Henri VI (roi d'Angleterre)

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Henri VI
Henri VI,peinture anonyme, National Portrait Gallery, fin du XVIe ou début du XVIIe siècle.
Henri VI,
peinture anonyme, National Portrait Gallery, fin du XVIe ou début du XVIIe siècle.
Titre
Roi d'Angleterre et seigneur d'Irlande

(38 ans, 6 mois et 3 jours)
Couronnement en l'Abbaye de Westminster
Régent Humphrey de Lancastre
(1422-1437)
Richard d'York
(1454-1455, 1455-1456, 1460)
Prédécesseur Henri V
Successeur Édouard IV

(6 mois et 8 jours)
Prédécesseur Édouard IV
Successeur Édouard IV
Roi de France
(contesté)

(30 ans, 11 mois et 28 jours)
Couronnement à Notre-Dame de Paris
Régent Jean de Lancastre
(1422-1435)
Prédécesseur Charles VI
Successeur Charles VII
Duc d'Aquitaine

(30 ans, 11 mois et 28 jours)
Prédécesseur Henri V
Successeur Couronne de France
Biographie
Dynastie Maison de Lancastre
Date de naissance
Lieu de naissance Château de Windsor, Berkshire (Angleterre)
Date de décès (à 49 ans)
Lieu de décès Tour de Londres (Angleterre)
Sépulture Chapelle Saint-Georges
Père Henri V d'Angleterre
Mère Catherine de Valois
Conjoint Marguerite d'Anjou
Enfants Édouard de Westminster,
prince de Galles
Héritier Jean de Lancastre
(1422-1435)
Humphrey de Lancastre
(1435-1447)
Édouard de Westminster
(1453-1460, 1470-1471)
Richard d'York
(1460)
Édouard d'York
(1460-1461)

Henri VI (roi d'Angleterre)
Monarques d'Angleterre

Henri VI d'Angleterre ([1][1]), duc de Cornouailles, est roi d'Angleterre de 1422 à 1461, puis de 1470 à 1471. Il est également l'héritier contesté du trône de France de 1422 à 1453, en vertu du traité de Troyes conclu en 1420 par son père, Henri V d'Angleterre, avec Charles VI de France en pleine guerre de Cent Ans. Jusqu'à sa majorité en 1437, son royaume est gouverné par Humphrey et Jean de Lancastre. Il est décrit par des récits contemporains comme un homme pacifique et pieux, auquel les guerres de dynastie telles que la guerre des Deux-Roses qui débute au cours de son règne ne convenaient guère. Ses périodes de folie, et son extrême bienveillance contraignent son épouse, Marguerite d'Anjou à prendre les rênes du royaume à partir de 1453, ce qui contribue à sa chute, et à la disparition de la Maison de Lancastre au profit de la Maison d'York.

Son règne est marqué par la reconquête progressive par Charles VII de France des territoires acquis par les Anglais depuis le début de la guerre de Cent Ans en 1337. Les affrontements armés prennent fin au lendemain de la bataille de Castillon en 1453 même si la guerre ne prend véritablement fin qu'avec le traité de Picquigny signé en 1475 quatre ans après sa mort.

Biographie

Jeunesse

Né au château de Windsor dans le Berkshire le 6 décembre 1421, Henri est le seul enfant du roi Henri V d'Angleterre[2] et de Catherine de Valois, fille du roi de France Charles VI. Il est titré duc de Cornouailles dès sa naissance et considéré comme héritier des trônes d'Angleterre et de France.

En effet, le dauphin Charles, fils et héritier de Charles VI, est accusé de complicité dans le meurtre du duc de Bourgogne Jean sans Peur en 1419. Il est déshérité le lorsque Charles VI signe le traité de Troyes, qui stipule que la couronne de France sera cédée à Henri V, roi d'Angleterre, sous réserve que ce dernier épouse sa fille Catherine de Valois. Henri V a affiché ses prétentions au trône de France dès 1415, lorsqu'il a battu la chevalerie française à la bataille d'Azincourt. Il a par la suite mené une conquête méthodique du Nord du royaume de France.

Henri V meurt de dysenterie le 31 août 1422, suivi de peu dans la tombe par Charles VI qui décède le 21 octobre. Le jeune Henri de Cornouailles incarne la « double monarchie » en étant reconnu roi de France et d'Angleterre par les Anglais et les Bourguignons, maîtres de Paris et de la partie nord du royaume de France.

