Gustave Courbet

Gustave Courbet
Gustave Courbet by Nadar 1860s.png

Cliché des Ateliers Nadar, milieu des années 1860 (BNF)[1].

Naissance
Décès
Nationalité
Activités
Autres activités
Formation
Maître
Élève
James Whistler (1859-1866)
Mouvement
Mécènes
Régis et Sylvie Courbet, Alfred Bruyas, Étienne Baudry
Influencé par
A influencé
Fratrie
Juliette Courbet ()
Distinctions
Légion d'honneur (1870, refusée), puis rayé de l'ordre (1871)
Œuvres réputées
  • Quelques toiles majeures
signature de Gustave Courbet

signature

Gustave Courbet, né le à Ornans (Doubs) et mort le à La Tour-de-Peilz (Suisse), est un peintre et sculpteur français, chef de file du courant réaliste.

Auteur d'un important corpus de peintures — plus d'un millier d'œuvres —, Courbet est l'un des artistes les plus puissants et les plus complexes du XIXe siècle. Dès 1848-1849, ses toiles s'opposent aux critères de l'académisme, à l'idéalisme, aux outrances romantiques ; transgressant la hiérarchie des genres, il provoque le scandale chez ses contemporains, et l'attrait de quelques collectionneurs privés, perturbant les frontières de l'art.

Soutenu par quelques critiques, comme Charles Baudelaire et Jules-Antoine Castagnary, son œuvre, qui ne peut être réduite à l'épisode du réalisme pictural, contient en germe la plupart des courants modernistes de la fin de son siècle.

Individualiste, revendiquant son autodidactisme et son terroir, Courbet était un amoureux des forces de la nature et des femmes. S'il a mené quelques combats, notamment contre la religiosité, la mauvaise foi et le mépris des paysans et des travailleurs manuels, la fin de sa vie le montre tout entier face aux éléments du paysage. Rarement un peintre avait, de son vivant, essuyé autant d'insultes.

Élu républicain, acteur de la Commune de Paris de 1871, il est accusé d'avoir fait renverser la colonne Vendôme, et condamné à la faire relever à ses propres frais. Exilé en Suisse, il y fonde une petite communauté d'amis peintres et meurt épuisé, trois ans avant l'amnistie générale, âgé de 58 ans.

Reconsidérée depuis les années 1970, notamment par la critique anglo-saxonne qui lui donne ses premiers véritables biographes, son œuvre vigoureuse et sans compromis, éclairée par l'exploration de ses écrits privés qui révèle un être lucide, subtil et sensible, ne cesse d'entretenir avec notre modernité des rapports intimes, souvent surprenants.

« J'ai étudié, en dehors de tout système et sans parti pris, l'art des anciens et l'art des modernes. Je n'ai pas voulu plus imiter les uns que copier les autres. J'ai voulu tout simplement puiser dans l'entière connaissance de la tradition le sentiment raisonné et indépendant de ma propre individualité. »

— Gustave Courbet, Le Réalisme, 1855[2]

Biographie

Origines et jeunesse

Portrait de Régis Courbet (1840), collection particulière.

Gustave Courbet est issu d’une famille relativement aisée de propriétaires terriens, son père Éléonor Régis Courbet (1798-1882), suffisamment riche pour devenir électeur au suffrage censitaire (1831), possède une ferme et des terres au village de Flagey, situé dans le département du Doubs, aux portes du Jura, où il élève des bovins et pratique l’agriculture ; par son beau-père, Jean-Antoine Oudot (1768-1848), il gère un vignoble de plus de six hectares situé sur les terres d'Ornans : c'est là que Jean Désiré Gustave naît le 10 juin 1819, sa mère, Suzanne Sylvie Oudot (1794-1871), donne par ailleurs naissance à cinq autres enfants dont seules trois filles survivront : Thérèse (1824-1925), Zélie (1828-1875) et Juliette (1831-1915)[3]. Gustave est donc à la fois l'aîné et le seul garçon de cette « fratrie » terrienne, très inscrite dans l'espace franc-comtois où se croisent montagnards, chasseurs, pêcheurs, bûcherons, au milieu d'une nature forte, omniprésente[4].

Le Pont de Nahin (Ornans) (1837), huile sur toile, Ornans, musée Courbet.

En 1831, Gustave l'aîné entre comme élève externe au petit séminaire d’Ornans où il reçoit, entre autres, un premier enseignement artistique auprès d'un professeur de dessin, Claude-Antoine Beau, ancien élève d'Antoine-Jean Gros : en cette discipline passionnante, Gustave s'y distingue, négligeant donc ses études classiques[5],[6]. Ensuite, il entre comme interne au Collège royal de Besançon où, dans la classe des beaux-arts, il suit les cours de dessin de Charles-Antoine Flajoulot (1774-1840), un ancien élève de Jacques-Louis David. À cette époque, Flajoulot était également le directeur de l'école des beaux-arts de Besançon[7], mais Courbet n'y est pas inscrit. Cependant, alors que Courbet se plaint de sa vie encasernée dans les murs du collège, ses parents le font loger chez un particulier. Puis, l'adolescent, de moins en moins assidu aux études classiques, se plait à suivre les cours de Flajoulot directement dans l'enceinte de l'école des beaux-arts : là, il y croise toute une jeunesse composée d'étudiants en art, dont Édouard Baille, plus mâture, ne rêvant que de monter à Paris ; Baille fit le portrait de Courbet (1840). Le « collégien » produit certes de petits tableaux mais ses parents le destinent avant tout à des études supérieures d'ingénieur ; le père rêve pour son fils de polytechnique, mais, avec son épouse, étant donnés les résultats médiocres de leur fils en mathématiques, il se rabattent sur l'étude du Droit à Paris[8]. Dans la capitale s'illustre un certain François-Julien Oudot (1804-1868), avocat jurisconsulte et philosophe du droit, le plus éminent membre de la famille. La mère de Gustave demande donc à ce parent d'accueillir son fils à Paris.

Premier dessin de Courbet pour les Essais poétiques de Max Buchon (1839)[9].

Il part pour Paris en novembre 1839[10], non sans avoir commis quelques semaines plus tôt, avec son ami Max Buchon, quatre dessins destinés à l'illustration lithographique des Essais poétiques de ce dernier : publié par un imprimeur de Besançon, il s'agit-là du premier exercice public du jeune artiste, âgé d'à peine vingt ans[11].

Logé dans un premier temps chez François-Julien Oudot à Versailles où se cotoient des bourgeois assez mondains et ouverts d'esprit, il commence ses études de droit, vivant d'une pension que lui verse ses parents. L'année 1839-1840 est déterminante : Courbet délaisse son droit au profit de la peinture. En effet, il passe plus de temps dans l’atelier parisien du peintre Charles de Steuben. D'autre part, il retrouve à Paris ses amis d’enfance, tels Urbain Cuenot et Adolphe Marlet, ce dernier l’introduit à l’atelier de Nicolas-Auguste Hesse, un peintre d’histoire qui l’encourage dans la voie artistique[12]. Courbet, qui s'est toujours défendu d'avoir eu de tels maîtres[13], écrit à ses parents qu'il abandonne le droit et qu'il veut devenir peintre : ses parents acceptent sa décision et continuent à lui verser sa pension[14]. De plus, le 21 juin 1840, Gustave Courbet parvient à se faire réformer du service militaire[15].

Élève libre, Courbet se rend, comme tout étudiant en art de son époque, au musée du Louvre pour y copier les maîtres, activité qu'il poursuivra tout au long des années 1840. Il est admiratif du clair-obscur hollandais, de la sensualité vénitienne et du réalisme espagnol. Courbet est un œil, il a un sens unique de l'alchimie visuelle. Il est aussi influencé par les œuvres de Géricault dont il copie une tête de cheval[16].

Marine ou Vue d’Honfleur (1841)[17], huile sur toile, Lille, palais des beaux-arts.

Au printemps 1841, il découvre les rivages de la Normandie : c'est son premier séjour face à la mer[10], accompli en compagnie d'Urbain Cuenot. Les deux amis descendent en bateau la Seine depuis Paris jusqu'au Havre, explorant les rives. Il écrit à son père[17] :

« Je suis enchanté de ce voyage qui m’a développé beaucoup les idées sur différentes choses dont j’avais besoin pour mon art. Nous avons enfin vu la mer, la mer sans horizon (que c’est drôle pour un habitant du vallon). Nous avons vu les beaux bâtiments qui la parcourent. C’est trop attrayant, on se sent entraîné, on voudrait partir voir le monde entier. Nous avons traversé la Normandie, pays charmant, tant pour la richesse de la végétation que pour ses sites pittoresques et ses monuments gothiques qui peuvent être comparés à tout ce qu’il y a de mieux en ce genre. »

D'autre part, et malgré la faible documentation, on peut supposer qu’il effectue à cette époque un premier séjour en forêt de Fontainebleau[17]. Il a quitté Versailles pour loger dans une chambre au 4 rue Saint-Germain-des-Prés, puis une autre au 28 rue de Buci. Beaucoup de ses premières toiles ont à ce jour disparu. Certaines portent des titres comme Ruines le long d'un lac et L'Homme délivré de l'amour par la mort, d'inspiration romantique[18].

Les années 1840 : des débuts difficiles

Premiers Salons

Portrait de l'auteur dit Autoportrait au chien noir (1842), huile sur toile, Paris, Petit Palais.
Guitarrero, jeune homme dans un paysage (1844), huile sur toile, New York, Collection Hitesman.
L'Homme à la ceinture de cuir (1845-1846), huile sur toile, Paris, musée d'Orsay.

Début 1841, Courbet se sent suffisamment prêt pour oser présenter au jury du Salon une grande toile, Portraits d'Urbain Cuenot et Adolphe Marlet, qui est refusée[10]. En 1842, il s’installe au Quartier latin et occupe son premier atelier au « 89 » rue de la Harpe, dans les anciens locaux du collège de Narbonne, qu'il loue 280 francs par an[13]. Il fréquente, toujours en élève libre, l'académie de Charles Suisse, à l'angle du boulevard du Palais et du quai des Orfèvres, mais abandonne rapidement, jugeant les exercices (anatomie, modèle, etc.), sans intérêt. Il présente au jury du Salon de 1842 Halte de chasseurs et Un intérieur, deux petit tableaux, refusés[18].

Il continue de se former lui-même en dessinant et copiant au Louvre des maîtres du passé qu'il affectionne tel que Diego Vélasquez, Francisco de Zurbarán, José de Ribera, en compagnie d'un nouveau camarade, François Bonvin, qu'il a rencontré à l'académie aux cours du soir, et qui lui sert de guide. Au jury du Salon de 1843, il présente Portrait de M. Ansout et un Portrait de l'auteur (musée de Pontarlier), refusés[18].

En 1844, sur les recommandations de Hesse, le Salon reçoit de Courbet d'abord Loth et ses filles, un tableau de genre religieux au thème académique, une Étude de paysage, puis le Portrait de l'auteur dit Autoportrait au chien noir (1842)[19], et finit par accepter de n'exposer que ce dernier. C'est la première fois, le jeune peintre est très fier, il l'annonce à ses parents : « Je suis enfin reçu à l’exposition, ce qui me fait le plus grand plaisir. Ce n’est pas le tableau que j’ai le plus désiré qui fût reçu mais c’est égal, c’est tout ce que je demande car le tableau qu’ils m’ont refusé n’était pas fini. […] Ils m’ont fait l’honneur de me donner une fort belle place à l’exposition ce qui me dédommage. Le tableau qui est reçu c’est mon portrait avec paysage. Chacun m’en fait compliment. Chose très drôle. Il a été fait il y a deux ou trois ans car mon chien noir se trouve près de moi »[20]. Ce chien est un épagneul qu'il décrivait ainsi deux ans plus tôt : « J’ai maintenant un superbe petit chien anglais noir, un épagneul pur sang qui m’a été donné par un de mes amis, il fait l’admiration de chacun et il est beaucoup plus fêté que moi chez mon cousin. Urbain [Cuenot] vous le mènera l’un de ces jours », écrivait-il de Paris à ses parents en mai 1842[21]. Cependant, alors qu'il comptait sur Loth et ses filles, son visage est devenu public, car le voici forcé d'exposer un tableau intimiste, qu'il gardait pour lui, un motif très marqué par Géricault mais aussi par la « ligne serpentine » d'un Hogarth, inscrit dans le paysage franc-comtois[22]. D'autres autoportraits ont précédé, d'autres vont suivre, où il se représente en homme amoureux aux côtés d'une femme, ou frontalement, ou fumant, etc. : il y a chez lui, mais en apparence seulement, une forme d'égocentrisme qui témoigne, non pas d'un nombrilisme, mais d'une quête identitaire. La toile qui symbolise le mieux ce malaise est Le Désespéré (1844-1854) qu'il mettra près de dix ans à achever et qu'il n'exposa jamais : rétrospectivement, on dirait ici figurée la bohème romantique parisienne, qui traverse, à la fin des années louisphilipardes, elle aussi, une crise identitaire. D’un portrait l’autre, « s’affirme la personnalité du jeune artiste qui construit son moi par la quête autobiographique autant que par les voyages, les vacances à Ornans, et la formation parisienne qu’il s’impose dans le travail de l’atelier et les visites aux musées »[22].

