Gypaète barbu

Gypaetus barbatus
Description de cette image, également commentée ci-après
Gypaète barbu.
Classification (COI)
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Aves
Ordre Accipitriformes
Famille Accipitridae

Genre

Gypaetus
Storr, 1784

Nom binominal

Gypaetus barbatus
(Linnaeus, 1758)

Répartition géographique

Description de l'image Gypaetus barbatus distr.png.

Statut de conservation UICN

( NT )
NT  : Quasi menacé

Statut CITES

Sur l'annexe  II  de la CITESAnnexe II , Rév. du 12/06/2013

Le Gypaète barbu(Gypaetus barbatus) est la seule espèce du genre Gypaetus. Cette espèce de vautour est présente en Asie centrale, en Afrique, au Moyen-Orient et dans une moindre mesure, en Europe[1]. C'est l'une des quatre espèces de vautours européens, elle se cantonne principalement aux Pyrénées, aux Alpes, au massif Corse et à la Crète. Il appartient à l'ordre des Accipitriformes et à la famille des Accipitridés. Il fut anciennement appelé Phène des Alpes[2],[3].

Étymologie

Le nom latin Gypaetus est formé des noms grecs gups (vautour), et aétos (aigle). Cette racine se retrouve notamment dans l'italien gipeto. L'origine de barbu (du latin barbatus) est, en revanche, évidente et fait référence à une caractéristique physique de l'oiseau : la touffe de plumes qui fait saillie sous son bec et donne l'impression que le menton du gypaète est orné d'une barbe noire[4].

Le Gypaète est surnommé :

  • le « casseur d'os », car il a l'habitude de laisser tomber les os trop gros pour être ingurgités d'une hauteur de 50 à 100 mètres sur les flancs de falaise ou sur les pierriers (champ de pierres), il en mange alors les débris et les ligaments. C'est d'ailleurs la traduction de son nom en espagnol : Quebrantahuesos ;
  • ou moins couramment, le « nettoyeur des alpages », car il joue un rôle sanitaire essentiel en se nourrissant de cadavres d'animaux sauvages (chamois, bouquetins) et domestiques (moutons, chèvres).

Description

Un gypaète barbu au zoo alpin d'Innsbruck (Autriche).
Détail de la tête d'un Gypaète.

Ce grand vautour (longueur totale de 110 cm ; envergure de 280 cm) présente des caractéristiques qui lui sont propres : absence de zones dénudées sur la tête, le cou et la poitrine, tarses entièrement recouverts de plumes, ailes étroites et anguleuses et queue cunéiforme.

Le dessous blanchâtre teinté de roux orangé contraste avec le noir de jais du dos, des ailes et de la queue. L'immature est uniformément brun-gris foncé. Cet oiseau est en principe solitaire. Sa silhouette en vol rappelle celle des faucons. Assez bruyant pendant la période de reproduction, il émet des sifflements pénétrants.

Nécrophage, il intervient en dernier sur une carcasse, se nourrissant exclusivement des os (et de la moelle) qu'il brise en les laissant tomber des hauts rochers sur lesquels il a l'habitude de se poser.

Alimentation

Ce vautour se nourrit principalement d'os, qu'il avale tels quels pour les plus petits. L'oiseau brise les plus gros os en les emportant en hauteur et en les laissant tomber sur les rochers, afin qu'ils se brisent et soient suffisamment petits pour être avalés. Il présente ainsi un exemple d’utilisation d'outil par un animal.

Il consomme également les tendons et les ligaments d'ongulés sauvages ou domestiques qu'il ingère grâce à un gosier élastique. Doté de puissants sucs digestifs, il est capable d'utiliser les protéines, graisses et sels minéraux contenus dans cette nourriture dont il est un consommateur sans concurrence réelle.

Étant le seul à pouvoir se nourrir de ce qui reste après le passage des autres charognards, notamment les vautours fauves ou les grands corbeaux, il peut patienter très longtemps avant de s'approcher des carcasses. Il contribue ainsi à leur élimination ultime.

Comportement social

Juvénile au Tibet.

Jusqu'à l'âge de 4 à 5 ans, le Gypaète effectue une sorte de long voyage initiatique au cours duquel il va affronter de nombreux dangers dus à des phénomènes naturels, mais dont une autre partie est de la responsabilité des hommes (câbles électriques, remontées mécaniques, tirs de fusils et empoisonnements).

Reproduction

Au terme de son voyage (6 à 7 ans, âge de sa maturité sexuelle), il va commencer à se sédentariser, à former un couple et à construire une aire inaccessible pouvant mesurer plus de deux mètres de diamètre. Les parades nuptiales, incluant de spectaculaires piqués à deux, débutent entre octobre et février. La femelle pond 1 à 2 œufs entre décembre et mars, après une incubation de 53 à 58 jours. Dans le cas où les deux œufs éclosent, un seul gypaéton survit ; en effet, le plus fort des deux repousse son congénère au fond du nid et s'empare de toute la nourriture en laissant mourir son congénère. L'envol du jeune s'effectue entre juillet à août.

