Gueorgui Joukov

Gueorgui Joukov
Gueorgui Joukov en 1945.
Gueorgui Joukov en 1945.

Nom de naissance Георгий Константинович Жуков
Naissance
Strelkovka, Empire russe
Décès (à 77 ans)
Moscou, URSS
Origine Russe, puis soviétique
Allégeance Empire russe (1915)
RSFS de Russie (1917)
URSS (1922)
Grade Maréchal
Années de service 1915-1957
Commandement Red Army flag.svg Armée rouge
Conflits Première Guerre mondiale
guerre civile russe
Seconde Guerre mondiale
Faits d'armes Bataille de Khalkhin Gol
Siège de Léningrad
Bataille de Moscou
Bataille de Stalingrad
Bataille de Koursk
Opération Bagration
Bataille de Berlin
Distinctions Héros de l'Union soviétique
Hero of the USSR Gold Star.pngHero of the USSR Gold Star.pngHero of the USSR Gold Star.pngHero of the USSR Gold Star.png
Ordre de la Victoire
Ordre militaire de Virtuti Militari
Ordre du Drapeau rouge
Ordre du Bain
Legion of Merit
Ordre de Saint-Georges

Gueorgui Konstantinovitch Joukov (en russe : Георгий Константинович Жуков), né le et décédé le , est un militaire et homme politique russe, puis soviétique. Joukov, promu par le régime stalinien, a eu rôle déterminant durant la Seconde Guerre mondiale au sein de l'Armée rouge. Depuis la déroute de l'été 1941 jusqu'à la bataille de Berlin en , il dirige plusieurs opérations militaires majeures. Il joue notamment un rôle décisif lors de la bataille de Moscou à la fin de 1941 et lors de la contre-offensive de Stalingrad.

L'historien Jean Lopez, qui a publié sa biographie en 2013, le considère comme « l'homme qui a vaincu Hitler »[1],[2]. Le maréchal Joukov est l'officier général le plus décoré de l'histoire de l'Union soviétique et de la Russie.

Famille et jeunesse (1896-1914)

Selon les historiens Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri, reprenant les travaux de Boris Sokolov, les origines extrêmement pauvres de Gueorgui Joukov sont exagérées. Cette construction, due aux Mémoires écrits entre 1958 et 1969 par Joukov lui-même (avec l'aide d'Anna Davydovna Mirkina) et reprise par presque toutes les biographies, s'explique pour correspondre à la propagande. La jeunesse d'un maréchal soviétique doit être politiquement correcte, pour satisfaire les censeurs de la commission militaire du Comité central du PCUS, reprenant des stéréotypes : une famille très pauvre, un père banni de Moscou à cause de la révolution de 1905, un riche koulak qui exploite les paysans, une formation autodidacte, un patron voleur et exploiteur d'enfants, une conscience politique, etc.[3]

Famille

Il est né dans une famille de paysans du village de Strelkovka (environ 300 habitants en 1897)[4], près de la petite ville de Ougodski Zavod (renommé Joukovo en 1974, puis Joukov en 1996 à l'occasion du centenaire de la naissance du maréchal), dans le gouvernement de Kalouga (aujourd'hui l'oblast de Kalouga), à 98 km au sud-ouest de Moscou.

Son père était orphelin (né en 1841 ou 1844) recueilli par une vieille dame, Anouchka (Anna) Joukova, qui habitait une isba d'une seule pièce : « C'était une maison bien vieille et un de ses coins était profondément enfoncé en terre. Le temps avait fait pousser sur ses murs et son toit de la mousse et de l'herbe. La maison ne comportait qu'une seule pièce dotée de deux fenêtres »[5]. La vieille dame l'appela Constantin (Konstantin Artemovitch). Quand elle mourut en 1849, il commença à travailler dans un atelier de cordonnerie à Ougodski Zavod à l'âge de huit ans. Trois ans plus tard, il partit à pied pour Moscou travailler chez un bottier allemand de renom, Weiss. Il se maria une première fois en 1870 avec Anna Ivanova, de Strelkovka ; le couple eut deux enfants, Grigori et Vassili (ce dernier mort avant d'avoir deux ans), mais sa femme mourut en 1892[6].

La mère du maréchal est Oustinia Artemievna (ou Ustenia Artemeevna), du village voisin de Tchernaïa Griaz. Ustenia est née le , elle est la fille aînée d'Artemi Merkulovitch et d'Olympiada Petrovna (les deux n'ont pas encore de nom de famille : ils prendront celui de Pilikhine dans les années 1880). Ustenia épouse en 1885 Faddeï Stefanovitch, qui meurt quatre ans plus tard de tuberculose : elle se retrouve veuve avec un enfant, Ivan. En 1890, elle donne naissance à un Gueorgui, sans père, qui décède au bout de quelques mois[n 1]. En 1892, à 28 ans, elle épouse Konstantin Artemovitch Joukov, qui a environ 50 ans[6]. Si Konstantin apporte au couple un peu de numéraire grâce à son métier de cordonnier, Ustenia possède quelques dessiatines de terre cultivée ; ils possèdent une vache et une jument, que madame utilise pour faire du transport de produit entre Maloïaroslavets et leur village. Ces revenus leur permettent de payer un impôts annuel non négligeable de 17 roubles et trois kopecks[8].

Le couple a un premier enfant le , Maria. Puis deux ans plus tard naquit Gueorgui, le selon le calendrier julien, ou le selon le calendrier grégorien[n 2]. Son prénom fait référence à saint Georges, le saint patron de Moscou qui figure sur les armoiries de la Russie, fêté le 26 novembre de l'ancien calendrier[9]. Il hérite de la robuste constitution physique de sa mère qui était capable de porter largement plus de 80 kilos sur ses épaules, et de celle de son grand-père maternel qui était capable de soulever un cheval[10]. Le se rajoute Aliocha, qui meurt avant ses dix-huit mois[11]. En 1901, Gueorgui eut un petit frère appelé Alekseï. Mais le bébé était très maigre et avant la fin du sevrage la maman dut reprendre le travail. Durant l'été 1901, le toit de la maison familiale s'écroula ; si bien que la famille fut obligée de vendre sa seule vache et son cheval (qui servait à la mère pour le transport de marchandises) pour acheter une nouvelle charpente et construire une nouvelle maison. Cette maison était faite dans la précipitation, de bric et de broc, et bien que « neuve » elle était le reflet de la misère familiale : « De l'extérieur cette maison était moins belle que les autres, le perron était fait de planches clouées ensemble, les fenêtres, de morceaux de vitres cassées »[12]. La famille ne put faire face à toutes ces dépenses, et le bébé finit par mourir à l'automne.

Jeunesse

Gueorgui chasse (lièvre et canard) et surtout pêche avec les enfants du village dont son meilleur ami Lechka Kolotyrny ; il travaille aussi aux champs comme les garçons de son âge au temps des fenaisons et des moissons ; maladroit, il se coupe à l'annulaire gauche (une cicatrice qu'il garde à vie). En 1903, Iegor, comme le surnomme son père, âgé de sept ans, a l'âge de raison : il entre pour trois ans à l'école paroissiale de Velitchkovo, à un kilomètre et demi de Strelkovka, qui compte seulement six élèves. Le père de l'instituteur étant pope, celui-ci assure l'instruction religieuse à raison d'un quart du temps scolaire. Joukov apprend à lire, écrire et compter très approximativement[13]. Dans ses Mémoires, Joukov rapporte que « mon père racontait qu'après les événements de 1905 il avait été, comme bien d'autres ouvriers, licencié et expulsé de Moscou pour avoir participé aux manifestations. Mais je n'ai jamais su en détail ce qui s'était passé. »[10] « En 1906 mon père rentra au village. Il dit qu'il ne repartirait plus pour Moscou car la police l'avait interdit de séjour dans toutes les villes, ne l'autorisant à vivre que dans son village natal. »[14] Selon Lopez, il n'y a aucune trace de cette interdiction dans les archives de la police ou des tribunaux moscovites. Son père restera au village jusqu'à sa mort en 1921.

