Georges Laederich

Georges Laederich
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(à 71 ans)
Paris
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Georges René Laederich, né le à Épinal, mort le à Paris, est un industriel du textile dans les Vosges, engagé en politique aux confins de la droite et de l'extrême droite.

Patron d'une entreprise familiale

Georges René Laederich est issu d'une famille alsacienne protestante installée dans les Vosges après 1870. Il est l'arrière-petit-fils de Charles Laederich, fondateur de l'entreprise, et le fils de Ferdinand René Laederich, fondateur des Établissements Laederich à Moussey.

Charles Laederich est commissionnaire en tissus, et a fondé en 1830 la Maison Charles Laederich et Cie à Mulhouse. Il est aussi administrateur de la Banque de France de Mulhouse, du 14 décembre 1843 à 1870. Après l'annexion de l'Alsace par le Reich allemand, il installe sa société à Epinal. Charles Laederich (3 juillet 1831, à Mulhouse - 7 juillet 1899, à Epinal)[1], son fils, en fait une entreprise du textile (filatures et tissages). Il devient administrateur de la Banque de France d'Epinal de février 1872 à sa mort, le 7 juillet 1899. Avec son associé Jules Favre, il est à l'origine de la B.T.T. à Thaon (Blanchisseries et Teintureries de Thaon), en 1872[2]. En 1897, avec d'autres industriels il entre en possession des filatures et tissages de La Petite Raon et de Moussey et crée l'entreprise « Filatures et Tissages de Moussey », tout en louant et en exploitant une dizaine d’autres usines au Val d’Ajol, à Bussang, et à La Bresse. Son fils Ferdinand René, né à Mulhouse le 10 juillet 1861, entre comme associé dans la société en nom collectif Charles Laederich et Cie en 1891, avec un apport de 50 000 francs, ce qui porte le capital à 450 000 francs[3].

À la mort de Charles, Ferdinand René Laederich[4], prend la succession de la Maison de filature et tissage de coton Charles Laederich Fils et Cie. Il est administrateur de la Banque de France d'Epinal à la suite de son père, du 25 juillet 1899 à 1913, puis Régent de la Banque de France (XVe Siège) du 30 janvier 1913 jusqu'à son décès le 18 mars 1932, président du syndicat général de l'industrie cotonnière, de 1920 à son décès, secrétaire général puis vice-président en 1925 de l'Association de l'industrie et de l'agriculture françaises, premier vice-président du Comité général des assurances (le lobby des compagnies d'assurances)[5] et administrateur de nombreuses sociétés, dont la Compagnie des chemins de fer de l'Est à partir de 1917, ou le Crédit national dès sa fondation en 1919[6]. Durant la « Grande Guerre », il présida l’Association des sinistrés des Vosges et devint l’un des dix vice-présidents de la Fédération des associations départementales des sinistrés, présidée par Louis Nicolle, industriel textile du Nord, aux côtés notamment de Louis Marin et de Maurice de Wendel[7]. Il est en outre trésorier de l’Association centrale pour la reprise de l’activité industrielle dans les régions envahies, fondée en novembre 1915 par les industriels du Nord et de l’Est du textile, du sucre, de la métallurgie, des houillères, président du Consortium cotonnier français (fondé à la fin de l’année 1917 sous la forme d’une société anonyme au capital de 10,6 millions de francs, fourni par les industriels et les négociants[8]. Il préside aussi le Comptoir central d’achats industriels pour les régions envahies, de 1920 à sa dissolution en 1928, et l’Union industrielle de Crédit pour la reconstitution, fondée au début de l’année 1921 sous les auspices de l’Association centrale pour la reprise de l’activité industrielle et du ministère des régions libérées, à la suite de la loi du 31 juillet 1920[9]. Lorsqu’il succède à son père, il investit principalement dans les usines qu’il possède (à Moussey notamment) et ne reprend pas les usines que son père louait. Il est le fondateur des « Établissements Laederich » en 1924[10]. Le capital de cette société s'élève à 11 400 000 francs en 1929[11].

Il a épousé Anna Maria Favre, fille d'Alfred Favre. Il a trois enfants, deux filles et un garçon, Georges René. Sa première fille, Andrée, épouse en 1918 le baron Henri de Turckheim, protestant, un des fils du baron Adrien de Turckheim, membre du conseil d'administration de la Compagnie des chemins de fer de l'Est comme René Laederich[12], la cadette, Nicole ( 1899-1990 ), épouse en 1919 Robert Vernet-Kleber, fils d'un industriel protestant du papier à Rives (Isère)[13]. Georges René Laederich épouse le 23 mars 1923 Violette Kiener, fille de Jacques Kiener, industriel protestant du textile des Vosges[14], ce qui montre l'endogamie sociale de ce milieu. Son mariage a été célébré non en Lorraine mais à Paris. Il a épousé Violette Kiener le 20 mars 1923 à la mairie du XVIe arrondissement, et la cérémonie religieuse eut lieu à l’église protestante de l’Étoile, avenue de la Grande-Armée. Une des églises les plus cotées de la Haute société protestante[15]. Georges Laederich et son épouse ont eu dix enfants, cinq garçons et cinq filles, en 24 ans, entre 1924 et 1948[16].

Il aide son père à gérer ses usines de textile. Il est ainsi administrateur d'une des sociétés du groupe, la société anonyme du tissage du Haut-du-Them lors de sa constitution en 1924, aux côtés de son père et de ses deux beaux-frères[17]. Il devient le patron du groupe en 1932, à 34 ans, à la mort de son père Ferdinand René le 18 mars 1932[18]. Le groupe, constitué autour de la société en nom collectif Charles Laederich fils et Cie et de la société anonyme des Ets Laederich, est alors l'un des quatre plus importants groupes textiles dans les Vosges dans les années 1930. Après le rachat de la Société cotonnière de Senones[19], les Ets Laederich ont pris leur forme définitive en 1935, avec un capital de 14 230 000 francs. Le siège de la société est installé à Épinal où se trouvent les services commerciaux et la maison de vente, le Comptoir industriel cotonnier. Les filatures représentent alors près de 100 000 broches et les cinq groupes de tissage groupent plus de 3 000 métiers. Le groupe possède des usines dans la vallée du Rabodeau, à Moussey, Senones et la Petite-Raon ainsi que dans la vallée de la Moselle, à Rupt-sur-Moselle où travaillent 450 personnes, et au Haut-du-Them, en Haute-Saône. Les ouvriers y sont très peu syndicalisés. Le groupe emploie alors plus de 2 000 personnes.