Catherine de Valois, parce que française, est immédiatement séparée de son enfant par les régents. Elle doit vivre recluse, mais elle épouse, en secret, Owen Tudor et ils ont plusieurs fils, dont Edmond Tudor (père du futur roi Henri VII) et Jasper Tudor, faits respectivement comtes de Richmond et de Pembroke en 1452. Ils vivent à la cour d'Henri VI à partir de 1442.

Le 28 septembre 1423, les nobles anglais jurent fidélité à Henri ; une double régence s'établit alors. Un des frères d'Henri V, Jean de Lancastre, duc de Bedford est chargé de mener la guerre en France contre le dauphin Charles, installé à Bourges et qui s'est autoproclamé roi à la mort de son père sous le nom de Charles VII. Durant l'absence de Bedford, le gouvernement de l'Angleterre est mené par l'autre frère d'Henri V, Humphrey de Lancastre, duc de Gloucester, nommé Lord Protecteur. Cependant l'oncle d'Humphrey, le cardinal Henri Beaufort tient également une place importante au Conseil du roi. Après la mort de Bedford en 1435, Gloucester revendique la régence mais cette prise du pouvoir est contestée par le cardinal.

Le jeune Henri VI est confié au comte de Warwick.

Bedford se charge de l'éducation de son neveu ; il l'adoube notamment en mai 1426. À partir de 1428, c'est Richard de Beauchamp, 13e comte de Warwick, qui l'éduque, selon les dernières volontés d'Henri V et après le départ de Bedford pour la France où il mène le siège d'Orléans.

Henri est couronné roi d'Angleterre le en l'abbaye de Westminster[3] en protestation au roi de France Charles VII qui, de son côté, a déjà été sacré à Reims, le 17 juillet 1429[4] grâce à l'intervention de Jeanne d'Arc. Ce dernier entame une patiente reconquête de son royaume.

Sacre de Henri VI en la cathédrale Notre-Dame de Paris, miniature anonyme, XVe siècle,
Jean de Wavrin, Anciennes chroniques d'Angleterre, Paris, BnF, ms. Français 83 fo 205 (détail).

Ce n'est qu'à l'hiver 1431 qu'Henri traverse pour la première fois la Manche pour être sacré roi de France à Notre-Dame de Paris le [5],[6],[7]. L'office est accompagné d'un motet de John Dunstable. Ensuite, il se rend à Rouen, ville où a eu lieu le supplice de Jeanne d'Arc en mai de la même année. La foule enthousiaste, l'acclame au cri de « Noël, Noël ! ».

Le 16 novembre 1437, peu avant son seizième anniversaire, Henri VI reçoit l'essentiel des pouvoirs. Le duc de Gloucester est remercié et le cardinal Beaufort apparaît désormais comme le véritable mentor du roi. Il lui transmet notamment sa grande piété.

À la cour, les avis divergent quant à l'attitude à prendre en réaction à la reconquête menée par Charles VII. Le duc de Gloucester et Richard, duc d'York, cousin d'Henri, sont partisans d'une reprise en main de la situation par une intervention rapide, d'autant que les Bourguignons ont fait la paix avec le roi de France à Arras en 1435, tandis que le cardinal et William de la Pole, duc de Suffolk, cherchent à faire la paix.

Mariage avec Marguerite d'Anjou

Le cardinal de Beaufort et le comte de Suffolk convainquent Henri que le meilleur moyen de conclure la paix avec la France consiste à épouser Marguerite d'Anjou, nièce du roi Charles VII. Henri donne son accord et charge Suffolk d'aller négocier avec le roi de France. Ce dernier accepte à condition qu'il n'ait pas à payer de dot et qu'il reçoive en échange le Maine et l'Anjou alors sous domination anglaise. Ces conditions s'officialisent dans le traité de Tours en 1444, la cession des terres reste cependant cachée au Parlement.

Détail du Livre de Talbot-Shrewsbury, offert par John Talbot à Henri et Marguerite à l'occasion de leur mariage, British Library, XVe siècle.

Le mariage a lieu à Titchfield dans le Hampshire, en Angleterre, le 23 avril 1445, un mois après le quinzième anniversaire de Marguerite. Leur union est célébrée en la collégiale Saint-Georges de Nancy, et bénie par l'évêque de Toul, Louis de Haraucourt. La cérémonie des épousailles se renouvelle en Angleterre le 30 mai dans l'église de Westminster. Ils ont un fils, Édouard, né en 1453.