Gueorgui voulait devenir employé d'une imprimerie, mais son oncle maternel, Mikhaïl Artemovitch Polikhine, a réussi en tant que fourreur à Moscou ; aussi sa mère décide de le retirer de l'école et de l'envoyer dans la grande ville à l'automne 1908 pour apprendre le métier. Il y reste quatre ans et demi, revenant au village chaque été pendant deux mois (comme tous les autres ouvriers). Selon la version traditionnelle, son métier est dur et il est souvent battu par ses patrons. L'autre version le décrit comme complètement intégré dans la famille de son oncle (diadia Micha : « oncle Micha »)[15] ; Gueorgui se fait remarquer par ses qualités intellectuelles et son honnêteté, et se lie d'amitié avec le fils aîné du patron (son cousin germain Alexandre : « Sacha ») qui lui donne des livres à lire (Sherlock Holmes, mathématiques, vulgarisation scientifique, etc.). À partir de 1910 il fait des livraisons dans Moscou et participe aux foires de Nijni Novgorod et Ourioupino[16]. À la fin de l'année 1911, il termine son apprentissage et devient ouvrier-fourreur. De 1911 à 1914, il vit avec un salaire plutôt confortable de 25 roubles par mois (18 selon les Mémoires)[15], prend quelques cours du soir puis les abandonne pour profiter d'une vie agréable (cinéma et théâtre)[17]. D'abord logé chez son oncle, Joukov loue probablement à partir du début 1913 une chambre pour 3 roubles par mois chez la veuve Malycheva, à l'angle de la très chic rue Tverskaïa et d'Okhotnyi Riad[15] ; il tombe amoureux de Maria Malycheva, la fille de sa logeuse, et il est question de leur mariage[17].

Début de carrière (1914-1922)

La Première Guerre mondiale réoriente la vie de Joukov vers une carrière militaire. En 1915 et 1916, dans l'Armée impériale russe, il passe cinq semaines sur le front à faire des patrouilles avant d'être blessé. Son expérience combattante est plus longue de 1918 à 1921 au sein de la RKKA (l'Armée rouge), participant pendant six mois à la lutte contre les Blancs, puis pendant treize mois à la répression des paysans insurgés. Plus important, il bénéficie d'une série de formations qui le fait monter en grade.

Première Guerre mondiale (1914-1917)

Joukov, 19 ans en 1916, jeune sous-officier de l'armée du tsar, la casquette penchée à droite « à la cosaque ».

L'empereur d'Allemagne déclare la guerre à son cousin l'empereur de Russie le du calendrier grégorien. L'Armée russe n'a pas attendu pour lancer sa mobilisation, d'abord partielle (concernant seulement quatre districts militaires sur douze) dès le , puis générale à partir du 31, se terminant trois mois plus tard. Joukov n'est pas appelé, car trop jeune : seuls les hommes de 20 à 43 ans aptes au service sont concernés. Par contre, son cousin et ami Alexandre Pilikhine se porte volontaire, échouant à emmener Joukov avec lui ; « deux mois plus tard [il] fut renvoyé à Moscou grièvement blessé. »[18] Dans ses Mémoires, Joukov dit « le début de la Première Guerre mondiale a laissé dans ma mémoire surtout le souvenir du sac des magasins étrangers de Moscou. »[18] Effectivement, Moscou est marquée en octobre 1914 par la vandalisation de quelques boutiques allemandes[n 3] ; une seconde vague plus violente d'agressions et de pillages a lieu du 26 au [19].

Joukov ne s'est pas porté volontaire, mais sa classe de conscrits est appelée de façon anticipée à partir de . Le , il est incorporé à la caserne de Maloïaroslavets, prêtant le serment d'allégeance : « Je promets et, par la présente, je jure devant le Dieu tout-puissant, sur Ses Saints Évangiles, de servir Sa Majesté impériale, l'Autocrate suprême, sincèrement et fidèlement, de lui obéir en toutes choses, et de défendre sa dynastie, sans épargner mon corps, jusqu'à la dernière goutte de mon sang. »[20] Comme Joukov sait monter, il est versé dans la cavalerie, faisant d'abord ses classes à Kalouga, dans la caserne du 189e bataillon d'infanterie de réserve[21]. En , après un mois de cette formation initiale, il est versé au 10e régiment de dragons de Novgorod, dont les quartiers sont à Balakleïa, près de Kharkov : l'uniforme est kaki, aux rabats et passepoils cramoisis, avec une casquette blanche pour la parade (Joukov avoue préférer la tenue des hussards)[22]. La formation de cavalerie au dépôt dure huit mois de plus, puis les recrues partent pour le front en dans le contexte de la préparation de l'offensive Broussilov, mais sans Joukov, qui est choisi pour le peloton d'instruction des sous-officiers (dont l'Armée russe manque gravement), à Izioum[23]. Il est reçu à l'examen final, nommé mladchyi unter-ofitser (« sous-officier en second », souvent traduit par « sergent en second ») et envoyé avec quatorze camarades rejoindre son régiment au front[24].

Son unité, le 10e régiment de cavalerie, fait partie de la 10e division de cavalerie, elle-même une subdivision du 3e corps de cavalerie qui forme l'aile gauche de la 9e armée russe, intégrée au front du Sud-Ouest. L'escadron de Joukov est attaqué dès sa descente du train à Kamenets-Podolsk le par un avion autrichien, tuant un cavalier et blessant cinq chevaux[25]. Le premier fait d'arme de Joukov est la capture d'un Allemand (sûrement un officier de liaison détaché auprès de la 9e armée austro-hongroise) en près de Bystritsa (à l'ouest de la Bucovine), ce qui lui vaut sa première croix de Saint-Georges[25]. Mais en , lors d'une patrouille de reconnaissance, l'explosion d'une mine fait trois blessés dont Joukov qui tombe dans le coma. Il reprend conscience le lendemain à l'hôpital, puis il est évacué à Kharkov où il reste jusqu'en . Il garde des séquelles aux oreilles (petite surdité et des vertiges), reçoit une seconde croix de Saint-Georges et son affectation à l'escadron de renforcement, stationné à Lagueri (près de Balakleïa)[26]. Il n'a passé que cinq semaines sur le front.

Joukov consacre deux pages de ses Mémoires (sur 1 100) aux révolutions de 1917, restant plutôt vague et imprécis, consignant trois événements. Selon lui, le (le du calendrier julien), premier jour de la révolution de Février, son escadron à Balakleïa se serait mutiné, formé un comité de soldats et arrêté ses officiers, ce que Jean Lopez juge peu vraisemblable[27]. Courant mars, le sergent Joukov est élu au sein du soviet de son escadron et représentant (parmi trois) auprès de celui du régiment[28]. Enfin, sa « participation à la révolution d'Octobre a consisté dans le fait que l'escadron sous la direction du comité dont j'étais président a adopté la plate-forme bolchevik et a refusé de s'ukrainiser »[29] ; d'où la nécessité selon lui de se cacher face aux menaces de mort des nationalistes ukrainiens partisans de Symon Petlioura[30]. Le , dans un contexte de désagrégation de l'armée (la démobilisation commence le ) et de proclamation de l'indépendance de l'Ukraine (le ), Joukov rentre à Moscou, où règne la faim, puis en chez ses parents à Strelkovka[31].

Guerre civile (1917-1922)

Article connexe : Guerre civile russe.

