Guillaume Ier d'Orange-Nassau

Guillaume Ier d'Orange-Nassau
William I, Prince of Orange by Adriaen Thomasz. Key Rijksmuseum Amsterdam SK-A-3148.jpg
Fonction
Prince d'Orange (en)
-
Titre de noblesse
Prince d'Orange (en)
Biographie
Naissance
Décès
(à 51 ans)
Delft
Sépulture
Nom dans la langue maternelle
Willem van Oranje-Nassau
Pseudonymes
Willem de Zwijger
El Taciturno
Allégeances
Activités
Famille
Père
Mère
Fratrie
Conjoints
Enfants
Parentèle
Autres informations
Religion
Grade militaire
Distinction
Blason Nassau-Orange.svg
blason

Guillaume de Nassau, prince d'Orange (en néerlandais : Willem van Oranje), comte de Nassau, dit également Guillaume le Taciturne (Willem de Zwijger) est né le à Dillenburg et mort au Prinsenhof de Delft le , assassiné par Balthazar Gérard. Sa dépouille repose dans la Nieuwe Kerk de Delft. Il fut prince d'Orange, comte de Nassau à partir de 1544, puis de Katzenelbogen, de Vianden, burgrave d'Anvers, stathouder de Hollande, de Voorne, de Zélande, de Frise occidentale et d'Utrecht à partir de 1559, gouvernant un territoire partagé actuellement entre la Belgique et les Pays-Bas.

À l'origine membre de l'entourage de Charles Quint et fidèle partisan des Habsbourg, Guillaume d'Orange est surtout connu pour avoir été l'initiateur et le chef de la révolte des Pays-Bas espagnols contre le roi d'Espagne Philippe II, fils de Charles Quint. Cette révolte entraîna une volonté d'émancipation des États généraux (gouvernement) qui conduisit à l'indépendance des Pays-Bas du Nord, Provinces-Unies, alors que les Pays-Bas du Sud, la Belgica Regia, retombaient sous la domination espagnole après la guerre de Quatre-Vingts Ans.

Les avis sur le prince sont partagés, mais, considéré par l'historien Jan Romein  comme le « fondateur de la civilisation néerlandaise », honoré du titre de « vader des vaderlands » (« père de la patrie »), et inscrit au canon historique des Pays-Bas, c'est l'un des personnages clefs de la fondation de la nation néerlandaise, bien qu'il ait en fait espéré libérer la totalité des Pays-Bas, Belgique comprise, du joug de l'Espagne. À l'époque, on appelle parfois ces territoires Belgica Foederata pour le nord et Belgica Regia pour le sud, ou encore la Généralité que l'empereur germanique et roi d'Espagne Charles Quint, héritier des ducs de Bourgogne, avait constituée en un tout indissociable par la Pragmatique Sanction de 1549.

L'hymne national hollandais « Het Wilhelmus » sera écrit en l'honneur du prince d'Orange par le baron de Sainte-Aldegonde, gentilhomme de famille savoyarde, mais né à Bruxelles, qui soutint le prince et la révolte depuis ses origines. Élevé à Bruxelles, le prince d'Orange parlait l'allemand, langue de sa famille de Nassau, le français, langue de la cour de Bruxelles depuis les ducs de Bourgogne et sous Charles Quint, et le néerlandais. Sa devise est toujours celle des Pays-Bas au XXIe siècle : « Je maintiendrai. »

Biographie

Un notable des Pays-Bas espagnols à la cour de Charles-Quint

Guillaume d'Orange naît le jeudi à Dillenburg de Guillaume de Nassau-Dillenbourg et Juliane de Stolberg[1], dans une famille luthérienne[2]. Il est baptisé le 4 mai dans une cérémonie hybride : après une messe catholique le matin, le baptême, la lecture de l'évangile et le sermon se font à la façon luthérienne[3].

Son éducation débute à cinq ans et demi, et comprend le latin, le français, l'italien, le français, le calcul et l'histoire sainte[4].

Guillaume quitte Dillenburg pour la cour de Charles Quint à Bruxelles le 22 août 1544, peu après le décès de son cousin René de Chalon, prince d'Orange (dont le père était le frère aîné de Guillaume de Nassau-Dillenbourg), mort sans descendance lors du siège de Saint-Dizier ; il hérite de la principauté d'Orange, à la condition d'être élevé dans la foi catholique. À Bruxelles, il apprend plusieurs langues sous la protection de l'archiduchesse-reine Marie de Hongrie, sœur de l'empereur et gouvernante en son nom de ce que l'on nomme les Pays-Bas, dénomination qui confond les territoires de Hollande, Zélande et autres principautés, mais aussi la Belgique et le nord de la France. Au château de Bréda, son éducation est supervisée par Claude Bouton de Corbaron, il apprend l'histoire, le droit, la théologie, l'art, les sciences, mais surtout les langues[5]. Il prend de l'importance à la cour de Charles Quint, qui prévoyait sans doute de lui confier un jour la gestion des Dix-Sept Provinces[6].

La question du mariage du prince se pose alors. Maximilien d'Egmont avait souhaité sur son lit de mort qu'il épouse sa fille, la comtesse Anne d'Egmont de Buren[7]. L'empereur y consent à la fin de l'année 1550 après deux ans de négociations, et les deux familles signent le contrat le , et le mariage a lieu le [8]. Il y gagne une rente de 30 000 guldens, ainsi que de nombreuses seigneuries et châteaux dans les Dix-Sept Provinces[9].

La guerre avec la France reprend en 1551, et le 16 décembre Guillaume d'Orange est nommé à la tête d'une compagnie de cavalerie et chargé de lever des troupes[10]. Il reçoit l'hommage de la ville de Breda le 29 mars 1552, et colonel dans l'armée de Charles Quint le 27 avril[11]. Il doit alors former 10 compagnies, ce qui lui cause des soucis financiers. Il ne rencontre pas les troupes d'Henri II, étant chargé de missions secondaires alors que Lamoral d'Egmont est le général en chef des troupes impériales[12].