Lorsque les clauses du traité sont rendues publiques en 1446, de nombreux nobles à la cour, au premier rang desquels Gloucester et York, réclament la destitution de Suffolk de son poste de chancelier, mais il est protégé par le roi et la reine.

Les intrigues de la cour

En février 1447, Suffolk, avec l'aide du vieux cardinal Beaufort, fait arrêter Gloucester, accusé de trahison. Ce dernier est emprisonné pour être jugé, mais il meurt rapidement (probablement d'une attaque cardiaque). Certains accusent néanmoins Suffolk d'avoir fait assassiner le propre oncle et héritier présomptif du roi. York est envoyé rétablir l'ordre en Irlande et maintenu ainsi éloigné.

Suffolk et son allié le duc de Somerset Edmond Beaufort, alliés à la reine Marguerite, deviennent maîtres de la cour.

L'exécution du duc de Suffolk.

Accusé de complot contre la Couronne en ayant rendu la Maine et l'Anjou à la France, Suffolk est arrêté en janvier 1450 et emprisonné à la Tour de Londres[8]. Il est banni pour cinq ans mais son bateau l'emmenant en France est intercepté par une bande de soldats mécontents appartenant au duc d'Exeter qui le condamnent à mort et le décapitent[9] le .

En septembre 1450, Richard d'York revient d'Irlande et commence à recevoir des soutiens. La situation s'avère si instable à Londres que Somerset est emprisonné dans la Tour de Londres pour sa propre sécurité tandis que Richard contrôle le Parlement. Somerset retrouve ses positions en avril 1451 tandis que York se retire à Ludlow.

En 1452, Richard tente une seconde démonstration de force. Il demande le départ de Somerset et à être reconnu comme héritier d'Henri, toujours sans enfant. La reine intervient pour protéger Somerset. York se rebelle mais devant le peu de soutien des nobles, il se soumet à Henri. Il doit jurer de ne plus reprendre les armes contre la Couronne et Somerset. Le parti de la Cour se trouve de plus renforcé par l'annonce de la grossesse de la reine au printemps 1453.

La fin de la Guerre de Cent Ans

Somerset est envoyé en France en 1449, où Charles VII attaque les bases anglaises de la Normandie. Une armée de secours envoyée en 1450 est mise en déroute à Formigny. En 1451, la Guyenne est entièrement conquise. Une armée anglaise menée par John Talbot reprend Bordeaux en octobre 1452. Talbot est vaincu et tué à Castillon le 17 juillet 1453. Bordeaux est définitivement repris le 19 octobre 1453. La guerre de Cent Ans prend fin. Les Anglais ont perdu toutes leurs possessions en France, à l'exception de Calais.

Après la victoire finale de Charles VII sur les Anglais, marquant la fin de la guerre de Cent-Ans, les droits sur le trône d'Henri VI sont définitivement révoqués, en application de la loi salique, et selon le principe « Nemo plus juris ad alium transfere potest quam ipse habet » (« On ne peut transmettre plus de droits que l'on en possède soi-même. ») qui implique que sa mère, Catherine de Valois ne pouvait lui transmettre des droits à la succession de la couronne, puisqu'elle-même n'en possédait pas. Charles VII reste seul roi de France, mais le titre restera revendiqué, de façon formelle et jusqu'à la paix d'Amiens (1802), par les souverains anglais.

L'insécurité liée à la fin de la guerre en France

Le désordre croissant à la cour se reflète dans tout le pays, où les familles nobles se livrent à des querelles privées et respectent de moins en moins l'autorité royale et les tribunaux. Dans bien des cas, il s'agit de luttes entre des familles établies depuis longtemps et la petite noblesse d'autrefois dont Henri IV, le grand-père d'Henri et fondateur de la Maison de Lancastre, avait accru le pouvoir et l'influence à la suite des rébellions des grandes familles organisées contre lui. La querelle entre les Percy, pendant longtemps ducs de Northumberland, et les Neville, récemment comtes de Westmorland, qui luttent pour la domination du Nord de l'Angleterre, se fait sur ce modèle ; un autre exemple est la querelle entre les Courtenay et les Bonville en Cornouailles[10].