Selon Joukov dans ses Mémoires de 1969, « je décidai de m'engager dans la Garde rouge. Mais au début de février, je tombai gravement malade : c'était le typhus exanthématique, puis en avril j'eus la fièvre typhoïde récurrente. Ainsi, je n'ai pu réaliser mon désir de me battre dans les rangs de l'Armée rouge que six mois après, quand, en , j'entrai comme volontaire au 4e régiment de la 1re division de cavalerie de Moscou. »[32] Moscou et Strelkovka sont alors déjà aux mains des Rouges, tandis que le typhus ravage une population affaiblie par la faim, manquant d'hygiène et couverte de poux. Mais dans son autobiographie de 1938, Joukov écrit : « j'ai été mobilisé dans la RKKA le . » Selon Jean Lopez, la seconde date est plus probable (d'autant qu'en 1938, pendant les Grandes Purges, il est suicidaire de mentir), après la première victoire de l'Armée rouge des ouvriers et paysans (reprise de Kazan  le ), et le décret de levée des anciens sous-officiers (le )[33]. Pour la seconde fois, Joukov est incorporé dans la cavalerie, prêtant encore serment : « Moi, fils du peuple travailleur, citoyen de la République soviétique, je prends le titre de soldat de l'armée ouvrière et paysanne. [...] Je m'engage à agir au premier appel du gouvernement des paysans et des travailleurs, pour défendre la république soviétique contre toutes les menaces et les attentats de la part de ses ennemis, pour la cause du socialisme et de la fraternité des nations et je jure de n'épargner dans cette lutte ni mes forces ni ma vie. »[34] Le 4e régiment de la division de cavalerie de Moscou est créé le , avec casernement sur le champ de manœuvre de Khodynka  au nord-ouest de la capitale soviétique. L'unité y reste pendant huit mois, touchée par la faim et la désertion, manquant d'équipement et d'encadrement. Comme les grades ont été abolis, Joukov est un simple « militaire rouge » (Красноармеец, krasnoarmeets), avec au bout de quelques semaines la fonction de commandant d'escouade[35] (Комот). Le , Joukov est accepté comme membre (ou comme candidat selon Krasnov) du Parti communiste russe bolchevik[36], ce qui a aidé dans sa carrière militaire.

Le , la division est regroupée et envoyée par train à Ierchov, pour être mise à disposition de la 4e armée rouge  et du commandant Frounze pour combattre l'armée blanche de l'amiral Koltchak. Son régiment s'avance jusqu'à Chipovo au début , où il affronte les cosaques jusqu'en juillet[37]. Sa division est ensuite envoyée au sud, contre l'aile droite blanche du général Dénikine, commandée par le baron Wrangel, qui vient de prendre Tsaritsyne en juin. Le , le régiment stationne à Krasny Kout[38]. Ce mois-là, Gueorgui Konstantinovitch rencontre le commissaire politique de sa division, son presque homonyme Gueorgui Vassilievitch Joukov, qui lui conseille de suivre la formation pour devenir un des cadres de l'Armée rouge[39]. Le , le 4e régiment de cavalerie est redéployé en train à Vladimirovka ; le , il rencontre les cosaques et Kalmouks blancs du 1er régiment du Kouban : une grenade explose sous le ventre du cheval de Joukov « des éclats avaient pénétré profondément dans la jambe et le côté gauche. » Démonté et isolé, il est sauvé par le commissaire politique Anton Mitrofanovitch Ianin, qui le charge ensuite sur une télègue et l'emmène à Saratov. Joukov passe un mois à l'hôpital, de nouveau touché par le typhus (tombant amoureux de Maria Nikolaevna Volokhova), puis un autre mois en convalescence chez ses parents[40]. En , il est sélectionné par la cellule communiste de sa division pour intégrer la formation des cadres de la cavalerie à Starojilovo , près de Riazan[41].

À la mi-, les « élèves commandants » (équivalent au grade d'aspirant) sont regroupés avec leurs camarades des écoles d'infanterie de Moscou et de Tver à la caserne de Lefortovo pour former une brigade mixte destinée à partir au combat. Joukov revoit Maria Malycheva à cette occasion, mais les deux se fâchent[42]. En , la brigade est envoyée dans le Kouban, où Joukov sert d'adjoint à un commandant de compagnie. Leur mission est de contrôler la région ; dans ses Mémoires, Joukov évoque des discussions politiques avec les paysans, un travail de propagande couplé avec des travaux de remise en état des granges, isbas et puits par les militaires. Il mentionne tout de même des opérations contre « les bandes de Fostikov et de Kryjanovski ». Mais la réalité a dû être plus violente, les cosaques du Kouban subissant la répression anti-koulaks et payant leur soutien aux Blancs : entre 300 000 et 500 000 cosaques sont exécutés ou déportés entre 1919 et 1921, sur un total de 4,5 millions environ[43]. À la fin de l'année, il est nommé sur proposition du commissaire Anton Ianin commandant d'un peloton (Комвзвода, Komvzvoda), puis l'équivalent de chef d'escadron ((Комэск, komesk)[n 4] au 1er régiment de cavalerie de la 14e brigade, rattachée à la 14e division de tirailleurs de la 9e armée à Iekaterinodar[44]. L'escadron de Joukov participe à la traque de la bande « verte » d'Ivan Kolesnikov (composée de déserteurs et de paysans soulevés) en dans le sud du gouvernement de Voronej, où Joukov rencontre Alexandra Dievna , une institutrice, qu'il recrute comme secrétaire de l'escadron[45]. Le , Kolesnikov rejoint les frères Antonov, qui sont à la tête du soulèvement paysans de Tambov (l'« armée bleue », d'inspiration socialiste-révolutionnaire) ; la 14e brigade à leurs trousses. Joukov participe à la lutte contre les antonovistes. Aux environs de la gare de Jerdevska, au cours d'une seule journée, Joukov a par deux fois son cheval tué au combat. Le , Joukov reçoit l’ordre du Drapeau rouge : « Décoré pour avoir bien mené son escadron le bien que 1 500-2 000 sabres l'aient attaqué. La bataille a duré sept heures et, après six cours-à-corps, la bande a été détruite. »[46] Selon Samochkine, le combat de la gare de Jerdevska a été le fait de 500 antonovistes menés par Kolesnikov, qui ont repoussé le 1er régiment rouge, tuant 65 cavaliers dont 25 de l'escadron Joukov, celui-ci se distinguant pendant la retraite de dix km qui suivit[47]. L'unité de Joukov occupe la région jusqu'à l'été 1922, les Mémoires n'évoquant pas les opérations de déportations et d'exécutions des habitants.

Entre-deux-guerres (1922-1941)

De 1922 à 1941, Joukov occupe à peu près tous les postes qu'il est possible d'occuper pour un officier, de commandant d'escadron à chef de l'État-Major général, le tout sans faire d'études supérieures : une telle carrière militaire n'est pas rare en Union soviétique, où la plupart des cadres sort du rang. Cela s'explique par la haine contre les anciennes noblesse et bourgeoisie, par la très forte croissance de l'Armée rouge, mais aussi par la grande méfiance des bolcheviks vis-à-vis des militaires professionnels, les exécutions permettant des promotions rapides.

Montée en grade (1922-1938)

Joukov, 26 ans en 1923, commandant de régiment, portant la moustache et la boudionovka ornée de l'étoile rouge.

En , la guerre civile russe est terminée, donc la majorité de l'Armée rouge est redéployée le long de la frontière occidentale, face aux pays baltes, à la Pologne et à la Roumanie. Joukov y commande pendant quelques mois un escadron du 38e régiment de cavalerie (de la 7e division de cavalerie, dite de Samara), dont les quartiers sont établis au camp de Vetka, en Biélorussie. Selon sa fille, Joukov se serait marié en 1922 avec Alexandra Dievna [48], qui passe la majorité de son temps dans sa famille à Voronej[49]. Puis il est promu adjoint du commandant du 40e régiment de la même division. Le , il est nommé commandant du 39e régiment de cavalerie de Bouzoulouk[50], soit l'équivalent du grade de colonel (Комполка, Kompolka). Dans le contexte de la démobilisation massive de l'Armée rouge, il reste parmi ceux « qui restaient dans l'armée parce qu'ils étaient, par leurs goûts et leurs capacités, enclins à se consacrer définitivement au métier militaire » : les casernes sont souvent en ruine, les soldats clochardisés et la discipline s'est effondrée[51]. Lors des manœuvres de l'été 1924, Joukov se fait particulièrement bien noter par son commandant de division Gai Dmitrievich Gaï  et par Mikhaïl Toukhatchevski pour la bonne tenue de son régiment[52]. En conséquence, il est sélectionné pour intégrer à l'automne 1924 l'école supérieure de cavalerie de Léningrad, alors dirigée par Vitaly Primakov puis par Mikhail Batorsky  ; la formation initialement prévue pour deux ans s'achève prématurément à l'été 1925 par des manœuvres, faute d'argent[53].