En préparation de la onzième guerre d'Italie, il est nommé capitaine général de l'armée de la Meuse le [13]. Ses armées d'origine très diverse sont frappées par la peste, manquent d'approvisionnement, sont mal payées et manquent régulièrement de se mutiner[14]. Il prend la ville de Fagnolle qui se rend dès la première sommation le , puis Couvin qu'il fait raser, dans le but d'isoler la ville assiégée de Mariembourg[15]. Il est ensuite rappelé à Bruxelles pour l'abdication de Charles Quint.Lors de l'abdication, l'empereur s'appuie sur l'épaule de Guillaume d'Orange[16]. Le prince doit ensuite repartir sur les champs de bataille, où il parvient à licencier une bonne partie des troupes à la fin de la campagne, alors qu'il ne dispose quasiment pas d'argent[17]. Guillaume est, jusqu'à la mort de son épouse en 1558, un catholique fidèle à la couronne espagnole, membre de la cour de Marguerite de Parme, fille naturelle de l'empereur et gouvernante des Pays-Bas Espagnols.

Au service de Philippe II

Guillaume d'Orange entre ensuite au Conseil des finances[18], où il présente des remontrances sur le mauvais état des finances du pays, et demande que les Pays-Bas ne participent pas seuls aux dépenses militaires[19]. Appuyé par Emmanuel-Philibert de Savoie et tout le Conseil d'État, il obtient des financements espagnols et des troupes anglaises[20]. Cependant, le roi Philippe II prend conscience que l'opposition contre lui est incarnée par le prince d'Orange. Les 29 et 30 décembre 1558, il joue un rôle important lors de la cérémonie funéraire de Charles Quint[21]. C'est pendant cette période que sa femme Anne d'Egmont meurt, le [22].

Sous la régence de Marguerite de Parme

Avec la paix du Cateau-Cambrésis, la France des Valois et l'Empire des Habsbourg signent une paix durable et s'accordent pour lutter contre la montée du protestantisme[23]. À l'été 1559, les discussions sont notamment menées par Ferdinand Alvare de Tolède, duc d'Albe, qui propose l'introduction de l'inquisition et jusqu'à l'extermination des protestants[24]. Guillaume d'Orange cache ses ressentiments face à ces propositions. Philippe II qui doit revenir en Espagne, refusant à nommer Egmont ou Orange car trop indépendants de ses volontés, préfère nommer Marguerite de Parme au gouvernement général des Pays-Bas[25]. Cette nomination est mal accueillie par les nobles, car la princesse est bâtarde[26]. Afin d'apaiser les critiques, Philippe II donne des biens aux nobles, Guillaume d'Orange reçoit ainsi 40 000 écus et les gouvernements de Hollande, Zélande, Frise occidentale et Utrecht[27].

Lors de la dernière séance des états généraux avant le départ de Philippe II pour l'Espagne, le à Gand, les représentants des États demandent le départ des troupes « étrangères » espagnoles, ce qui rend furieux l'empereur[28]. Lors des adieux de Guillaume à Philippe II quelques jours plus tard, ce dernier est glacial[29]. Le , son père Guillaume de Nassau-Dillenbourg meurt, il devient officiellement chef de la maison de Nassau-Dillenbourg[30].

Si l'administration des Pays-Bas se fait officiellement en passant par le Conseil d’État, composé des stadhouders et de la haute noblesse, un conseil secret créé par Philippe II et composé de Charles de Berlaymont, Antoine Perrenot de Granvelle et Viglius van Aytta est chargé de prendre les décisions les plus importantes, concernant notamment la fiscalité, l'ordre, l'administration et la religion, et de ce fait transforme le Conseil d'État en simple chambre consultative[31]. Trois contentieux sont rapidement soulevés : la présence de troupes espagnoles dans les Dix-Sept Provinces, l'érection des nouveaux diocèses aux Pays-Bas, et la lutte contre le protestantisme[32]. Des troupes espagnoles restant des guerres d'Italie et fortes d'environ 3 000 hommes ne sont en effet pas payées et pillent le pays[33]. Après de nombreuses tergiversations de Philippe II, et sous la menace de la démission simultanée d'Orange et d'Egmont, les troupes partent finalement en janvier 1561[34]. La création des nouveaux évêchés, si elle était réclamée depuis longtemps et d'une utilité incontestable, se fait, à travers la bulle Super Universas, sans consulter les instances temporelles ou spirituelles des Dix-Sept Provinces[35]. Le Conseil d'État marque son inquiétude par rapport à cette réforme, alors que la noblesse craint de ne plus pouvoir nommer aux postes importants du clergé ses cadets, et que le reste de la population s'inquiète d'une montée de l'intolérance et de l'arrivée de l'inquisition[36]. Celle-ci, officiellement mise en place en 1524[37] par Charles Quint, n'était en réalité que peu appliquée[38]. Philippe II, lui, est bien plus attaché au respect de la foi catholique. Dès avant 1560, il insiste sur le besoin d'une répression contre les protestants[39], et introduit la compagnie de Jésus dans les Pays-Bas[40].

Entrée en dissidence de Guillaume le Taciturne et deuxième mariage

Guillaume cherche ensuite à se remarier, et le parti d'Anne de Saxe se présente à lui. Cependant, elle est luthérienne et la maison de Saxe est historiquement opposée aux intérêts des Habsbourg[41]. Après avoir demandé à Philippe II son autorisation, c'est Granvelle qui traite l'affaire, et s'oppose tout d'abord au mariage d'un catholique avec une hérétique ; de même la maison de Saxe, si elle voit un appui potentiel, est réticente à cette union inter-religieuse[42]. Guillaume s'engage alors simultanément devant Philippe II que sa femme se convertira au catholicisme, et devant le duc de Saxe qu'elle gardera le droit de pratiquer le luthéranisme et que les enfants à venir seront éduqués selon cette confession[43]. Le mariage a lieu à Leipzig le , mais en l'absence des grands seigneurs néerlandais auxquels Philippe II a donné l'interdiction de participer[44]. De retour à Bruxelles, Anne assiste à la messe catholique quotidienne et donne des gages suffisants pour rassurer Marguerite de Parme[45]. De plus, lors d'une révolte calviniste dans la principauté d'Orange, Guillaume expulse les protestants et interdit tout culte non catholique, ce qui est apprécié par Philippe II[46]. Le mariage donnera un fils, Maurice de Nassau, et des filles, mais ne sera pas fort heureux, d'autant qu'Anne de Saxe présente certains signes de folie[47].

