de Lancastre, fils cadet du roi Henri III d'Angleterre, et de Blanche d'Artois. Le frère aîné d'Henri, Thomas, succède aux titres de leur père Edmond lorsque ce dernier meurt. Henri prend part quant à lui aux campagnes du roi Édouard Ier lors des guerres d'indépendance de l'Écosse.

Thomas de Lancastre, chef de la fronde des barons, est accusé de trahison, dépossédé de ses biens et exécuté en 1322 sur ordre du roi Édouard II. En 1324, Henri demande au roi la permission d'hériter des titres de son frère, ce qui lui est accordé. Lorsque la reine Isabelle retourne en Angleterre en 1326 avec Roger Mortimer pour mettre fin au pouvoir despotique du roi, Henri rejoint leur parti contre Édouard. Cette défection précipite l'effondrement du régime du roi. Henri est ensuite envoyé par Isabelle à la poursuite du roi, qu'il capture quelques semaines plus tard en Galles. Édouard est remis ensuite quelque temps à la garde d'Henri au château de Kenilworth.

Édouard II est déposé en faveur de son fils aîné Édouard III en 1327. Lancastre devient par la suite un membre influent au sein du conseil du roi. Toutefois, il est progressivement marginalisé par la reine Isabelle et Roger Mortimer. Mécontent de cette situation, Lancastre se retire de la cour avant de tenter de renverser les régents en 1328. Sa rébellion est étouffée dans l'œuf. Néanmoins, le jeune Édouard III se tourne secrètement vers Lancastre en 1330 lorsqu'il se trouve peu à peu privé de ses soutiens. Grâce au soutien logistique et financier d'Henri, Édouard renverse Isabelle et Mortimer. Peu après, Lancastre se retire définitivement dans ses terres pour les administrer et y meurt en 1345.

Biographie

Origines

Henri est fils cadet d'Edmond de Lancastre, 1er comte de Leicester et de Lancastre, et de Blanche d'Artois, reine douairière de Navarre[1]. Edmond est lui-même le fils cadet du roi Henri III d'Angleterre. Pendant l'hiver 1292-1293, Henri et son frère aîné Thomas sont des compagnons d'armes du futur Jean II de Brabant, qui réside alors à la cour de leur oncle Édouard Ier. Thomas de Lancastre succède aux titres de leur père Edmond lorsque ce dernier meurt en 1296. Pour sa part, Henri reçoit les châteaux de Monmouth, Kidwelly, et Carwathlan, ainsi que quelques terres situées en Galles à l'est de la Severn.

Carrière militaire

Sceau d'Henri de Lancastre dans la Lettre des barons (1301), qu'il signe en latin sous la forme Henricus de Lancastre, Dominus de Munemue, c'est-à-dire Henri de Lancastre, seigneur de Monmouth.

En 1297, Henri accompagne son oncle le roi Édouard dans une expédition militaire en Flandre. De retour en Angleterre l'année suivante, il participe alors à l'invasion de l'Écosse. Il est ainsi présent à la bataille de Falkirk aux côtés du roi : au cours de cette bataille, Henri aurait chevauché contre les Écossais sur une monture offerte par Édouard Ier. À son retour en Angleterre, il est convoqué par le Parlement le 6 février 1299 sous la forme Henrico de Lancastre nepoti Regis, que l'on peut traduire par « Henri de Lancastre, neveu du Roi ». Lors de cette session du Parlement, Henri est créé baron Lancastre. Il prend part à nouveau à la guerre contre l'Écosse, notamment lors du siège du château de Caerlaverock en 1300. Henri est l'un des barons anglais qui écrit la Lettre des barons, adressée au pape Boniface VIII en 1301 et qui défend le statut de suzerain d'Édouard Ier sur l'Écosse.