La promotion 1925 de l'école supérieure de cavalerie, comprenant notamment Romanenko au premier rang ; Bagramian et Ieremenko au deuxième rang ; Joukov et Rokossovski au troisième ; Bobkin  au dernier rang.

De retour en Biélorussie après une permission à Strelkovka, il retrouve son régiment renommé le 39e régiment de Melekess-Pougatchevsk ; le régiment composé jusque-là de quatre escadrons passe à six (réforme de l'armée de 1925). Tous les étés des manœuvres de grande ampleur ont lieu pour exercer les troupes. Il est inspecté par Semion Boudienny et Aleksandr Iegorov en personne. Durant l'hiver 1926, il assume les deux charges de commandant de régiment et de commissaire politique (c'est le commandement unique, la edinonachalié)[54] ; c'est une marque de confiance, réservée à un membre du Parti, et une reconnaissance de la valeur de Joukov, mais cela lui demande aussi deux fois plus de travail. Joukov habite Minsk chez l'habitant, avec comme voisin son ami Anton Mitrofanovitch Ianin, l'épouse de ce dernier Polina Volokhova et sa belle-sœur Maria Volokhova, qui redevient la maîtresse de Joukov[55]. En 1928, Alexandra Dievna s'installe à Minsk, accouchant le d'Era Joukova ; mais Maria donne naissance en 1929 à Margarita, que Joukov reconnait comme son enfant. Alexandra menace de défigurer sa rivale à l'acide et dénonce l'attitude de Joukov à la section locale du Parti. Au final, Gueorgui et Maria se séparent, celle-ci se met en couple avec Anton devenu veuf et ils partent vivre avec Margarita à Mineralnye Vody, au pied du Caucase[55].

Gueorgui Joukov et Alexandra Dievna .

Vers la fin de 1929, il est envoyé suivre un « cours avancé pour les commandants » (KUVNAS en russe) pendant trois mois à Moscou, dans les locaux de l'académie militaire Frounze[56] : le but est d'élever le niveau d'instruction des chefs sortis du rang. Joukov loge alors à l'hôtel réservé à côté de la Maison de l'Armée rouge, dans la bibliothèque de laquelle Joukov étudie les livres des grands stratèges soviétiques : Le Cerveau de l'armée  de Boris Chapochnikov, le Strateguia d'Alexandre Svetchine, les Questions de stratégie moderne de Mikhaïl Toukhatchevski, ainsi que les ouvrages d'Aleksandr Iegorov, de Vladimir Triandafillov , d'Ieronim Ouborevitch, d'Iona Yakir, etc. qui font découvrir à Joukov la théorie de l'art opératif et des opérations en profondeur[57]. C'est là qu'il apprend l'importance des chars : « tout contribue à faire des blindés un des moyens les plus puissants de l'offensive »[58]). Suite à ce séjour à l'école militaire, les promotions s'enchaînent : après son retour à Minsk, en , il est promu commandant de la 2e brigade de cavalerie (mais il obtient le rang de Комбриг, Kombrig, que le )[59], qui regroupe les 39e et 40e régiments, toujours au sein de la 7e division de cavalerie, désormais commandée par Constantin Rokossovski ; puis, à la fin de 1930 il est promu à l'inspection générale de la cavalerie, dirigée à l'époque par Semion Boudienny. Joukov revient donc à Moscou en , avec Alexandra et Era, se logeant dans un deux-pièces au 11 de la rue Sokolniki[60]. La fonction de Joukov en temps qu'adjoint de Boudienny est de travailler à la direction de l'instruction, notamment sur la refonte des règlements d'emploi des différentes armes, avec pour collègues Alexandre Vassilievski, Alexandre Verkhovski , Ivan Tioulenev et Piotr Sobennikov[61]. Selon les Mémoires, il travaille avec Toukhatchevski sur le début de la motorisation (un régiment mécanisé est rajouté à chaque division de cavalerie)[62].

En , Joukov est nommé commandant de la 4e division de cavalerie (avec le titre de Комдив, Komdiv, que le )[59], qui vient d'être avancée à Sloutsk, en Biélorussie : sa mission est de remettre à niveau la division, qui manque d'entraînement. Après les inspections d'Ieronim Ouborevitch (commandant du district militaire) et de Boudienny, la division prend le nom à l'été 1935 de « 4e division des cosaques du Don », avec le bénéfice d'un uniforme prestigieux (pantalon et casquette bleus à bande rouge)[63]. Lors des manœuvres de l'automne 1935, il affronte la division voisine, la 4e division de fusiliers commandée par Gueorgui Isserson, avec succès selon les Mémoires[64]. L'année suivante, pendant les manœuvres de en Biélorussie, Kliment Vorochilov (commissaire du peuple à la Défense) et Boris Chapochnikov (chef d'État-Major général de la RKKA) assiste au rapide franchissement de la Bérézina par les chars BT-5 de la division de Joukov : le chef et son unité y gagne l'ordre de Lénine et font l'objet d'un article dans L'Étoile rouge (le journal de la RKKA). À l'automne 1936, il contracte une brucellose, dont la difficile convalescence de huit mois lui fait arrêter de fumer[65].

En , Georgui Kontantinovitch reprend ses fonctions, au moment où le Sovnarkom annonce le rétablissement des commissaires politiques dans toutes les unités[66]. Le , Ouborevitch est arrêté. Le , la Pravda et les radios annoncent que huit des principaux commandants, notamment le maréchal Toukhatchevski et le Komkor Ouborevitch, ont été jugés pour « trahison et espionnage » et condamnés à mort (ils sont fusillés le même jour)[67]. C'est le début du volet militaire des Grandes Purges (la Iejovchtchina) marquées par de très nombreuses dénonciations, arrestations et exécutions des cadres : en deux ans disparaissent trois maréchaux sur cinq, 14 commandants d'armée sur 16, huit amiraux sur neuf, 60 Komkor sur 67, 136 Komdiv sur 199[68]. Vers la fin de , Joukov est convoqué à Minsk auprès du commandement de Biélorussie : il se retrouve alors devant le nouveau commissaire politique du district, Filipp Golikov, qui mène un interrogatoire sur ses rapports professionnels et amicaux avec les condamnés[69]. Mais la purge laisse de nombreuses places vacantes, d'où des nominations en rafale : le , Georgui Kontantinovitch est promu commandant du 3e corps de cavalerie[70]. En , Constantin Rokossovski et Alexandre Gorbatov sont arrêtés à leur tour par le NKVD. Le , Joukov est muté au commandement du 6e corps de cavalerie ; c'est encore une promotion, car le 6e corps est considéré comme le meilleur de l'Armée. Enfin, le , il est nommé adjoint du commandant du district de Biélorussie[71], à Smolensk[72], juste avant la mobilisation partielle des districts de Kiev et de Biélorussie de en réaction à la crise des Sudètes[73].

Bataille de Khalkin-Gol (1939)

Le (ou le selon les Mémoires)[74], alors que Joukov achève un exercice de manœuvre militaire, il est convoqué à Moscou. Le (ou le selon les Mémoires), le maréchal Kliment Vorochilov, commissaire du peuple à la Défense, l'accueille et l'entraîne devant une grande carte : « les troupes japonaises ont subitement pénétré sur le territoire de la Mongolie que le gouvernement soviétique en vertu du traité du a l'obligation de défendre contre toute aggression extérieure. Voici la carte des secteurs de pénétration et la situation à la date du . [...] Je pense que c'est le début d'une sérieuse aventure militaire. En tout cas, les choses n'en resteront pas là... Pouvez-vous prendre l'avion immédiatement et, s'il le faut, assumer le commandement des troupes ? »[75] Selon les ordres datés du et signés Vorochilov, Joukov doit inspecter le 57e corps spécial de fusiliers[n 5] et rendre compte directement au ministre[76]. Selon Jean Lopez, Joukov a été choisi parce qu'il est un cavalier connaissant bien les troupes mécanisées, mais surtout parce que son dossier le présente comme un chef intransigeant sur la discipline[77]. Pour sa mission, il est accompagné (et surveillé) par le commissaire politique Grigori Koulik.