Alors que la première guerre de religion éclate en France, le roi d'Espagne souhaite aider la France et le camp catholique, en demandant aux Pays-Bas de financer la guerre[48]. La plupart des nobles font remarquer que les provinces ne sont pas en état de supporter financièrement une guerre, mais Guillaume d'Orange s'oppose frontalement à l'envoi de troupes à l'extérieur sans approbation des états-généraux[49]. Les Dix-Sept Provinces opposent une forte résistance à la volonté d'intervention en France, et à l'installation des nouveaux évêques prévus par la réforme des diocèses, montrant ainsi leur mécontentement face au autorités du roi Philippe II[50].

Le 11 mars 1563, il rédige avec Philippe de Montmorency comte de Hornes et Lamoral, comte d'Egmont une lettre virulente destinée à Philippe II[51], dans laquelle il demande notamment le départ de Granvelle, contre lequel des pamphlets circulent et cible d'une forte animosté, tout en assurant le roi de leur fidélité et leur foi catholique. Le , ils envoient une lettre exigeant de nouveau le rappel de Granvelle, et menacent cette fois d'un refus de siéger au Conseil d'État s'ils n'obtiennent pas satisfaction[52]. Une nouvelle aide financière dont Philippe II aurait grand besoin devait en effet être votée, rendant lourde de conséquences cette menace. Le , le cardinal de Granvelle quitte Bruxelles[53], et les nobles participent de nouveau au Conseil d'État le [54]. Si le départ du cardinal provoque la joie des nobles, ce n'est en fait qu'une étape de leurs revendications qu'ils continuent d'adresser vers Marguerite de Parme ou Philippe II.

À la suite du concile de Trente qui se termine le , Philippe II souhaite montrer qu'il est un des grands souverains catholiques d'Europe, et ordonne son application dans les Pays-Bas dès août 1564, ce qui provoque le mécontentement de l'ensemble de la population, car les États n'ont pas pris part à cette décision[55]. Orange, Hoorn et Egmont demandent à Philippe II de suspendre l'application des nouvelles mesures[56], et souhaitent également que le roi revienne aux Pays-Bas. Celui-ci s'engage à revenir bientôt, mais exige l'application des décrets conciliaires[57]. Le Conseil d'État propose au roi un texte intermédiaire, comportant un adoucissement des persécutions contre les protestants, plus d'argent pour les provinces et de pouvoir au Conseil d'État ; Egmont est chargé de cette proposition et part pour l'Espagne en janvier 1565[58]. Bien accueilli en Espagne, il rentre à Bruxelles le 30 avril, accompagné d'Alexandre Farnèse[59]. Cependant, une semaine après, un ordre de Philippe II exige l'application intégrale des décrets conciliaires, et l'interdiction de la convocation des états-généraux tant que les affaires religieuses ne sont pas ordonnées[60]. Le , Guillaume d'Orange écrit à Marguerite de Parme qu'il refuse d'exécuter le renforcement des peines contre les hérétiques[61].

L'été 1565 est particulièrement sec, ce qui a des conséquences désastreuses pour l'agriculture. De plus, à la suite de la guerre nordique de Sept Ans, le Sund est fermé par le Danemark, ce qui ferme aux ports néerlandais l'accès à la Baltique[62]. L'hiver qui suit arrive particulièrement tôt, les prix du blé s'envolent, une situation de disette s'installe[63].

Au comte d'Egmont, porte-parole, dès 1565, auprès de Philippe II pour lui demander moins de rigueur, le roi d'Espagne répond qu'il répliquera à la violence par la violence[réf. nécessaire]. Cela entraîne une nouvelle démission de Guillaume d'Orange, avec Egmont et Montmorency soutenus par le marquis de Berghes et le comte de Meghem qui démissionnent aussi du stathoudérat[Quand ?].

Tentative de conciliation : le compromis des nobles

En mars 1566, 9 membres de la haute noblesse se réunissent à Breda pour écrire un manifeste afin de protester contre l'arrivée de l'Inquisition[64]. Le texte est intitulé Traité des grands et des nobles des Pays-Bas contre l'Inquisition d'Espagne qu'on veut introduire dans ces provinces, appelé aussi le « Compromis des Nobles ». Dans celui-ci les nobles demandent le départ de l'Inquisition et s'engagent à se porter mutuellement secours s'ils sont menacés par elle[65]. Le texte réunit 2 000 signatures de la petite noblesse, la haute noblesse ne s'avançant pas sur un tel texte[66]. Elle est remise par 400 membres de la noblesse à la gouvernante Marguerite de Parme lors d'une séance dans l'Aula Magna du palais des ducs de Bourgogne à Bruxelles le 5 avril 1566. Qualifiée de « compromis des gueux » (en néerlandais Geuzen) par un conseiller de la régente, le comte de Berlaymont, cette pétition est sans effet. Mais les signataires persistent et organisent un banquet, dit banquet des gueux, en la résidence d'une grande famille bruxelloise, l'hôtel de Culembourg. Ils y apparaissent vêtus à la façon des pauvres gens, proclamant une devise « gueux jusqu'à la besace », revendiquant par défi ce nom de gueux qui devient alors représentatif de l'ensemble des révoltés. C'est le début d'un affrontement direct avec le pouvoir espagnol représenté à Bruxelles par Marguerite de Parme. Guillaume d'Orange, devant l'importance que prend le banquet des gueux, préfère quitter quelque temps Bruxelles[67]. Il assiste et communie à une messe catholique pour Pâques 1566[68]. Il est convoqué à Anvers pour calmer l'agitation qui y règne, causée notamment par les prêches de 40 000 protestants dans la ville[69]. Il demande à Brederode, de quitter la ville[70]. Le 17 juillet, il convoque le conseil de la ville, qui le nomme son gouverneur ; il interdit alors les prêches calvinistes et se rend indispensable à Marguerite de Parme : il est le seul à savoir contrôler pacifiquement la ville[71]. Il lance des travaux d'entretien fluviaux afin de donner un travail à nombre de chômeurs, et encourage à une modération des réunions qui se tenaient en dehors de la ville[72].

