Henri Desgrange

Henri Desgrange
Henri Desgrange.jpg
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Henri Desgrange en 1901.
Henri Desgrange en 1893.
Henri Desgrange et Charles-Henri Brasier à 'L'Auto' (1905 après la Coupe Bennett).

Henri Antoine Desgrange, né le à Paris 10e[1] et mort le à Beauvallon, est un coureur cycliste, dirigeant sportif et journaliste français.

Biographie

Henri Desgrange naît le 31 janvier 1865 au domicile de ses parents, Jacques et Marie-Hortense, au 118 boulevard de Magenta dans le 10e arrondissement de Paris à 5 heure du matin. Il a un frère jumeau, Georges-Léon, né une heure avant lui. Son père exerce la profession d'architecte et d'entrepreneur en maçonnerie. Henri Desgrange est élève au lycée Rollin[2] et obtient son baccalauréat avec un an d'avance, puis est titulaire d'une licence de droit à 20 ans[3]. Il ne souhaite pas rejoindre son père au sein de l'entreprise familiale et débute sa vie professionnelle en tant que clerc de notaire dans le cabinet de Maître Depaux-Dumesnil à Paris, puis exerce le métier d'avocat à la cour d'appel de Paris[4]. Renonçant à devenir avocat, il se consacre au sport, tant pour le pratiquer que pour l'organiser et le diriger.

Carrière cycliste

Henri Desgrange découvre et se passionne immédiatement pour la pratique cycliste à l'occasion de la première édition de la course Bordeaux-Paris, le . Il adhère à l'Association vélocipédique amateur (AVA). En 1893, il s'entraîne tous les jours au vélodrome de l'Est, où il est abonné. Il y rencontre Victor Goddet, chargé de contrôler les abonnements. Il fréquente ensuite le vélodrome Buffalo, récemment inauguré. Son assiduité à l'entraînement lui permet « [d'atteindre] rapidement le niveau des meilleurs ». Le , il établit le premier record de l'heure sans entraineur homologué, en parcourant au Vélodrome Buffalo 35,325 km avec un braquet de 4,70 mètres[5]. Desgrange voit son record battu le par Jules Dubois (38,220 km). Il s'attaque à d'autres records durant l'année 1893. Le 1er août, il bat ceux des 50 et 100 kilomètres en 1 heure et 30 minutes et 3 h 4 min 7 s, et le 14 septembre ceux des 100 miles et des 6 heures, en effectuant 183,34 km, toujours sans entraîneur. Les compétitions et records derrière entraîneurs sont alors plus prisées, mais Desgrange, encore amateur, n'y a pas accès. Dénigré pour ne pas s'attaquer aux performances des meilleurs spécialistes, il bat le 3 octobre les records des 100 miles, en h 40 min 43 s, et des 6 heures, en parcourant 204,550 km, cette fois-ci derrière entraîneurs. Il est à cette occasion entraîné entre autres par Jules Dubois, précédent détenteur du record des 6 heures. Desgrange bat également quelques records en tricycle, une discipline qui tombe déjà en désuétude à cette époque[6].

À la fin de l'année 1893, Desgrange quitte l'AVA, dont il est trésorier, pour devenir coureur professionnel, et subit les critiques des défenseurs de l'amateurisme[7]. Sa première course chez les professionnels est le championnat de France des 100 km, dont il prend la sixième place[8]. En avril 1894, il bat le record des 100 km derrière entraîneur en un peu plus de h 39[9]. En mai, il tente de battre le record des 24 heures mais abandonne, gêné par la pluie[10]. Après une tentative manquée de reconversion comme entraîneur aux côtés de Jean-Marie Corre, et un dernier record battu sur 100 kilomètres en août 1895, il arrête la compétition cycliste pour se mieux consacrer à son activité de journaliste et à sa nouvelle carrière de directeur de piste[11].

Journaliste et directeur de vélodrome

Lorsqu'il arrête sa carrière de coureur, Henri Desgrange a déjà commencé sa reconversion dans le journalisme, la direction de vélodromes et au sein des organisations régissant le sport cycliste, et multiplie les activités en 1894, « année charnière de sa vie »[12].

