Gaulois (langue)

Gaulois
Période ? millénaire av. J.C. jusqu'au Ve siècle
Extinction Ve siècle (environ)
Région Gaule
Typologie supposée SVO, flexionnelle
Classification par famille
Codes de langue
ISO 639-2 cel[N 1]
ISO 639-3
Variétés :
xtg – gaulois transalpin
xcg – gaulois cisalpin
xga – galate
xlp – lépontique
IETF xcg, xtg, xga, xlp

Le gaulois (autrefois aussi appelé gallique[1]) est une langue celtique, du groupe celtique continental, qui a été utilisée en Gaule et parlée par les peuples gaulois jusqu'au Ve siècle[2],[3].

Les connaissances liées à cette langue sont lacunaires car les Celtes ont privilégié l’oralité et la mémoire pour la transmission des connaissances. Outre le fait que la « parole écrite est morte », Jules César note dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules que les vers appris auprès des druides ne doivent pas être écrits[4].

Le gaulois est considéré comme éteint depuis le Ve siècle, mais de nombreux mots subsistent dans certaines langues d'Europe[5] et surtout dans la toponymie.

Généralités

On ne connaît encore que peu de choses de la langue gauloise, dont les attestations sont très parcellaires, et généralement recueillies sur des objets votifs, à l'exception de trois pièces majeures : les plombs du Larzac, de Chamalières et de Lezoux. On a aussi retrouvé un grand calendrier à Coligny, dans l'Ain, comportant de nombreux mots gaulois.

Usage de l'écriture

Les Gaulois, de tradition orale, n'utilisaient pas un alphabet propre, mais ont emprunté celui des Grecs, des Étrusques ou des Latins, auxquels ils ajoutaient des lettres, comme le tau gaulois, pour retranscrire les sons absents dans ces langues. La rareté des attestations écrites serait due à une particularité religieuse[6]. Une remarque de saint Jérôme vers 387 dans un commentaire sur l'Épître aux Galates de saint Paul évoque le fait que les Trévires parlaient presque la même langue que les Galates[7].

Variantes dialectales

Les Gaulois parlaient vraisemblablement plusieurs dialectes d'une langue celtique, bien que l'idée de dialectes du gaulois ne s'appuie pas sur des preuves solides à l'heure actuelle[8] ; ceux-ci ont certainement côtoyé des populations de langues préceltiques hétérogènes, du moins dans certaines régions, notamment au sud, qui occupaient des zones importantes et dont il ne reste de traces que dans de rares inscriptions et dans l'onomastique (pour le « ligure », par exemple, les noms en -asc/osc : Manosque, etc.). Il paraît impossible de connaître l'influence de ces substrats sur la dialectalisation et l'évolution du gaulois (à ce sujet, on pourra consulter l'article sur la toponymie française).

Alors que la langue gauloise présente une grande homogénéité dans les inscriptions de l'Angleterre jusqu'à l'Italie du Nord[9], quelques traits dialectaux sont décelables :

  • les formules de dédicace du type δεδε βρατουδεκαντεν (dede bratoudekanten) « a offert par reconnaissance, en paiement de la dîme » sont spécifiques à la Gaule narbonnaise[9] .
  • dans l'Est de la Gaule, /-kw-/ semble s'être conservé entre voyelles dans certains noms au lieu de se transformer en /-p-/ : Sequana « Seine », equos (mois du calendrier de Coligny)[9] ...
  • en Gaule belgique, /-nm-/ n'est pas devenu /-nw-/ comme c'est le cas au centre et au Sud de la Gaule, ainsi que dans les langues brittoniques : anman-be « avec le nom » chez les Sénons à côté d'anuana « noms » dans le Larzac, enuein « noms » en vieux gallois. De plus, le nom Menapii « Ménapiens » n'y a pas connu l'assimilation des voyelles en *Manapii, courante dans le sud de la Gaule, en territoire brittonique et en Irlande[8].