En 1307, Édouard Ier meurt lors d'une ultime campagne militaire en Écosse. Son fils unique lui succède sous le nom d'Édouard II. Il épouse Isabelle de France, fille de Philippe IV le Bel et nièce d'Henry. Lors de leur couronnement le 25 février 1308, Henri de Lancastre porte le sceptre royal sur lequel était juchée une colombe. Henri retourne peut après dans ses terres de Galles, qu'il continue à administrer. Henri ne participe pas aux intrigues de la cour de son cousin, contrairement à son frère Thomas. Celui-ci est le leader de l'opposition baronniale : il fait exiler à plusieurs reprises puis exécuter en 1312 le favori du roi, Pierre Gaveston. Pendant plusieurs années, il dirige de manière effective le conseil royal, soumis à ses recommandations par les ordonnances de 1311. Entretemps, Henri doit faire face à la rébellion de Llywelyn Bren en Galles en 1316. Assisté des barons Humphrey de Bohun et Roger Mortimer, Henri arrive à y mettre fin : Llywelyn capitule rapidement. En 1318, Henri envoie à son cousin Édouard II des troupes afin de faire face au siège de Berwick, mené par les Écossais.

Tensions avec Édouard II

Article détaillé : Guerre des Despenser.

Après une longue période de tensions, Thomas de Lancastre entre en rébellion à l'été 1321 avec Bohun et Mortimer. Ils parviennent à écarter Hugues le Despenser père et fils, les nouveaus favoris du roi. Édouard II fait mine de se soumettre à ses barons mais il rappelle dès l'automne ses favoris. Il mène alors une campagne-éclair en Galles lors de laquelle Mortimer doit capituler. Les forces rebelles restantes sont écrasées à la bataille de Boroughbridge en mars 1322. À l'issue de cette bataille, Bohun est tué et le comte Thomas est capturé. Accusé de trahison, il est exécuté sur ordre du roi. Ses terres sont confisquées à sa mort. Henri, qui n'avait pas participé à la rébellion de son frère, fait une pétition auprès du roi pour qu'il puisse hériter des titres de son frère. Édouard II, après avoir hésité, lui rend le titre de comte de Leicester le 29 mars 1324. Le comté de Lancastre reste néanmoins confisqué par la couronne.

Jusque-là globalement neutre dans les conflits opposant le roi à ses barons, Henri devient l'un des principaux adversaires du roi et des Despenser. Loin d'être satisfait avec la restitution de Leicester, il est résolu à venger le sort de son frère, devenu pour beaucoup un martyr. Il ose ainsi porter les armoiries de Thomas et fait ériger une croix en son honneur à Leicester. L'évêque de Hereford Adam Orleton, vive critique du gouvernement corrompu d'Édouard II, est arrêté en mai 1324 : il est accusé d'avoir favorisé l'évasion de Mortimer de la tour de Londres en août 1323. Orleton écrit une lettre à Henri en lui demandant de plaider en sa faveur. Henri lui répond favorablement, lui assurant sa sympathie et son encouragement. Informé de ces correspondances, le roi convoque son cousin et lui demande de répondre devant sa justice de cette offense. Henri se défend avec énergie et reçoit le soutien des barons et prélats d'Angleterre. Le roi consent alors à retirer ses accusations.

Restauration dans ses titres

Envoyée en France en 1325 officiellement pour une mission diplomatique, la reine Isabelle y rencontre Mortimer. Devenue sa maîtresse, elle y rassemble des barons exilés hostiles à Édouard II et aux Despenser. En septembre 1326, Mortimer et Isabelle débarquent en Angleterre. Édouard est surpris par le maigre effectif de leurs troupes et tente immédiatement de lever une immense armée pour les écraser. Mais un nombre important de vassaux refusent de combattre la reine et Mortimer : Henri de Lancastre n'est même pas convoqué par le roi, et démontre d'ailleurs sa loyauté envers les rebelles en levant sa propre armée. Il s'empare d'une part du trésor des Despenser à l'abbaye de Leicester, puis marche vers le sud pour faire jonction avec Mortimer. Édouard et les Despenser s'enfuient de Londres, désormais acquise à la cause de la reine. Prenant part au siège de Bristol, Henri capture Despenser l'Aîné et le condamne à mort le 27 octobre. Il est ensuite envoyé par la reine à la poursuite du roi, qui s'est retranché en Galles. Édouard est capturé avec Despenser le Jeune près de Neath le 16 novembre 1326. Ayant assisté à l'exécution de Despenser le Jeune, Henri reçoit la garde du roi et devient son geôlier pendant plusieurs mois au château de Kenilworth, dont il est nommé connétable le 27 novembre. Il se montre magnanime envers son cousin, malgré les torts que celui-ci lui a causés par le passé.