En 1845, Courbet se cherche encore. Il propose cinq toiles — dont Coup de dames et, inspiré d'Ingres, Le Hamac ou le Rêve — pour le Salon, mais le jury n'en retient qu'une, le Guitarrero qui s'inscrit dans la lignée du style troubadour : est-ce lui ? toujours est-il qu'on ne l'y reprendra pas — son autre toile, Le Sculpteur (1845), est de la même facture —, car, essayant de la vendre 500 francs, il ne trouve pas d'acheteur. Dépité mais se montrant ambitieux, il écrit à ses parents le 11 avril, que « quand on n’a pas encore de réputation on ne vend pas facilement et tous ces petits tableaux ne font pas de réputation. C’est pourquoi il faut que l’an qui vient je fasse un grand tableau qui me fasse décidément connaître sous mon vrai jour, car je veux tout ou rien »[23].

Début 1846, son style évolue, sa palette s'obscurcit et le Salon, sur huit toiles présentées en mars, ne retient que le Portrait de M. xxx, connu aujourd'hui sous le nom de L'Homme à la ceinture de cuir : sous cet anonymat, certains jurés et critiques vont reconnaître le peintre et le sanctionner en plaçant sa toile loin des yeux du public. Courbet se sent profondément blessé[22]. Durant l'été, il part explorer la Belgique et les Pays-Bas, invité par le marchand néerlandais H. J. van Wisselingh (1816-1884), qu'il avait connu à Paris un an plus tôt, lui achetant deux tableaux dont Le Sculpteur[18]. Il lui commande son portrait, qui s'exprime sous l'influence des maîtres flamands et hollandais admirés dans les musées d'Amsterdam et de La Haye[24],[25].

L'année suivante, toutes ses toiles sont refusées. Furieux, le 21 mars 1847, il écrit à son père[23] :

« J’ai été refusé complètement de mes trois tableaux. J’ai comme d’habitude des compagnons d’infortune des plus célèbres. […] C’est un parti pris de ces messieurs du jury, ils refusent tous ceux qui ne sont pas de leur école, si ce n’est un ou deux contre lesquels ils ne peuvent plus lutter – MM. Delacroix, Decamps, Diaz – mais tous ceux qui ne sont pas aussi connus du public sont renvoyés sans réplique. Cela ne me contrarie pas le mois du monde au point de vue de leur jugement, mais pour se faire connaître il faut exposer et malheureusement il n’y a que cette exposition-là. Les années passées lorsque j’avais moins une manière à moi, que je faisais encore un peu comme eux, ils me recevaient, mais aujourd’hui que je suis devenu moi-même, il ne faut plus que je l’espère. On se remue plus que jamais pour détruire ce pouvoir-là. »

Pour se consoler, il part explorer la Belgique « de long en large », d'abord en compagnie de Jules Champfleury, puis seul, et il passe beaucoup de temps dans les brasseries[18].

Virginie Binet

Les Amants ou Valse (1845), huile sur toile, Lyon, musée des beaux-arts.

Les années 1840 voit aussi éclore le premier grand amour de Courbet en la personne de Virginie Binet (1808-1865), sur laquelle l'on dispose de peu d'informations. Leur relation semble avoir duré une dizaine d'années et s'être très mal terminée. Liaison rédécouverte tardivement, et selon les historiens d'art Jack Lindsay[26] et Hélène Toussaint[27], Virginie aurait été embauchée comme modèle par Courbet, posant rue de la Harpe. On voit dans Les Amants ou Valse (1845, présenté au Salon de 1846, refusé) une représentation de leur relation devenue amoureuse. La morale du temps interdit à Courbet d'en parler dans sa correspondance familiale, surtout qu'il est encore aidé par ses parents : le peintre reste donc évasif sur ces tableaux-là. D'autre part, en septembre 1847, Virginie donne naissance à Désiré Alfred Émile, qu'elle doit déclarer « enfant naturel ». Il est avéré que jamais Courbet ne le reconnaîtra de façon officielle — l'enfant est mort en 1872 sous le nom de sa mère à Dieppe, ville où Virginie s'était installée après la rupture avec Courbet au début des années 1850[18]. Un autre fait troublant est ce que révèle la radiographie d'une toile intitulée L'Homme blessé : jamais exposée du vivant du peintre, on y distingue deux repentirs dont l'un montre un jeune couple tendrement enlacé où les experts voient Virginie et Gustave, le tableau présentant en définitive l'image d'un homme agonisant[28].

Les amis de la rue Hautefeuille

La Brasserie Andler-Keller (vers 1848), eau-forte d'après un dessin de Courbet, collection André Jammes[29].
Coups de dames (1844), huile sur toile, Caracas, collection Adolpho Hauser. Heureux, Courbet se peint ici avec un ami en son atelier.
Le Hamac ou Le Rêve (1844), Winterthour, musée Oskar Reinhart « Am Römerholz ». Inspiré par Ingres et figurant l'une de ses sœurs, cette œuvre fut exposée en 1848.
L'Après-dînée à Ornans (1849), huile sur toile, Lille, palais des beaux-arts. La toile par laquelle le succès arrive.
La Vallée de la Loue par ciel d'orage (1849), Strasbourg, musée des beaux-arts. « Émergent chez Courbet des paysages où s'estompe la présence de l'homme »[30].

Peu avant fin 1848, quittant la rue de la Harpe, il va s'installer dans un atelier au 32, rue Hautefeuille, non loin d'un endroit qu'il fréquente depuis déjà plusieurs années, la brasserie Andler-Keller, située au no 28 de cette rue, l'une des premières de ce genre à Paris, tenue par la « Mère Grégoire » dont il fera le portrait en 1855[29].

Cette brasserie, Courbet en fait son annexe : s'élaborent là, au milieu d'amis, de grandes théories. Charles Baudelaire y vient en voisin, et le sculpteur Auguste Clésinger, venu de la rue Bréda, s'y sent chez lui. On y croise également la bande d'Ornans dont Max Buchon et le musicien Alphonse Promayet, Henry Murger, Alexandre Schanne et toute une faune issue de la bohème parisienne dont Courbet reprend l'attitude (cheveux, barbe, pipe), la mode, et les idéaux. Alfred Delvau (1862) rapporte qu'il parlait fort, et sa stature imposante, son goût pour la bière et la musique, firent de lui un « chef de bande ». Il y laissa aussi quelques ardoises, car les temps étaient durs, Courbet ne vendait toujours rien[29].

Le 9 janvier 1848, le maire du village de Saules, près d'Ornans, lui offre 900 francs pour une grande peinture religieuse destinée à l'église du village, un Saint Nicolas rescussitant les petits enfants (datée 1847, exposée au musée Courbet, elle semble remontée aux années 1844-45). Cet argent arrive à point, car il ne peut même plus payer son loyer[29]. Et puis en février, la révolution les surprend, la république est proclamée. Effet immédiat : le Salon, maintenu le 15 mars 1848, qui lui accepte trois dessins et sept toiles d'un coup[18]. Sauf qu'aucune ne trouve preneur, en dépit d'une mention honnorable[32]. Cependant, la critique se réveille : dans Le National, Prosper Haussard (1802-1866) loue spécialement Le Violoncelliste, un nouvel autoportrait, que le critique dit inspiré de Rembrandt, tandis que Champfleury dans Le Pamphlet admire La Nuit de Walpurgis (plus tard repeinte)[18].

La bande de la rue Hautefeuille, c'est Champfleury, l'un des plus fidèles amis de Courbet, qui en parle. L'écrivain touche-à-tout appelerait plus tard la brasserie Andler « le temple du réalisme ». Un autre témoin et ami de Courbet, c'est Jules-Antoine Castagnary, qui rapportera que, en dehors de son atelier, dans les années 1860 « c'était à la brasserie qu'il prenait contact avec le monde extérieur ». La révolution grondant, Courbet est là au cœur de l’effervescence artistique et politique. Il y joue du violon, se lie avec des artistes qui veulent proposer une troisième voie, un antagonisme au romantisme et aux goûts académiques : l'ennemi déclaré c'est Paul Delaroche. Certains créateurs comme Charles Baudelaire ou Hector Berlioz, dont il fait les portraits, sont les plus brillants esprits de ce changement. Sous l’impulsion de Champfleury, Courbet jette les bases de son propre style, ce qu'il appellera lui-même « le réalisme », reprenant un terme que sa bande avait forgé, en constatant de facto que cette peinture là existait déjà sous leurs yeux[33].

En juin, les choses dégénèrent dans Paris. Gustave participe aux évènements relativement de loin. Ses amis Champfleury, Baudelaire et Charles Toubin montent en quelques jours un journal, Le Salut public, dont la deuxième livraison porte en frontispice une vignette gravée d'après Courbet[34]. Le 24, inquiet, c'est un Courbet relativement prudent et décidé à ne pas risquer sa vie qui cherche à rassurer ses parents[23] :

« Nous sommes dans une guerre civile terrible, tout cela faute de bien s'entendre et par incertitude. Les insurgés se battent comme des lions car ils sont fusillés quand ils sont pris. Ils ont déjà fait le plus grand mal à la Garde nationale. Les provinces environnant Paris arrivent à chaque heure. Le succès n’est pas douteux car ils ne sont pas en nombre. Jusqu'ici la fusillade et le canon n'a pas arrêté une minute. C'est le spectacle le plus désolant qu'il soit possible d'imaginer. Je crois qu'il ne s'est jamais rien passé en France de semblable, pas même la Saint-Barthélemy. Tous ceux qui ne se battent pas ne peuvent sortir de chez eux car on les y ramène. La Garde nationale et la banlieue gardent toutes les rues. Je ne me bats pas pour deux raisons : d'abord parce que je n'ai pas foi dans la guerre au fusil et au canon et que ce n'est pas dans mes principes. Voila dix ans que je fais la guerre de l'intelligence, je ne serais pas conséquent avec moi-même si j’agissais autrement. La seconde raison c'est que je n'ai pas d'armes et ne puis être tenté. Ainsi, vous n’avez rien à craindre pour mon compte. Je vous écrirai dans quelques jours peut-être plus longuement. Je ne sais pas si cette lettre sortira de Paris. »

Toujours est-il qu'il rejoint tant bien que mal Ornans, d'abord pour assister à l'enterrement de son grand-père Oudot mort le 13 août, et aussi pour se refaire une santé : il y prépare ses premières toiles résolument dans l'esprit de cette nouvelle manière de voir. Dans son atelier, il reçoit les visites de Francis Wey. En mars 1849, devenu un mentor, Champfleury dresse pour le peintre la liste des onze œuvres proposées pour le Salon et c'est Baudelaire qui rédige les notices accompagnant l'envoi[35],[18]. Six toiles et un dessin sont retenus par un jury désormais élu par les artistes eux-mêmes, et en les analysant[36], l'on sait que Courbet est devenu, au berceau de la Deuxième République, le peintre singulier que nous connaissons aujourd'hui. On y trouve en effet La Vallée de la Loue, prise de la Roche du Mont ; le village qu’on aperçoit des bords de la Loue est Montgesoye, La Vendange à Ornans, sous la Roche du Mont, La Vendange à Ornans, sous la Roche du Mont, Les Communaux de Chassagne ; soleil couchant ainsi que deux portraits intitulés Le Peintre et M. N… T… examinant un livre d’estampes [Marc Trapadoux, un ami d'Ornans], et surtout Une après-dinée à Ornans [sic], qui lui vaut une médaille d'or et son premier achat par l'État. Cette toile de grande dimension — 250 × 200 cm — lui assure la renommée, c'est un format que Courbet va adopter à l'avenir.

Les élections de décembre 1848 ayant porté au pouvoir Louis-Napoléon Bonaparte, les mois qui suivent s'annoncent agités. Parmi les nouveaux venus dans l'entourage de Courbet, il y a encore un franc-comtois, Pierre-Joseph Proudhon, et une amitié en gésine, née sans doute de la visite du peintre à la prison de Sainte-Pélagie où le philosophe est incarcérée pour « offense au président de la République »[37]. De violentes manifestations ont lieu dans la capitale et le 17 juin 1849, Courbet, qui vient d'avoir 30 ans, décide de retourner à Ornans, après l'exposition, enfin autorisée, mais dont le déroulé n'a fait qu'annoncer la fureur de la critique réactionnaire et alors que plus de 30 000 soldats s'installent dans la ville et maintiennent le couvre-feu[23]. Cependant, ce départ n'est effectif que le 31 août, et arrivé à Ornans, Courbet est fêté en héros. Son père lui emménage un nouvel atelier. Le 26 septembre, il a déjà commencé Les Casseurs de pierres, puis en décembre on sait qu'il entame Un enterrement à Ornans[18].

Les années 1850 : premiers chefs-d’œuvre

Un long séjour à Ornans

Les Casseurs de pierres (1849), Gemäldegalerie Alte Meister (Dresde), supposée détruite en 1945.
Les Paysans de Flagey revenant de la foire (1850), Besançon, musée des beaux-arts et d'archéologie.
L'Apôtre Jean Journet partant pour la conquête de l'harmonie universelle (1850), toile non localisée mais soupçonnée d'être cachée par Gurlitt[38].