Parenté et dérivés

Le gaulois fait partie du groupe celtique continental (appartenant à la famille indo-européenne) : toutes ces langues sont aujourd'hui éteintes, même si quelques mots subsistent dans certaines langues d'Europe et surtout dans la toponymie (noms de villes en -euil, -jouls etc.). Toutefois, le gaulois, pour le peu qu'on le connaisse, semblait posséder plusieurs étymons pour désigner ou qualifier un même sujet ; quelques exemples : alauda et coredallus signifiaient « alouette », bo, bou ou oxso pouvait désigner « un bœuf » ou « une vache », volco et singi pouvait être « le faucon », baidos, eburo et turcos « le sanglier », dallo (cf. breton dall) et exsops mot à mot « sans yeux » pouvait signifier « aveugle », suadus, minio ou meno et blando représentaient le mot « doux », le mot « ami » était rendu par ama, amma, ammi ou amino et caru, caro ou caranto, pour bouche on retrouve bocca, gobbo, genu (breton :genoù, latin idem, utilisé pour désigner « genou » par la suite), et manto ou manti (signifiant aussi « mâchoire » ou « mandibule ») , et ainsi de suite.

À une époque, certains ont tenté, à la suite de François Falc'hun, d'expliquer les particularités du dialecte vannetais du breton par l'influence d'un substrat gaulois. Aujourd'hui, la plupart des linguistes ont rejeté cette hypothèse et expliquent, a contrario, certaines de ces particularités dialectales par l'existence d'un substrat gallo-romain plus important dans la région de Vannes (cf. les explications dans l'article sur la langue bretonne).

L'une des langues les plus proches du gaulois était le galate, dont il ne reste que peu de traces ; les Galates étaient en effet de proches cousins des peuples gaulois[réf. nécessaire]. Leur langue, morte également, est classée dans le même groupe celtique continental que le gaulois, le lépontique et le celtibère, ces derniers connus par quelques inscriptions[9].

Postérité

Alors que le latin est la langue de l'élite romaine ou romanisée, et la langue littéraire, juridique et administrative de la Gaule, le gaulois, de tradition orale puisqu’il ne s’écrivait pas ou peu, continue d'avoir une fonction de langue d’échange jusqu'au IIIe siècle dans les centres urbains qui ont connu un essor rapide sous les Romains et encore postérieurement comme langue quotidienne dans les milieux ruraux, notamment ceux éloignés des grands centres de romanisation que sont les villes et la Méditerranée. On ignore jusqu’à quel point la langue gauloise a pu influencer le français. Son apport lexical se réduirait à une centaine de mots courants[10], dont une partie proviendrait d’emprunts du latin au gaulois. Il se manifeste surtout par des mots attachés au terroir (tels que char/charrue, arpent, auvent, bâche, béret, borne, alouette, bruyère, bouleau, chêne, if, druide, chemin, suie, caillou, galet, marne, mégot, soc, etc.), aux produits qui intéressent peu le commerce romain (tels que ruche[11], mouton, crème, raie, tanche, vandoise, tonneau[12], jarret, etc.) ou aux toponymes (Voir toponymie française)[13] :

Phonologie

Le système phonologique du gaulois est assez bien connu dans son ensemble, à l'exception de l'accentuation[9].

Voyelles

Les voyelles gauloises sont les suivantes : /a/, /e/, /i/, /o/ et /u/ ; lesquelles ont également une forme longue : /aː/, /eː/, /iː/, /oː/ et /uː/. La graphie ne distingue pas les voyelles longues des brèves, sauf pour /iː/ qui est parfois noté « ει » ou « ί » dans des inscriptions en alphabet grec, en alternance avec ι (i)[14].

Il existe également des diphtongues : « au », « ou », « eu », dont la prononciation est interprétée comme étant : /au̯/, /ou̯/ et /eu̯/[14]. Cette dernière, considérée comme archaïque, est devenue /ou̯/ en gaulois classique.

De même, la diphtongue /ai̯/ du gaulois archaïque est devenue /iː/ en gaulois classique. On ne la trouve que dans désinences, par exemple le datif singulier en « -αι » (-ai), devenu « -i » dans les inscriptions en alphabet latin.