Georges Laederich est un patron paternaliste. Ainsi, à Rupt-sur-Moselle, les ouvriers bénéficient d'une crèche tenue par des religieuses, d'un ouvroir, d'une salle de théâtre, d'un terrain de sports, d'un jardin d'enfants, de l'éclairage électrique gratuit pour leurs logements et de la vente à bas prix de produits alimentaires. En 1933, Georges Laederich a fondé le prix René Laederich, destiné à une « famille française méritante ». Son comité comprend le maire de la commune, le curé, le directeur de l'usine et deux membres de la famille Laederich.

Comme son père, Georges Laederich intègre des organismes professionnels. Il est coopté dès 1932 au comité de direction de l'Association cotonnière coloniale[20]. Il remplace son père comme vice-président du syndicat cotonnier de l'Est. À ce titre, il a participé aux négociations avec Marc Rucart et les syndicats ouvriers lors des grèves qui ont touché les usines du textile des Vosges en septembre 1936[21]. Il préside ce syndicat à partir de l'automne 1938, et devient de ce fait vice-président du syndicat général de l'industrie cotonnière ainsi que vice-président de l’Union des syndicats patronaux des industries textiles de France. Il devient aussi membre du conseil central de l’Union des chambres syndicales des Vosges, fondée en 1938 et qu'il a contribué à constituer. Il est élu en 1937 membre de la Chambre de commerce et d'industrie d'Épinal.

Dans l’entre-deux-guerres, sa vie mondaine et celle de ses parents apparaît limitée. Dans les colonnes de quotidiens parisiens, Le Gaulois, Le Journal des débats, Le Temps et le Figaro, auxquels ils sont abonnés, on n’y lit que l’annonce des événements familiaux : fiançailles, mariages, naissances et décès. La levée du corps de son père, à son domicile parisien, est par exemple relatée par le Journal des débats et le Temps. Georges Laederich et sa famille y ont accueilli « une assistance empressée » composée de personnalités : le maréchal Hubert Lyautey et son épouse, et la plupart des personnalités du monde des affaires que son père a fréquenté[22]. Il a assisté à Paris à des obsèques de personnalités de ce monde des affaires, celles du régent William d'Eichthal en 1934 par exemple : s’y croisèrent la plupart des familles de la HSP, des banquiers, et des grands noms de l’industrie. À l’occasion du mariage d’un autre fils du baron Adrien de Turckheim en 1936 à Paris, figure parmi les demoiselles d’honneur une des filles de Laederich, Dominique, aux côtés d’autres jeunes filles de la HSP (Neuflize, Mallet)[23]. Les journaux parisiens signalent aussi les séjours de Georges Laederich à Paris, à Epinal et à Moussey, et ses villégiatures également. À Megève, la station de Haute-Savoie lancée par les Rothschild dans les années 1920, en été à Sainte-Maxime, dans le Var, où il possède une villa, qui a été placée sous séquestre en juin 1945, avant son procès pour collaboration[24]. Il fréquente aussi la station thermale de Vittel, où il séjourné avec son épouse à l’Ermitage durant la saison, depuis au moins 1933. Ils furent conviés aux « élégants déjeuners » de Jean Bouloumié et de sa sœur Germaine, donnés dans leur propriété de Géromoy et d’Haréloup. Georges Laederich a intégré en 1935 le comité de la société organisant le concours hippique de Vittel présidée par Jules Perrigot aux côtés de Bouloumié. En 1938, c’est son épouse qui remit la coupe des Vosges de polo[25].

Laederich possède des tableaux de valeur. Il a acheté aux galeristes parisiens Bernheim et Rosenberg plusieurs tableaux de Gustave Courbet, à partir des années 1920. Il a possédé au moins quatre Courbet, dont le «  portrait d’Eléonor Régis Courbet » de 1844, le « portrait de Jo, la belle Irlandaise » de 1865, et le tableau « Après l’orage, marine » de 1872 (appelé aussi « la plage déserte »). Il a prêté certains de ces tableaux pour des expositions dans les années 1950 et 1960, par exemple à Venise pour la Biennale en 1954 ou à Philadelphie et à Boston en 1959. Il a acheté également un tableau de Pissaro, en 1955 semble-t-il[26]. C'est aussi un homme qui s'intéresse au sport. Il est président de la commission sportive de l'Automobile-club des Vosges, s'intéresse au hippisme, préside un club de football à Epinal, l'Athletic club spinalien (ACS), et des clubs dans les localités où se situent ses usines, offre un tournoi régional qui porte son nom ( le "challenge Laederich" ) pour des équipes de minimes[27]. Il contribue à la fusion de l'ACS et d'un autre club spinalien en 1941, ce qui donne naissance au Stade athlétique spinalien[28].

C’est un homme aux idées novatrices; il est favorable à l’utilisation des fibres artificielles après la Seconde Guerre mondiale. En 1949, à la suite d’un voyage aux États-Unis, il modernise ses usines. Lorsque la crise du textile s’amorce, il prend conscience de la nécessité de la reconversion de son groupe. Il fonde alors un Département Plastique à Senones, installé au tissage du Breuil en 1952 et transféré à Moussey en 1955, un atelier d’extrusion à Moussey dès 1953, puis, en 1956, une usine spécialisée dans la construction de maisons préfabriquées à La Petite Raon, appelées « Chalets Laederich ».

Son groupe est affaibli par la crise du textile dans les années 1960 ; plusieurs de ses usines ferment[29]. En 1966, il négocie avec Marcel Boussac, l'autre figure du textile dans la vallée du Rabodeau, mais aussi dans la vallée de la Moselle, la reprise de ses usines de textile qui frôlaient la faillite. Elles sont absorbées par le groupe Boussac, après un accord entre les deux patrons le 12 mai 1966[30]. Il reste P-DG de la Compagnie industrielle des techniques nouvelles (CIT) qui rassemble les autres activités, reprises après son décès par son fils, Christian Laederich (1930-1995). Cette société est mise en règlement judiciaire en 1980[31].