Après l'exposition du Salon tenu seulement en juin 1849 du fait des révoltes, Courbet revient plus longuement à Ornans où son père Régis lui aménage un atelier de fortune dans le grenier de la maison familiale des grands-parents : bien que de modestes dimensions, il y composera pourtant ses premières œuvres monumentales que Michael Fried appelent « les toiles de la percée »[39]. Il a le temps, le prochain Salon est programmé seulement entre décembre 1850 et janvier 1851[40].

Ce retour aux sources, dans son pays natal, va changer sa manière de peindre : il abandonne définitivement le style « romantique » de certains de ses premiers tableaux exposés. Inspiré par son terroir, la première œuvre de cette période est donc L'Après-dînée à Ornans qui lui vaut une médaille de seconde classe, l'approbation de certains critiques, comme son ami Francis Wey, des peintres, dont Ingres et Delacroix[41] et son premier achat par l'État, à hauteur de 1 500 francs. Ce statut le dispense désormais de l’approbation du jury et il est donc libre de porter au Salon ce qu'il veut. Il va s’en servir pour ébranler les codes académiques. Ses paysages, encore relativement rares à l'époque, vont être peu à peu dominés par l’identité de retrait et de solitude, et l'affirmation de la puissance de la nature, quand se mettent en place au même moment les prémices des futures école de Barbizon et de Crozant fortement marquées par John Constable[42].

Durant l'année 1850, après une fin d'hiver passée à chasser et à renouer avec les habitants de son vallon, il peint Les Paysans de Flagey revenant de la foire, puis Un Enterrement à Ornans, tableau ambitieux de très grand format (315 × 668 cm), où figurent plusieurs notables d'Ornans et les membres de sa famille. Dans une lettre à Champfleury, le peintre laisse entendre « que tout le monde du village voudrait être sur la toile ». Voulant satisfaire la province avant la capitale, Courbet organisa même une petite exposition de ses tableaux dans la chapelle du séminaire voisin de son atelier en avril[43], puis une exposition de ses mêmes toiles à Besançon en mai, et enfin à Dijon en juin, mais dans des conditions assez déplorables. Début août, il revient à Paris et constate que la critique parle de ses tableaux, s'impatiente, s'échauffe...[18]

Au Salon, dès l'ouverture le 30 décembre, l'exposition de L'Enterrement suscite scandale et étonnement auprès de la critique (dont les premières caricatures), de même que ses Casseurs de pierres, car pour la première fois un sujet de la vie quotidienne est peint dans les dimensions jusque-là réservées aux thématiques jugées « nobles » (scènes religieuses, historiques, mythologiques)[44], toile qui fut rétrospectivement saluée comme étant la première œuvre socialiste par Proudhon[45]. Sept autres tableaux accompagnent celles-ci, dont Les Paysans de Flagey, le Portrait de M. Jean Journet, Vue et ruines du château de Scey-en-Varais, Les Bords de la Loue sur le chemin de Mazières, les portraits de M. Hector Berlioz et de M. Francis Wey, et enfin un Portrait de l'auteur (dit L'Homme à la pipe), ce dernier devenant curieusement le seul tableau présenté qui recueille des louanges unanimes. Le soir des récompenses arrive le 3 mai et aucune toile de Courbet n'est citée. Devenu mesuré, Théophile Gautier finit par s'étonner d'un tel oubli : « Courbet a fait l'événement au Salon ; il mêle à ses défauts sur lesquels nous l'avons ouvertement tancé, des qualités supérieures et incontestable originalité ; il a remué le public et les artistes. On aurait dû lui donner une médaille de première classe... ». Le 18 mai, la liste des achats publics tombe et là encore, Courbet en est exclu, au prétexte de restriction bugdétaire (le peintre ne voulut pas lâcher son Portrait à la pipe pour moins de 2 000 francs)[18].

L'été 1851 est pour Courbet fait de voyages et de repos. Il passe un temps dans le Berry en compagnie du chansonnier Pierre Dupont chez l'avocat Clément Laurier, puis repart pour Bruxelles et de là, arrive à Munich, participant à chaque fois à une exposition. En novembre il est revenu à Ornans, tandis que l'agitation politique reprend à Paris. Le peintre est même un temps accusé d'être un « agitateur socialiste, un rouge ». En décembre, il commence à peintre Les Demoiselles où figurent ses trois sœurs[18].

Les toiles de la provocation

Autoportrait (1852), fusain et charbon, Londres, British Museum.
Les Demoiselles de village (1852), New York, Metropolitan Museum of Art.
Lutteurs (1853), musée des beaux-arts de Budapest. Moins visible au Salon, cette toile est un pendant aux Baigneuses.
La Fileuse endormie (1853), Montpellier, musée Fabre.

« Il m’est difficile de vous dire ce que j’ai fait cette année pour l’exposition, j’ai peur de mal m’exprimer. Vous jugeriez mieux que moi si vous voyiez mon tableau. D’abord, j’ai dévoyé mes juges, je les mets sur un terrain nouveau : j’ai fait du gracieux. Tout ce qu’ils ont pu dire jusqu’ici ne sert à rien. »

Ainsi s'exprime Courbet en écrivant à Champfleury en janvier 1852 à propos du tableau Les Demoiselles de village faisant l'aumône à une gardeuse de vaches dans un vallon d'Ornans qui figure au centre ses trois sœurs, et qu'il présente en compagnie de deux toiles plus anciennes au Salon en avril[23]. Peu après, un nouveau déclic s'opère : il décide de se mettre à de grandes compositions de nus. Il s'attaque volontairement à l'un des derniers bastions de l'académisme du temps, et la critique va se déchaîner, les officiels le sanctionner.

Ainsi, Théophile Gautier, critique dont Courbet avait sollicité le regard dès 1847, s'exprime dans La Presse le 11 mai 1852, en ces mots : « L’auteur de L’Enterrement à Ornans […] semble, cette année, avoir reculé devant les conséquences de ses principes ; la toile qu’il a exposée sous le titre des Demoiselles de village est presque une idylle à côté des monstrueuses trognes et des caricatures sérieuses de L’Enterrement. Il y a comme une intention de grâce dans ses trois figures, et si monsieur Courbet eût osé, il les aurait faites complètement jolies ». Ces « monstrueuses trognes », une expression qui va devenir un leitmotiv parmi les nombreux reproches adressés au peintre, qualifié bientôt par Gautier de « Watteau du laid »[46].

Mi-juin 1852, Courbet écrit à ses parents une lettre[23] très révélatrice de ce qu'il en train de mettre en place :

« Si je ne vous ai pas écrit plus tôt c'est que je fais dans ce moment un tableau des lutteurs qui étaient cet hiver à Paris. C'est un tableau grand comme les Demoiselles de village, mais en hauteur. C'est pour faire du nu que j'ai fait cela, et aussi les apaiser de ce coté-là. On a bien des maux pour contenter chacun. C'est impossible de dire tout ce que m'a valu d'insultes mon tableau de cette année, mais je m’en moque car quand je ne serai plus contesté je ne serai plus important. »

Plus loin dans cette même lettre, on découvre qu'il cherche tout simplement à gagner sa vie, et donc à être reconnu, jusque dans les instances du nouveau pouvoir politique. Il rend ainsi visite à l'influent Charles de Morny, le demi-frère du prince-président Louis-Napoléon, qui venait de lui acheter Les Demoiselles de village[47], pour solliciter des commandes publiques ; il reçoit de vagues promesses, puis se rend auprès d'Auguste Romieu, le directeur des Beaux-arts, qui déclare « que le gouvernement ne pouvait pas soutenir un homme comme [lui] » et que quand il « ferait de l’autre peinture, il verrait ce qu'il a à faire » et « que du reste [il] était posé en puissance politique et qu'on [lui] ferait voir qu'on ne [le] craignait pas. » Courbet en prend donc son parti, et promet « qu'ils avaleront tous le réalisme », au risque de se retrouver totalement isolé. Tout en proclamant les merveilleuses aptitudes du peintre, sa vigueur, son talent de coloriste, Eugène Delacroix exprime dans son journal intime, à la même époque, un certain rejet pour les sujets vulgaires et les types hideux figurés par Courbet[48].

Quant aux Baigneuses présentées au Salon de 1853, la toile a créé encore plus de controverses. On y voit deux femmes, dont une nue avec un linge qui la drape à peine alors qu'elle ne représente plus une figure mythologique idéalisée[49]. La critique de l'époque s'empare de cette toile de façon très virulente[50] : Courbet a réussi à obtenir ainsi un succès de scandale[51]. Toujours plus inspiré, Théophile Gautier explose dans La Presse du 21 juillet 1853 à propos de ses Baigneuses : « Figurez-vous une sorte de Vénus hottentote sortant de l’eau, et tournant vers le spectateur une croupe monstrueuse et capitonnée de fossettes au fond desquelles il ne manque que le macaron de passementerie. »

Cependant, au-delà de cette radicalité et du rejet critique, on peut voir dans ce tableau l'influence manifeste de Rubens que le peintre avait admiré lors de son voyage en Belgique en 1846 et où il va retourner dès 1851 puis dans les années 1860, et où il construit un réseau d'acheteurs. Ainsi, outre à Bruxelles et Anvers, il est exposé régulièrement, à partir de fin 1851, à Francfort, où là encore le goût du public est partagé entre enthousiasme et incompréhension. Toutes ces toiles sont moins celles de la discorde qu'une manière de faire parler de Courbet : désormais, il occupe, non sans intelligence, l'espace médiatique de son temps, au point qu'il agace. Mais l'essentiel est que le peintre va pouvoir désormais vivre de son art[52].

Alfred Bruyas, mécène

Portrait d'Alfred Bruyas (1854), Montpellier, musée Fabre.
Le Bord de mer à Palavas ou L'Artiste devant la mer (1854), Montpellier, musée Fabre.
Une Dame espagnole (1855), Philadelphie, Philadelphia Museum of Art.

L'atelier de la rue Hautefeuille continue d'être pour Courbet un lieu de rassemblement d'amis, d'irréductibles, auxquels le peintre se racroche. L'un de ses rares acheteurs français est à l'époque Alfred Bruyas (1821-1876), agent de change originaire de Montpellier et associé de la banque Tissé-Sarrus, qui collectionne des tableaux où l'on compte à ce moment-là des œuvres, assez disparates, de Camille Corot, Thomas Couture, Díaz de la Peña ou encore Eugène Delacroix[53]. En mai 1853, Bruyas visite le Salon et se montre sensible aux trois toiles de Courbet exposées. Il décide de se porter acquéreur des Baigneuses et de La Fileuse endormie. Cette transaction va rapporter plus de 3 000 francs au peintre. En octobre, réfugié à Ornans où il est fêté en héros, Courbet écrit à son acheteur, qualifié d'« ami », ses doutes et ses espoirs :

« J’ai brûlé mes vaisseaux. J’ai rompu en visière avec la société. J’ai insulté tous ceux qui me servaient maladroitement. Et me voici seul en face de cette société. Il faut vaincre ou mourir. Si je succombe, on m’aura payé cher, je vous le jure. Mais je sens de plus en plus que je triomphe, car nous sommes deux et à l’heure qu’il est, à ma connaissance, seulement peut-être 6 ou 8, tous jeunes, tous travailleurs acharnés, tous arrivés à la même conclusion par des moyens divers. Mon ami, c’est la vérité, j’en suis sûr comme de mon existence, dans un an nous serons un million. »

Au moment où il écrit cela[54], Courbet revenait d'un rendez-vous raté avec le nouveau directeur des Beaux-arts, Émilien de Nieuwerkerke, un déjeuner au cours duquel le peintre s'était vu sollicité pour réaliser une grande œuvre à la gloire du pays et du régime pour l'exposition universelle prévue à Paris en 1855 — de fait le Salon de 1854 fut annulé —, mais qu'il réservait son droit d'admission à l'approbation d'un jury. Courbet lui fait savoir qu'il est seul juge de sa propre peinture. Nieuwerkerke, consterné par autant d'arrogance, comprend que le peintre ne participera pas aux festivités. C'est à cette époque qu'il achève L'Homme blessé, autoportrait d'un homme râlant et mourant, et dont il parle à Bruyas, tout en lui confiant espérer « réaliser un miracle unique, [...] vivre de mon art pendant toute ma vie sans m’être jamais éloigné d’une ligne de mes principes, sans jamais avoir menti un seul instant à ma conscience, sans même avoir jamais fait de la peinture large comme la main pour faire plaisir à qui que ce soit, ni pour être vendue. »

En mai 1854, Courbet, qui trouve en Bruyas, un véritable mécène avide de modernité, avec qui échanger des points de vue critiques et, en apparence, un même idéal, le rejoint à Montpellier, et en profite pour saisir l’âpre beauté des paysages du Languedoc durant un long séjour. L'automne venue, il tombe malade, saisi par une sorte de fièvre, et est soignée par une amie proche de Bruyas, une belle espagnole dont il peint le portrait. Durant l'été, Courbet rendra par ailleurs hommage à son protecteur, en exécutant une grande composition intitulée La Rencontre (dite Bonjour Monsieur Courbet)[53]. Durant ce long séjour au sud, il rencontre François Sabatier-Ungher, à la Tour du Farges (Lunel-Viel), un critique d'art et traducteur germaniste[55].