Les diphtongues /ei̯/ et /oi̯/ sont apparues tardivement. Par exemple, sous l'effet de la disparition de consonnes intervocaliques (-v-, -g-) : ainsi boii « les Boïens » proviendrait de *Bogii.

Consonnes

Les consonnes gauloises sont les suivantes. Du fait des contraintes liées à l'alphabet italique, les consonnes occlusives sourdes et sonores ne sont pas distinguées dans les inscriptions gauloises l'utilisant[15].

bilabiales alvéolaires vélaires palatales
occlusives sourdes p t k
occlusives sonores b d g
fricatives s x/ʃ
affriquées t͡s
spirantes l w j
nasales m n
roulées r

Il existe certaines modifications, ainsi :

  • devant /g/ et /k/, /n/ se change en /ŋ/[16].
  • les consonnes occlusives, nasales, ainsi que /l/ et /r/, peuvent être géminées. Ce redoublement n'est pas toujours noté, par exemple le suffixe diminutif -illos est parfois écrit -ilos[16].
  • le /x/ apparait devant /s/ et /t/. C'est l'altération d'un ancien « *k », « *g » ou « *p » dans cette position. Le /ʃ/ est d'ordinaire noté « χ » en alphabet gallo-grec et « x » en alphabet gallo-latin[17]. On a ainsi par exemple : Uercingetorix (« Vercingétorix ») sur des pièces de monnaie gauloise, sextan (« sept ») issu de l'indo-européen *septṃ. Toutefois, dans les inscriptions en alphabet latin, « x » peut noter /xs/ et « xt » noter /xt/. Le son /g/ se transforme parfois en /x/ après /r/. Le « c » latin porte à confusion car il peut s'agir d'un « g » peu lisible. On trouve le nom de l'argent écrit arganto-, arcanto-, *arxant-.
  • le /t͡s/ ou /s⁀t/ évolue vers /s/. En alphabet gallo-grec, on le note θ ; dans l'alphabet gallo-latin, il a été adapté sous la forme « đ » et en Gaule belgique également l'usage de « ꞩ » et « ꞩꞩ »[8],[18].
  • le /w/ initial devant /l/ a pu prendre une prononciation sourde : */ɸ/, voire */f/. C'est ce que laisse supposer flatucia comme variante de ulatucia[19].

Alphabets

L'alphabet gallo-étrusque du gaulois cisalpin manque de précision pour noter la prononciation, notamment il ne distingue pas les consonnes occlusives sourdes et sonores (soit /t/ de /d/ et /k/ de /g/). L'alphabet gallo-grec, diffusé à partir de Marseille, adapte l'alphabet grec, avant d'être supplanté par une adaptation de l'alphabet latin[9].

Alphabet latin Alphabet grec Alphabet celto-étrusque Valeur
a α
ά
𐌅 /a/ ; /aː/
b β /b/
c
q[a]
ϰ 𐌊 /k/
d δ 𐌗 /d/
đ ϑ
θ
𐌑 (en tant que variante des formes ᛗ et ᛞ) /t͡s/ ou /s⁀t/
e ε 𐌄 /e/ ; /eː/
f [b] [?]
g 𐌙
𐌊
/g/
i
í
ι
ί
𐌉 /i/ ; /iː/ ; /j/
l λ 𐌋 /l/
m μ 𐌌 (dont la variante 𐌑) /m/
n ν 𐌍 /n/
o ο 𐌏 /o/ ; /oː/
p π /p/
r ρ 𐌃 /r/
s σ[c]
ς[d]
𐌔 /s/
t τ 𐌕
𐌗
/t/
u υ
ου
ωυ
οου
ύ
𐌖 /u/ ; /uː/ ; /w/
x χ
ξ (en finale)
𐌙 /x/
  1. N'apparait que dans très peu d'inscription en concurrence avec le c. N'est pas utilisé en dehors de ces cas.
  2. « f » est très incertain. X. Delamarre le cite deux fois à « frogna » et « frut(u)a » comme variante du groupe « sr- » en initiale.
  3. Il s'utilise en début ou dans le mot.
  4. Il s'utilise en finale.