Un des éléments des conflits est lié à la disponibilité d'un grand nombre de soldats démobilisés des armées anglaises présentes en France. Les nobles engagent nombre de ces soldats pour organiser des raids ou prendre d'assaut des tribunaux, intimidant plaignants, témoins et juges.

La rébellion de Cade.

Des troupes de soldats revenant de France pillent le sud de l'Angleterre. En juillet 1450, Jack Cade se révolte dans le Kent. Il prétend descendre du roi Richard II, déposé en 1399 par Henri IV. Les troupes rebelles infligent une cuisante défaite à l'armée royale à Sevenoaks puis occupent Londres pendant plusieurs jours avant d'en être chassées par les troupes du roi, aidées des notables londoniens. L'insécurité persiste dans la capitale après la révolte.

La folie d'Henri et l'ascendance du duc d'York

La nouvelle de la défaite de Castillon constitue pour Henri un traumatisme psychologique sévère à partir du 10 août 1453 : pendant plus d'une année, il devient complètement indifférent à tous les événements extérieurs, même ceux le touchant de près. C’est ainsi qu’il ne manifeste aucune réaction émotionnelle à la naissance de son fils héritier, Édouard de Westminster, le 13 octobre 1453. Selon Nigel Bark, Henri aurait peut-être été atteint d'une forme particulière de schizophrénie, car il aurait présenté, outre l'indifférence affective, d'autres symptômes typiques de cette affection, en particulier des hallucinations[11],[12].

D'autres commentateurs modernes ont suggéré qu’Henri aurait peut être hérité d'une affection psychiatrique de cause génétique transmise par sa mère. En effet, Charles VI de France, son grand-père maternel, lui-même sujet à des périodes intermittentes de folie au cours des trente dernières années de sa vie[13].

Le cardinal John Kempe, Lord grand chancelier, meurt le 22 mars 1454, ce qui laisse vacant le poste de chef du Conseil royal.

Les ducs d'York (à gauche) et de Somerset (au centre) se querellent devant le roi (assis).

Pendant ce temps, le duc d'York noue une alliance décisive avec Richard Neville, 16e comte de Warwick, l'un des personnages les plus influents de la Cour, peut-être plus riche que York lui-même. Avec l'aide de Warwick et son père Richard Neville, 5e comte de Salisbury, il parvient à écarter du pouvoir la reine Marguerite en se faisant proclamer régent et Lord Protecteur du royaume le 27 mars 1454[12]. La reine exclue, Edmond Beaufort, duc de Somerset est emprisonné à la tour de Londres et York fait entrer au Conseil du roi ses partisans qui s'empressent de répandre une rumeur selon laquelle Edouard ne serait pas le fils du roi, mais celui de Somerset[14]. Durant ses quelques mois de régence, York s'attaque au problème des dépenses excessives du gouvernement[15].

Le retour du roi à ses sens à la Noël 1454 contrarie les ambitions de Richard qui est écarté de la cour en février 1455 par la reine Marguerite d'Anjou. Cette dernière noue des alliances contre Richard et conspire avec d'autres nobles pour réduire son influence. Elle forme ainsi le clan des Lancastriens. Richard de plus en plus pressé recourt finalement aux armes en mai 1455.

La Guerre des Deux-Roses

Richard bat les troupes royales lors de la bataille de Saint-Albans le 22 mai 1455. Somerset et son allié le comte de Northumberland sont tués, ce qui satisfait en grande partie York et ses alliés. Les troupes yorkistes découvrent Henri abandonné par son escorte. Il vient de subir une seconde crise de folie.

York et ses alliés recouvrent leur position influente, et pendant quelque temps les deux côtés paraissent choqués qu'une bataille réelle se soit déroulée, si bien qu'ils font tout leur possible pour apaiser leurs différends. Puisque le roi est malade, York se voit de nouveau nommé Protecteur et la reine Marguerite, chargée de soigner le roi, est doucement écartée du pouvoir[16].

La famille royale doit quitter Londres qui est acquise au clan York pour s'installer à Coventry. Les problèmes à l'origine du conflit resurgissent cependant, surtout quand il s'agit de savoir si c'est le duc d'York ou le jeune fils d'Henri, Édouard de Westminster, accusé d'être un enfant illégitime dont le père serait le défunt duc de Somerset, qui doit succéder à Henri sur le trône. Marguerite refuse toute solution qui déshériterait son fils et il devient clair qu'elle ne tolérera la situation qu'aussi longtemps que le duc d'York et ses alliés garderont la suprématie militaire. Le protectorat d'York prend fin en février 1456 ; Marguerite s'empresse d'annuler toutes les mesures de son rival.