Dès la capture du roi, Henri retrouve la possession de nombreux domaines détenus auparavant par son frère Thomas. Le titre de comte de Lancastre lui est officiellement rétrocédé lors de la convocation du Parlement en janvier 1327. Se pose alors la question du statut d'Édouard II : le Parlement convient de le déposer. Le 20 janvier, l'évêque Orleton est reçu par Lancastre à Kenilworth et vient informer Édouard de sa déchéance. Lancastre persuade son cousin de renoncer au trône en faveur de son fils aîné Édouard de Windsor. Quelques jours plus tard, ce dernier est proclamé roi à Londres sous le nom d'Édouard III. N'ayant que 14 ans, un conseil de régence est formé : Lancastre en reçoit la présidence mais l'influence de la reine Isabelle et de Mortimer demeure très importante[2]. Lors du couronnement d'Édouard III le 1er février, Lancastre adoube le roi. Le 23 avril, le roi lui confirme par écrit qu'il accepte son hommage pour les terres du comté de Lancastre. À l'été 1327, Lancastre est envoyé sécuriser le nord du royaume face aux incursions écossaises[3]. Malgré l'assistance d'Edmond de Woodstock, comte de Kent et oncle du roi, il est incapable d'empêcher l'invasion menée par James Douglas qui met en déroute l'armée royale à Stanhope Park.

Opposition aux régents

Les tensions commencent pourtant à apparaître rapidement entre Lancastre et Mortimer, soutenu par la reine-mère. Ceux-ci se méfient du comte et de ses projets. La garde d'Édouard II lui est retirée le 3 avril 1327. Édouard est remis à des sbires de Mortimer et décède dans de mystérieuses circonstances dès septembre 1327 au château de Berkeley. Pour sa part, Lancastre est irrité par le comportement de Mortimer, et Isabelle y répond en écartant son oncle du gouvernement et de l'accès au roi[4]. En effet, le comte critique le partage du comté de Lincoln, que possédait Thomas de Lancastre à sa mort, entre la reine et Mortimer. Par ailleurs, Lancastre est furieux du traité d'Édimbourg-Northampton, ratifié le 1er mai 1328, qui reconnaît la fin de la suzeraineté anglaise sur l'Écosse et prive de nombreux barons anglais possédant des terres en Écosse de pouvoir en reprendre possession. Il décide de ne plus paraître à la cour[5], soutenu en ce sens par une partie des Londoniens[6].

En octobre 1328, le pays est de nouveau aux bords de la guerre civile. Lancastre refuse d'assister au Parlement au cours duquel Mortimer s'autoproclame comte de March. Il réunit à Winchester ses troupes contre Isabelle et Mortimer[7]. Pendant cette période de désordre, Robert de Holland, un noble désormais rallié aux régents et qui avait trahi le comte Thomas juste avant Boroughbridge en 1322, est assassiné[8]. Sa tête est apportée à Lancastre à Waltham Cross. En janvier 1329, les forces d'Isabelle, sous le commandement de Mortimer, s'emparent des forteresses de Lancaster, de Leicester et de Bedford : Isabelle et Édouard III marchent rapidement vers le Nord. Lancastre se livre à la merci du roi lorsqu'il apprend que le comte de Kent l'a abandonné. S'il échappe à la mort, il se voit imposer une colossale amende de 11,000 £, qui neutralise de fait son pouvoir[9]. Isabelle pardonne à ceux qui avaient rejoint Lancastre, bien que certains s'enfuient vers la France[10],[11].

Envoyé en mission en France en décembre 1329, Lancastre perd du crédit à la cour face aux régents. À ce moment-là, il devient aveugle. De retour en Angleterre en février 1330, Lancastre perd un précieux allié lorsque son cousin, le comte de Kent, est démasqué dans un complot visant prétendument à restaurer Édouard II sur le trône, que la rumeur dit toujours vivant. Isabelle et Mortimer abattent le complot, arrêtent Kent et le font exécuter avant que le roi ne puisse intervenir[12]. Cette exécution résonne comme un avertissement à tous ceux qui voudraient s'élever contre le régime ; mais désormais, Isabelle et Mortimer se sont aliénés les barons qui les avaient regardés comme des libérateurs en 1326.