Dans son milieu naturel, la longévité est estimée à 30 ans. En captivité, au zoo la Garenne en Suisse, un gypaète a vécu jusqu'à l'âge de 47 ans[5].

Voix

Dickcissel d'Amérique mâle perché sur un poteau métallique, chantant cou tendu et bec ouvert.

Chants et appels

Écouter le gypaète barbu sur xeno-canto

Répartition

Le gypaète barbu est un oiseau des montagnes d'Europe, d'Afrique de l'Est et d'Asie.

C'est en Asie centrale que son aire de répartition est la plus grande, on le retrouve aussi bien dans l'Himalaya, que sur le plateau tibétain, dans l'Altaï, le Pamir ou dans les monts Alaï et Tian[1].

En Europe, les Pyrénées comptaient 118 couples reproducteurs en 2006 et près de 500 individus. Quelque 90 gypaètes vivaient dans tout l'arc alpin à la fin du XXe siècle, et ils sont environ 150 en 2012 grâce à un programme international de réintroduction et de protection des nids.

En France, le gypaète est présent en Corse et dans les Pyrénées. Il a été réintroduit dans les Alpes françaises d'où il avait disparu au début du XXe siècle, victime d'une chasse intensive : les derniers spécimens avaient été observés dans les Hautes-Alpes et le Mercantour en 1935[6]. En 2012, 7 couples ont donné 4 jeunes à l'envol ; 48 individus ont été observés dans les Alpes françaises lors de la journée de suivi international du gypaète qui s'est déroulée le [7].

En Suisse, il vit principalement dans le massif des Alpes bernoises et aux Grisons ; un petit Gypaète barbu est sorti de son œuf fin au col de l'Ofen, dans les Grisons, près du parc national suisse, et un autre est né près de Derborence en Valais à la fin avril. Cela n'était plus arrivé en Suisse depuis 122 ans[8].

Habitat

En général, le gypaète barbu niche dans les zones de montagnes situées aux limites supérieures de la forêt, de préférence dans une grotte ou vire surplombée dans une falaise escarpée, à proximité ou non de pierriers.

Sous-espèces

Cette espèce est constituée des quatre sous-espèces suivantes :

  • Gypaetus barbatus barbatus (Linnaeus, 1758) ;
  • Gypaetus barbatus aureus (Hablizl, 1783) ;
  • Gypaetus barbatus hemachalanus (Hutton, 1838) [9] ou Gypaetus barbatus altaicus (Sharpe, 1874) ;
  • Gypaetus barbatus meridionalis (Keyserling & J.H. Blasiu, 1840).

Le Gypaète barbu et l'Homme

Protection

Son statut de conservation IUCN au niveau mondial est presque menacée (NT), au niveau européen (liste rouge IUCN Europe) il est vulnérable, en France il est considéré comme en danger (EN) et il est classé dans la liste rouge au bord de l'extinction (CR) en Suisse. Le gypaète barbu bénéficie d'une protection totale sur le territoire français depuis l'arrêté ministériel du relatif aux oiseaux protégés sur l'ensemble du territoire. Il est inscrit à l'annexe I de la directive Oiseaux de l'Union européenne[10]. Il est donc interdit de le détruire, le mutiler, le capturer ou l'enlever, de le perturber intentionnellement ou de le naturaliser, ainsi que de détruire ou enlever les œufs et les nids et de détruire, altérer ou dégrader leur milieu. Qu'il soit vivant ou mort, il est aussi interdit de le transporter, colporter, de l'utiliser, de le détenir, de le vendre ou de l'acheter.

Il reste malgré cela la victime de tirs volontaires illégaux, notamment en France, dans les Pyrénées-Atlantiques[11],[12],[13] et dans le Lot[14].

Réintroductions en Europe

Gypaète en vol dans l'Himalaya.
Un jeune gypaète en vol dans les Alpes suisses.

En 1985 un projet de réintroduction basé sur la reproduction en captivité est lancé. Celui-ci se crée autour d'un réseau d'élevage regroupant 6 centres d'élevage spécialisés situés en Autriche, en Espagne, en Suisse, aux Pays-Bas et en France, associés à une trentaine de parcs zoologiques. Parmi les premiers centres d'élevage créés se trouve le plus important d'entre eux, le Richard Faust zentrum placé sous la responsabilité de l'université de médecine vétérinaire de Vienne en Autriche, ainsi que le centre français situé en Haute-Savoie placé sous la responsabilité de l'association ASTERS. Le réseau européen d'élevage du gypaète barbu participe au programme européen pour les espèces menacées EEP tout en étant placé sous l'autorité de la Fondation pour la Conservation des Vautours (VCF).