Quatre années passent ainsi dans un climat de paix extrêmement fragile. Le 24 mars 1458, Henri essaie avec l'aide de Thomas Bourchier, archevêque de Canterbury, de faire procéder à une réconciliation entre les Lancastriens et les Yorkistes. La rencontre échoue.

Les hostilités reprennent en septembre 1459. Les troupes yorkistes du comte de Salisbury battent celles du roi à Blore Heath le 23 septembre. Mais le 12 octobre, Henri VI défait à Ludford Bridge la puissante armée du duc d'York. York s'enfuit en Irlande tandis que Salisbury, Warwick et le fils aîné d'York, Édouard, comte de March s'exilent à Calais. Ils sont tous déchus de leurs droits civiques par le Parlement le 20 novembre. Les Lancastriens contrôlent de nouveau la situation. Cependant, les Yorkistes commencent à lancer des raids sur la côte anglaise depuis Calais à partir de janvier 1460, ajoutant ainsi un sentiment de chaos et de désordre.

Salisbury, Warwick et March envahissent l'Angleterre à l'été 1460. À la bataille de Northampton le 10 juillet 1460, Warwick fait le roi prisonnier, à nouveau frappé d'une crise de folie. Les Yorkistes entrent peu après à Londres. Richard d'York revient d'Irlande et revendique le trône. Il obtient finalement du Parlement d'être nommé une troisième fois Lord Protecteur et est désigné héritier du trône le 25 octobre par l'Acte d'Accord, au détriment du prince Édouard de Westminster.

Loin de mettre fin au conflit, cet arrangement est considéré comme inacceptable par la reine Marguerite d'Anjou, ainsi que par la majorité des partisans de la Maison de Lancastre. La guerre se poursuit et Richard d'York et Salisbury sont tués le 30 décembre 1460 à Wakefield. Le fils de Richard, Édouard prend la tête de la Maison d'York. Ce dernier défait les Lancastriens à la bataille de Mortimer's Cross le 2 février 1461, avant d'être à son tour battu le 17 février à Saint-Albans. Le roi Henri VI est libéré par sa femme et adoube une trentaine de chevaliers à l'issue de la bataille.

Déposition

Le roi Henri VI d'Angleterre à Towton, William Dyce, 1860.

Néanmoins, Édouard d'York se réfugie à Londres où il est proclamé roi le 4 mars sous le nom d'Édouard IV, en lieu et place d'Henri VI, qui a selon lui perdu ses droits à la Couronne en permettant à la reine de prendre les armes contre ceux que l'Acte d'Accord avait faits ses héritiers légitimes. Lors de la terrible bataille de Towton le 29 mars, les troupes lancastriennes sont détruites par celles d'Édouard IV et du comte de Warwick.

Henri VI s'enfuit en Écosse avec Marguerite et son fils Édouard auprès du jeune roi Jacques III, mis sous la régence de Marie d'Egmont. Marguerite et Édouard parviennent à rejoindre la France en 1463. Les dernières tentatives d'Henri VI pour reprendre le pouvoir se soldent par des échecs à Hedgeley Moor et à Hexham au printemps 1464.

Henri est capturé le 24 juillet 1465 près de Clitheroe et est emprisonné à la Tour de Londres par son rival Édouard IV, qui le traite néanmoins avec bienveillance. Il sombre complètement dans la folie. Il semble cependant avoir écrit lors de sa réclusion plusieurs poèmes, qui évoquent souvent le malheur d'être roi.

Retour sur le trône

Marguerite d'Anjou, exilée en France, souhaite remettre son mari sur le trône en majeure partie pour que son fils puisse prétendre à sa succession et permettre à la maison de Lancastre de continuer à régner.

Elle profite qu'Édouard IV ne s'entende plus avec le comte de Warwick et avec son frère Georges Plantagenêt pour, sous la houlette de Louis XI, conclure une alliance avec eux à l'été 1470. La seconde fille de Warwick, Anne Neville, épouse Édouard de Westminster en décembre 1470.