Georges Laederich a également été administrateur de plusieurs sociétés : l’Union financière d’Extrême-Orient, de 1929 à 1944[32], la Société alsacienne de constructions mécaniques, de 1935 à 1944, puis à nouveau à partir des années 1950, après la période de l'épuration[33], les Eaux minérales de Vittel, de 1942 à 1944, puis de 1952 à son décès[34], les Établissements Badin et fils, une entreprise familiale du textile (filatures et tissages de coton, de lin et de jute) de Haute-Normandie, installée notamment à Barentin[35] et la Télémécanique à partir de 1953.

Un engagement politique durant les années 1930 dans la mouvance « nationale »

Il est vice-président de la fédération vosgienne de la Fédération républicaine et membre du comité national de ce parti de droite depuis la fin des années 1920. Il est administrateur[36] de la Presse de l'Est qui édite à Nancy le quotidien catholique et conservateur L'Éclair de l'Est et à Épinal son édition vosgienne, Le Télégramme des Vosges. La Presse de l'Est est contrôlée depuis 1925 par Louis Marin, le président de la Fédération républicaine. Georges Laederich n'est pas un des principaux actionnaires. Les industriels vosgiens qu'il représente avec Geistodt-Kiener n'ont pas le même poids que La Presse régionale, Louis Marin ou François de Wendel. En témoigne sa lettre à Jules Dassonville en 1933 : « Nous avons examiné, M. Geistodt et moi, ce que nous pouvions faire de notre côté. La conclusion a été que nous ne pouvions rien demander dans les Vosges où la situation est de nouveau en train d'empirer. Tant que la Meurthe-et-Moselle n'aura pas fait un effort proportionné à sa puissance économique et à ses possibilités, nous ne pourrons décemment pas demander d'argent à nos amis, d'autant plus que, quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, le Télégramme est toujours le parent pauvre de l'organisation de la Presse de l'Est »[37].

Il est proche des Jeunesses patriotes au début des années 1930. Il est membre du comité du Centre vosgien d'action républicaine, sociale et agraire d'Épinal - structure politique où voisinent des modérés, des membres de la Fédération républicaine, des membres des Ligues d'extrême droite, les Jeunesses patriotes surtout. Le Centre est présidé depuis novembre 1933 par Henri Maire, rédacteur en chef du Télégramme des Vosges et militant actif[38].

Croix-de-feu, il préside la section de Senones, fondée en 1936, tout en étant président des anciens combattants de Moussey et président de la section du canton de Senones des officiers de réserve[39]. Il met au service des Croix de feu l'harmonie des Ets Laederich pour un défilé patriotique en 1935 et une salle en mars 1936 à Épinal pour une réunion de propagande accueillant François de La Rocque. Selon la presse syndicale, il pousse ses ouvriers à adhérer aux Croix de feu. Le directeur général des Établissements Laederich, Jules Py[40], est également un Croix de feu influent et actif depuis 1934.

En 1935, il fait un voyage d'étude dans l'Italie fasciste avec d'autres industriels menés par Ernest Mercier[41]. Deux mois plus tard, il est invité à un déjeuner par François de Wendel, à l'un de ses domiciles en Lorraine, avec d'autres industriels et personnalités, pour honorer une délégation d'industriels italiens menés par le comte Volpi, ministre d'État[42].

Il est proche des mouvements nationaux après la victoire du Front populaire, notamment du Rassemblement national lorrain. S'il se montre plus discret publiquement, son action politique est en revanche encore plus active, à travers une officine anticommuniste, la Société lorraine d'étude et d'expansion économique ( SLEEE ), fondée à Nancy en 1937, qu'il anime[43]. Hostile à l'influence de la CGT et du Parti communiste, il refuse alors d'employer dans ses usines des militants communistes. Il se plaint ainsi à Marcel Boussac en 1937: « Ruffenach, chef communiste de Moussey, auquel nous ne donnons pas de travail depuis des années (...). Depuis 18 mois, nous avons dans nos propres établissements pu évacuer un très grand nombre d'éléments mauvais et beaucoup d'entre eux ont été engagés chez vous »[44].

Il est le commanditaire principal du périodique vosgien de Remiremont L'Industriel vosgien, à partir de 1936, lorsque ce périodique devient un véritable brûlot anticommuniste[45]. À partir de 1937, il est l'un des industriels qui contribuèrent à financer l'agence de presse Inter-France, chargée de renforcer la documentation des périodiques de province de droite et de combattre le Front populaire[46]. En 1937 encore, au nom d'un groupe d'industriels vosgiens, il prend secrètement le contrôle du quotidien vosgien fondé en 1921 par Paul Lederlin, L'Express de l'Est, et contrôlé alors par Raymond Patenôtre depuis 1936[47].

Un patron pétainiste

Pendant l'Occupation, il est désigné en octobre 1940 par François Lehideux délégué au Commissariat au chômage pour les Vosges[48]. Le secrétaire d'État à la production industrielle et au travail René Belin le désigne en 1940 membre de la commission consultative du comité de la branche de production coton de l'industrie textile[49]. Lehideux l'a pressenti à l'automne 1941 pour prendre la tête du Comité d'organisation du textile, mais Laederich a refusé[48]. Lehideux le désigne membre de la commission consultative du comité de la branche de production tissage de lin et de coton, un sous-comité du comité général d'organisation ( C.O. ) du textile[50].

Il est nommé membre du Conseil national de Vichy en janvier 1941[51]. Il a été l'un des secrétaires de sa commission de la réforme municipale[52] et a fait partie de sa commission d'études de l'organisation économique. Son rapport est présenté lors de la venue du maréchal Pétain en novembre 1941 à cette session du conseil[53]. Il est titulaire de la francisque. Il a tenté de former un « Groupe des amis du maréchal » en 1941. Pétain l'a reçu à Vichy en janvier 1942[54].

Choisi par ses pairs en 1942 pour présider l'Union des industries textiles, le syndicat patronal qui rassemble toutes les branches de cette industrie[55], il préside la commission patronale de la famille professionnelle de la fabrication des tissus et industries similaires, fondée en 1942-43 en application de l'article 77 de la Charte du travail du 4 octobre 1941, et préside cet organisme jusqu'en 1944, à tour de rôle avec un cadre et un ouvrier dans la mesure où il s'agit d'un organisme tripartite, c'est-à-dire rassemblant des patrons, des cadres et des ouvriers. À ce titre, il est désigné par le gouvernement membre du Conseil supérieur du travail en 1943 et président de sa commission des employeurs; sa première session s'est ouverte en mai 1944, moins d'un mois avant le débarquement du 6 juin[56]. Et membre également du Conseil supérieur de l'économie industrielle et commerciale[57].