Les événements se précipitent ensuite : alors que quelques centaines de soldats catholiques se dirigent vers Anvers, et qu'on apprend que des recrutements sont également en cours en Allemagne, les « gueux » alors présents à Saint-Trond depuis le 11 juillet se sentent menacés et se promettent mutuellement la protection du protestantisme ; ils lèvent alors des fonds pour se préparer à la répression[73]. Marguerite de Parme prend peur et croit à un début de rébellion. Le à Duffel Orange et Egmont rencontrent Louis de Nassau et 12 « gueux ». Orange recommande la modération à son cadet, lequel envoie une lettre de réclamations à la régente, proposant en outre la gestion des Pays-Bas par Orange, Hoorn et Egmont[74]. Marguerite de Parme comprend le danger que représenterait une alliance de la haute et de la petite noblesse. Elle envoie une lettre à Madrid pour prévenir la gravité des événements et convoque les chevaliers de la Toison d'or le 18 août. Il passe le 15 août, jour de l'Assomption, à Anvers, où a lieu une procession traditionnelle de la Vierge noire, malgré les menaces des calvinistes iconoclastes[75].

Le peuple, hostile au roi d'Espagne, se range derrière sa noblesse. Les catholiques encore majoritaires participent au mouvement parce qu'ils pressentent que la politique autoritaire du roi d'Espagne menace les libertés octroyées, au cours des âges, par les ducs de Brabant et les ducs de Bourgogne. C'est alors que les calvinistes, qui voient dans cette situation conflictuelle l'occasion d'aggraver le conflit, provoquent des émeutes iconoclastes en août 1566. Guillaume d'Orange condamne cette violence, mais comprend que l'Espagne n'acceptera plus de compromis.

Egmont et Hornes exécutés à Bruxelles. Début de la rébellion populaire

Ferdinand Alvare de Tolède, duc d'Albe, envoyé aux Pays-Bas pour mater la rébellion.

En 1567, le roi d'Espagne envoie le duc d'Albe dans les provinces des Pays-Bas avec une armée de 10 000 hommes pour y organiser une dure répression. Guillaume d'Orange s'enfuit de Bruxelles dans les terres de son beau-père, en Saxe, et conseille au comte d'Egmont et au comte de Hornes de le rejoindre. Mais ceux-ci restent et sont arrêtés bien qu'ils ne fussent pas protestants, dès que le duc d'Albe eut installé à Bruxelles le Conseil des troubles. Les comtes d'Egmont et de Hornes, sont arrêtés traîtreusement à l'issue d'un conseil d'état-major auquel les avait conviés le duc d'Albe et ils sont jugés et décapités sur la grand place de Bruxelles, le 5 juin 1568, devant la population horrifiée. Les biens de Guillaume d'Orange sont confisqués le [76]. C'est le début de la guerre de Quatre-Vingts Ans, qui permit aux Provinces du Nord (les Pays-Bas actuels) d'accéder à l'indépendance.

Guillaume d'Orange, chef militaire de la révolte

Guillaume d'Orange, dont le palais bruxellois et les terres ont été confisqués par la couronne, se met à la tête des troupes qui protestent toujours de leur fidélité au roi d'Espagne, mais qui appellent à son arbitrage: quoique comme l'affirme l'hymne néerlandais Wilhelmus van Nassouwe, il puisse dire « den koning van Hispanje heb ik altijd geëerd… » (« J'ai toujours honoré le roi d'Espagne… »), il insiste régulièrement sur le droit des sujets à renoncer à leur serment de fidélité si le roi ne respectait pas lui-même leurs droits.

Il passe à l'attaque avec l'aide de huguenots français et avec son frère Louis de Nassau, calviniste convaincu. Ses armées sont d'abord victorieuses à Heiligerlee (1568). Mais il manque d'argent pour payer les mercenaires allemands qu'il a engagés pour épauler les révoltés et il est repoussé hors de Hollande après la bataille de Jemmingen, en 1568.

Le coût de la guerre se fait aussi sentir chez les Espagnols, ce qui conduit le duc d'Albe à lever un impôt spécial dans l'ensemble des Pays-Bas du Nord et du Sud contre l'avis des États généraux (parlement) et du Conseil d'État (gouvernement) en 1569-1571. Dans le nord, la levée de cet impôt est rendu impossible de fait par la prééminence des révoltés protestants. Dans le sud, (Belgique) en 1572, le duc d'Albe proclame que ceux qui refuseront de payer l'impôt du dixième denier (équivalant à dix pour cent) seront pendus devant leur maison. Alors que les bourgeois s'apprêtent à subir le supplice suprême plutôt que de payer, l'annonce de la prise du port de La Brielle par les « gueux de la mer » détourne les Espagnols de leur projet assassin, les troupes étant appelées en urgence en Zélande.

Ce succès entraîne les révoltés à élire Guillaume gouverneur-général et stathouder (bâtonnier) de Hollande, de Zélande, de Frise et d'Utrecht lors d'une assemblée tenue à Dordrecht en juillet 1572. Il est convenu que le pouvoir doit être partagé entre Guillaume d'Orange et les représentants des États, c'est-à-dire les cours souveraines des différentes provinces. Guillaume en profite pour s'installer à Delft où il va demeurer jusqu'à son décès, malgré un éphémère retour à Bruxelles en 1576. Malgré des défaites (bataille de Haarlem en 1573), l'âpre résistance de Guillaume, de ses armées et du peuple se poursuit inlassablement sans faiblir devant la violence de la répression. L'insuccès de celle-ci finit par entraîner le rappel du duc d'Albe en 1573.