Édouard IV est contraint par Warwick à s'exiler, ce dernier remet ensuite Henri VI sur le trône le 3 octobre 1470. Étant trop diminué par la folie et les années passées en prison, c'est Warwick qui gouvernera à sa place. Henri ne reste sur le trône que six mois, sa fin est précipitée par Warwick qui, allié à Louis XI, déclare en janvier 1471 la guerre à la Bourgogne, celle-ci décidant en réponse d'apporter son aide à Édouard IV.

Défaite finale

Le , Édouard IV débarque à Ravenspurn avec son armée[17]. Rassemblant des troupes au cours de sa marche, il se dirige sur York. La progression de l'armée yorkiste n'est pas entravée car Édouard IV annonce qu'il revient seulement pour réclamer le titre de duc d'York et non pour contester le trône à Henri VI[18]. Cette ruse réussit, et John Neville, le frère de Warwick qui surveille les mouvements de l'armée yorkiste, ne réussit pas à convaincre ses troupes de marcher contre elle[19].

Édouard IV dévoile ses véritables intentions une fois rassemblées des troupes suffisantes pour marcher vers le sud du pays. Repoussant les attaques lancées par John de Vere et Henri Holland, il met le siège devant Coventry où se trouve Warwick dans l'espoir de le pousser à combattre. Bien qu'il dispose d'un avantage numérique, Warwick refuse de relever le défi. Il préfère attendre l'arrivée de Georges Plantagenêt, afin de submerger les yorkistes sous le nombre. Quand il apprend cela, Édouard IV propose à son frère de passer de son côté, une offre que Georges accepte sans hésiter, l'alliance avec les Lancastre ne lui apportant aucune satisfaction concernant ses ambitions personnelles. Désormais réconciliés, ils marchent sur Coventry et Georges conseille à Warwick de se rendre[20]. Furieux de la traîtrise de son allié, Warwick refuse de lui parler. Étant dans l'incapacité de mener un siège, Édouard IV se dirige alors sur Londres[21].

Ayant reçu les renforts de ses alliés lancastriens, Warwick se lance à la poursuite d'Édouard[22]. Il espère que Londres fermera ses portes à l'armée d'Édouard IV, lui permettant ainsi de rattraper son adversaire dans un endroit dégagé. Mais la cité accueille chaleureusement les yorkistes le 11 avril, les Londoniens préférant Édouard IV à Henri VI[23],[24]. Henri VI reçoit son rival et se place de lui-même sous sa garde, affirmant que sa « vie n'est pas en danger entre ses mains »[25].

Les deux armées s'affrontent à Barnet le 14 avril. La bataille se déroule au milieu d'un épais brouillard et les troupes lancastriennes de John de Vere sont attaquées par erreur par celles, alliées, de John Neville. La rumeur d'une trahison parcourt alors les lignes des Lancastre, brisant leur moral et provoquant leur déroute. Au cours de celle-ci, Warwick est tué.

La bataille de Tewkesbury.

Le même jour, Marguerite d'Anjou et Édouard de Westminster débarquent à Weymouth. Leur armée est anéantie par Édouard IV à Tewkesbury le 4 mai ; Marguerite est capturée tandis qu'Édouard de Westminster est décapité sur ordre d'Édouard IV.

Décès et inhumation

Henri VI est probablement assassiné peu après, le 21 mai 1471, à la tour de Londres sur ordre d'Édouard IV afin d'éliminer toute résistance lancastrienne[12]. Édouard IV affirme qu'il est décédé de mélancolie après avoir appris la mort de son fils Édouard à Tewkesbury. Certains accusent Richard de Gloucester, autre frère d'Édouard IV, d'avoir poignardé à mort le roi déchu.

Représentation de la mort d'Henri dans l'édition d’Henry VI par Nicholas Rowe en 1709.

Henri est d'abord inhumé à l'abbaye de Chertsey ; en 1484, son corps est déplacé à la chapelle Saint-Georges, du château de Windsor, sur ordre de Richard III. Au cours des années 1490, le roi Henri VII, fils d'Edmond Tudor, tente de le faire canoniser, sans succès.

Lorsque son corps fut examiné en 1910 sur ordre de George V, les fossoyeurs estimèrent sa taille à environ 1,75 m. Ses cheveux clairs étaient tachés de sang, avec des meurtrissures au crâne, prouvant que le roi avait bel et bien succombé à une mort violente.