Concentré, travaillant sans relâche à une dizaine de tableaux entre Ornans et Paris à partir de novembre, il prépare avec l'aide de Bruyas et d'autres complices comme Francis Wey, Baudelaire, Champfleury, en secret, un véritable coup d'État dans la peinture. « J’espère faire passer la société dans mon atelier » écrit-il encore à Bruyas à propos d'un mystérieux tableau de très grand format[54], « faire connaître ainsi mes propensions et mes répulsions. J’ai deux mois et demi pour l’exécution et il faudra encore que j’aille à Paris faire les nus, si bien que, tout compté, j’ai deux jours par personnage. Vous voyez que je n’ai pas à m’amuser. »

Cet amitié ira finalement en s'estompant au fil des années[53].

1855 : Paris et la « bataille du réalisme »

Couverture du catalogue réalisé par Courbet pour son exposition en 1855 (Archives de la ville de Besançon)[56].
Le Ruisseau du Puits-Noir, vallée de la Loue (1855), Washington, National Gallery of Art.
Article détaillé : réalisme (peinture).

En avril 1855, Courbet se voit refuser plusieurs de ses tableaux — par exemple, Un Enterrement à Ornans et La Rencontre jugé trop personnel — pour le Salon qui doit ouvrir le 15 mai en même temps que l'Exposition universelle qui se tient Palais de l'Industrie. En même temps, on le pousse à organiser une exposition personnelle en marge du Salon officiel. Criant au complot, il demande de l'aide d'Alfred Bruyas qui lui accorde son appui financier. Le ministère public, représenté par Achille Fould, lui donne le permis de construire. En quelques semaines, avenue Montaigne, à quelques mètres du Palais, s'élève un pavillon de briques et de bois destiné à accueillir 40 œuvres du peintre. Il fait imprimer des affiches et un petit catalogue.

Ce « Pavillon du réalisme » donne ainsi l'occasion à Courbet d'exprimer publiquement ce qu'il entend par « réalisme » et couper court à certains malentendus[57] : « Le titre de réaliste m'a été imposé comme on a imposé aux hommes de 1830 le titre de romantiques. Les titres en aucun temps n'ont donné une idée juste des choses ; s'il en était autrement, les œuvres seraient superflues […] J'ai étudié, en dehors de tout esprit de système et sans parti pris, l'art des anciens et l'art des modernes. Je n'ai pas plus voulu imiter les uns que copier les autres ; ma pensée n'a pas davantage d'arriver au but oiseux de l'art pour l'art […] Savoir pour pouvoir, telle fut ma pensée. Être à même de traduire les mœurs, les idées, l'aspect de mon époque, selon mon appréciation, être non seulement un peintre, mais encore un homme, en un mot, faire de l'art vivant, tel est mon but. »

Ce quasi-manifeste est en partie rédigé par Jules Champfleury et l'on y retrouve également les principes de Baudelaire. Enthousiaste, Courbet a même l'idée de demander à un photographe de prendre ses tableaux pour constituer des images qu'il vendrait aux visiteurs. Les travaux vont prendre du retard. L'inauguration se produisit le 28 juin et le pavillon ferma en fin d'automne. Il est difficile de mesurer le réel succès obtenu. Le prix d'entrée, porté à 1 franc, fut ramené à 50 centimes. La presse publia de nombreuses caricatures des toiles et portraits charges du peintre. On a le témoignage du visiteur Eugène Delacroix qui écrit dans son Journal : « Je vais voir l’exposition de Courbet qu’il a réduite à 10 sous. J’y reste seul pendant près d’une heure et j’y découvre un chef-d’œuvre dans son tableau refusé ; je ne pouvais m’arracher à cette vue. On a rejeté là un des ouvrages les plus singuliers de ce temps, mais ce n’est pas un gaillard à se décourager pour si peu. »[58] La pièce dont parle Delacroix c'est L'Atelier du peintre, un très grand format, que Courbet n'a même pas pu totalement achevé tant il était pressé par le temps. Quant au journaliste Charles Perrier, il écrit dans L'Artiste que « tout le monde a vu, placardée aux murs de Paris en compagnie de saltimbanques et de tous les marchands d’orviétan et écrite en caractères gigantesques, l’affiche de M. Courbet, apôtre du réalisme, invitant le public à aller déposer la somme de 1 franc à l’exhibition de quarante tableaux de son oeuvre »[59].

Les Demoiselles des bords de la Seine

Femme en habit de cavalière (1856), New York, Metropolitan Museum of Art.

L'année 1856 montre une nouvelle progression dans la manière qu'a Courbet de représenter la vie quotidienne, revisitant au passage la scène de genre et le portrait, exécutant une série de toiles qui annoncent ce que sera la peinture des modernes durant les vingt années suivantes. Les Demoiselles des bords de la Seine (été)[60] est une toile capitale, elle est présentée au Salon de Paris en juin 1857, au milieu de trois paysages et de deux portraits, dont celui de l'acteur Louis Gueymard — Courbet va recevoir de plus en plus de commandes de cette nature. Ses demoiselles, Jules Castagnary les jugent ainsi : « « Il faut [les] voir par opposition aux « Demoiselles de village ». Celles-ci sont vertueuses. Celles-là sont vouées au vice… ». La réputation sulfureuse de Courbet n'en est encore qu'à ses débuts. Félix Tournachon dit Nadar, jury du Salon de 1857, les caricature en mannequins de bois articulés jetés au sol. Dans Le Charivari, Cham s'amuse à relégender le tableau ainsi : « Femme du monde prise subitement de la colique à la campagne (par M. Courbet). Le peintre a voulu prouver qu’il pouvait peindre la femme comme il faut tout aussi bien que la femme commune », résumant sans doute l'opinion générale, à savoir l'incompréhension. D'autres compositions telle cette Femme en habit de cavalière (1856) ne laissent pas indifférents de tout jeunes peintres comme Édouard Manet qui va se lier à Courbet avant de rompre avec lui et son « naturalisme » outré.

En 1857-1858, Courbet est à Francfort durant plusieurs mois. Il produit sur place de nombreux portraits et paysages. Il y découvre les grands sous-bois de la Forêt Noire et la chasse à courre dont il s'inspirera plus tard. Il séjourne de nouveau en Belgique, où il a de nombreux acheteurs.

Il se lie d'amitié avec le peintre paysagiste nivernais Hector Hanoteau, sans doute rencontré à la brasserie Andler, et avec lequel il peint en collaboration Baigneuses, dites Deux femmes nues (1858)[61].

En juin 1859, il découvre une deuxième fois les côtes normandes, cette fois en compagnie d'Alexandre Schanne et dans le cadre d'un voyage de botanistes en étude au Havre. Sur place, ils font la connaissance d'Eugène Boudin et dorment à la ferme Saint-Siméon, une auberge bon marché. Boudin raconte dans ses carnets : « Visite de Courbet. Il a été satisfait de tout ce qu’il a vu, j’espère. Si je l’en croyais, je me regarderais certainement comme un des talents de notre époque. Il lui a paru de ma peinture qu’elle est trop faible de ton : ce qui est peut-être vrai, rigoureusement parlant ; mais il m’a assuré que peu de gens peignent aussi bien que moi ». Quant à Schanne, il rapporte que « Courbet peignit là deux tableaux : un coucher de soleil sur la Manche, et une vue de l’embouchure de la Seine avec des pommiers au premier plan »[17].

Les années 1860 : entre démesure et nostalgie

Le Retour de la conférence, aquarelle préparatoire de juin 1862, retouchée par un artiste anonyme[62]. Collection particulière.
Trois jeunes anglaises à la fenêtre (1865), Copenhague, Ny Carlsberg Glyptotek.
Mer en automne (1867), Kurashiki, musée d'art Ōhara. Courbet a peint de nombreuses vagues, qui, au fil des années, sont saisies frontalement.
Vue du pavillon Courbet, près du palais de l'Alma à Paris, où l'artiste présente 200 tableaux durant l'Exposition universelle de 1867.
Sur cette toile préparatoire du Déjeuner sur l'herbe  de Claude Monet (1865-1866) figure Courbet, à gauche, que le peintre supprimera pour la version finale exposée au musée Pouchkine.
Portrait charge par Léonce Petit : « J’ai toujours trouvé souverainement ridicule qu’on me demande l’autorisation de publier mon portrait de quelque façon que ce fut. Mon masque appartient à tous ; c’est pourquoi j’autorise Le Hanneton à le publier – à condition cependant qu’il n’oublie pas de l’encadrer d’une belle auréole » (lettre de Courbet au Hanneton, 15 juin 1867)[63].

Durant les années 1860, Courbet est moins sur Paris qu'en province, d'abord chez lui dans le Doubs, mais surtout au bord de la mer, chez des amis.

Le , il achète à Ornans l’ancienne fonderie Bastide, bâtiment dans lequel il aménage sa maison et un grand atelier — il utilisera ce lieu jusqu'à son exil en 1873 en Suisse[64].

En juillet 1861, il est proposé à la Légion d'honneur mais l'empereur en personne raye son nom de la liste et l'État renonce à acheter Le Rut du printemps, combat de cerfs, un grand format (3,55 × 5 m), scène de chasse là encore totalement en décalage avec les conventions. Il écrit à l'écrivain Francis Wey que [ce tableau] « est une chose que je suis allé étudier en Allemagne. J'ai vu ces combats […]. Je suis exactement sûr de cette action. Chez ces animaux, il n'y a aucun muscle apparent. Le combat est froid, la rage profonde, les coups sont terribles. […] Il n'y a pas un liard d'idéal. […] ils sont exacts comme des mathématiques »[65]. En août, il est invité à exposer et donner une conférence dans le cadre d'une manifestation internationale à Anvers.

Le , une réunion d’étudiants en art est organisée à la brasserie Andler par Jules-Antoine Castagnary qui demande à Courbet de diriger un atelier d’enseignement de la peinture. Le 9 décembre les cours commencent avec 31 étudiants inscrits, mais le 29 décembre Courbet y renonce, annonçant : « Je ne puis pas enseigner mon art, ni l’art d’une école quelconque, puisque je nie l’enseignement de l’art, ou que je prétends, en d’autres termes, que l’art est tout individuel et n’est pour chaque artiste que le talent résultant de sa propre inspiration et de ses propres études sur la tradition. »[66]

Une série des natures mortes est réalisée en 1861-1862, lorsqu’il séjourne en Saintonge à l’invitation du mécène éclairé Étienne Baudry (1830-1908). Courbet comprend l’importance de ce thème, qui ouvre la voie aux compositions impressionnistes. Baudry lui commande des nus dont la Femme nue couchée.

En 1862-1863, il séjourne à Saintes et participe, avec Corot, Louis-Augustin Auguin et Hippolyte Pradelles à un atelier de plein air baptisé « groupe du Port-Berteau » d'après le nom du site des bords de la Charente (dans la commune de Bussac-sur-Charente) adopté pour leurs séances communes de peinture. Une exposition collective réunissant 170 œuvres est présentée au public le à l’hôtel de ville de Saintes[67].

C'est dans cette ville qu'il peint dans le plus grand secret Le Retour de la conférence, une toile, inscrite dans la lignée de William Hogarth, qu'il veut anticléricale et résolument provocatrice, la cible étant l'Église catholique française, alors incarnée par l'impératrice Eugénie. Cette œuvre qui figure des curés ivres est une nouvelle provocation, orchestrée par Courbet qui écrit à Léon Isabey (1821-1895) en février 1863 : « J’avais voulu savoir le degré de liberté que nous accorde notre temps ». La réponse, il vient de l'avoir des officiels : le tableau est successivement refusé au Salon et même au Salon des refusés. Avec cette toile exclue pour immoralité, Courbet peut donc mettre son programme en action : reproduire et diffuser l’œuvre par tous les moyens existants et s’assurer ainsi un véritable instrument politique contestataire et promotionnel de son art. Il organise alors une tournée mondiale autour de cette peinture : c'est une première, une opération dans laquelle il se donne beaucoup. La toile sera ainsi montrée à New York en 1866 grâce à son ami Jules Luquet, associé d'Alfred Cadart, le fondateur de la Société des aquafortistes qui réunit d'ailleurs de nombreux artistes ralliés au courant réaliste. Après avoir été montrée à Gand en 1868, la toile disparaît mais il nous en reste de nombreuses reproductions photomécaniques que le peintre fit faire en son temps[68].