Et enfin, il a fait partie de la commission patronale de l'Office des comités sociaux fondé par Jacques Warnier en 1941 et présidé de 1943 à 1944 la commission vosgienne de cet office, au sein de laquelle des patrons, des cadres et des ouvriers discutent de questions sociales[58].

Il a maintenu son appui à l’agence de presse Inter-France, devenue collaborationniste. Il a assisté à son congrès en octobre 1942 à Paris, au palais de Chaillot, aux côtés de ténors de la collaboration, comme Jacques Doriot, Marcel Déat ou Jean Luchaire, de personnalités officielles françaises et allemandes (l’ambassadeur Otto Abetz), de nombreux journalistes et d'industriels et de banquiers comme (Eugène Schueller, Georges Brabant du Crédit du Nord, Henri Ardant de la Société générale, Paul Marcel-Cavallier de Pont-à-Mousson, Bernard du Perron de Revel des raffineries de Saint-Louis, Paul Berliet)[59]. Cette même année, il s'exprime à deux reprises en faveur de la Relève (régime de Vichy)[60]; une de ses déclarations est publiée dans l'Echo de Nancy en juillet 1942[61] et le quotidien L'Ouest-Eclair publie une autre déclaration quelques mois plus tard : « La plupart des prisonniers ont combattu courageusement: ils portent bien plus que les autres Français le poids des fautes commises par un régime démocratique qui a fait faillite. Dès l'automne 1940 l'idée de cette relève avait germé dans les camps. Il faut en faire une réalité de demain et montrer que nous sommes conscients de la vraie situation dans laquelle se trouve la France »[62]. Il accepte en 1942 de dire un mot sur le rapprochement franco-allemand dans un périodique lancé par l'éditoraliste de l'Echo de Nancy ( quotidien possédé par les Allemands et qui emploie des journalistes français ), Martin de Briey, un militant de la collaboration[63]. Il demeure aussi le véritable patron de L'Express de l'Est, qui suit une ligne pétainiste puis collaborationniste, sous la direction de ses rédacteurs en chef membres du Parti populaire français, notamment Robert Huin[64]. Il assiste à Epinal en 1944 à une conférence donnée par un Allemand célébrant la collaboration, aux côtés des autorités locales et de militants collaborationnistes[65]. Dans les Vosges, son épouse est déléguée départementale adjointe de la Croix-Rouge[66].

Il est inquiété à la Libération, accusé par les communistes d’avoir collaboré. L’organe communiste du comité vosgien du Front national, Le Réveil des Vosges, l’accuse d'avoir été en contact avec des émissaires nazis et fascistes dès 1937, et aussi avec La Cagoule. L'ancien déporté et communiste militant André Sester reprend ces accusations dans son ouvrage Résistance et collaboration – aspects vosgiens[67], ajoutant qu'il a fait partie du Comité France-Allemagne et du Comité France-Italie et qu'il a subventionné l'agence de presse Inter-France. George Laederich est jugé en octobre 1946 à Nancy, aux côtés du directeur de L'Express de l'Est Louis Leroux, et condamné à deux ans de prison et à l'indignité nationale pour avoir notamment adhéré au Cercle européen à Paris, au Mouvement social révolutionnaire, subventionné des journaux et partis collaborationnistes[68]. Des patrons lui sont venus en aide, comme le fromager Henri Hutin ou Jacques Warnier, membre du comité de l'Union des industries textiles[69]. Les lois d'amnistie de 1951-53 ont effacé cette condamnation.

Laederich a été évoqué par l'historien Jean Garrigues, qui s’interroge : « Ce partisan du régime de collaboration doit-il être considéré comme un collaborateur ? Un homme comme René ( sic ) Laederich, patron du textile du Nord ( sic ), n’a fait aucune affaire avec l’occupant ( ? ), mais il a ouvertement soutenu Vichy, exerçant notamment la présidence du Comité d’organisation textile [ inexact ]. A la Libération, il est l’un des rares patrons à proclamer sa fidélité à Pétain, organisant même un Groupe des amis du maréchal [ A la Libération ? ] »[70].

Un engagement au sein des cercles pétainistes et néolibéraux dans les années 1950 et 1960

À partir de 1952, on le trouve dans trois cercles de réflexion patronaux. Il fait partie cette année-là des fondateurs du groupe français d'un club de réflexion, atlantiste, néolibéral et proeuropéen, transnational, le Comité européen pour le progrès économique et social ( CEPES ); il en est l'un des deux vice-présidents jusqu'en 1965/66. Son comité français a été fondé et présidé par François Lehideux, puis par le négociant cotonnier Jean-Edouard Senn, membre comme Laederich du conseil d'administration de la Société alsacienne de constructions mécaniques[71]. Il y côtoie Jacques Warnier.

Également en 1952, il participe aux discussions qui ont mené l'année suivante à la formation du Centre de recherche des chefs d'entreprise, fondé l'année suivante par le président du Conseil national du patronat français, Georges Villiers, et par Jacques Warnier[72]. Ainsi qu'aux discussions qui ont débouché sur la formation en 1954 du Centre d'études politiques et civiques (CEPEC). Il écrit ainsi à Warnier: « Quelques personnes m'ont demandé d'organiser un dîner pour rencontrer le général Maxime Weygand ( qui va être le président d'honneur du CEPEC ) et pour discuter de l'idée (...) qui consiste en la constitution d'un centre de hautes études politiques et économiques ». Trois autres fondateurs du CEPEC y participent: Alfred Pose, son premier président, Marcel Demonque et Gaston Moyse, industriel et trésorier de l'ADMP. Ainsi que d'autres patrons comme Warnier, Serge Scheer, membre du CEPES, Lehideux, Roger Boutteville, vice-président de la SACM - Laederich entre à son conseil d'administration cette année-là - et futur vice-président du CEPES français, Jean Borotra et le minotier Louis Vilgrain, un ancien de la SLEEE[73]. Il en est l'un des vice-présidents en 1954, puis le président de 1958 à son décès.