Les sites de réintroductions doivent répondre à des critères précis concernant le relief, la présence historique de l'espèce, les ressources alimentaires, les activités humaines ainsi que la perception par les populations du projet de réintroduction. Parmi ces sites on peut citer la vallée de Rauris dans le parc national autrichien des Hohe Tauern, le massif du Bargy en Haute-Savoie, le parc national de la Vanoise, le parc national du Mercantour, les Grands Causses, en Suisse dans le parc national aux Grisons et à Derborence en Valais, les parcs italiens Alpi Marittime et du Stelvio.

Depuis 1998, des programmes européens LIFE[15], intitulés Conservation du gypaète barbu dans les Alpes françaises (1998-2002) et Gypaète barbu dans les Alpes (2003-2007), permettent de financer l'élevage, les réintroductions, la protection des espaces, et le suivi des populations.

Noms vernaculaires

Il se nomme Bartgeier (Vautour barbu) en allemand, Gipeto en italien, Quebrantahuesos (littéralement « casseur d'os ») en espagnol, dans les langues des principaux pays européens où l'espèce est présente (Alpes, Pyrénées) ; au Royaume-Uni, où l'espèce est absente, le gypaète barbu est nommé Bearded vulture (c'est-à-dire vautour barbu), mais Lämmergeier est aussi attesté, ainsi qu'en allemand et en néerlandais (cette dernière dénomination siginfie littéralement « vautour des agneaux » et fait référence à la prétendue capacité qu'aurait le gypaète de faire des jeunes agneaux ses proies ; ce qui d'ailleurs n'a jamais été confirmé par l'observation). Le grec, enfin, a formé le nom de l'oiseau à partir d'une composante marginale de son régime alimentaire, la consommation de tortues : Kélonifagi se traduisant en effet par « qui mange des tortues »[4]. La légende veut que la consommation de ce reptile aurait provoqué la mort du poète grec Eschyle (voir ci-dessous).

Légende

Selon une légende rapportée par la Souda[16], le dramaturge grec Eschyle serait mort d'avoir reçu une tortue lâchée par un rapace sur sa tête chauve, qu'il aurait prise pour une pierre. Le texte mentionne un aigle mais ce comportement, même si l'événement n'est que fictif, correspond davantage à celui du gypaète barbu.

Représentations

Le gypaète barbu figure notamment sur un timbre français de 1984 et sur un timbre de l'Azerbaïdjan. Il a aussi été choisi pour figurer à côté de l'isard sur les pièces de 1, 2 et 5 centimes d'euro andorrannes.

Galerie

Voir aussi

Notes et références

  1. a et b (en) « Carte de répartition du Gypaète barbu », sur uicnredlist.org (consulté le 30 octobre 2014).
  2. Dictionnaire de français Littré
  3. Le gypaète ou l'histoire d'une réintroduction réussie
  4. a et b Pierre Cabard et Bernard Chauvet, L'étymologie des noms d'oiseaux, éd. Belin, 2003
  5. Emmanuel Borloz, Le vieux mâle gypaète du zoo La Garenne est mort, 24 heures, .
  6. Causes et historique de sa disparition
  7. Bilan de la prospection Gypaètes barbus, Alpes françaises, International Bearded Vulture Monitoring, .
  8. Suisse, premier bébé gypaète barbu depuis 1885, actu TSR
  9. Gypaetus hemachalanus Hutton, J. A. S. B., VII, p. 22 (1838) (Simla). Gypaetus barbatus. Blanf. & Oates, III, p. 328
  10. Le statut juridique des oiseaux sauvages en France, Ligue pour la protection des oiseaux
  11. « Le Gypaète barbu braconné en vallée d'Aspe est mort », (consulté le 29 octobre 2014).
  12. « Scandaleux : encore un Gypaète abattu dans les Pyrénées-Atlantiques ! », (consulté le 29 octobre 2014).
  13. « Pyrénées-Atlantiques : nouveau Gypaète barbu victime de tirs », .
  14. « Le jeune Gypaète barbu Layrou victime d’un tir volontaire », (consulté le 29 octobre 2014).
  15. « Protection du gypaète », sur le site du parc de la Vanoise (consulté le 30 août 2015).
  16. Suidas, « Αἰσχύλος », Adler alphaiota, 357 lire en ligne

Liens externes

Site dédié au gypaete barbu de l'association ASTERS - Conservatoire d'espaces naturels de Haute-Savoie

Genre Gypaetus

Espèce Gypaetus barbatus