Grammaire

Morphologie

La rareté des documents écrits explique qu'il soit très difficile de reconstituer la morphologie de la langue gauloise.

Déclinaisons

Le gaulois avait une déclinaison à six ou sept cas : nominatif, accusatif, génitif, datif, vocatif et instrumental/sociatif ; l'existence d'un locatif est supposée pour la déclinaison des thèmes en -o-[20].

La déclinaison, pour ce qu'on en connaît, rappelle fortement celles du grec et du latin.

Thème en -o

Le thème en -o est le mieux attesté ; il correspond à la seconde déclinaison du latin et du grec. Comme les langues romanes modernes, les langues celtiques modernes n'ont plus de neutre, d'où la difficulté de définir le genre de bon nombre de termes gaulois.

Ce thème se décline ainsi (exemples : uiros « homme » (masc.) et nemeton « sanctuaire » (neutre))[21],[22] :

uiros « homme » (masc.) nemeton « sanctuaire » (neutre)
singulier attestation[A 1] pluriel attestation[A 1] singulier attestation[A 1] pluriel attestation[A 1]
nominatif uiros L-14, etc. uiroi (archaïque)
uiri
archaïque : G-123, etc.
L-12, etc.
nemeton
nemetom
L-98, L-66, etc. nemeta L-50, L-51, etc.
accusatif uiron
uiro (tardif)
L-100, etc.
tardif : L-7
uirus L-32, etc. nemeton
nemeto (tardif)
L-100, etc.
tardif : L-7
nemetus L-32, etc.
génitif uiri L-13, etc. uiron
uirom
L-100, etc. nemeti E-5, L-13, etc. nemeton
nemetom
L-100, etc.
datif uirui (ancien)
uiru (tardif)
ancien : G-208, G-70, etc.
tardif : L-51, L-9, etc.
uirobo L-15, etc. nemetui (ancien)
nemetu (tardif)
ancien : G-208, G-70, etc.
tardif : L-51, L-9, etc.
nemetobo L-15, etc.
instr./sociatif uiru L-51, G-154, etc. uirus G-153, L-14, etc. nemetu L-51, G-154, etc. nemetus G-153, L-14, etc.
locatif uire L-79 [?] [?] nemete L-79 [?] [?]
  1. a, b, c et d Les attestations sont indiquées par les numéros d'enregistrement des inscriptions dans les recueils. Ces renvois ne sont pas exhaustifs.

Le génitif en -i paraît être une innovation commune aux langues indo-européennes occidentales (latin, celte), mais c'est aussi le génitif le plus commun en arménien. L'instrumental pluriel attendu est en -us mais des formes en -obi sont attestées (messamobi, gandobi) et il y a peut-être eu réfection sur les autres termes comme en vieil irlandais[réf. nécessaire].

Thème en -a

Le thème en -a correspond à la première déclinaison latine et grecque. Il se double de thèmes en -i/-ia que l'on retrouve en sanskrit. En gaulois tardif, les deux thèmes tendent à fusionner. Ces thèmes se déclinent ainsi (exemples : touta « peuple » et riganîa « reine ») :

touta « peuple » riganîa « reine »
singulier pluriel singulier pluriel
nominatif tout-a tout-as rigan-ia rigan-ias
accusatif tout-an, -en tout-as rigan-im rigan-ias
génitif tout-as, -ias tout-anon rigan-ias rigan-ianon
datif tout-ai > e > i tout-abo rigan-i rigan-iabo
instr./sociatif tout-ia tout-abi rigan-ia rigan-iabi
Autres thèmes

Les autres thèmes vocaliques sont peu attestés, mais on peut les reconstituer (notés * dans les exemples). Il existe des thèmes athématiques consonantiques à semi-voyelles, dont la déclinaison est très proche de la troisième déclinaison latine :