Il fait partie en 1955 du comité du centenaire du maréchal, constitué par l'Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain (ADMP) pour célébrer l'année suivante le centenaire de la naissance de Pétain, seul membre du monde des affaires avec Jean Borotra parmi un aréopage d'Académiciens, de membres de l'Institut, d'officiers généraux et des avocats de Pétain[74]. En 1964, il entre au comité directeur de l'ADMP, puis en démissionne deux ans plus tard lors de tensions qui secouent l'association. Il est réintégré par la suite et désigné membre d'honneur statutaire en 1968[75].

En 1960, en tant que président du CEPEC, il écrit une lettre ouverte au Premier ministre Michel Debré en faveur de l'Algérie française et pour une « refonte constitutionnelle (...) inspirée des principes fédéralistes de décentralisation et de régionalisme »[76]. Il appuie après la guerre d'Algérie les demandes d'amnistie des activistes pro-Algérie française. Il figure parmi les signataires, avec des généraux, l'amiral Gabriel Auphan, Henri Massis, André Voisin de La Fédération, l'armateur Jean Fraissinet, Jean Madiran, Gabriel Marcel, Jean-Louis Tixier-Vignancour, Raymond Bourgine d'un appel du colonel Bertrand de Sèze annonçant un pèlerinage à Chartres d'un groupe d'anciens détenus politiques pour remercier Notre-Dame des libérations et lui demander son intercession en faveur de la libération des autres détenus encore incarcérés et le retour des exilés[77]. Toujours anticommuniste, il figure aussi au comité de patronage du Comité franco-hongrois pour la célébration du soulèvement hongrois de 1956, qui organise une réunion commémorative à la Mutualité en 1966[78].


Voir aussi

Liens externes

Bibliographie

  • François Broche, Dictionnaire de la collaboration. Collaboration, compromissions, contradictions, Belin, 2014
  • Jean-François Colas, Les Droites nationales en Lorraine dans les années 1930 : acteurs, organisations, réseaux, thèse de doctorat, Université de Paris X-Nanterre, 2002, 3 volumes
  • Jean-François Colas, Patronat et réseaux d'influence: l'exemple de Georges-René Laederich, ou les ambiguïtés du néolibéralisme chrétien, dans Collectif, Histoire de l'Europe libérale, Libéraux et libéralisme en Europe, XVIIIe-XXIe siècle, Nouveau monde éditions, 2016, p. 265-280
  • Henry Coston, Partis, journaux et hommes politiques d'hier et aujourd'hui, Paris, Lectures françaises, novembre 1960
  • Henry Coston, Dictionnaire de la vie politique française, Paris, La Librairie française, 1967
  • Pierre Durupt, Hommes et femmes du textile dans les Hautes-Vosges : influences sociales et culturelles de l'industrie textile sur la vie des vallées vosgiennes aux XIXe et XXe siècles, Société d'histoire locale de Remiremont et de sa région, 1990
  • Jean-Pierre Harbulot, Le service du travail obligatoire: la région de Nancy face aux exigences allemandes, Presses universitaires de Nancy, 2003
  • François Moulin, Lorraine années noires. De la collaboration à l’épuration, La Nuée bleue, 2009[79]
  • Georges Poull, L'industrie textile vosgienne 1765-1981, Rupt-sur-Moselle, chez l'auteur, 1982
  • Georges Poull, « Les usines textiles de Rupt-sur-Moselle », dans Dialogues transvosgiens : Colloques d'histoire des Hautes-Vosges, 2000, no 15, p. 31-40
  • Georges Poull, Bon pour le STO : chronique d'une jeunesse perdue dans la guerre, Gérard Louis, 2002
  • Albert Ronsin (dir.), Dictionnaire biographique illustré : les Vosgiens célèbres, Vagney, Éd. Gérard Louis, 1990 (des erreurs dans la notice biographique).