Guillaume face aux divisions choisit l'indépendance

Louis de Nassau, frère cadet de Guillaume.

Chef militaire de la révolte, Guillaume d'Orange est confronté à des divisions politiques et religieuses: les calvinistes placent le conflit sur un plan religieux. L'élite urbaine majoritairement catholique se contenterait d'un compromis fiscal. Guillaume, soucieux de l'unité des provinces, se convertit en 1573 au protestantisme, mais appuie les revendications essentiellement fiscales d'une population majoritairement catholique qui aspire à un compromis avec la couronne.

Le nouveau représentant de l'Espagne, Luis de Requesens, tente une politique de conciliation. Devant l'opposition calviniste, l'accord ne se fait pas. Guillaume résiste au siège de Leyde en 1574, et ses frères Louis et Henry sont tués (le 14 avril 1574) à la bataille de Mook. Toutefois, la banqueroute espagnole de 1575 et la mort de Requesens en 1576 entraînent la perte par l'Espagne des provinces, situation renforcée par le sac de la ville d'Anvers au mois de novembre 1576 (8 000 morts) par des mercenaires espagnols qui n'étaient plus payés.

Les catholiques et les états généraux se rallient à la révolte. Troisième mariage

De 1574 à 1576, la révolte populaire s'amplifie devant les exactions des troupes du roi d'Espagne. Même les catholiques se dressent contre la couronne. À Bruxelles, les bourgeois et le peuple prennent les armes à la suite du sac d'Alost par des mutins espagnols qui n'ont pas touché leur solde et les États généraux lèvent des troupes pour lutter contre les Espagnols. Et cela alors que ces mêmes États généraux étaient censés, jusque-là, représenter le pouvoir royal sous l'autorité d'un gouvernement, le Conseil d'État. Guillaume, qui a fait annuler son mariage avec Anne de Saxe pour cause d'adultère, contracte un troisième mariage, le 12 juillet 1575, avec Charlotte de Bourbon-Vendôme.

On assiste alors à un mouvement général contre le pouvoir espagnol et l'on voit se joindre au Brabant des représentants des Dix-Sept Provinces. À Bruxelles affluent des délégations de Flandre et du Hainaut auxquels sont appelés à se joindre l'Artois, Lille, Douai et Orchies, Malines, le Limbourg et les pays d'Outre-Meuse, la Hollande, la Zélande, le Luxembourg, et même de plus loin, la Gueldre, la Frise, Overijssel, Groningue, Utrecht. Et le prince-évêque de Liège Gérard de Groesbeek reçoit une délégation qui le rassure sur le respect que les insurgés vouent au principe de la liberté religieuse. C'est l'Union de Bruxelles.

Jusque-là, malgré les combats, beaucoup de pouvoirs locaux avaient voulu maintenir la fiction du pouvoir royal, leur revendication n'étant que de le réformer, ce qui impliquait de reconnaître la liberté religieuse ainsi que les libertés octroyées depuis des siècles par les seigneurs locaux, entérinées par les ducs de Bourgogne et maintenues par leur héritier Charles Quint, père de Philippe II.

Guillaume d'Orange
par Adriaen Thomasz Key, ca 1575

Des ambassadeurs sont envoyés à la reine Élisabeth Ire d'Angleterre, au roi Henri III de France et à l'empereur Maximilien pour annoncer que les États généraux entreprennent eux-mêmes la pacification du pays. Philippe II d'Espagne en est prévenu sans ambages. Mais pour rétablir l'unité des Dix-Sept Provinces, un accord solennel est nécessaire.

C'est à Gand que le prince d'Orange rencontre les délégués, alors que la citadelle de cette ville est toujours aux mains des Espagnols. Un accord est pris difficilement car, au sein de l'union politique, les différends religieux subsistent entre protestants et catholiques. Il est prévu de suspendre les peines proclamées par les « placards » espagnols, de libérer les prisonniers, d'abolir les séquestres et les confiscations et de rétablir la libre communication entre toutes les provinces.

La Pacification de Gand et l'Union de Bruxelles

Enfin, un accord se fait et, le 8 novembre 1576, le texte en est proclamé sous le nom de Pacification de Gand suivi par la deuxième Union de Bruxelles qui en établit les modalités. À Bruxelles, un comité composé de dix-huit membres prend d'autorité le pouvoir à l'instigation du baron de Sainte-Aldegonde, aristocrate d'origine savoyarde, fidèle du prince d'Orange qui n'a cessé, depuis le début de l'intervention espagnole de se multiplier sur tous les fronts, tant par ses actions que par ses pamphlets. Dès juillet, le comité a invité Guillaume d'Orange à revenir à Bruxelles qu'il a dû fuir au début de la répression et où sa résidence a été confisquée.

Le 18 septembre, Guillaume arrive à Anvers. Après des réjouissances, il part pour Bruxelles par la voie des eaux. Son cortège de coches d'eau remonte par le Démer et entre dans le canal qui mène à Bruxelles. Un coche porte le prince, sur un autre sont exécutés des tableaux vivants de nature allégorique. Sur les rives, la foule acclame et, à partir de Willebroeck, les milices bruxelloises se joignent aux trois cents bourgeois anversois en armes qui veillent sur le cortège. Des barques d'habitants et de milices locales complètent la fête jusqu'à Bruxelles. À l'entrée de la ville, à la porte d'Anvers, Orange monte à cheval avec, à sa droite, un ambassadeur anglais, car la reine Élisabeth, ennemie de l'Espagne, soutient ce qui paraît devenir un véritable triomphe révolutionnaire. C'est au milieu d'une foule énorme qui lance des acclamations que le prince entre dans la demeure familiale qu'il avait quittée dix ans plus tôt. Le soir, on tire un feu d'artifices, le premier, dit-on, en Europe où ce genre de spectacle était, jusque-là, inconnu.