En 1865, il compose à titre posthume Pierre Joseph Proudhon et ses enfants en 1853. Il séjourne à Trouville et Deauville et peint des séries de marines, en compagnie de Whistler qu'il avait rencontré quelques années plus tôt, en compagnie de sa maîtresse Joanna Hiffernan . Vers la fin de son séjour normand, le 17 novembre, Courbet écrit à ses parents qu’il « se porte admirablement » et raconte qu’il séjourne avec Whistler, le présentant comme son « élève »[69]. Quant à Whistler, il donne comme nom à une de ses toiles contemporaines Courbet sur le rivage ou My Courbet (1865) ; les deux hommes sont devenus intimes et resteront amis jusqu'au bout[70].

En 1866, il achève une série de nus, dans le cadre d'une commande du diplomate ottoman Khalil-Bey, ce sont Le Sommeil et L'Origine du monde.

Il séjourne ensuite de nouveau à Deauville, cette fois chez le comte Horace de Choiseul-Praslin avec les peintres Claude Monet et Eugène Boudin.

En 1868, il monte une exposition à Gand, profondément anticléricale, composant deux séries d'albums illustrés de ses dessins. C'est aussi l'année de l'un de ses ultimes nus, La Source.

En 1869, il fait un long séjour à Étretat, alors station peu connue. Il expose dans le cadre d'une importante manifestation artistique internationale organisée à Munich ; il y montre une vingtaine de toiles et, sucès aidant, il reçoit personnellement, en octobre, une décoration remise par le roi Louis II de Bavière[71]. Durant son séjour munichois, il exécute le Portrait de Paul Chenavard, d'après un ami peintre qui l'accompagnait.

Dès la fin des années 1860, Courbet s'entoure d'assistants pour faire face à la demande croissante de peintures. Parmi ces collaborateurs, on trouve entre autres Cherubino Patà (1827-1899), Alexandre Rapin, Émile Isenbart, Marcel Ordinaire, Ernest Brigot, Théophile Morel[72].

La Commune et la colonne Vendôme

Autoportrait à Sainte-Pélagie (1872), Ornans, musée Courbet.
Eugène Atget, Prison Sainte-Pélagie, façade sur rue (1898)[73].

Pour le Salon de Paris en mai 1870, Courbet propose deux toiles, La Falaise d'Étretat après l'orage et La Mer orageuse[74].

Ses idées républicaines et socialistes lui font refuser la Légion d'honneur, proposée par Napoléon III, dans une lettre adressée le , au ministre des lettres, sciences et beaux-arts, Maurice Richard[75]. Après la proclamation de la République le , ami de Proudhon et proche de la Fédération jurassienne de Bakounine, il prend une part active à la Commune de Paris[76]. Aux élections complémentaires du , il est élu au Conseil de la Commune par le 6e arrondissement et délégué aux Beaux-Arts[76]. Le , il est élu président de la Fédération des artistes. Il fait alors blinder toutes les fenêtres du palais du Louvre pour en protéger les œuvres d’art, mais aussi l’Arc de Triomphe et la fontaine des Innocents. Il prend des mesures semblables à la manufacture des Gobelins, à celle de Sèvres et fait même protéger la collection de Thiers[76]. Il siège à la commission de l'enseignement et, avec Jules Vallès, vote contre la création du Comité de salut public, il signe le manifeste de la minorité.

Il propose au Gouvernement de la Défense nationale le déplacement de la colonne Vendôme, qui évoque les guerres napoléoniennes, aux Invalides. La Commune décide, le , d’abattre et non de déboulonner la colonne Vendôme. Courbet en réclame l'exécution, ce qui le désignera ensuite comme responsable de sa destruction. Celle-ci avait été prévue pour le , jour anniversaire de la mort de Napoléon, mais la situation militaire avait empêché de tenir ce délai. Plusieurs fois repoussée, la cérémonie aura lieu le , la colonne est abattue, non sans difficultés, à 17 h 30, sous les acclamations des parisiens[77].

Courbet démissionne de ses fonctions en , protestant contre l'exécution par les Communards de Gustave Chaudey qui, en tant que maire-adjoint, avait fait tirer sur la foule le 22 janvier 1871. Après la Semaine sanglante il est arrêté le et le 3e conseil de guerre le condamne à six mois de prison — qu'il purgera à Versailles, à Sainte-Pélagie — et à 500 francs d'amende, auxquels s'ajoutent 6 850 francs de frais de procédure. Comme il est malade, il est transféré le dans une clinique de Neuilly où il reste jusqu'en avril 1872[78].

Son engagement dans la Commune lui valut de la part de nombreux écrivains une hargne d'une violence inouïe ; ainsi, Alexandre Dumas fils écrira à son propos : « De quel accouplement fabuleux d'une limace et d'un paon, de quelles antithèses génésiaques, de quel suintement sébacé peut avoir été générée cette chose qu'on appelle Gustave Courbet ? Sous quelle cloche, à l'aide de quel fumier, par suite de quelle mixture de vin, de bière, de mucus corrosif et d'œdème flatulent a pu pousser cette courge sonore et poilue, ce ventre esthétique, incarnation du Moi imbécile et impuissant »[79].

De retour à Ornans, la demande de tableaux était tellement importante depuis 1872 que Courbet ne pouvait suivre et s'était assuré la collaboration d'assistants qui préparaient ses paysages. Il ne faisait aucun mystère de ce mode de production, commun dans les ateliers d'artiste depuis la Renaissance. On sait, en outre, que Courbet n'hésitait pas à signer de temps à autre un tableau peint par l'un ou l'autre de ses collaborateurs[80].

Mais en , le nouveau président de la République, le maréchal de Mac Mahon, décide de faire reconstruire la colonne Vendôme aux frais de Courbet (soit 323 091,68 francs selon le devis établi). La loi sur le rétablissement de la colonne Vendôme aux frais de Courbet est votée le 30 mai 1873[81]. Il est acculé à la ruine après la chute de la Commune, ses biens mis sous séquestre, ses toiles confisquées.

« Je me suis constamment occupé de la question sociale et des philosophies qui s'y rattachent, marchant dans ma voie parallèlement à mon camarade Proudhon. […] J'ai lutté contre toutes les formes de gouvernement autoritaire et de droit divin, voulant que l'homme se gouverne lui-même selon ses besoins, à son profit direct et suivant sa conception propre »[82].

L'exil en Suisse (1873-1877)

Paysage forestier (1876) composé avec Cherubino Patà, coll. part.

Craignant un nouvel emprisonnement, Courbet passe clandestinement la frontière aux Verrières le 23 juillet 1873. Après quelques semaines passées dans le Jura (Le Locle, La Chaux-de-Fonds), à Neuchâtel, à Genève et dans le canton du Valais, Courbet se rend compte que c'est sur la Riviera lémanique, grâce aux nombreux étrangers qui y séjournent, qu'il aura le plus de chance de nouer des contacts et de trouver d'éventuels débouchés pour sa peinture. Il loge brièvement à Veytaux (château de Chillon), puis jette son dévolu sur la petite bourgade de La Tour-de-Peilz (au bord du lac Léman) et s'installe en octobre 1873 à la Pension Bellevue (tenue par le pasteur Dulon), en compagnie de Cherubino Patà[83], puis, dès le printemps 1875, dans une maison au bord du lac, du nom de Bon-Port, qui devient le port d'attache des dernières années de sa vie. De là, il circule beaucoup, et les rapports que des espions (infiltrés jusque parmi la colonie des proscrits de la Commune de Paris) envoient à la police française nous renseignent sur ses nombreux contacts et ses innombrables déplacements (Genève, Fribourg, la Gruyère, Interlaken, Martigny, Loèche-les-Bains, La Chaux-de-Fonds, etc.)[84].

Durant les premières années de son exil, il écrit à sa sœur en 1876 :

« Ma chère Juliette, je me porte parfaitement bien, jamais de ma vie je ne me suis porté ainsi, malgré le fait que les journaux réactionnaires disent que je suis assisté de cinq médecins, que je suis hydropique, que je reviens à la religion, que je fais mon testament, etc. Tout cela sont les derniers vestiges du napoléonisme, c'est le Figaro et les journaux cléricaux. »

Il peint, sculpte, expose et vend ses œuvres ; il organise sa défense face aux attaques du gouvernement de l'« Ordre moral » et veut obtenir justice auprès des députés français ; il participe à de nombreuses manifestations (fêtes de gymnastique, de tir et de chant) ; il est accueilli dans de nombreux cercles démocratiques confédérés et dans les réunions de proscrits. Comme par le passé, il organise sa propre publicité et entretient des rapports sociaux tant dans les cafés qu'avec les représentants de l'establishment du pays qui l'accueille.

Il reçoit des encouragements de l'étranger : en 1873, invité par l'association des artistes autrichiens, il expose 34 tableaux à Vienne en marge de l'Exposition universelle ; le peintre James Whistler le contacte pour exposer des œuvres à Londres ; aux États-Unis, il a sa clientèle et il expose régulièrement à Boston depuis 1866. Plusieurs peintres du pays lui rendent visite à La Tour (Auguste Baud-Bovy, Francis Furet, François Bocion) ou présentent leurs tableaux dans les mêmes expositions (Ferdinand Hodler)[85]. Des marchands, comme l'ingénieur exilé Paul Pia à Genève, proposent régulièrement à la vente des œuvres du peintre franc-comtois. Il travaille simultanément pour madame Arnaud de l'Ariège dans son château des Crètes à Clarens et donne des tableaux pour des tombolas de sinistrés et d'exilés. Il réfléchit à un projet de drapeau pour le syndicat des typographes à Genève, et exécute le portrait d'un avocat lausannois, le député radical Louis Ruchonnet (futur conseiller fédéral) ; il converse avec Henri Rochefort et Madame Charles Hugo à La Tour-de-Peilz et, quelques jours après, il joue le rôle de porte-drapeau d'une société locale lors d'une fête de gymnastique à Zurich. Son œuvre n'échappe pas non plus à ce continuel va-et-vient entre une trivialité proche du kitsch et un réalisme poétique. Cette production inégale n'est pas limitée à la période d'exil, mais elle s'accentue depuis la menace qui pèse sur le peintre de devoir payer les frais exorbitants de reconstruction de la Colonne (condamnation effective par le jugement du 26 juin 1874 du tribunal civil de la Seine). Cela a incité de nombreux faussaires à profiter de la situation et, déjà du vivant de l'artiste, le marché de l'art a été envahi d'œuvres attribuées à Courbet, dont il est difficile d'apprécier l'originalité[84].

Les circonstances (guerre et exil), les procès, l'étroitesse de l'espace culturel du pays qui accueille le peintre, l'éloignement de Paris sont autant de facteurs qui ne l'incitent guère à réaliser des œuvres de l'importance de celles des années 1850. Dans ce contexte défavorable, Courbet a pourtant la force de peindre des portraits de grande qualité (Régis Courbet père de l'artiste, Paris, Petit Palais), des paysages largement peints (Léman au coucher du soleil du musée Jenisch à Vevey et du musée des beaux-arts à Saint-Gall), quelques Château de Chillon (comme celui du musée Gustave-Courbet à Ornans). Son état de santé se dégrade dès 1876: il continue de grossir — ses ennemis le comparent volontiers à une barrique — et est très diminué par une incurable hydropisie stomacale et abdominale.

Il s'attaque en 1877, en prévision de l'Exposition universelle de l'année suivante, à un Grand panorama des Alpes (The Cleveland Museum of Art) resté partiellement inachevé. Il aborde également la sculpture, les deux réalisations de ces années d'exil sont, la Dame à la mouette et Helvetia[86].

Par solidarité avec ses compatriotes exilés de la Commune de Paris, Courbet refusa toujours de retourner en France avant une amnistie générale. Sa volonté fut respectée, et son corps fut inhumé à La Tour-de-Peilz le 3 janvier 1878, après sa mort survenue le 31 décembre 1877. Sa dépouille a été transférée à Ornans en juin 1919.

Dans Le Réveil du 6 janvier 1878, Jules Vallès rend hommage au peintre et à « l'homme de paix » :

« […] Il a eu la vie plus belle que ceux qui sentent, dès la jeunesse et jusqu'à la mort, l'odeur des ministères, le moisi des commandes. Il a traversé les grands courants, il a plongé dans l'océan des foules, il a entendu battre comme des coups de canon le cœur d'un peuple, et il a fini en pleine nature, au milieu des arbres, en respirant les parfums qui avaient enivré sa jeunesse, sous un ciel que n'a pas terni la vapeur des grands massacres, mais, qui, ce soir peut-être, embrasé par le soleil couchant, s'étendra sur la maison du mort, comme un grand drapeau rouge. »

L'interprétation de Courbet

Courbet et les critiques de son temps

Gustave Courbet poussant une « colonne Rambuteau » (un urinoir), caricature publiée par Le Père Duchêne illustré.