Notes et références

  1. « Charles LAEDERICH », sur www.ecrivosges.com (consulté le 7 janvier 2017)
  2. Les statuts de l'entreprise, au capital de 3 500 000 francs, sont déposés le 10 janvier 1872. Elle a été créée parce que la production de leurs tissages vosgiens ne peut plus être envoyée à Mulhouse pour y être traités. Cf. Jean Lambert-Dansette, Histoire de l'entreprise et des chefs d'entreprise en France , Tome I Le temps des pionniers 1830-1880, Paris, L'Harmattan, 2000, p. 365; Claude Ferry, La Blanchisserie et teinturerie de Thaon: 1872-1914, Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 1992
  3. « Archives commerciales de la France : journal hebdomadaire... », sur Gallica, (consulté le 7 janvier 2017)
  4. « Biographie de F.R. Laederich dans le Dictionnaire des Vosgiens célèbres », sur www.ecrivosges.com (consulté le 7 janvier 2017)
  5. "Revue générale des assurances", janvier 1933
  6. Mais aussi la Compagnie des Docks et entrepôts du Havre, la société Pâtes, papiers et textiloses ( fondée en 1918 et au capital de 15 millions de francs – son conseil est présidé par Eugène Touron. Cette société associe des papetiers et des industriels du textile : E. Motte, Carmichaël, Ed. Gillet, E. Prouvost-Eloy, Léon Lévy, etc. ), vice-président des compagnies d’assurances Le Phénix (Phénix-vie, Phénix-incendie), depuis au moins 1916, la Banque de Mulhouse ( membre du conseil de surveillance: Les Assemblées générales, 1922 ). Dans les Vosges, il siège au conseil d’administration de deux sociétés de Marcel Boussac, la filature de coton de Rambervillers et surtout les Manufactures de Senones – société anonyme depuis septembre 1919 ( L'Est républicain, 29 janvier 1927 ).
  7. BNF/gallica: Le Petit parisien, 12-3-1915, Le Temps, 11-3-1915, Le Matin, 4-4-1917
  8. Parmi les autres administrateurs, on peut relever le nom de Marcel Boussac. Constitué à l’initiative de l’État, comme 13 autres consortiums, il est doté du monopole de l’achat, l’importation, l’exportation et la vente du coton, destiné à satisfaire d’abord les besoins de l’État en guerre, et en second lieu ceux de l’industrie et du commerce, et aussi pour éviter toute hausse des prix.
  9. Avec comme vice-présidents Léopold Pralon et le banquier Charles Sergent, ancien sous-secrétaire d’État aux finances: Cf. notamment: L'Est républicain, 30 janvier 1921, Les Documents politiques, diplomatiques et financiers, avril 1929, BNF/gallica: Bulletin de l’Association centrale pour la reprise de l’activité industrielle. Sans surprise, Laederich fut qualifié de « profiteur de la reconstitution » par le Populaire ( BNF/gallica, n° du 2-9-1923 )
  10. L'Est républicain, 8 mars 1924, p. 6
  11. « Archives commerciales de la France : journal hebdomadaire... », sur Gallica, (consulté le 7 janvier 2017)
  12. « Figaro : journal non politique », sur Gallica, (consulté le 7 janvier 2017)
  13. Cf. Le Temps, 29 septembre 1919, "Informations diverses", le dossier de la Légion d'honneur de Robert Verdet-Kleber sur la base Léonore et le dossier de son père Maurrice Verdet-Kleber: Dossier de la Légion d'honneur de Maurice Verdet-Kleber, Papeteries de Rives dans l'Annuaire industriel de 1925, Carole Darnault, Rives, la mémoire du papier: Histoire d'une papeterie dauphinoise, Presses universitaires de Grenoble, 2000
  14. La famille Kiener possède une entreprise textile à Eloyes depuis 1856. L’épouse de G. Laederich est née le 3 mai 1904 à Paris. Elle est l’une des huit enfants de Jacques Kiener (1877-1959) et de Laurence Crosnier de Varigny ( 1881-1957 )
  15. Les mariages de ses sœurs, Nicole avec Robert Verdet-Kleber, alors lieutenant, en 1919, et Andrée avec Henri de Turckheim, alors aspirant, en 1918, ont été célébrés également à l’église protestante de l’Étoile.
  16. Dominique, née à Paris le 23 mars 1924, François-René, né à Paris le 26 avril 1925, Jean-Roger, né à Epinal le 31 janvier 1927, Christian, né à Epinal le 5 mars 1929, Marie-Laurence, né à Epinal le 26 avril 1932, Thierry, né à Paris le 3 janvier 1937, Georges Olivier, né à Remiremont le 27 novembre 1939, France Ariane, née à Epinal le 11 janvier 1942, Corinne, née à Moussey le 6 juin 1944, et Yolaine, née à Paris le 16 janvier 1948. Leur quatrième fille, France Ariane, est décédée à 5 ans ; elle est morte à Paris en octobre 1947
  17. L'Est républicain, 8 mars 1924. Capital de cette société: 1 million de francs
  18. Il meurt à cette date, à Paris 7e, 25 rue Barbet-de-Jouy. Ses obsèques ont lieu le 22 mars 1932 à Moussey. Son épouse décède en 1951. Ils sont tous deux inhumés à Moussey.
  19. L'Est républicain, 28 avril 1935
  20. Bulletin de l'Association cotonnière coloniale, , Bulletin de l'Association cotonnière coloniale, juillet 1939
  21. L'Est républicain, 22 septembre 1936
  22. Le Journal des débats, Le Temps, 22 mars 1932: le gouverneur, le gouverneur honoraire (Moreau) et les deux sous-gouverneurs de la Banque de France, le président du conseil d’administration de la Compagnie de l’Est, Cordier, président du PLM, le gouverneur du Crédit foncier, le baron James de Rothschild, le baron Hottinguer, Charles Sergent, Roger Lehideux, le baron James de Neuflize, William d'Eichthal, François et Guy de Wendel, de Peyerimhoff, Lambert-Ribot, Ph. Vernes, Robert Darblay, le marquis de Vogüé, Louis Marlio, Le Mire et Plichon, députés, Edmé Sommier mais aussi Paléologue, Académicien et ambassadeur de France, le comte Fr . Pillet-Will, de Witt-Guizot, Georges Blondel, le comte de Nalèche, etc.
  23. Le Journal des débats, 19-7-1934, Ambassades et légations, mai 1936 : mariage d’Hubert de Turckheim et de Solange de Watteville, à l’église de l’étoile
  24. Journal officiel, 3 juillet 1945, p. 4054
  25. Le Figaro, 27-8-1936, 27-8-1937, 20-8-1937, 14-8-1938, Le Sport universel illustré, 1-9-1935 ( société du concours hippique : son nom est orthographié Loederich )
  26. Gustave Courbet, 1819-1877 : Exhibition 1959-1960, Philadelphia, Museum of Art, Ibid., Museum of fine Arts, Boston, volume 1, 1959 ; Annual report of the Museum of fine arts Boston, 1960, p. 123, Gustave Courbet : hôtel de ville d’Ornans, 1962, La Biennale di Venezia, 1954, volume 27 ; The french portrait, 1550-1850, 1996, site internet de Christie’s, Pissaro : critical catalogue of paintings, volume 3, Wildenstein Institute, 2005, p. 774.