Depuis le début des troubles, les provinces des Pays-Bas n'ont cessé d'affirmer leur fidélité au roi Philippe II et à leurs libertés traditionnelles. C'est pour défendre ces dernières — rognées par l'affirmation de l’État monarchique — que les révoltés avaient pris les armes. Pour autant, la légitimité du roi n'était pas mise en cause. Ce consensus liait l'ensemble des provinces, même si les tensions religieuses, attisées par les théologiens, les prêcheurs et les pamphlétaires des deux bords menaçait régulièrement l'union. En 1579, Philippe II repasse à l'offensive grâce à l'or des Indes. Son but est de rétablir ses sujets dans l’obéissance qu'il estime lui être due.

Mais le prince d'Orange veut encore croire au succès. Face à don Juan d'Autriche, désigné gouverneur général des Pays-Bas par Philippe II, il fait appel à l'archiduc Matthias et lui offre le gouvernement général. Pour Philippe II, chef de la dynastie, la collusion de son neveu avec les révoltés passe pour un acte de rébellion.

Dans le même temps, Orange est proclamé « ruwaert » (régent) du Brabant. Il s'agit, pour ses partisans, de se prémunir contre une nouvelle mainmise étrangère.

Deuxième Union de Bruxelles et candidatures de princes étrangers

Afin de rassurer les provinces, surtout celles du nord, une nouvelle édition de l'Union de Bruxelles est proclamée dans l'esprit de la Pacification de Gand. Elle est censée renforcer l'union entre protestants et catholiques, témoignant de l'esprit d'ouverture du prince d'Orange.

Mais, dans le Nord, l'extrémisme religieux continue à dominer et les provinces de Hollande et de Zélande refusent d'intervenir contre une offensive de don Juan. Leur hostilité à l'archiduc Mathias joue finalement en faveur des Espagnols. Don Juan prend Chimay, Binche, Philippeville et quelques autres villes et bat les troupes des États généraux à la bataille de Gembloux en les surprenant en l'absence de leur général, le comte de Lalaing. Accusé de trahison par les États, il rejoint d'ailleurs l'armée royale peu après.

Le duc d'Anjou, choisi initialement par Guillaume pour gouverner les Pays-Bas.

Le gouvernement rebelle, et le prince d'Orange prennent alors contact avec un nouveau candidat : le duc d'Anjou, frère du roi Henri III. Par le Traité de Plessis-lès-Tours, il promet de respecter l'autorité du prince d'Orange ainsi que les libertés religieuses. Le duc d'Anjou paraît finalement plus fiable que l'Autrichien Mathias, neveu et beau-frère de Philippe II. Le prince d'Orange et les États proclament le duc d'Anjou « Défenseur de la liberté des Pays-Bas contre la tyrannie des Espagnols et de leurs adhérents ». Cette allusion à ceux qui, tout en combattant les troupes espagnoles, paraissent vouloir trouver un accommodement avec le roi d'Espagne, est un avertissement.

Pour Orange, les Pays-Bas forment toujours un tout : comme nombre de ses compatriotes, il a parfaitement intégré l'identité bourguignonne héritée des anciens ducs et consacrée par Pragmatique Sanction du 4 novembre 1549. Conformément à l'esprit de l'empereur qu'il avait servi dans sa jeunesse, le prince entend que les provinces demeurent un bloc indivisible et perpétuellement uni. Il nomme d'ailleurs une fille qui vient de lui naître du nom de Catherine-Belgique, d'après la mode humaniste qui désignait l'ensemble de la région sous le nom de Gaule belgique.

Union d'Arras, union d'Utrecht et mise au ban de Guillaume d'Orange.

Mais entretemps, l'Artois, le Hainaut, Lille, Douai et Orchies ont formé l'Union d'Arras, le 6 janvier 1579, à l'instigation du duc de Parme, condottiere au service du roi d'Espagne. Ce traité entérine les promesses de l'archiduc Mathias et réaffirme les grands principes de la Pacification de Gand et de l'Union de Bruxelles. On y parle du départ volontaire des troupes espagnoles, mais sans donner aucune assurance formelle ni date à ce sujet. Cet accommodement avec l'Espagne ne fera qu'appesantir le poids de celle-ci dans les Pays-Bas du Sud.

Le 23 janvier 1579, Guillaume d'Orange réplique à l'Union d'Arras par l'Union d'Utrecht qui fédère les États de Hollande, Zélande, d'Utrecht, de Gueldre et la province de Groningue avec de grandes villes du sud comme Bruges, Gand, Bruxelles et Anvers. C'est une indépendance de fait après des années de conflit durant lesquelles Guillaume d'Orange n'avait pas manqué de réclamer la paix et le respect des libertés des Pays-Bas tout en se disant toujours fidèle au principe monarchique espagnol. Cette contradiction touche à sa fin. C'est Philippe II lui-même qui y met fin en proclamant, en mars 1580, la mise au ban de Guillaume d'Orange.

La voie est libre, en apparence, pour François d'Anjou. En 1581, un décret de déchéance de Philippe II est voté, c'est l'Acte de La Haye qui ouvre la voie au duc d'Anjou. Pourtant celui-ci a de plus en plus de mal à tolérer les entraves que les États posent à son futur pouvoir. Il tente de briser la résistance avant la promulgation d'un traité formalisant les limites de son autorité en mettant à sac la ville d'Anvers. Cette furie française provoque l'alliance des catholiques et des protestants pour expulser le duc et ses mercenaires. Élisabeth Ire d'Angleterre ayant repoussé toute démarche en vue d'être installée reine des Pays-Bas et l'archiduc Mathias ayant perdu toute crédibilité, les États de l'Union d'Utrecht s'organisent progressivement en république.