Rares sont les artistes qui ont, davantage que Courbet, construit leur carrière grâce à la stratégie du scandale. Plusieurs événements jalonnent clairement cette construction : le Salon de 1850-1851, l'exposition de La Baigneuse au Salon de 1853 — qui suscite un emportement critique sans précédent dans la plupart des périodiques de l'époque[87] — l’érection du Pavillon du réalisme en 1855, l’élaboration de l’œuvre Le Retour de la conférence en 1863, et l’engagement en 1871 dans la Commune de Paris. Plusieurs travaux ont analysé le phénomène du scandale et ses réceptions : une provocation calculée où la toile est prise aux rets des discours et conflits du temps[88]. Les critiques du temps ont interprété les œuvres du peintre de manière parfaitement antinomique, nourrissant l’image d’un peintre insoumis et frondeur. Ainsi, tandis que les détracteurs (Edmond About, Charles Baudelaire, Cham, Théophile Gautier, Gustave Planche…) stigmatisent une peinture réaliste , ses défenseurs (Alfred Bruyas, Pierre-Joseph Proudhon, Émile Zola) considèrent qu’elle est capable de véhiculer esprit d’indépendance, liberté et progrès. Certains historiens poussent la réflexion jusqu’à imaginer que cet espace de débat serait un espace démocratique, dans le sens où l’entend le philosophe Claude Lefort, dans la mesure où il institue un conflit d’opinions autour de sa peinture[89].

Le premier tableau de Courbet que Delacroix put voir fut les Baigneuses, en 1853. Delacroix confie à son journal avoir « été étonné de la vigueur et de la saillie » de cette œuvre,  mais il lui reproche « la vulgarité des formes » et pire encore « la vulgarité et l’inutilité de la pensée » qu’il qualifie d’« abominables. » En revanche, deux ans plus tard, il admire l’Atelier du peintre et Un Enterrement à Ornans, notamment « de superbes détails. » Plus généralement, Delacroix dénonce le parti pris du détail au détriment de l’imagination dans le réalisme triomphant dont Courbet apparaît comme le chantre [90].

L’analyse critique de Baudelaire rapprochait Courbet et Ingres en ceci que dans leur œuvre respective « l’imagination, cette reine des facultés, a disparu. » Il voyait certes en Courbet « un puissant ouvrier, une sauvage et patiente volonté » mais surtout un de ces « anti-surnaturalistes » qui livrent une « guerre à l’imagination »,  avec leur « philosophie de brutes » et leur « pauvreté d’idées [91]. »  

En 1867, Edmond de Goncourt revient consterné d’une exposition : « Rien, rien et rien dans cette exposition de Courbet. À peine deux ciels de mer. Hors de là, chose piquante chez ce maître du réalisme, rien de l’étude de la nature. Le corps de sa Femme au perroquet est aussi loin, dans son genre, du vrai du nu que n’importe quelle académie du XVIIIe siècle. » Le tableau Le Sommeil, de celui qu’il appelle un « idiot populaire » ne lui inspire que du dédain : « Deux corps terreux, sales, breneux, noués dans le mouvement le plus disgracieux et le plus calomniateur de la volupté de la femme au lit ; rien de la couleur, de la lumière, de la vie de sa peau, rien de la grâce amoureuse de ses membres, une ordure bête [92]. »

Études sur Courbet

Si Courbet a fait couler beaucoup d’encre en son temps, il a ensuite continué à susciter un intérêt critique : on doit à Louis Aragon un bel ouvrage, L'Exemple de Courbet (1952) qui proposait en plus de ses analyses, un premier catalogage des dessins du peintre. La rétrospective organisée en 2007-2008 au Grand Palais, et relayée par un colloque au musée d'Orsay, a rendu plus sensible la diversité de la production du peintre, mêlant les toiles destinées — en leur temps — à une réception publique et les toiles réservées aux intérieurs des collectionneurs.

On doit à la critique anglo-saxone l'ouvrage décisif de Timothy Clark : Une image du peuple. Gustave Courbet et la révolution de 1848 (1973), ainsi que Le Réalisme de Courbet (1997) de Michael Fried.

Klaus Herding, Le réalisme comme contradiction. Visions, conflits et résistances dans l'œuvre de Courbet, Les Éditions du Sekoya, 2013 apporte une vision dialectique de la peinture de Courbet.

En France, on peut citer parmi les études récentes : l'essai de Dominique Massonnaud, Courbet Scandale, Mythes de la rupture et Modernité (2003) et, surtout, la grande monographie de Ségolène Le Men, Gustave Courbet (2007).

Les Actes du colloque international organisé par le musée d'Orsay à Paris en 2007, Courbet à neuf! (Éditions de la Maison des sciences de l'homme, Paris, 2010) proposent une série de mises au point par des spécialistes du monde entier.

Demande de transfert au Panthéon

En 2013, un dossier plaidant pour le transfert de la dépouille de Gustave Courbet (conservée dans le cimetière d’Ornans depuis 1919) vers le Panthéon est déposé par le psychiatre Yves Sarfati et le critique d'art Thomas Schlesser auprès du président des Centre des monuments nationaux Philippe Bélaval. La proposition d’hommage posthume à l’artiste apparaît lors du colloque Transferts de Courbet[93] à Besançon en 2011 (publication aux Presses du réel en 2013). Il est appuyé par une tribune dans le Quotidien de l’art du 25 septembre 2013 (numéro 250), où il est affirmé que « la République a une dette envers sa mémoire »[94] ; puis par une tribune dans la rubrique « idées » du Monde.fr où il est dit qu’ « en honorant Courbet, c'est l'engagement républicain et la justice, que l'on honorerait », qu’« en honorant Courbet, c'est le monde d'aujourd'hui et celui des Beaux-arts, que l'on honorerait » et qu’ « en honorant Courbet, c'est la Femme, avec un grand F, que l'on honorerait »[95]. Parmi les membres du comité de soutien à la panthéonisation de l’artiste, on trouve[96] : Nicolas Bourriaud, Annie Cohen-Solal, Georges Didi-Huberman, Romain Goupil, Catherine Millet, Orlan, Alberto Sorbelli.

Transferts de Courbet, édité par Yves Sarfati aux Presses du réel en 2013 propose une lecture originale de la vie et de l'œuvre de Courbet avec des contributions d'historiens, de psychiatres, de psychanalystes et de neurologues.

Technique et sources d'inspiration

Gustave Courbet enduisait sa toile d’un fond sombre, presque noir, à partir duquel il remontait vers la clarté, détails de personnages et de paysages, par superposition de touches de couleurs plus claires. Cette technique empruntée à l'école de peinture flamande est, peut-être, en train de condamner les œuvres de Courbet. En effet, ce goudron tend, avec le temps, à remonter à travers la peinture et à assombrir dangereusement la surface de ses tableaux.

Courbet a parfois recours à la photographie, en particulier dans la représentation du nu féminin : comme Eugène Delacroix avant lui, il utilise des clichés à la place des traditionnelles séances de pose assurées par des modèles vivants. Ainsi, la figure centrale des Baigneuses (1853) s'inspire d'un cliché du photographe Julien Vallou de Villeneuve. Quant à la toile destinée à une réception privée, L'Origine du monde, son cadrage serré évoque les stéréophotographies pornographiques d'Auguste Belloc.

Œuvre

Peintures

  • Portrait de Régis Courbet, vers 1840, huile sur toile, 73 × 59,5 cm, collection particulière
  • Honfleur, ou L'Embouchure de la Seine, 1841 [1859 ?][97], palais des beaux-arts de Lille
  • Autoportrait au chien noir, 1842, huile sur toile, 27 × 23 cm, musée de Pontarlier[98]
  • Portrait de Paul Ansout, 1842-1843, huile sur toile, 81 × 62,5 cm, château-musée de Dieppe[99]
Autoportrait dit Le Désespéré (1843-1845), collection particulière.
Le Château de Blonay (vers 1875), musée des beaux-arts de Budapest.

Non datée :

  • L'Enfant et la Vierge, musée d'Oran, volée en 1986, recherchée par Interpol

Dessins d'illustrations

  • Max Buchon, Essais poétiques, avec 4 dessins lithographiés, Besançon, L. Sainte-Agathe, 1839.
  • Le Salut public n° 2, vignette en frontispice, 1-2 mars 1848.
  • L'apôtre Jean Journet, partant pour la conquête de l'harmonie universelle, dessin lithographique éditée par Vion (Paris) avec La complainte sur l'Air de Joseph, texte anonyme, 1850.
  • Champfleury, Les amis de la nature, avec un frontispice de Félix Bracquemond d'après un dessin de Gustave Courbet, et précédés d'une caractéristique des œuvres de l'auteur par Edmond Duranty, Paris, Poulet-Malassis & de Broise, 1859.
  • Champfleury, Chansons populaires des provinces de France, 2 dessins en gravure sur bois par François Rouget (1811-1886), Paris, Bourdilliat, 1860.
  • Alfred Delvau, Histoire anecdotique des cafés et cabarets de Paris, contient un dessin en gravure, Paris, E. Dentu, 1862.
  • Mort de Proud'hon. 20 janvier 1865, dessin d'après Étienne Carjat, gravé en photolithogravure par Lemercier & Cie, 1865 [?].
  • Les demoiselles de village, eau-forte d'après son dessin, Paris, Alfred Cadart et L'Illustration nouvelle, 1867.
  • Étienne Baudry (1830-1908), Le Camp des bourgeois, avec 12 dessins en gravure, Paris, E. Dentu, 1868.
  • Gustave Courbet, Les curés en goguette, avec 6 dessins en gravure, Bruxelles, A. Lacroix, Verboeckhoven et Cie, 1868
  • Gustave Courbet, La Mort de Jeannot. Les frais du culte, avec 4 dessins en gravure, Bruxelles, A. Lacroix, Verboeckhoven et Cie, 1868.
  • Jean Bruno (1821-1899), Les misères des gueux, ouvrage entièrement illustré par G. Courbet, Paris, A. Lacroix, Verboeckhoven, 1871-1872.

Sculptures

  • 1862 :
    • Le Pêcheur de chavots, tiré en bronze, Ornans
  • 1864 :
    • Portrait de Madame Buchon, médaillon, plâtre, musée d'Orsay[125]
Tiré en bronze en 1874 par Max Claudet[126]
  • 1873 :
    • Dame à la mouette, médaillon en plâtre
    • Helvetia, buste[127]
    • Gambetta, médaillon

Écrits

  • Petra ten-Doesschate Chu , Correspondance de Courbet, Paris, Flammarion, 1996 (ISBN 9782080117649).
  • Petra ten-Doesschate Chu, Courbet, épistolier : 24 lettres inédites, Dijon, Les Presses du réel, 2017 (ISBN 9782840669388).
  • Thomas Schlesser, Le « Journal » de Courbet, Paris, Hazan, 2007 (ISBN 9782754100243).
  • Gustave Courbet, Écrits, propos, lettres et témoignages, édition établie et présentée par Roger Bruyeron, collection « Savoir Arts », Éditions Hermann, 2011 (ISBN 9782705670641).