  27. L'Est républicain, 13 avril 1924, L'Est républicain, 26 juin 1926, Ibid., 7 juillet 1935, Ibid., 27 juin 1938: "challenge Laederich", Ibid., 17 juin 1939, Ibid., 27 avril 1939. Le challenge Laederich fonctionne jusqu'en 1942 au moins.
  28. L'Echo de Nancy, 10 janvier 1941, "L'ACS et le SSM fusionnent pour donner le S.A. spinalien"
  29. Le Monde, 20/3/1963, 19/1/1965, 11/12/1965
  30. http://www.archivesnationales.culture.gouv.fr/camt/fr/inventaires1987/1987003-b.html
  31. Archives et documents, INSEE, no 18, mars 1981
  32. C’est une société anonyme formée en octobre 1929 au capital de 15 millions de francs (8,5 millions d’euros), divisé en 150 000 actions de cent francs. Elle a été fondée par des personnalités résidant en France et en Indochine, afin d’investir dans les colonies, et surtout en Indochine: L'Indochine, 5 mai 1930, L'Information d'Indochine, 1/8/1936, Bulletin économique de l'Indochine, 1943
  33. Le Temps, 1/4/1935, François Bernard, L’Alsacienne de constructions mécaniques des origines à 1965, Presses universitaires de Strasbourg, 2000. Elle est présidée en 1935 par Emile Dollfus (1862-1945), président de la Chambre de commerce de Strasbourg de 1926 à 1939, président de la Société industrielle de Mulhouse depuis 1933, dirigeant de Dollfus-Mieg depuis 1933, qui a été administrateur de la Banque de Mulhouse comme le père de Laederich. La société, qui a réussi sa reconstruction après la guerre, est présidée en 1952 par le polytechnicien Arthur Bommelaer, assisté de deux vice-présidents, Ernest Mercier et Roger Boutteville. Laederich côtoie au conseil des banquiers : Jacques Berthoud, administrateur de 1945 à 1965, le baron Jean-Pierre Mallet, administrateur en 1956, associé-gérant de la banque Mallet, Jean Wenger-Valentin, administrateur en 1960, P-DG du Crédit industriel et commercial. Et aussi des industriels : le protestant Richard Baumgartner, gendre de Mercier, entré au conseil de la SACM en 1951, vice-PDG puis PDG en 1953 de Lille-Bonnières § Colombes, Jean Dollfus et Roger Julia, P-DG d’Alcatel. La SACM est présidée par Roger Boutteville, de 1955 à janvier 1964. A-t-il bénéficié de l’appui de Boutteville, qui comme lui figura au conseil supérieur de l’économie industrielle et commerciale de Vichy ? Ou bien de celui de Jean-Edouard Senn, négociant cotonnier, administrateur depuis 1949 et qu'il a côtoyé au comité de direction de l'Association cotonnière coloniale ?
  34. Georges Laederich est devenu à nouveau administrateur de la SGEMV, le 23 juin 1952, pour combler le poste laissé vacant par la mort de Jean Bouloumié le 3 mars. Le mandat de Laederich a été renouvelé pour 6 ans en 1958 et en juin 1964. Les sociétés de Jean Bouloumié sont désormais dirigées par sa sœur Germaine (1888-1981). En 1954, date du centenaire de l’achat de la Grande source, Laederich est donc membre du conseil, présidé par Germaine Bouloumié, aux côtés d’Hubert Chavane, Georges Roque, P-DG de Souchon-Neuvesel, Jean Frébillot, administrateur de Berger-Levrault, choisi pour ses compétences « économiques et bancaires », entré au conseil en septembre 1946 puisque « un poste d’administrateur se trouvait vacant » (celui de Laederich ), Bernard de la Motte et Jacques Aguillon.
  35. Elle est dirigée par Raymond Badin (1901-1980), entré dans l’entreprise en 1920 et qui a succédé à son père Georges en 1944. Son capital était de 620 millions de francs (17 millions d’euros) en 1950. L’usine principale emploie 700 personnes en 1952. La filature de coton comprend alors 62 000 broches, celle de lin 8 500 et celle de jute1 400.
  36. Aux côtés notamment du groupe catholique de La Presse régionale de Jules Dassonville, de François de Wendel, des frères Eugène et Adrien de Turckheim et de Marcel Paul qui dirige alors les Fonderies et Hauts-fourneaux de Pont-à-Mousson. Édouard de Warren et Louis Marin le font entrer en 1927 au conseil d'administration de la Presse de l'Est, avec Adrien de Turckheim, notamment parce qu'ils sont protestants, car, comme l'écrit Edouard de Warren, « cela équilibrerait » face à des notables catholiques dont Edouard de Warren se méfie. Il fait partie d'un comité de direction restreint avec de Warren, le directeur et le sous-directeur du journal, Adrien de Turckheim et un autre industriel du textile vosgien, Geistodt-Kiener.
  37. lettre à Jules Dassonville, 22 mars 1933 dans Jean-François Colas, op. cit.
  38. Ce Centre invita en 1934 le député Philippe Henriot à tenir une conférence contradictoire: La Croix, 27 mars 1934, "M. Philippe Henriot à Epinal et autres incidents...". Laederich est cité par dans un écho d'un journal parisien: Bec et ongles, 2 avril 1932
  39. Annuaire national des officiers de réserve, édité par l'UNOR
  40. Né le 16 avril 1883, il est aussi maire de Moussey, conseiller général du canton de Senones de 1930 à 1937, lieutenant-colonel de réserve, titulaire de la croix de guerre et de la Légion d'honneur. Il est entré aux Ets Laederich en 1911 et a gravi assez rapidement les échelons. Il est aussi président d'honneur du Front national de Saint-Dié en 1935 et, comme son patron, il est proche du PSF et du RNL à partir de 1936. Les deux hommes sont souvent cités ensemble dans les comptes-rendus de presse qui listent les personnalités assistant aux réunions politiques des années 1930. Il a également été membre du conseil départemental pendant l'Occupation. Mais il a mis le groupe Laederich au service des maquisards de Moussey et des prisonniers évadés ( fabrication de faux papiers, asile ). Il a été arrêté par les Allemands le 24 septembre 1944 et rendu responsable des actes de résistance commis sur le territoire de la commune de Moussey. Il meurt en déportation à Dachau, le 24 janvier 1945. Cf. http://www.resistance-deportation.org/spip.php?article58
  41. Le Temps, 27/4/1935
  42. Le Matin, 27/6/1935
  43. François Moulin, op. cit., p. 277 et 299, Jean-François Colas, dans Histoire de l'Europe libérale, op. cit., p. 265
  44. Jean-François Colas, dans Histoire de l'Europe libérale, op. cit., p. 268