Joukov (à droite, 42 ans en 1939) à son PC de Khamar-Daban, recevant son supérieur le Komandarm Grigori Chtern (à gauche) et le maréchal mongol Horloogiyn Choybalsan (au centre).

Joukov est le à Tchita, siège du district militaire de Transbaïkalie commandé par le komandarm (Командарм, commandant d'armée) Grigori Chtern et centre logistique des opérations grâce au Transsibérien. Le , il arrive à Tamtsak-Boulak (à 120 km de la frontière sino-mongole) où il rejoint l'état-major avancé du 57e corps, commandé par le Komdiv Nikolai Feklenko et le commissaire Ivan Nikichov[78]. Le , il se rend à l'avant, où il assiste à un combat à côté de la rivière Khalkhin-Gol (Halha pour les Japonais) qui longe la frontière orientale de la RPM (contrôlée par les Soviétiques) avec le Mandchoukouo (contrôlé par les Japonais). Les et , il envoie deux rapports à Vorochilov, critiquant le commandement[79]. Un troisième rapport, du Komkor Yakov Chmuchkevitch (commandant l'aviation), est tout aussi critique vis-à-vis de Feklenko : résultat, Staline approuve le renvoi de ce dernier, remplacé à la tête du 57e corps le par Joukov[80]. Dès sa nomination, Joukov déplace son poste de commandement à Hamar-Daba[n 6], lançant des actions de renseignement (photos aériennes, reconnaissances terrestres et interrogatoires de prisonniers)[81]. Mais le , les forces japonaises franchissent la rivière : il faut deux contre-attaques mécanisées soviétiques pour les arrêter[82]. En conséquence d'un ordre de retraite prématuré donné le , Koulik est remplacé sur ordre de Vorochilov[83] par Lev Mekhlis, un des organisateurs des purges et membre du Comité central du Parti. De son côté, Joukov donne l'ordre le d'exécuter des hommes qui s'étaient automutilés[84].

Le , le 57e corps devient le 1er détachement d'armée, reçevant ensuite des renforts importants : les 57e et 82e divisions de fusiliers, la 6e brigade blindée, une division de cavalerie mongole, la 212e brigade aéroportée, un groupement d'artillerie lourde et plus d'avions[85]. Ces troupes sont, en outre, abondamment pourvues en ravitaillement, malgré la distance de 700 km à faire en camion depuis le terminus ferroviaire d'Oulan-Bator sur le Transmongol[86]. Il peut lancer la décisive bataille de Khalkhin Gol (Nomonhan pour les Japonais), le au matin, largement relayée par la presse soviétique. Après des mesures de désinformations, Joukov fait mener une attaque frontale par deux divisions d'infanterie, tandis que ses deux ailes percent, y engageant ses brigades motorisées et celles blindées pour les faire déboucher sur les arrières nippons. Les deux groupes mécanisés se rejoignent le et encerclent les deux divisions de la 6e armée japonaise et capturent ses dépôts de ravitaillement, selon le principe des opérations en profondeur. Le , les dernières poches japonaises sont liquidées[87], le reste bat en retraite, abandonnant environ 3 000 prisonniers (presque tous blessés) et la majeure partie de leur matériel[88]. Cette bataille est considérée par les Soviétiques comme une revanche de la débâcle russe de 1905 et Joukov, le premier commandant soviétique victorieux d'une puissance étrangère, est récompensé par le rang de Komkor (Комкор) le [59] et le titre de « héros de l'Union soviétique » le .

Article détaillé : bataille de Khalkhin Gol.

Succession des promotions (1940-1941)

Après l'armistice du entre l'Empire du Japon et l'Union soviétique, Gueorgui Konstantinovitch s'installe à partir d' à Oulan-Bator avec son état-major en attendant la fin des négociations. N'ayant rien à faire, d'une part il fait venir Alexandra et ses deux filles, d'autre part il participe à des parties de chasse au loup ou à l'élan avec Horloogiyn Choybalsan (le premier secrétaire du Parti révolutionnaire du peuple mongol)[89]. De retour à Moscou le , Joukov est logé avec sa famille dans le luxueux hôtel Moskva, rue Gorki. Le , il rencontre Joseph Staline en présence de Viatcheslav Molotov pour parler de Khalkhin-Gol ; puis les 3 et , il assiste en auditeur à des réunions du Politburo. Joukov consacre quatre pages admiratives de ses Mémoires à cette rencontre avec Staline[90]. Le , Gueorgui Konstantinovitch est un des trois premiers promus au nouveau grade de général d'armée (Генера́л а́рмии, l'équivalent du précédent rang de commandant d'armée, Komandarm)[59] en même temps que Kirill Meretskov (qui vient d'échouer lors de la guerre d'Hiver) et Ivan Tioulenev (qui a participé à l'invasion soviétique de la Pologne[n 7]).

Au milieu du mois de , Joukov est nommé au commandement du district militaire spécial de Kiev, le principal commandement le long de la frontière occidentale par le nombre d'unités (il correspond au front du Sud-Ouest à l'entrée en guerre). Une fois en Ukraine, il essaye d'améliorer la discipline, l'entraînement et l'encadrement, mais, dès le , il doit faire engager une partie de ses forces contre le royaume de Roumanie, lors de l'occupation soviétique de la Bessarabie et de la Bucovine du Nord. Comme les Roumains tentent d'évacuer leur matériel de l'autre côté du Prout, Joukov décide (sans en demander l'autorisation, une initiative rare dans la RKKA) de larguer des aéroportés sur les nœuds ferroviaires de Beograd, Cahul et Izmaïl. Selon les Mémoires, Staline l'aurait fait appeler au téléphone pour lui demander ce qu'il se passe ; la réponse de Joukov selon laquelle les Roumains ont cru au parachutage de blindés aurait fait rire le dictateur[91]. À Kiev, Joukov croise pour la première fois Nikita Khrouchtchev.

À partir de l'été 1940, la coopération germano-soviétique est entachée par des tensions diplomatiques : les Allemands soutiennent la Finlande, puis mettent sous tutelle la Hongrie, la Slovaquie et la Roumanie. Dans ce contexte inquiétant, les principaux généraux et le Politburo se réunissent à Moscou à partir du pour une conférence. Les orateurs se succèdent : d'abord Semion Timochenko, puis Kirill Meretskov ; Joukov prend la parole le sur le thème « le caractère des opérations offensives modernes », rapport qu'il a rédigé avec l'aide d'Ivan Bagramian et Maksim Purkayev (Joukov n'a pas fréquenté une académie militaire), analysant les combats en Mongolie, ainsi que ceux de France[92]. La réunion se termine avec deux Kriegsspielen simulant une attaque allemande contre l'Union soviétique. Le premier dure du 2 au avec Joukov à la tête des bleus (les Allemands) et Dmitri Pavlov les rouges (les Soviétiques), assisté notamment par Ivan Koniev. Le second se déroule du 8 au en inversant les rôles. Timochenko, Chapochnikov, Meretskov, Vatoutine, Boudienny, Koulik et Golikov jouent aux arbitres. Ces exercices sur carte se terminent dans le premier cas à l'avantage des bleus, dans le second par une victoire plus nette des rouges[93]. Dans les deux cas, le débriefing du confirme aux chefs soviétiques qu'ils peuvent maintenir un grand nombre d'unités le long de la frontière (sur la ligne Molotov) sans danger d'encerclement, qu'il faut plusieurs jours pour que les deux forces armées terminent leur déploiement, que l'attaque allemande se concentrerait au sud des marais du Pripet, et qu'une contre-offensive massive partant d'Ukraine occidentale vers la Pologne méridionale donnera la victoire aux Soviétiques[94].