Il contribue à différents organes de la presse sportive naissante (La Bicyclette, Paris-Vélo et Le Journal de sports) depuis plusieurs années[13]. Il est également auteur de deux ouvrages, La tête et les jambes (1894) et Alphonse Marcaux (1899). Le premier est un traité d'entraînement, considéré comme un manuel de référence pendant de longues années, le second un roman s'inspirant du monde du sport et de la bicyclette[14],[15]. Desgrange met également sa plume au service de l'industriel du cycle et de l'automobile Adolphe Clément, dont il est directeur de la publicité en 1894[16]. Son travail pour Clément lui permet de « pénétrer de nouveaux cercles ». Il représente ainsi Clément dans la nouvelle Société française de prévoyance des employés de l'industrie et du commerce vélocipédiques[16], ou au premier salon de la bicyclette organisé en France, à la salle Wagram en 1894[17]. Lorsqu'il quitte cette fonction en 1895, il reste proche de Clément et demeure son représentant au sein de ces organes[17]. Il intègre également la commission sportive de l'Union vélocipédique française[16] et devient président honoraire du syndicat des coureurs[17]. En 1895, Henri Desgrange est enfin secrétaire général de l'Omnium. Ce club mondain, recrutant principalement dans l'aristocratie et présidé par le duc de Luynes, tente de prendre le contrôle de l'UVF, alors en difficulté, par la conclusion d'une « entente », aux termes de laquelle l'Omnium impose ses règlements de course. Cet accord est finalement rejeté par l'UVF lors de son congrès de 1896[18],[19].

Henri Desgrange prend la direction du vélodrome de l'Est, où il avait ses habitudes en tant que coureur, et celle du vélodrome Montdésir à Bordeaux[17]. Il devient administrateur du Parc des Princes, récemment bâti à Paris, en 1897 (avec Victor Goddet. Il a dirigé avec ce dernier un « salon des cycles et de l'automobile » un peu plus tôt, et qui sera longtemps son collaborateur. Dans cette nouvelle enceinte, Desgrange accueille notamment les championnats du monde de cyclisme sur piste de 1900, les premiers organisés par l'Union cycliste internationale[20]. Il fait construire le Vélodrome d'Hiver, aménagé dans la Galerie des Machines, vestige de l'exposition universelle de 1889 et inauguré en 1903, puis, après la destruction de la Galerie des Machines, un nouveau « Vel d'Hiv » dans le 15e arrondissement, inauguré en 1910.

Henri Desgrange, rédacteur en chef de L'Auto, à son bureau en 1914.

Directeur de L'Auto et créateur du Tour de France

C'est en 1900 qu'il est nommé directeur et rédacteur en chef d'un nouveau quotidien sportif, L'Auto-Vélo, impulsé par le comte de Dion pour concurrencer Le Vélo dont le directeur, Pierre Giffard, n'est pas en phase avec ses idées politiques. Le titre sera rebaptisé L'Auto en 1903. En 1907, il finance le lancement du quotidien culturel Comœdia et nomme Gaston de Pawlowski, un habitué du monde cycliste et l'ancien directeur du Vélo, rédacteur en chef.

Henri Desgrange devient en 1903 le maître d'œuvre d'une épreuve sur route inédite, le Tour de France, à la suite d'une idée de son collaborateur, le journaliste Géo Lefèvre. Jusqu'en 1939, il reste l'organisateur du Tour, interrompu par la guerre. En 1936, il avait dû quitter le Tour, à Charleville, passant le témoin de la direction de course à Jacques Goddet.

Un monument à la mémoire d'Henri Desgrange a été élevé par souscription au sommet du col du Galibier. Un prix, le souvenir Henri-Desgrange, récompense chaque année sur le Tour de France le coureur qui franchit en tête le col du Galibier, ou le col le plus haut de la course si le Galibier n'est pas au programme.

Un prix Henri Desgrange est également décerné à un journaliste, auteur ou artiste français ayant, dans l'exercice de sa profession, le mieux servi la cause sportive, soit par son action, soit par la qualité de ses écrits, de ses missions ou images.

Créateur des Audax français

Henri Desgrange à vélo.
Monument Henri-Desgrange au sommet du Galibier.

Il s'agit d'un mouvement qui atteste de l'humanisme de Desgrange, souvent caché derrière ses activités « commerciales ».[style à revoir] Le cyclisme en fut la base. Il consistait à parcourir en groupe et à allure modérée des distances dépassant 200 kilomètres et donnant lieu à un brevet.

Henri Desgrange, Géo Lefèvre et Charles Stourm vont, en 1904, fonder les Audax français. Régulièrement, en 1903, L'Auto a fait part de l'activité des Audax italiens. Et de leur projet d'excursion Turin-Paris prévu pour l'été 1904. Géo Lefèvre suggère alors que les cyclistes français pourraient aller à leur rencontre. Et cela lui donne l'idée de créer un groupement de même nature. Le 7 janvier 1904, Desgrange peut annoncer la naissance des Audax français[21]. Cette idée va donner de l'élan à l'activité hors compétition sur de longues distances, laquelle aboutira aux brevets de 300 à 1 200 km Audax et randonneurs dont le plus célèbre est Paris-Brest-Paris (1 200 km).