Réputation

Henri VI laisse à la postérité l'image d'un roi très pieux et détestant la guerre. Il est également présenté comme faible, timide, et donc facilement manipulable par son entourage.

La trilogie Henry VI, écrite entre 1588 et 1593, que William Shakespeare lui a consacrée, a largement contribué à immortaliser son destin tragique. La pièce n'évoque cependant pas la folie du roi, qui est à l'époque de la reine Élisabeth Tudor un sujet tabou. Shakespeare a omis ce trait de caractère d'Henri VI pour ne pas irriter la reine, qui descendait autant de la Maison de Lancastre que de la Maison d'York.

Le fantôme d'Henri VI apparaît également dans la pièce Richard III. Avant la bataille de Bosworth, il vient avec toutes les autres victimes de Richard III maudire son assassin.

Ascendance

Notes et références

  1. a et b R. A. Griffiths, « Henry VI (1421–1471) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, Sept 2004; édition en ligne : janvier 2008.
  2. Les analyses ADN menées à la suite de la découverte du squelette de Richard III en 2012 ont mis en évidence une illégitimité sur la lignée agnatique, mais sans qu'on identifie ladite illégitimité sur les descendants de Jean de Gand, depuis Henri IV à Henri VI d'Angleterre, et donc des rois Tudors
  3. (en) Lingard, John, A History of England, Vol. V, 1854, pg. 90.
  4. Kendall, P.M., Louis XI: The Universal Spider, USA 1971, p. 39-40
  5. Jean-Baptiste Lebigue, « L'ordo du sacre d'Henri VI à Notre-Dame de Paris (16 décembre 1431) », dans Notre-Dame de Paris 1163-2013, dir. Cédric Giraud, Turnhout : Brepols, 2013, p. 319-363
  6. Lingard, p. 91.
  7. (en) C T Allmand & Dorothy Styles, "The Coronations of Henry VI", History Today, vol 32, issue 5 (1982). Accessed 28 February 2013
  8. D’après les Rolls of Parliament, v. 176–177
  9. Cf. Ramsay, op. cit., vol. II, p. 121; le recueil des Paston Letters, vol; I, p. 125; et Gascoigne, op. cit., p. 7
  10. Royle 2009, p. 207-208.
  11. (en) Nigel Bark, Medical Hypothesis (journal); cited by Times Higher Education, "Findings: Henry VI: parts one and two", 18 October 2002 (13 August 2014)
  12. a, b et c Gérard Hocmard, « L'Angleterre divisée par la guerre des Deux-Roses », Nouvelle Revue d'Histoire, no 78 de mai - juin 2015, p. 17-19
  13. Charles VI aurait lui-même pu avoir hérité ce trait de sa mère, Jeanne de Bourbon, qui avait également présenté des signes de maladie mentale, ou d'autres membres de sa famille chez qui avaient été observés des signes d'instabilité psychiatrique, comme le père de Jeanne Pierre Ier de Bourbon, son grand-père Louis Ier de Bourbon et son frère Louis II de Bourbon
  14. (en)Sadler, John, "The Red Rose and the White: the Wars of the Roses 1453-1487", (Longman, 2010), 49-51.
  15. Ralph Griffiths, The Reign of Henry VI, Berkeley 1981
  16. Hicks 2012, p. 114.
  17. Gravett 2003, p. 29.
  18. Haigh 1995, p. 115-117.
  19. Hicks 2002, p. 307.
  20. Ross 1997, p. 164-165.
  21. Haigh 1995, p. 117-118.
  22. Hicks 2002, p. 308-309.
  23. Haigh 1995, p. 118-119.
  24. Royle 2008, p. 229.
  25. Wolffe 2001, p. 345.

Sources imprimées

  • Anne Curry (éd.), The Parliament Rolls of Medieval England, 1275-1504, tome X : King Henry VI, 1422-1431, The Boydell Press, 2012, 490 p., (ISBN 978-1843837725)
  • Anne Curry et Rosemary Horrox (éd.), The Parliament Rolls of Medieval England, 1275-1504, tome XII : King Henry VI, 1447-1460, The Boydell Press, 2012, 552 p., (ISBN 978-1843837749)

Bibliographie

  • Notices d'autorité : Fichier d’autorité international virtuel • International Standard Name Identifier • Bibliothèque nationale de France (données) • Système universitaire de documentation • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • Bibliothèque royale des Pays-Bas • WorldCat
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