Galerie

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Expositions monographiques

Notes et références

  1. Courbet, peintre : tirage de démonstration, notice sur Gallica.
  2. Introduction au catalogue de 1855 publié à Paris par l'imprimerie Morrissur Gallica.
  3. Léger 1948, p. 16
  4. Duret 1928, p. 3-4.
  5. Harry Kessler, Journal. Regards sur l’art et les artistes contemporains, 1889–1937, Paris, INHA/Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2017, p. 276 [notes du la journée du 18 février 1905].
  6. Duret 1928, p. 5.
  7. Ragon 2004, p. 11.
  8. Duret 1928, p. 5-6.
  9. Source Gallica.
  10. a, b et c Lire la Biographie sommaire de Gustave Courbet, Institut Courbet, en ligne.
  11. Notice du Catalogue général, BNF, en ligne.
  12. Ragon 2004, p. 13-14.
  13. a et b Duret 1928, p. 8
  14. Duret 1928, p. 7.
  15. Lettre à son père du 21 juin 1840, où l'on apprend qu'il avait tiré un mauvais numéro et qu'il essaya de passer pour inapte au service lors du conseil de révision afin de ne pas « perdre les deux plus beaux mois de l’année » durant la préparation militaire.
  16. Ragon 2004, p. 15.
  17. a, b, c et d [PDF] Exposition Courbet et l'impressionnisme, dossier pédagogique, Ornans, Musée Courbet, juin 2016 — en ligne.
  18. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m « Biographie » par Marie-Thérèse de Forges, in: Gustave Courbet (1819-1877), catalogue, Paris, RMN, 1977, pp. 22-50.
  19. Fiche Courbet, Livret 1844, Base Salons, musée d'Orsay, en ligne.
  20. Petra Ten-Doesschate Chu, lettre 44-2 [Paris, mars 1844, date restituée], p. 47-48
  21. Petra Ten-Doesschate Chu, Correspondance, lettre 42-3 à ses parents [Paris, mai 1842], p. 43.
  22. a, b et c Les « incipit » de Courbet et l’autoportrait par Ségolène Le Men, In: Fabrice Flahutez (dir.), Visage et portrait, visage ou portrait, Nanterre, Presses universitaires de Paris-Nanterre, 2010, p. 157-174.
  23. a, b, c, d, e et f « Gustave Courbet, le maître d'Ornans », extrait de sa correspondance (1840-1877).
  24. (en) « Portrait of H. J. van Wisselingh », sur Google Art & Culture.
  25. « L’histoire belge de Gustave Courbet », L'Avenir du 7 juillet 2013.
  26. Jack Lindsay, Gustave Courbet: his life and art, New York, Harper & Row, 1973, p. 86-91.
  27. Hélène Toussaint, Gustave Courbet, Paris, RMN, 1977, p. 134 — catalogue de la grande exposition.
  28. « Les histoires d’amour finissent mal », par Nathaniel Herzberg, Le Monde, 3 août 2015.
  29. a, b, c et d Dessin gravé à l'eau-forte et contrecollé dans Alfred Delvau, Histoire anecdotique des cafés et cabarets de Paris, Paris, E. Dentu, 1862, p. 1sur Gallica.
  30. Thomas Schlesser, L'Univers sans l'homme, Paris, Hazan, 2016. Présentation de son ouvrage par Étienne Klein, « Science et Art, qui modèle qui ? », La Conversation scientifique, France Culture, 6 janvier 2018 (en ligne).
  31. Notice Courbet du catalogue du Salon de 1848, liste des œuvres, site du musée d'Orsay.
  32. « Courbet à la brasserie Andler Keller » par Gérard-Georges Lemaire, L'Humanité du 1er décembre 2007.
  33. Le Salut public, sur data.bnf.fr.
  34. Musée d'Orsay, « Gustave Courbet (1819-1877) : une biographie », sur www.musee-orsay.fr, (consulté le 13 octobre 2015).
  35. Notice Courbet du catalogue du Salon 1849, base Salons du musée d'Orsay.
  36. [PDF] Le peintre et le philosophe par Noël Barbe et Hervé Touboul, IIAC-CNRS.
  37. (en) « Gurlitt Case : Five Paintings from the Gurlitt Salzburg Collection », sur Looted Art.
  38. Michael Fried, Le Réalisme de Courbet, Paris, Gallimard-NRF Essais, 1993 — lire la présentation.
  39. Notice Courbet du catalogue du Salon 1950, Base Salons, musée d'Orsay.
  40. François Derivery, « Courbet et son sujet », Ligeia n°41-44, 2003.
  41. T. Schlesser (2017), L'Univers sans l'homme, op. cit.
  42. Petra Ten-Doesshate Chu (2007), p. 86-87
  43. Biographie de Courbet, année 1850, Pays de Courbet, pays d'artiste, Département du Doubs.
  44. [PDF] Hervé Touboul, Proudhon dans la correspondance de Courbet. La machine et le cœur, conférence du 18 janvier 2017 — musée d'Orsay.
  45. Théophile Gautier, « Salon de 1852 », La Presse, 11 mai 1852.
  46. Les Demoiselles de village, notice du catalogue du Salon de 1855, Base Salons, musée d'Orsay.
  47. Flat et Piot (édit.), Eugène Delacroix. Journal, tome 2, Paris, Plon, 1893, p. 159 — sur Wikisource.
  48. On trouve une analyse détaillée du scandale des Baigneuses et de ses enjeux dans Dominique Massonnaud, « Le Désarroi critique : les affirmations polémiques comme négation de l'art », Figures de la Négation, Textuels,‎ , p. 53-65 (ISSN 0766-4451, lire en ligne).
  49. Massonnaud, Dominique, Le Nu moderne au Salon (1799-1853), Revue de presse, Grenoble, "Collection "Archives critiques", Ellug, , 349 p. (ISBN 2 84310 067 4).
  50. Dominique Massonnaud, Courbet Scandale, Mythes de la rupture et modernité, Paris, Coll. "L'Ouverture philosophique", L'Harmattan, , 298 p. (ISBN 2-7475-3682-3), p. 31-118.
  51. Gustave Courbet et la Belgique. Réalisme de « L’Art vivant » à « L’Art libre », catalogue de l'exposition, Musées royaux des Beaux-arts de Belgique, mai-novembre 2013.
  52. a, b et c [PDF] Bruyas et le collectionnisme, Musée Fabre.
  53. a et b Extrait de la Correspondance de Courbet, lettre d'octobre 1853, en ligne.
  54. Jean Claparède, Le Séjour de Courbet à la Tour de Farges, Paris 1950, p. 9.
  55. Mémoire vive, Archives de la ville de Besançon.
  56. Exhibition et vente de 40 tableaux et 4 dessins de l'œuvre de Gustave Courbet, catalogue, p. 2.
  57. Eugène Delacroix – Note dans son « Journal », le 3 août 1855.
  58. Charles Perrier, « Du Réalisme, Lettre à M. le Directeur de l’Artiste », L’Artiste, 14 octobre 1855.
  59. Notice du tableau, Petit Palais.
  60. Hector Hanoteau, un paysagiste ami de Courbet, Musées en Franche-Comté.
  61. « Le Retour de la conférence », notice sur ratton-ladriere.com.
  62. Thomas Schlesser, Courbet face à la caricature : le chahut par l'image, Kimé, , p. 12.
  63. Robert Fernier, La vie et l'œuvre de Gustave Courbet=, Fondation Wildenstein, , p. 113.
  64. Notice commentée du tableau, musée d'Orsay.
  65. « Gustave Courbet, le maître d'Ornans : 8 avril-décembre 1861 », extrait de la correspondance, Si l'art était conté (en ligne).
  66. Roger Bonniot, Gustave Courbet en Saintonge : 1862-1863, Paris, C. Klincksieck, 1973. (ISBN 2-252-01447-4). Une rétrospective a été consacrée à l'activité du quatuor par l'exposition Autour de Courbet en Saintonge - Courbet, Corot, Auguin, Pradelles présentée du 9 juin au au musée de l'Échevinage de Saintes.
  67. « Le retour de la conférence, un tableau disparu », musée Gustave Courbet, Ornans, du 12 décembre 2015 au 18 avril 2016 (en ligne).
  68. (en) « Chronology: Fall 1865 », in Gary Tinterow, Henri Loyrette, Origins of Impressionism, New York, Metropolitan Museum of Art, 1994, p. 313.
  69. Isabelle Brunnarius, « Courbet+Whistler ► L’Origine du monde : et si l’histoire était tout autre ? », France 3 Régions Blog, 24 octobre 2017 (en ligne).
  70. (en) Robin Lenman, Artists and Society in Germany, 1850-1914, Manchester, Manchester University Press, 1997, p. 111extrait en ligne.
  71. Selon l'Institut Courbet, d'après une annotation de Jean-Jacques Fernier, in Catalogue Raisonné de l'œuvre de Gustave Courbet, Fondation Wildenstein.
  72. « Prison Sainte-Pélagie », notice de la base Mémoire.
  73. Base Salons, année 1870, musée d'Orsay.
  74. Gustave Courbet, « 23 juin 1870 : Gustave Courbet refuse la Légion d’honneur », sur www.france-pittoresque.com, (consulté le 13 octobre 2015).
  75. a, b et c Dictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : notice biographique.
  76. « La colonne Vendôme le 16 mai 1871 », sur www.raspouteam.org (consulté le 13 octobre 2015).
  77. Denyse Dalbian, « Gustave Courbet et la colonne Vendôme », Histoire pour tous, no 137, septembre 1971.
  78. Paul Lidsky, Les écrivains contre la Commune, Paris, François Maspero, , 180 p..
  79. Marie-Hélène Lavallée, Gustave Courbet, d'Ornans, Dijon, Infolio éditions, , 192 p. (ISBN 978-2-88474-047-0), pp.120-131.
  80. Michèle Haddad, Courbet, Jean-Paul Gisserot 2002, p. 104 et Laurence Des Cars, Courbet et la Commune, catalogue d'exposition, Paris, Musée d'Orsay, 13 mars-11 juin 2000, Paris, RMN, 2000.
  81. Extrait d'un discours de Courbet adressé au rédacteur en chef du journal Le Rappel, le 15 avril 1871. Cité in Michèle Haddad, Courbet, Paris, Éditions Jean-Paul Gisserot, 2002, p. 122.
  82. Chessex Pierre, « Patà et Courbet: quelques points de repère », Cherubino Patä 1827/1899, Edition Musée Gustave Courbet,‎ , p. 67-79
  83. a et b Cf. Pierre Chessex, « Courbet en Eldorado: les années d'exil en Suisse », in Ligeia, dossiers sur l'art, no 41-44, 2002-2003, p. 82-89 et Gustave Courbet, les années suisses, catalogue d'exposition, Musée d'Art et d'Histoire, Genève, 2014-15. .
  84. Matthias Fischer, Der junge Hodler. Eine Künstlerkarriere 1872-1897, Wädenswil: Nimbus, 2009, p. 57-80 et Pierre Chessex, "Chronologie: 1873-1877, l'exil en Suisse", in Gustave Courbet, les années suisses, pp. 65-120, catalogue d'exposition, Musée d'Art et d'Histoire, Genève, 2014-15.
  85. Pierre Chessex, "Courbet sculpteur", in Gustave Courbet, les années suisses, pp. 180-185, catalogue d'exposition, Musée d'Art et d'Histoire, Genève, 2014-15.
  86. Dominique Massonnaud, On peut le mesurer dans l'anthologie des réceptions : Le Nu moderne au salon (1799-1853), Revue de presse, Grenoble, "Archives critiques", Ellug, , 349 p. (ISBN 284310 067 4, lire en ligne), p. 223-326.
  87. Une première recension exhaustive des Comptes rendus de presse faits à propos du Salon de 1853 - Articles et Caricatures concernant les toiles de Courbet - a été mise à disposition par Dominique Massonnaud : Le Nu moderne au Salon (1799-1853), "Archives critiques", Ellug, 2005. On peut également voir sur le sujet Thomas Schlesser, Réceptions de Courbet, fantasmes réalistes et paradoxes de la démocratie, Dijon, Les Presses du réel, 2007.
  88. Voir Ibid. p. 245. .
  89. Eugène Delacroix, Journal, Paris, Plon, , 942 p. (ISBN 2-259-00646-9), pp. 327, 529.
  90. Charles Baudelaire, Oeuvres complètes, Paris, Editions du Seuil, , 759 p., pp. 658, 365.
  91. Edmond de Goncourt, Journal, Tome II, Paris, Robert Laffont, , 1292 p. (ISBN 978-2221059449), p. 109, 124.
  92. « Table ronde : « Au grand homme. Quelle patrie ? Quelle reconnaissance ? » Kursaal, Besançon, le 9 septembre 2011 », dans Yves Sarfati (dir.), Transferts de Courbet, Dijon, Presses du réel, , p. 355-383. .
  93. Thomas Schlesser in le Quotidien de l’art, 25 septembre 2013, numéro 250, p. 8. .
  94. Yves Sarfati et Thomas Schlesser, « Pour que le Panthéon honore Courbet », sur lemonde.fr, 7 novembre 2013.
  95. Ibid. .
  96. Honfleur, ou L’Embouchure de la Seine, notice de conservation du PBAL, en ligne.
  97. http://www.ville-pontarlier.fr/vie_culturelle/musee/carousel-horizontal/fichiers/01courbet_autoportrait.pdf.
  98. http://collections.musees-haute-normandie.fr/collections/artitem/07120001870.
  99. http://www.petitpalais.paris.fr/fr/collections/27/courbet-au-chien-noir.
  100. http://www.petitpalais.paris.fr/fr/collections/27/portrait-de-juliette-courbet.
  101. http://www.musee-orsay.fr/fr/collections/catalogue-des-oeuvres/notice.html?no_cache=1&nnumid=000923&cHash=c02a55d6ca.
  102. http://museefabre.montpellier-agglo.com/index.php/Connaitre/Les_grands_parcours/Parcours_moderne/La_modernite_de_1850_a_1914/37/(numPage)/2/(pageSize)/9/(num_oeuvre)/musee:MUS_BIEN:3910.
  103. http://www.musee-orsay.fr/fr/collections/catalogue-des-oeuvres/notice.html?no_cache=1&nnumid=016691&cHash=23f90ade12.
  104. http://www.metmuseum.org/toah/works-of-art/40.175.
  105. http://museefabre.montpellier-agglo.com/index.php/Connaitre/Les_grands_parcours/Parcours_moderne/La_modernite_de_1850_a_1914/37/(numPage)/1/(pageSize)/9/(num_oeuvre)/musee:MUS_BIEN:3652.
  106. http://museefabre.montpellier-agglo.com/index.php/Connaitre/Les_grands_parcours/Parcours_moderne/La_modernite_de_1850_a_1914/37/(numPage)/1/(pageSize)/9/(num_oeuvre)/musee:MUS_BIEN:3653.
  107. http://museefabre.montpellier-agglo.com/index.php/Connaitre/Les_grands_parcours/Parcours_moderne/La_modernite_de_1850_a_1914/37/(numPage)/1/(pageSize)/9/(num_oeuvre)/musee:MUS_BIEN:3654.
  108. L'atelier du peintre, en ligne, en réalité augmentée.
  109. http://www.petitpalais.paris.fr/fr/collections/les-demoiselles-des-bords-de-la-seine-ete.
  110. http://www.metmuseum.org/toah/works-of-art/19.84.
  111. « La biche morte », sur Musée d'Orsay (consulté le 9 novembre 2014).
  112. http://www.musee-orsay.fr/fr/collections/catalogue-des-oeuvres/notice.html?no_cache=1&zsz=5&lnum=&nnumid=972.
  113. http://www.clevelandart.org/art/1962.2?collection_search_query=courbet&op=search&form_build_id=form-PiJ2VSX0l9YMzNWKGu5PYYf6Y8IfGL3JNYsqnw0NBI8&form_id=clevelandart_collection_search_form.
  114. http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/03/06/le-chene-de-flagey-retrouve-ses-racines_1843903_3246.html.
  115. http://www.opac-fabritius.be/fr/F_database.htm.
  116. http://www.musee-orsay.fr/fr/collections/catalogue-des-oeuvres/notice.html?no_cache=1&zsz=5&lnum=&nnumid=69779.
  117. http://www.musee-orsay.fr/fr/collections/catalogue-des-oeuvres/notice.html?no_cache=1&nnumid=000973&cHash=d6213e030f.
  118. Portrait de Pieere Dupont Staatliche Kunsthalle Karlsruhe.
  119. http://www.muma-lehavre.fr/fr/collections/oeuvres-commentees/xixe-siecle/la-vague/gustave-courbet.
  120. http://www.musee-orsay.fr/fr/collections/catalogue-des-oeuvres/notice.html?no_cache=1&zsz=5&lnum=&nnumid=931.
  121. « La Source bleue », sur juraspeleo.ffspeleo.fr (consulté le 10 juillet 2017)
  122. « Un vrai Courbet ressort d'un placard », sur http://www.telerama.fr, .
  123. « Découverte d’un tableau inédit de Gustave Courbet au musée de Granville », sur culturebox.francetvinfo.fr, .
  124. Notice no 000SC011118, base Joconde, ministère français de la Culture.
  125. Notice no M0352002914, base Joconde, ministère français de la Culture.
  126. Notice no M0332002005, base Joconde, ministère français de la Culture.
  127. Gazette des beaux-arts, juillet 1929, pp. 21-37.