Le commissaire du peuple à la Défense Timochenko (à gauche, en uniforme de maréchal) et son chef d'État-Major général, le général d'armée Joukov.

Selon Joukov, Staline le nomme chef d'État-Major général dès le . Le , il prend ses fonctions à Moscou[95], ce qui fait de lui le no 2 de l'Armée rouge (en-dessous du commissaire du peuple à la Défense Timochenko) et un membre du Comité central. La famille emménage dans un appartement du quai Berseniev, donnant sur la Moskova, près du Kremlin, avec en primes une datcha à Arkhangelskoïe et d'autres privilèges. Pendant cinq mois, Joukov travaille d'arrache-pied et sous pression, signant notamment le avec Timochenko la mise à jour du « plan de déploiement stratégique » (MP-41), qui prévoit pour l'horizon 1942 la possibilité de mobiliser un total de 8,7 millions d'hommes (soit 300 divisions et théoriquement 33 corps mécanisés)[96]. Après un discours plutôt belliciste de Staline le , le couple Joukov-Timochenko propose le un plan d'attaque préemptive prévoyant une mobilisation clandestine, idées qui met en colère Staline[97]. Selon les Mémoires, Timochenko et Joukov demande les 13 et l'autorisation à Staline de mettre en état d'alerte les troupes de la frontière (ce qui est une mobilisation partielle), ce qu'il refuse pour ne pas provoquer les Allemands[98]. L'état d'urgence est finalement autorisée dans la nuit du 21 au , mais avec consigne de ne pas répondre aux provocations[99].

Grande Guerre patriotique (1941-1945)

Premier mois

Article connexe : Opération Barbarossa.

Joukov passe la nuit du 21 au au commissariat de la Défense. En fin de soirée, il appelle par radio les trois commandants des districts frontaliers, Kouznetsov (du district spécial de la Baltique, qui devient le lendemain le front du Nord-Ouest ), Pavlov (du district de l'Ouest, ex-district de Biélorussie, futur front de l'Ouest) et Kirponos (du district spécial de Kiev, bientôt front du Sud-Ouest) pour leur annoncer la mise en alerte. À h 17 du matin, l'amiral de la flotte de la mer Noire signale un grand nombre d'avions inconnus arrivant par la mer : Joukov (qui n'en a pas l'autorité) lui donne l'autorisation d'ouvrir le feu ; à h 30, c'est au tour du chef d'état-major du district de l'Ouest Klimovskikh  de signaler des bombardements aériens, puis celui de Kiev Purkayev et enfin celui de la Baltique à h 40[100]. Vers h, Timochenko et Joukov font réveiller Staline et demandent par téléphone l'autorisation de riposter ; ce dernier répond en convoquant les deux militaires et le Politburo au Kremlin. La réunion commence à h 30 avec un Staline presque en état de choc ; Vatoutine, alors un des adjoints de Joukov, les informe qu'après une préparation d'artillerie, les troupes allemandes attaquent ; Joukov demande l'autorisation de contre-attaquer. À h, l'ambassadeur d'Allemagne Schulenburg annonce à Molotov la déclaration de guerre[101] ; à h 30, Staline autorise enfin une riposte limitée[n 8]. De retour à l'État-Major général vers h, Joukov n'arrive pas à joindre les différents états-majors de front et d'armée : les fils sont coupés (bombardements et sabotages) et personne ne semble encore capable d'utiliser les codes et fréquences radios. De retour au Kremlin à h avec Timochenko, ils proposent d'ordonner la mobilisation générale et de former la Stavka, ce qui est refusé pour l'instant par Staline[103].

À 13 h, Staline appelle Joukov : « nos commandants de front n'ont pas une expérience suffisante dans la conduite des opérations militaires et, manifestement, plusieurs sont déroutés. Le Politburo a décidé de vous envoyer sur le front du Sud-Ouest en qualité de représentant du haut-commandement. Sur le front de l'Ouest, nous enverrons le maréchal Chapochnikov et le maréchal Koulik. »[104] Vatoutine le remplace à la tête de l'État-Major général ; à 13 h 40, Joukov est à l'aéroport ; en fin d'après-midi, il arrive à Kiev qui vient d'être bombardée ; avec Khrouchtchev, ils rejoignent en voiture le PC du front à Ternopol, où ils arrivent dans la nuit[105]. Au matin du , Joukov a contact avec Vatoutine par radio, mais aucune liaison avec Pavlov et Kouznetsov, ni avec plusieurs grandes unités du front. Il ordonne malgré tout des contre-attaques avec les cinq corps mécanisés qu'il a sous la main[n 9], notamment le 8e corps du lieutenant-général Riabychev  et le 9e du major-général Rokossovski ; ils se font tailler en pièce par le Panzergruppe 1 du général von Kleist pendant la bataille de Loutsk – Doubno – Brony du 26 au , ralentissant seulement les Allemands. Le à midi, Staline rappelle Joukov à Moscou, où il arrive le soir du 26[107]. Fin , Alexandra Joukova et ses filles sont évacuée à Kouïbychev, où les rejoignent Ustenia (la mère de Joukov) et Maria (sa tante) en [108].

Au milieu de la nuit du 26 au , Timochenko, Joukov et Vatoutine se retrouvent face à Staline au Kremlin pour s'occuper de la situation du front de l'Ouest, dont l'encerclement se profile dans les poches de Białystok et de Minsk. Résultat, Joukov ordonne plusieurs fois les 27 et 28 par télex à ce front de contre-attaquer, sans aucun efficacité. Le 29, Staline passe sa colère sur Joukov : « qu'est-ce que c'est que cet état-major perdu au point de n'avoir pas de liaison avec ses armées, qui ne représente rien et ne commande à rien ? Cet état-major est impuissant à commander quoi que ce soit ! »[109] Kouznetsov est limogé, Meretskov arrêté, Pavlov et Klimovskikh exécutés[110]. Le 10 ou le , la Stavka et l'État-Major général déménagent ensemble dans le QG de la DCA moscovite, rue Kirov, tout proche de la station Kirovskaïa qui sert d'abri anti-aérien. Joukov ordonne une série de contre-attaques limite suicidaires dans lesquels les corps mécanisés soviétiques sont anéantis : à Lepel du 6 au contre le flanc du Panzergruppe 3 du général Hoth ; à Jlobine le 13 contre le Panzergruppe 2 du général Guderian ; en Ukraine du 10 au 14 (opération Novohrad-Volynsky) ; près de Pskov du 14 au 18 contre le corps motorisé du général Manstein (opération Soltsy-Dno)[111]. Le , Staline nomme Vorochilov à la tête d'une « direction Nord-Ouest » (coiffant plusieurs fronts) avec Jdanov comme politruk, Timochenko avec Boulganine à la direction de l'Ouest, Boudienny avec Khrouchtchev à la direction du Sud-Ouest[112]. Selon les Mémoires, s'est Joukov qui obtient de Staline le déploiement des armées tenues en réserve sur deux lignes, la première sur la Dvina et le Dniepr (s'appuyant sur la ligne Staline, par Polotsk, Vitebsk, Orcha, Moguilev et Mozyr), la seconde passant par Nevel, Smolensk, Roslavl et Gomel pour protéger la capitale[113]. Le , Staline autorise Joukov à constituer un « front de réserve » avec de nouvelles armées[114]. Le , Smolensk est prise par les Allemands, d'où une nouvelle colère de Staline contre Joukov ; du 21 au 26, contre-attaque massive soviétique autour de Smolensk, Joukov engageant la majeure partie du front de réserve, ce qui arrête leur groupe d'armées Centre[115].

Article connexe : Bataille de Smolensk (1941).

Elnia et Léningrad

Joukov le . Il a 44 ans et porte les marques de son grade de général d'armée : cinq étoiles aux pattes de collet, un large chevron et une étoile dorés sur la manche.