Bien qu'aucune preuve ne vienne étayer une quelconque connivence d'Édouard III et du comte de Lancastre en vue de déposer Isabelle et Mortimer, les récents évènements les mettent cependant dans une situation délicate : les deux amants sont devenus dangereusement incontrôlables aux yeux de tous. Lancastre semble avoir minutieusement conseillé le roi dans la manière de déposer Mortimer. Le 19 octobre 1330, le roi et les troupes de Lancastre investissent le château de Nottingham, où sont réfugiés Isabelle et Mortimer. Le roi semble déterminé à passer Mortimer au fil de l'épée mais Lancastre le convainc de le faire juger par le Parlement, afin de laisser une apparence de légalité à ce coup d'État. Mortimer est pendu au gibet de Tyburn le 29 novembre. La reine-mère est quant à elle internée au château de Castle Rising.

Fin de vie et succession

Pardonné dès le 12 décembre 1330 par le roi pour sa rébellion à l'hiver 1328-1329, Lancastre se retire définitivement dans ses terres. Il passe ensuite les quinze dernières années de sa vie au château de Leicester. Il y fonde un hôpital pour les plus démunis et les infirmes. Cet hôpital devient connu sous le nom de Newarke et Henri y fut enterré à sa mort en 1345. Le roi Édouard III et son épouse Philippa de Hainaut sont présents à ses funérailles. Le fils d'Henri de Lancastre, Henri de Grosmont, fait déplacer les restes de son père à l'église de Newarke, achevée en 1353[13],[14]. Il lui succède dans ses titres de comte de Lancastre et de Leicester. Henri de Grosmont entretient une relation privilégiée avec son cousin Édouard III et est plus tard élevé au titre de duc de Lancastre.

Surnom

D'après le chroniqueur Jean Froissart, Lancastre fut surnommé de son vivant Tort-col, peut-être parce qu'il était affecté par un torticolis.

Mariage et descendance

Henri de Lancastre épousa en 1297 Maud Chaworth. De cette union naîtront :

Armoiries

Avant sa restauration dans ses titres, Henri porte les armoiries royales, différenciées par une bande azure. À sa restauration, il transforme ses armes, qui sont alors différenciées par un lambel de France aux trois points[15].

Dans la fiction

Henri de Lancastre est un personnage récurrent dans la suite romanesque Les Rois maudits de Maurice Druon. Il apparaît dans les tomes 5 et 6, La Louve de France et Le Lis et le Lion. Lancastre est interprété par William Sabatier dans l'adaptation télévisée de 1972 et par Romain Rondeau dans celle de 2005.

Références

  1. Armitage-Smith, Sir Sydney, John of Gaunt: king of Castile and Leon, duke of Aquitaine and Lancaster, (Archibald Constable and Co. Ltd., 1904), pg 197.
  2. Leese, Thelma Anna, Blood royal: issue of the kings and queens of medieval England, 1066–1399, (Heritage Book Inc., 2007), 201.
  3. Burke, John, A general and heraldic dictionary of the peerages of England, Ireland, and Scotland, (Henry Colburn and Richard Bentley:London, 1831), 424.
  4. Weir 2006, p. 307.
  5. Weir 2006, p. 314.
  6. Weir 2006, p. 315.
  7. Weir 2006, p. 322.
  8. Close Rolls 1224 – 1468.
  9. Weir 2006, p. 322; Mortimer, 2004, p. 218.
  10. Doherty, p. 149.
  11. Weir 2006, p. 333.
  12. Doherty, p. 151.
  13. S.H. Skillington & Colin Ellis, Historical Guide To Leicester, (Leicester, 1933)
  14. http://www.british-history.ac.uk/vch/leics/vol2/pp48-51
  15. Marks of Cadency in the British Royal Family

Voir aussi