Annexes

Bibliographie scientifique

I - Catalogue raisonné

  • Robert Fernier, La Vie et l'œuvre de Gustave Courbet. Catalogue raisonné, Lausanne/Paris, Fondation Wildenstein - La Bibliothèque des arts, 2 volumes, 1977-1978 :
    • tome I : « 1819-1865, peintures » (notice BnF no FRBNF34622911)
      Évaluation du fonds peint à environ 1 500 pièces.
    • tome II : « Peintures 1866-1877, dessins, sculptures » (notice BnF no FRBNF34651515)
      536 numéros d'inventaire incluant les travaux en collaboration.

II - Biographies

Par ordre chronologique :

  • Jules-Antoine Castagnary, Gustave Courbet et la colonne Vendôme : plaidoyer pour un ami mort, Paris, E. Dentu, .
  • Georges Riat, Gustave Courbet, peintre, Paris, Henri Floury, .
  • Léonce Bénédite, Courbet, Paris, La Renaissance du livre, sur Gallica.
  • Théodore Duret, Courbet, Paris, Bernheim-Jeune et cie, édition de 1928 en ligne.
  • Charles Léger, Courbet, Paris, Éditions G. Crès et cie, réédition de 1934 chez Braun, en ligne.
  • Louis Aragon, L'Exemple de Courbet, Paris, Le Cercle d'art, .
  • Michael Fried (trad. de l'américain), Le Réalisme de Courbet, Paris, Gallimard, .
  • Pierre Georgel, Courbet. Le poème de la nature, Paris, Gallimard/RMN, .
  • Michel Ragon, Gustave Courbet, peintre de la liberté, Paris, Fayard, (ISBN 978-2213615004).
  • Fabrice Masanès, Gustave Courbet. Biographie, Paris, Taschen, (ISBN 978-3822856819).
  • Linda Nochlin (trad. de l'américain), Courbet, Paris-Londres-New York, Thames & Hudson, (ISBN 978-0500286760).
  • Ségolène Le Men, Courbet, Paris, Citadelles et Mazenod, (ISBN 978-3822856819).

III - Catalogues d'exposition

Par ordre chronologique :

  • Collectif, Le retour de la conférence, un tableau disparu, catalogue de l'exposition, Ornans Musée Gustave Courbet, 12 décembre 2015 -18 avril 2016 - Éditions du Sékoya 2015
  • Collectif, Gustave Courbet. Les années suisses, catalogue d'exposition, Genève, Musée d'art et d'histoire, 5 septembre 2014 - 4 janvier 2015, Paris, Ed. Artlys, 2014.
  • Denis Coutagne (dir.), Courbet-Cézanne : la vérité en peinture, catalogue d'exposition, Ornans, Musée Gustave Courbet, 29 juin-14 oct. 2013, Lyon, Fage, 2013.
  • Collectif, Gustave Courbet et la Belgique. Réalisme de l'art vivant à l'art libre, catalogue d'exposition, Bruxelles, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, 7 mai - 11 août 2013, Éd. Milan, SilvanaEditoriale, 2013.
  • Collectif, Les chasses de Monsieur Courbet, catalogue d'exposition, Ornans, Musée Gustave Courbet, 24 nov.-25 février 2012, Ornans, Besançon, Musée Gustave Courbet, Éd. du Sekoya, 2012.
  • Frédérique Thomas-Maurin, Julie Delmas (dir.), Courbet Clésinger, œuvres croisées, catalogue d'exposition, Ornans, Musée Gustave Courbet, 2 juill.-3 oct. 2011, Ornans, Besançon, Musée Gustave Courbet, Éd. du Sekoya, 2011.
  • Noël Barbe et Hervé Touboul (dir.), Courbet-Proudhon. L'art et le peuple, Saline Royale d'Arc-et-Senans, 4 juin-6 septembre 2010, Besançon, Éd. du Sekoya, 2010.
  • Collectif, Gustave Courbet, catalogue d'exposition, Paris, Galeries nationales du Grand Palais, 13 oct. 2007-28 janvier 2008 ; The Metropolitan Museum of Art, New York, 27 fév. - 18 mai 2008 ; Musée Fabre, Montpellier, 14 juin - 28 septembre 2008, Paris, Réunion des musées nationaux, 2007.
  • Laurence Des Cars, Courbet et la Commune, catalogue d'exposition, Paris, Musée d'Orsay, 13 mars- 11 juin 2000, Paris, RMN, 2000.
  • Sarah Faunce, Linda Nochlin, Courbet considered, catalogue d'exposition, Brooklyn Museum, 4 nov.1988- 16 janvier 1989 ; Minneapolis Institute of Arts, 18 fév. - 30 avr.1989, Brooklyn, Brooklyn Museum, 1988.
  • Collectif, Courbet à Montpellier, catalogue d'exposition, Montpellier, Musée Fabre, 5 nov. - 25 décembre 1985, Musée Fabre, Montpellier, 1985.
  • Pierre Chessex, Courbet et la Suisse, catalogue d'exposition, Château de la Tour-de-Peilz, 24 juillet-26 septembre 1982, s. l., s.n., 1982.
  • Alan Browness, Marie-Thérèse de Forges, Michel Laclotte, Hélène Toussaint (direction), Gustave Courbet : 1819-1877, catalogue d'exposition, Paris, Galeries nationales du Grand Palais, 30 septembre 1977 - 2 janvier 1978, Londres, Royal Academy, 18 janvier - 19 mars 1978, Paris, Éditions des musées nationaux, 1977.
  • Marie-Thérèse Forges, Lola Faillant-Dumas (dir.), Autoportraits de Courbet, catalogue d'exposition, Paris, Musée du Louvre, 1973, Paris, Éd. des musées nationaux, 1973.
  • Michel Laclotte, Palma Bucarelli, Hélène Toussaint, Gustave Courbet (1819-1877), catalogue d'exposition, Rome, Villa Medicis, 28 oct. 1969 - 6 juin 1970, Rome, De Luca, 1969.
  • Collectif, Courbet dans les collections privées françaises, catalogue d'exposition, Paris, galerie Claude Aubry, 5-mai - 25 juin 1966, Paris, Imprimerie Union, 1966.
  • Hugo Wagner, Gustave Courbet, catalogue d'exposition, Berne, Kunstmusuem, 22 sept. - 18 novembre 1962, Berne, Kunstmuseum, 1962.
  • Gaston Delestre (dir.), Gustave Courbet, 1819-1877, catalogue d'exposition, Londres, galerie Marlborough, mai-juin 1953, Londres, Malborough, 1953.
  • Jean Vergnet-Ruiz (dir.), Exposition Gustave Courbet, catalogue d'exposition, Besançon, Musée des beaux-arts, 23 août - 10 oct. 1952, Besançon, Musée des beaux-arts, 1952.
  • Alfred Daber, Courbet, exposition du 130e anniversaire de sa naissance, 10 juin 1819 -10 juin 1949, catalogue d'exposition, Paris, galerie Daber, 1949.
  • Robert Fernier, Gustave Courbet, catalogue d'exposition, marie d'Ornans, 23 juill. - 1er octobre 1939, Ornans, 1939.
  • Collectif, Gustave Courbet, catalogue d'exposittion, Zurich, Kunsthaus, 15 décembre 1935 - 31 mars 1936, Zurich, Institut Orell Fussli, 1935.
  • Collectif, Gustave Courbet, catalogue d'exposition, Paris, Petit Palais, mai-juin 1929, Paris, Éd. de la Gazette des Beaux-Arts, 1929.
  • Jules-Antoine Castagnary, Exposition des œuvres de Gustave Courbet à l'école des Beaux-Arts (mai 1882), Paris, Impr. E. Martine, 1882.

IV - Essais monographiques

Par ordre alphabétique d'auteur :

  • David Bosc, La Claire Fontaine, Lagrasse, Verdier, 2013 — récit sur la période finale.
  • T. J. Clark, Une image du peuple. Gustave Courbet et la révolution de 1848 (1973), trad. française, Dijon, Les Presses du réel, 2007.
  • Collectif, Controverse sur Courbet et l'utilité sociale de l'art, textes de P.-J. Proudhon et d'Émile Zola, notes et postface par Ch. Salaün, Paris, Éd. des Mille et une nuits, 2011. (ISBN 9782755505917).
  • Michèle Haddad, Gustave Courbet : peinture et histoire, Sainte-Croix Pontarlier, Presse du Belvédère, 2007.
  • Dominique Massonnaud, Courbet Scandale. Mythes de la rupture et modernité, Paris, L'Harmattan, coll. Ouverture philosophique, 2003.
  • Thomas Schlesser, Réceptions de Courbet. Fantasmes réalistes et paradoxes de la démocratie (1848–1871), Dijon, Les Presses du réel, 2007.
  • Thomas Schlesser, Bertrand Tillier, Courbet face à la caricature : le chahut par l'image, Paris, Kimé, 2007.
  • Bernard Teyssèdre, Le Roman de l'Origine, Paris, Gallimard, coll. L'infini, 1996, 2e édition, 2007.

V - Recueil d'articles

  • Collectif, Transferts de Courbet, actes du colloque de Besançon, Dijon, Les Presses du réel, 2013.
  • Collectif, Courbet à neuf !, actes du colloque international, Paris, les 6 et 7 décembre 2007, Paris, Éd. de la Maison des sciences de l'homme, 2010.
  • Pierre Chessex, « Courbet en Eldorado: les années d'exil en Suisse », in Ligeia, dossiers sur l'art, no 41-44, 2002-2003, p. 82-89.
  • Michèle Haddad, « Courbet et l'enseignement de l'art, ou comment faire école sans tenir école », in Romantisme, no 122, 2003, p. 71-79.
  • Thomas Kerstin, « La mise en scène du sauvage : Gustave Courbet et la chasse », in Romantisme, no 129, 2005, p. 79-96.
  • Fabrice Masanès, « Gustave Courbet devant l'objectif caricatural d'André Gill », in Bulletin des amis de Gustave Courbet, no 98-99, 1998-1999, p. 22–39.
  • Fabrice Masanès, « Le Portrait de Baudelaire par Courbet ou le visage du jeune critique en 1848 », in Ligeia (CNRS), no 41-44, octobre 2002-juin 2003, p. 90–105.
  • Dominique Massonnaud, « Le Désarroi critique : les affirmations polémiques comme négation de l'art », in Figures de la Négation, Textuel, n°29, 1995, p. 51-65.
  • Pierre Mollier, « À propos de L’Atelier de Courbet : note sur l’analyse « maçonnique » d’une œuvre et sa méthodologie », in Collectif, Une fraternité dans l'histoire : les artistes et la franc-maçonnerie aux XVIIIe et XIXe siècles, Catalogue d'exposition, Besançon, musée des beaux-arts, 15 septembre 2005 - 30 janvier 2006, Paris, Besançon, Somogy Ed. d'art, musée des beaux-arts et d'archéologie, 2005, p. 133-137.
  • Benoît Noël et Jean Hournon, « L'Origine du monde », in Parisiana, la capitale des arts au XIXe siècle, Paris, Les Presses franciliennes, 2006. p. 34-41.

VI - Vidéographie

  • Pierre Guy, Rencontre avec Gustave Courbet, documentaire, Altamira Films, 26 min, 1989 — résumé en ligne.

Articles connexes

Liens externes