Selon les Mémoires de Joukov, la réunion du avec Staline, en présence de Mekhlis et de Beria, se termine par son limogeage[116]. Les raisons invoquées sont les menaces sur Kiev, ainsi que l'accumulation de défaites[117]. Quoi qu'il en soit, le le maréchal Chapochnikov prend les fonctions de chef d'État-Major général, tandis que Joukov est rétrogradé au commandement d'un front, tout en gardant sa place à la Stavka.

Le , Joukov quitte Moscou et rejoint l'état-major du front de réserve , près de Gjatsk, 170 km à l'ouest de la capitale. Son politruk est Sergueï Krouglov, un proche de Beria ; ses unités composés de conscrits manquent d'officiers qualifiés, d'armement et d'équipement. Sa mission est de reprendre Elnia, qui se trouve au centre d'un saillant allemand entouré par les lignes soviétiques : son prédécesseur, Ivan Bogdanov (un lieutenant-général du NKVD) n'a pas réussi à reprendre la ville, d'où son remplacement. Joukov va ensuite au PC de la 24e armée, à 120 km de Gjatsk, où il rencontre le major-général Constantin Rakoutine  (lui aussi issu des troupes frontalières du NKVD), qu'il entraîne avec ses officiers en reconnaissance dans les premières lignes[118]. Du 2 au Joukov relance la 24e à l'attaque du saillant, sans succès, mais il s'entête, menaçant d'exécution les chefs qui échouent[119]. Après une pause pour renforcer ses moyens, l'attaque reprend le  : les Allemands (les fantassins du 20e corps) finissent par évacuer le saillant du 3 au , permettant aux Soviétiques d'entrer dans Elnia le 6. C'est une toute petite victoire, qui est utilisée par la propagande pour essayer de relever le moral soviétique (le correspondant de la BBC Alexander Werth visite la ville incendiée)[120] ; quatre unités changent de nom : les 100e, 127e, 153e et 161e divisions de fusiliers deviennent les 1re, 2e, 3e et 4e divisions de fusiliers « de la Garde », les premières de l'Armée rouge. Mais Joukov ne peut poursuivre vers l'ouest, alors que ses ordres reçus de la Stavka le étaient de faire pivoter sa 24e armée vers le nord-ouest et Smolensk, tandis que sa 43e devait aller vers le sud-ouest et Roslavl (ce qui aurait menacé les arrières de Guderian, qui fonce alors vers Kiev)[121].

Le , Joukov est convoqué de nouveau au Kremlin. Selon les Mémoires, Staline le reçoit dans la nuit du 8 au 9 et l'envoie organiser la défense de Léningrad, mais c'est le qu'une réunion avec tout le Politburo lui donne le commandement du front de Léningrad. Le 12, Joukov part en avion, manquant se faire descendre au-dessus du lac Ladoga[122]. Vorochilov est limogé par Staline, tandis que Joukov essaye de rétablir la volonté de se battre en aboyant et menaçant, terrorisant tout le monde. Désormais encerclé par les troupes allemandes et finlandaises (Chlisselbourg est tombée le 8), il envoie au combat les troupes du NKVD, l'infanterie de marine, les matelots et la milice populaire (les divisions de Narodnoe Opolcheniye, дивизии народного ополчения : DNO), avec le soutien des canons de la flotte de la Baltique. Un tiers de la DCA est désormais utilisé comme armes antichars, les usines fabriquent un demi-million de mines, les unités de barrage  font la chasse aux déserteurs, les familles de ceux qui se rendent sont exécutés[123]. La ligne de front se stabilise et le siège de Léningrad commence.

Protéger Moscou

Le , Staline rappelle Joukov à Moscou : depuis le les Allemands ont relancé leur offensive au centre, enfonçant et encerclant les unités des fronts de l'Ouest (Koniev), de réserve (Boudienny) et de Briansk (Eremenko) autour de Viazma et de Briansk. Joukov est envoyé comme représentant de la Stavka : la nuit du 6 au 7, il rejoint en voiture l'état-major du front de l'Ouest installé près de Gjatsk. Le 7, toujours par la route et de nuit, il retrouve Boudienny (coupé de son état-major depuis trois jours) à Maloïaroslavets et rencontre des unités sans chefs et sans ordre[124]. Le 8, Joukov est de nouveau nommé au commandement du front de réserve. À partir du 9, la pluie rend tout boueux, c'est la raspoutitsa qui commence, freinant considérablement les déplacements. Le 10, Joukov reçoit en plus le front de l'Ouest, qui absorbe le front de réserve. Il installe son état-major à Perkhouchkovo, près de Moscou, abandonnant son projet de le déplacer à Arzamas[n 10]. Au passage, Joukov prend comme maîtresse une jeune aide-médecin, le premier lieutenant Lida Zakharova[126].

La défense de Moscou est mise sur pied avec le peu de troupes qui reste, renforcé par les divisions de milices populaires, en arc-de-cercle de Kalinine au nord à Kalouga au sud, passant par Volokolamsk et Mojaïsk, tandis que les forces allemandes sont encore occupées à réduire les poches de Viazma et de Briansk. Le groupe d'armées Centre allemand repart de l'avant à partir du seulement. Le 13, le Panzergruppe 4 du général Hoepner prend Kalinine, tandis que la 2. Panzerarmee de Guderian atteint Kalouga. Ce soir là, le théâtre Bolchoï est évacué à Kouïbychev (y compris les costumes, les décors et des fauteuils) ; le 16, c'est le gouvernement, le Komintern et les ambassades qui partent là-bas, 900 km plus à l'est. Des cadres moscovites prennent la fuite, accompagnés de vols massifs ; des charges explosives sont placées. Le 19, l'état de siège est proclamé dans la capitale[127]. Mojaïsk (à 100 km de Moscou) tombe le 18. Le 22, c'est au tour de Naro-Fominsk : le commandant de division et son politruk sont fusillés devant leurs soldats et Joukov fait contre-attaquer, d'où un combat de huit jours qui bloque les Allemands[128]. Même chose à Volokolamsk le 23, où Rokossovski échappe de peu à l'exécution. Le , les Allemands arrivent devant Toula, mais ils s'arrêtent partout le 30 devant la défense soviétique et le manque de ravitaillement.

Le , Joukov est convoqué à la Stavka : Staline lui demande si à l'occasion du 24e anniversaire de la révolution d'Octobre il est possible d'organiser un défilé militaire. Joukov répond affirmativement car le front est stable en attendant l'arrivée du gel. Le , sous la neige, plusieurs régiments passent sur la place Rouge devant Boudienny sur son cheval et Staline à la tribune du mausolée de Lénine. La troupe défile, puis part de suite pour le front[129]. Joukov organise le rapatriement des troupes d'Extrême-Orient (trois divisions d'infanterie sibérienne et deux blindées), assuré de la non-intervention du Japon. Ce travail logistique — considéré par certains comme sa plus grande réalisation — lui permet de créer une réserve stratégique composée de troupes d'élite. Il lance la contre-attaque au début décembre, évitant ainsi la chute de la ville qui semblait inéluctable.

Article connexe : Bataille de Moscou.

1942

Articles connexes : Opération Mars et Bataille de Stalingrad.

En 1942, il est fait délégué du commandant en chef et envoyé sur le front méridional pour sauver Stalingrad, supervisant la capture de la 6e armée allemande de Paulus en 1943 au prix d'un million de victimes. Il y impose une discipline de fer.

1943

Article connexe : Opération Uranus.

En , il organise le ravitaillement de Léningrad à travers le blocus allemand. Il cède au général Vatoutine le commandement pendant la bataille de Koursk.

1944

Les commandants suprêmes alliés à Berlin le 5 juin 1945. De gauche à droite, Bernard Montgomery, Dwight D. Eisenhower, Gueorgui Joukov, Jean de Lattre de Tassigny

Après l'échec du maréchal Vorochilov, il brise le siège de Léningrad en , puis il mène l'offensive soviétique Bagration de 1944, qui libère la quasi-totalité de la Biélorussie.

1945

Il participe à l'assaut final sur l'Allemagne en 1945, prenant Berlin en avril, à la tête du premier front biélorusse. C'est lui qui reçoit la capitulation de l'Allemagne pour l'Union soviétique.