Henri Desgrange déclinera ensuite la même formule pour la marche, la nage et la rame. Il fut lui-même breveté 150 km à pied et 6 km à la nage.

Citations

« Rude dans son comportement, rude dans ses expressions, rude envers lui-même plus encore qu'envers ses collaborateurs, Henri Desgrange a considéré la vie comme un combat permanent. »

Publications

  • Henri Desgrange, La Tête et les jambes, Paris, L. Pochy, (lire en ligne) ; nombreuses rééditions jusqu'aux années 1930
  • Alphonse Marcaux, Paris, L. Pochy, 1899
  • Mens sana, Librairie de L'Auto, Paris, 1909
  • La Vie sportive, Librairie de L'Auto, Paris, 1913

Distinction

  • Chevalier de la légion d'Honneur en décembre 1904, des mains d'Émile Loubet, au salon de l'automobile[22].

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • Jacques Goddet, L'Équipée belle, Robert Laffont-Stock, Paris, 1991
  • Fabien Wille, Le Tour de France : un modèle médiatique, Villeneuve-d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, , 329 p. (ISBN 9782859397975, lire en ligne)
  • Le Tour de France : Reflet de l'histoire et de la société, Paris, L'Harmattan, coll. « Espaces et Temps du Sport », , 297 p. (ISBN 2-7475-6675-7)
  • Jacques Seray et Jacques Lablaine, Henri Desgrange, l'homme qui créa le Tour de France, Saint-Malo, Editions Cristel, , 368 p. (ISBN 2-84421-042-2)
  • Jacques Lablaine, L'Auto-Vélo : le journal précurseur du Tour de France, L'Harmattan, , 256 p. (ISBN 9782296136052, lire en ligne)
  • Thierry Cazeneuve, 1903-1939 L'invention du Tour, L'Équipe, coll. « La Grande histoire du Tour de France » (no 1), , 62 p. (ISBN 978-2-8152-0293-0)
  • Jean-Paul Vespini, 1903, Le Premier Tour de France, Paris, Jacob-Duvernet, , 278 p. (ISBN 978-2847244663)
  • Christian-Louis Eclimont, Le Tour de France en 100 Histoires Extraordinaires, Paris, First, , 380 p. (ISBN 978-2754050449)
  • Dominique Grandfils, Au Temps du Vel' d'Hiv’, Gremese, 2014

Liens externes

Notes et références

  1. Archives de l’état civil de Paris en ligne, mairie du 10e arrondissement, acte de naissance no 478, année 1865
  2. Jacques Augendre, Petites histoires secrètes du Tour..., Solar, (ISBN 978-2-263-06987-1), p. 133-136.
  3. Cazeneuve 2010, p. 14-15.
  4. Lablaine 2010, p. 19.
  5. Eclimont 2013, p. 10.
  6. Seray et Lablaine 2006, p. 28-33
  7. Seray et Lablaine 2006, p. 45, 48
  8. Seray et Lablaine 2006, p. 45
  9. Seray et Lablaine 2006, p. 48
  10. Seray et Lablaine 2006, p. 49-50
  11. Seray et Lablaine 2006, p. 56-59
  12. Seray et Lablaine 2006, p. 58
  13. Selon le premier numéro de L'Auto-Vélo, le 16 octobre 1900 : « Depuis sept ans, M.Desgrange n'a cessé de collaborer à tous les journaux sportifs [...]. » (cité par : Jean-Luc Bœuf et Yves Léonard, La République du Tour de France, Seuil, (ISBN 202058073X))
  14. Seray et Lablaine 2006, p. 71-78
  15. Jacques Augendre, Abécédaire insolite du Tour, Paris, Solar, , 427 p. (ISBN 978-2-263-05321-4), p. 135-137
  16. a, b et c Seray et Lablaine 2006, p. 50
  17. a, b, c et d Seray et Lablaine 2006, p. 56-59
  18. Seray et Lablaine 2006, p. 63-65
  19. Alex Poyer, Cyclistes en sociétés. Naissance et développement du cyclisme associatif en France (thèse de doctorat d’Histoire), (lire en ligne)
  20. Seray et Lablaine 2006, p. 68-69, 81-83
  21. Jacques Seray et Jacques Lablaine, Henri Desgrange, l'homme qui créa le Tour de France, Éditions Cristel.
  22. Armée et marine : revue hebdomadaire illustrée des armées de terre et de mer, 15 décembre 1904, p.1103.