  45. Pierre Durupt, Hommes et femmes du textile dans les Hautes-Vosges: influences sociales et culturelles de l'industrie textile sur la vie des vallées vosgiennes aux XIXe et XXe siècles, Société d'histoire locale de Remiremont et de sa région, 1990, p. 105. Ce bi-hebdomadaire, paraissant le mercredi et le samedi, couvre l'arrondissement de Remiremont depuis 1888. Ce journal a été très nettement républicain depuis sa création mais il a évolué progressivement vers la droite. Il est longtemps contrôlé par l'industriel Edouard Pinot, de Rupt-sur-Moselle. Il est dirigé par Charles Courtin-Schmidt, qui abandonne la fonction de rédacteur en chef à Gustave Lesaing ( 1888-1981, catholique militant - membre du comité de l'Union diocésaine des Vosges de l'ACJF, orateur de la Fédération des catholiques vosgiens affiliée à la Fédération nationale catholique - et militant « républicain national », futur résistant et président de l'Union mutualiste des Vosges ) à partir du début de l'année 1937. Ce dernier fait du périodique un journal nettement marqué à droite, très hostile au Front populaire et au communisme, prônant sans relâche l'union des "nationaux" et soutenant le Parti social français. Le journal a été en voie de réorganisation à la fin de l'année 1936 : les administrateurs les plus âgés, en place depuis 1904, ont laissé la place à une nouvelle génération d'administrateurs, parmi lesquels Georges Laederich.
  46. Revue d'histoire de la Deuxième Guerre mondiale, Comité d'histoire de la Deuxième Guerre mondiale, Société de l'histoire de la guerre, Centre national de la recherche scientifique, Presses universitaires de France, 1974, p. 98, Le Monde, 23/5/1949, Annie Lacroix-Riz, Le choix de la défaite, les élites françaises dans les années 1930, Armand Colin, 2010: cette historienne décrit les commanditaires de l'agence comme une « nébuleuse patronale catholique ». Laederich est cependant protestant.
  47. Claude Ferry, "L'Express de l'Est ( 1921-1944 )", in "L'Est républicain 1889-1989. Le quotidien dévoilé", Éditions de l'Est, 1990, p. 71, François Moulin, op. cit., p. 299
  48. a et b Jean-François Colas, dans Histoire de l'Europe libérale, p. 266
  49. Journal officiel, 31 octobre 1940
  50. Journal officiel, 23 mars 1942
  51. Michèle Cointet-Labrousse, Vichy et le fascisme. Les hommes, les structures, les pouvoirs, Bruxelles, Ed. Complexe, 1987, p. 64; Michèle Cointet, Le conseil national de Vichy : vie politique et réforme de l'État en régime autoritaire, thèse de doctorat, Université de Paris X-Nanterre, 1984, Le Temps, 26 janvier 1941
  52. Le Journal, 12/6/1941, Informations générales, 27/5/1941, Ibid., 17/6/1941, p. 752
  53. Le Journal, 15/11/1941, Ibid., 29/10/1941, Informations générales, 4/11/1941, Ibid., 18/11/1941
  54. Le Petit Parisien, 7/1/1942
  55. Le Monde, 22/11/1969. Frédéric Charpier écrit faussement qu’il a été « longtemps le patron de l’Union des industries textiles » ( Frédéric Charpier, Génération Occident, Seuil, 2005, p. 150 ) alors qu'il a démissionné ( ou été démissionné ) en 1944. Il siège à son bureau à partir des années 1950.
  56. Le Matin, 17/5/1944 ( avec une photographie de Laederich et des autres dirigeants du Conseil )
  57. Jean-François Colas, dans Histoire de l'Europe libérale, op. cit., p. 265
  58. Ibid., op. cit., p. 268
  59. Henry Coston, Dictionnaire de la vie politique française, Paris, La Librairie française, 1967, p. 553-554 et p. 589.
  60. Jean-Pierre Harbulot, op. cit.
  61. L'Echo de Nancy, 7 août 1942, "Le grand industriel vosgien M. Georges Laederich parle de la Relève"
  62. L'Ouest-Eclair, 4 novembre 1942
  63. L'Echo de Nancy, 17 novembre 1942: "Le Lien publie son cahier de novembre"
  64. Qui appelle à collaborer loyalement après l'entrevue de Montoire: cité par Le Petit Parisien, 4 novembre 1940
  65. L'Echo de Nancy, 23 mars 1944, "Le docteur Bran à Epinal"
  66. L'Echo de Nancy, 22/23 novembre 1941
  67. Édité à Epinal, ed. du Sapin d'or, 1976, p. 250-255. Il se fonde sur les accusations du procureur lors du procès.
  68. François Moulin, op. cit., p. 296-300, Annie Lacroix-Riz, Industriels et banquiers français sous l'Occupation, Armand Colin, 2013. Son fils François, né en 1925, a été déporté en 1944 à Buchenwald
  69. Richard Vinen, The politics of french business 1936-1945, Cambridge University Press, 2002, p. 195-196. L'auteur présente faussement Laederich comme « the head of the Comité d’organisation for the textile industry ». Laederich avait aidé Warnier en juin 1940, losque ce-dernier fut blessé.
  70. Jean Garrigues, Les patrons et la politique :150 ans de liaisons dangereuses, Perrin, 2011 , p. 202
  71. Sigfrido M. Ramirez Pérez, « The European Committee for Economic and Social Progress : business networks between Atlantic and European Communities », dans Wolfram Kaiser, Brigitte Leucht, Michael Gehler ( dir. ), Transnational networks in regional integration - Governing Europe, 1945-1983, Palgrave Macmillan, 2010, p. 61-84 ( Laederich est cité en note, p. 83 ), Jean-François Colas, dans Histoire de l'Europe libérale, op. cit., p. 266
  72. Jean-François Colas, Histoire de l'Europe libérale, op. cit., p. 271
  73. Jean-François Colas, dans Histoire de l'Europe libérale, op. cit., p. 273
  74. Le Monde, 15/10/ 1955, Centenaire du maréchal Pétain, 1856-1956, p. 7-9, Bulletin de l'ADMP, no 14, octobre 1955. Il prend part au déjeuner privé en avril 1956 au domicile de Me Jean Lemaire
  75. Le Maréchal (organe de l'ADMP ), no 43, août-septembre 1964, no 51, mars-avril 1966, no 53, juillet-août 1966, no 56, janvier 1967, no 59, juillet-septembre 1967, no 64, mars 1968. Le Maréchal fait part de sa « profonde émotion » pour annoncer son décès dans les numéros de novembre et de décembre 1969
  76. Le Monde, 24/12/1960
  77. Le Monde, 28/11/1967
  78. Le Monde, 3/11/1966. Aux côtés du général Lionel-Max Chassin, d'André François-Poncet, du président de l'Union des intellectuels indépendants ( Me Cathaha ), de Jean Baylot, ancien préfet de police, de la militante anticommuniste Suzanne Labin, de Marcel-Edmond Naegelen, du Colonel Rémy, vice-président du CEPEC, d'André Lafond, de Louis Rougier, de Dominique Venner, d'Horace Savelli, etc.
  79. Quelques erreurs factuelles concernant Laederich