Après-guerre

Le maréchal Joukov lors de la Parade de la Victoire en 1945 sur la place Rouge.

Apothéose

Gueorgui Joukov devient le premier gouverneur de la zone d'occupation soviétique en Allemagne.

Le 24 juin 1945, Gueorgui Konstantinovitch Joukov reçoit sur la place Rouge la Parade de la Victoire en lieu et place de Staline[130].

Joukov à Odessa

Devenu trop populaire aux yeux de Staline, Joukov est rétrogradé en 1946 pour commander le district militaire d'Odessa.

En 1946, la ville d'Odessa doit faire face à une vague de criminalité organisée sans précédent. Celle-ci est le fait en particulier d'une organisation surnommée « Le chat noir » (черный кот). Des matériels militaires (entrepôts, trains, etc.) et du personnel étant la cible de ces criminels, Joukov militarise la lutte policière. Il monte une opération du nom de code « Maskarada » (mascarade) où des commandos de l'Armée rouge hommes et femmes, déguisés en civils, sont disséminés à travers la ville pour abattre séance tenante les membres de la pègre. Il organise des rafles parmi cette pègre et fait exécuter sans jugement les prisonniers dans les carrières qui entourent la ville.

En quelques mois, la criminalité chute de 74 % dans le district d'Odessa comme le mentionne un rapport adressé à Staline. Les autorités civiles de la ville, dont certaines sont de mèche avec la pègre locale[réf. nécessaire], jugent ses méthodes « dictatoriales » et font appel à Nikita Khrouchtchev pour que Joukov soit muté.

La série Lykvidatsia (Liquidation) de la télévision russe « Canal Rossia » diffusée en décembre 2007 raconte de manière romancée l'action de Joukov à Odessa.

Accusations de vol et isolement dans l'Oural

Gueorgui Joukhov dans les années 1960.

Staline autorise des perquisitions au domicile et dans la datcha de Joukov les 5, 8 et 9 janvier 1948. De nombreux objets de luxe venant d'Allemagne y auraient été retrouvés. Joukov reconnaîtra avoir trop acheté en Allemagne, là où ses adversaires le traiteront de voleur. Joukov est également accusé d'avoir cherché à minimiser le rôle de Staline dans la grande guerre patriotique[131].

Le 20 janvier 1948, le Bureau politique émet une résolution publique contre Joukov : il est renvoyé de son poste de commandant du district militaire d'Odessa et doit rendre à l'État tous les biens qu'il se serait illégalement appropriés en Allemagne[132]. Le 4 février 1948, il apprend son transfert à Sverdlovsk à la tête du petit district militaire de l'Oural. La Pravda ne mentionne plus une fois son nom aux anniversaires de la Victoire.

Ministère de la Défense et retrait

Après la mort de Staline, en 1953, il devient délégué du ministre de la Défense, puis ministre. Fin juin 1953, il participe avec Khrouchtchev à l'éviction de Beria en procédant lui-même à son arrestation, dans l'enceinte du Kremlin, au cours d'une réunion du Politburo. Il appuie Nikita Khrouchtchev en 1957 et, en juin de cette même année, il est fait membre complet du Comité central. Précisément quatre mois plus tard, il est relevé de son ministère et exclu du Comité central par Khrouchtchev[133],[134].

Ce n'est qu'après le départ de celui-ci en 1964 qu'il apparaît de nouveau en public. Léonid Brejnev et Alexeï Kossyguine font revenir Joukov dans les faveurs des hauts responsables soviétiques, mais sans aucun réel pouvoir. Jusqu'à sa mort, en 1974, il est considéré comme un personnage important pour les Soviétiques. Il est inhumé avec les honneurs militaires.

Hommages

Timbre à l’effigie de Joukov (1976).
Statue équestre du maréchal Joukov sur la place Rouge.

Le tout premier monument dédié à Gueorgui Joukov fut érigé en Mongolie, en mémoire de la bataille de Halhin Gol. Après la dislocation de l'Union soviétique en 1991, ce monument fut l'un des rares à ne pas avoir souffert du mouvement antisoviétique qui attaqua et détruisit les statues commémorant le régime communiste.

En 1974, le village d'Ougodski Zavod (oblast de Kalouga) fut renommé Joukovo en l'honneur du maréchal Joukov, né dans le village voisin de Strelkovka. En 1997, Joukovo devint Joukov et accéda au statut de ville. On y trouve le musée d'État Maréchal de l'Union soviétique G. K. Joukov.

Une petite planète (objet mineur) découverte en 1975 par l'astronome soviétique Lioudmila Tchernykh a été nommée 2132 Joukov en l'honneur du maréchal.

En 1995, pour célébrer le centenaire de la naissance de Joukov, la Russie a créé l'ordre de Joukov ainsi que la médaille Joukov .

Une chanson des Chœurs de l'Armée rouge lui est dédiée, intitulée Maréchal Joukov et la victoire (russe : « Маршал Жуков и победа »).

Dans la fiction

Notes et références

Notes

  1. Une tradition russe du XIXe siècle est de donner le prénom d'un enfant mort en bas âge au premier de sa fratrie né après lui[7].
  2. La Russie passe du calendrier julien au grégorien le . Par convention, les dates du XIXe siècle furent converties en y rajoutant douze jours et celles du XXe siècle avec treize. C'est pour cela que c'est la date du qui est gravée sur sa tombe au Kremlin.
  3. Au sein de l'Empire russe, les sujets parlant allemand sont au nombre de 1 790 489 selon le recensement de 1897 : Germano-Baltes, Allemands de la Volga, Allemands de Bessarabie, Allemands du Caucase, etc.
  4. Dans la RKKA, il n'y a pas de grade (ni d'épaulette) jusqu'à la Grande Guerre patriotique en réaction aux inégalités de l'ancienne armée impériale entre les hommes du rang et les officiers. Les chefs d'unité ont donc le titre de « commandant », qui désigne une fonction, non un grade.
  5. Dans l'Armée rouge, un « corps spécial de fusiliers » est un corps d'armée renforcé et autonome. Le 57e corps spécial  était composé en 1939 de la 36e division de fusiliers (des fantassins avec de l'artillerie), des 7e, 8e et 9e brigades motorisées (issues de la cavalerie), de la 11e brigade blindée (des chars légers) et de la 100e brigade d'aviation mixte (un régiment de chasseurs et un autre de bombardiers).
  6. Hamar-Daba est localisée à 47°37'13,22" de latitude nord et 118°34'30,98" de longitude est (47° 37′ 13,22″ N, 118° 34′ 30,98″ E), soit à 4 km de la rive droite de la rivière.
  7. L'invasion soviétique de la Pologne de était appelée officiellement en URSS la « campagne de libération de la Biélorussie et de l'Ukraine occidentale ».
  8. C'est la directive no 2 envoyée à h 15 le , la no 1 étant celle de mise en alerte[102].
  9. En application de la directive no 3 : « Les armées du front du Sud-Ouest doivent [...] par des coups concentriques dans la direction générale de Lublin, avec les forces des 5e et 6e armées incluant pas moins de cinq corps mécanisés et toute l'aviation du front, encercler la concentration ennemie et, au 26 juin, avoir pris Lublin. »[106]
  10. Quand le politruk Stepanov informe Staline par téléphone du projet de déplacer l'état-major du front de l'Ouest à Arzamas, Staline déclare : « Camarade Stepanov, demandez aux camarades s'ils ont des pelles ? » Stepanov ne saisit pas. Staline répète « Est-ce que les camarades ont des pelles ? » Stepanov interroge les officiers d'état-major et demande « Des pelles de sapeur ou des pelles ordinaires ? » « Peu importe lesquelles. » Stepanov répond qu'ils en dispose et demande ce qu'ils doivent en faire. « Conseillez à vos camarades de prendre les pelles et de creuser leurs propres tombes. Nous ne quitterons pas Moscou, le GQG restera à Moscou, et quant à eux, ils ne quitteront pas Perkhouchkovo. »[125]

Références

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Voir aussi

Bibliographie

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Liens externes

Articles connexes