Stadhouder de Hollande, Zélande et Frise, mariage et assassinat

La charge de stathouder (gouverneur), dont le roi avait dépossédé Guillaume, lui est rendue par les États des provinces de Hollande, Zélande et Frise. La rupture est alors définitive : Philippe II promet une récompense élevée pour la tête du prince d'Orange. Juste après l'attentat manqué[77] du Basque Jean Jaureguy le 18 mars 1582, il est soigné par le chirurgien Skon Thomas[78],[79]. Sa femme Charlotte veille ensuite jour et nuit son mari blessé, ce qui l'épuise au point qu'elle en meurt.

Guillaume prend alors une quatrième épouse, en 1583, Louise de Coligny, de la famille de l'amiral huguenot français. Un royaliste, Balthazar Gérard, parvient cependant à l'assassiner, le 10 juillet 1584 dans son refuge de Delft en le blessant mortellement d'un coup de pistolet. Le prince est enterré avec une pompe quasiment catholique et royale dans l'église de Delft. Son fils ainé Philippe-Guillaume, demeuré catholique et au service du roi, hérite de ses biens en France et en Comtat. Son cadet, Maurice de Nassau, garde cependant le contrôle effectif des fiefs allemands et néerlandais et prend la place de son père à la tête de la révolte.

Titres

Famille

Ascendance

Mariages et enfants

Le 8 juillet 1551, Guillaume épouse la comtesse Anne d'Egmont (1533-1558), fille et héritière du comte Maximilien d'Egmont, comte de Buren et de Leerdam .

Trois enfants sont nés de cette union :

Veuf, Guillaume épousa le 25 août 1561 Anne de Saxe (1544-1577), fille de l'électeur Maurice de Saxe. Ils divorcent en 1574.

Cinq enfants sont nés de cette union :

  • Anne d'Orange-Nassau (1562-1562)
  • Anne d'Orange-Nassau  (1563-1588). En 1587, elle épousa Guillaume de Nassau-Dillenbourg (†1620), fils de Jean VI de Nassau-Dillenbourg.
  • Maurice (1564-1565)
  • Maurice de Nassau (1567-1625), comte de Nassau, stathouder de Hollande, stathouder de Zélande de 1584 à 1625, stathouder de Gueldre, stathouder d'Utrecht, stathouder d'Overijssel de 1592 à 1625, prince d'Orange de 1618 à 1625. Il laissa une descendance illégitime, la lignée de Nassau-Leck anoblie en Grande-Bretagne.
  • Émilie de Nassau (1569-1629). En 1597 elle épousa Emmanuel du Portugal (†1638).

Le 24 avril ou 12 juillet 1575, Guillaume épouse Charlotte de Bourbon-Vendôme (1547-1582), fille du duc Louis III de Montpensier.

Six enfants sont nés de cette union :

En 1583, Guillaume épouse Louise de Châtillon-Coligny (1555-1620), fille de l'amiral de Coligny et veuve de Charles, seigneur de Téligny, dont il a un fils :

Citations

Statue équestre de Guillaume Ier d'Orange-Nassau, devant le Palais Noordeinde

On prête au prince d'Orange d'avoir transformé le proverbe Audaces fortuna juvat en affichant sa nature pessimiste et taciturne [80] :

« Point n'est besoin d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer »

— Guillaume d'Orange

Une des phrases les plus célèbres de Guillaume d'Orange est :

« Je ne peux pas admettre que les souverains veuillent régner sur la conscience de leurs sujets et qu'ils leur enlèvent la liberté de croyance et de religion. »

— Guillaume d'Orange

Cette déclaration, prononcée le 31 décembre 1564 au Conseil d'État (gouvernement), exprimait l'essence du conflit avec Philippe II.

Dans cette déclaration, comme en beaucoup d'autres circonstances, Guillaume d'Orange, qui parlait plusieurs langues, choisit le français. Ce n'est pas du mépris pour la langue flamande ou pour l'allemand, mais c'est que le français est généralement compris dans toutes les cours importantes d'Europe, sauf dans celle d'Espagne. Et, de plus, il est hors de question pour les révolutionnaires de parler en espagnol, alors que la cour d'Espagne affiche un refus prononcé de parler les diverses langues des États qui dépendent de Philippe II.

D'ailleurs, la devise du prince était — en français — : Je maintiendrai. À la fin de sa vie, il la compléta ainsi : Je maintiendrai l'honneur, la foy, la loi de Dieu, du Roy, de mes amis et moy. Toujours en français, cette profession de foi avait été inspirée par le baron de Sainte-Aldegonde, noble protestant d'une famille originaire de Savoie, mais né à Bruxelles. Souvent porte-plume des révolutionnaires, ce polyglotte a écrit divers ouvrages de polémique, un traité d'éducation dans lequel il prône la connaissance de plusieurs langues et un pamphlet contre l'Église catholique, De Bijenkorf, la « ruche » de Rome qui décrit et raille les mœurs dissolues de l'Église catholique.

Drapeau néerlandais

Le drapeau du Prince d'Orange dans sa version originale

Selon la tradition, c'est à Guillaume d'Orange qu'on doit le précurseur du drapeau tricolore des Pays-Bas : le « drapeau du Prince » avait les couleurs orange, blanc, bleu. L'orange aurait été remplacé par le rouge au fil du temps[81]. Les raisons de ce changement ne sont pas établies et diverses théories circulent.

La recherche historique a démontré l'existence du drapeau rouge-blanc-bleu, peut-être dès en 1409-1410 sous le règne de Guillaume VI. Ce drapeau, utilisé par les navires, n'était toutefois pas un drapeau officiel et ne le deviendra qu'en 1664 sous le nom de drapeau des États (statenvlag). L'usage du "drapeau des princes" (Prinsenvlag, orange-blanc-bleu) s'est substitué au drapeau hollandais rouge-blanc-bleu dans la marine militaire en l'honneur de la Maison d'Orange de 1572 à 1653, les raisons exactes de cette décision prise par les États sous la présidence du grand-pensionnaire Johan de Witt restent controversées[82]. La marine marchande néerlandaise n'a quant à elle jamais fait usage du Prinsenvlag - voir par exemple le pavillon de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales dont il n'existe que des versions rouge-blanc-bleu, frappées du monogramme de la compagnie (VOC)[83].

Notes et références

  1. Quilliet 1994, p. 47
  2. Quilliet 1994, p. 51
  3. Quilliet 1994, p. 52
  4. Quilliet 1994, p. 60
  5. Quilliet 1994, p. 112
  6. Quilliet 1994, p. 126
  7. Quilliet 1994, p. 129
  8. Quilliet 1994, p. 130
  9. Quilliet 1994, p. 130
  10. Quilliet 1994, p. 134
  11. Quilliet 1994, p. 136
  12. Quilliet 1994, p. 138
  13. Quilliet 1994, p. 150
  14. Quilliet 1994, p. 151
  15. Quilliet 1994, p. 152
  16. Quilliet 1994, p. 155
  17. Quilliet 1994, p. 160
  18. Quilliet 1994, p. 166
  19. Quilliet 1994, p. 167
  20. Quilliet 1994, p. 168
  21. Quilliet 1994, p. 178
  22. Quilliet 1994, p. 226
  23. Quilliet 1994, p. 180
  24. Quilliet 1994, p. 183
  25. Quilliet 1994, p. 185
  26. Quilliet 1994, p. 186
  27. Quilliet 1994, p. 186
  28. Quilliet 1994, p. 187
  29. Quilliet 1994, p. 191
  30. Quilliet 1994, p. 208
  31. Quilliet 1994, p. 211
  32. Quilliet 1994, p. 216
  33. Quilliet 1994, p. 216
  34. Quilliet 1994, p. 218
  35. Quilliet 1994, p. 221
  36. Quilliet 1994, p. 222
  37. Quilliet 1994, p. 223
  38. Quilliet 1994, p. 224
  39. Quilliet 1994, p. 224
  40. Quilliet 1994, p. 225
  41. Quilliet 1994, p. 228
  42. Quilliet 1994, p. 228
  43. Quilliet 1994, p. 232
  44. Quilliet 1994, p. 233
  45. Quilliet 1994, p. 234
  46. Quilliet 1994, p. 235
  47. Quilliet 1994, p. 236
  48. Quilliet 1994, p. 249
  49. Quilliet 1994, p. 250
  50. Quilliet 1994, p. 252
  51. Quilliet 1994, p. 258
  52. Quilliet 1994, p. 262
  53. Quilliet 1994, p. 262
  54. Quilliet 1994, p. 267
  55. Quilliet 1994, p. 271
  56. Quilliet 1994, p. 272
  57. Quilliet 1994, p. 273
  58. Quilliet 1994, p. 274
  59. Quilliet 1994, p. 276
  60. Quilliet 1994, p. 277
  61. Quilliet 1994, p. 283
  62. Quilliet 1994, p. 280
  63. Quilliet 1994, p. 284
  64. Quilliet 1994, p. 285
  65. Quilliet 1994, p. 285
  66. Quilliet 1994, p. 285
  67. Quilliet 1994, p. 289
  68. Quilliet 1994, p. 290
  69. Quilliet 1994, p. 292
  70. Quilliet 1994, p. 294
  71. Quilliet 1994, p. 295
  72. Quilliet 1994, p. 296
  73. Quilliet 1994, p. 297
  74. Quilliet 1994, p. 297
  75. Quilliet 1994, p. 299
  76. quilliet 1994, p. 201
  77. La balle pénétra au-dessous de l'oreille droite, et ressortit par la bouche, cautérisant elle-même une veine qu'elle avait touchée et emportant seulement une des dents supérieures[réf. nécessaire]. Guy XIX de Laval, Hohenlohe et d'autres seigneurs, voisins du prince, percèrent l'assassin de leurs dagues; il fut achevé par les gardes.
  78. Louis Prospère Gachard, Assassinat de Guillaume le Taciturne, par Juan Jaureguy, plaquette sans date, extrait des Bulletins de l’Académie royale de Belgique,  3e série, tome 3, n° 12, (compte-rendu détaillé de l’attentat, documenté de notes citant des lettres de témoins), p.10. lire en ligne.
  79. Le linguiste flamand Marcus Zuer Van Boxhorn est donc dans l'erreur quand il écrit : [Paschasius Justus Ecloviensis, archiater Marchionis Bergobzomani] ad Guilielmum, Arausiæ principem, Antwerpia sclopeto graviter læsum, evocaretur ac sanginem e jugularibus ingenti copia profluentem inhiberet, « [Paschase Juste d'Eeklo, médecin principal du marquis de Berg-op-Zoom] fut appelé auprès de Guillaume, prince d’Orange, gravement blessé par une arme à feu à Anvers  ; il parvint à arrêter le flot de sang qui sortait de sa gorge »(Paschasius Justus Ecloviensis, De Alea, libri duo, « Vita autoris », Elzevir, Amsterdam, 1642).
  80. Lucien Jerphagnon, Le petit livre des citations latines, Tallandier Éditions, Paris, 2004. Commentaire de l'adage "La fortune sourit aux audacieux", qui provient du vers virgilien de l'Énéide X, 284 Audentes fortuna juvat.
  81. « Le drapeau et les armoiries des Pays-Bas », Royaume des Pays-Bas au Canada.
  82. (nl) J.C. de Jonge, Geschiedenis van het Nederlandse zeewesen, vol. 1, La Haye, (lire en ligne), p. 242-247]
  83. (nl) Dirk Gerhardus Muller, De oorsprong der Nederlandsche vlag, op nieuw geschiedkundig onderzocht en nagespoord, Amsterdam, Weduwe G. Hulst van Keulen, (lire en ligne), p. 27.

Bibliographie

Voir aussi

Liens internes

Liens externes