Semi-voyelle i/u (exemples : vatis « devin » et mori « mer ») :
vatis « devin » mori « mer »
singulier pluriel singulier pluriel
nominatif vat-is vat-is < -eis mor-i mor-ia
accusatif vat-in, -im vat-îs mor-i mor-ia
génitif vat-es < -eos vat-ion mor-es mor-ion
datif vat-e vat-ibo* > ebo mor-e mor-ibo*
instr. / sociatif vat-î* vat-ibi* > ebi mor-î* mor-ibi*
magus (m.) : « garçon, valet » et medu (n.) « hydromel » :
magus (m.) « garçon, valet » medu (n.) « hydromel »
singulier pluriel singulier pluriel
nominatif mag-us mag-oues med-u med-ua*
accusatif mag-un mag-us* med-u med-ua*
génitif mag-os < ous mag-uon med-os med-uon
datif mag-ou mag-uebo med-ou med-uebo
instr./sociatif mag-u mag-uebi* med-u med-uebi*

Conjugaisons

Tablette de l'Hospitalet-du-Larzac conservée au musée de Millau (Aveyron).

La conjugaison des verbes gaulois est encore plus mal connue. Il semble que le gaulois, à l'instar du grec ancien, ait conservé de l'indo-européen commun des verbes en -mi (athématiques) et en (thématiques). Le gaulois aurait possédé, comme le grec ancien, cinq modes (indicatif, subjonctif, optatif, impératif et infinitif, ce dernier sous la forme d'un nom verbal) et au moins trois temps (présent, futur, prétérit).

Présent de l'indicatif
thématique thématique à pronom suffixé athématique passif
1 pers. sing. -u -umi -mi
3 pers. sing. -it -t
3 pers. plur. -ont(i) -ant -entir
Présent du subjonctif
2 pers. sing. -es
3 pers. sing. -set
3 pers. plur. *-ont
Futur

Formé à partir d'un désidératif en *-sye-/*-syo-

déponent
1 pers. sing. -sio -osior
3 pers. sing. -(s)siet
3 pers. plur. -siiont

Forme à redoublement de la racine sag- : siaxso provient de *sisag-s-, comme le vieil irlandais siass- « cherchera »[8].

Optatif

Une forme d'optatif probable, déponente, avec un suffixe -si :

3 pers. du sing. : -sintor

Impératif

À la 2e personne du singulier, plusieurs formations.

  • Pas de désinence dans des thèmes verbaux terminés par -i.
  • -e
  • -se ou -s, peut-être dérivés d'une désinence *-si qui formait à l'origine des subjonctifs.
Prétérit

Des formations d'origines diverses :

Anciens parfaits à redoublement

δεδε (dede) « a donné », d'un indo-européen *dhe-dhh1-e, de la racine *dheh1- « placer, offrir ».

ειωρου (eiôrou) / ieuru « a offert », prononcés /ẹọroṷ/, d'un indo-européen *pe-por-(H)-.

Anciens parfaits sans redoublement

D'un thème verbal au degré *o : αουωτ / au(u)ot, tioinuoru ...

Ancien aoriste sigmatique

Readdas « il a donné », comparable au vieil irlandais do-rat « il a donné », s'analyse *ro-ad-da-s-t, de *pro-ad-dhh2-s-t : le gaulois tardif re- « avant » de l'indo-européen *pro-, *ad « à », la racine verbale *dheh2-, le suffixe d'aoriste -s, la désinence -t de 3e personne du singulier.

Suffixe -i d'origine obscure

καρνιτου (karnitou) « a amoncelé »; logitoi « a établi ».

L'infinitif

L'infinitif fait défaut en celtique. À sa place on trouve en celtique moderne :

Il serait possible que le gaulois ait eu une forme infinitive en -AN, similaire au germanique. Toutefois, l'infinitif germanique provient du suffixe indo-européen de noms d'action *-ono-[23] alors que les infinitifs du breton moderne en -añ (-a /-an) dérivent du suffixe vieux breton -am, parallèlement au gallois -af et au cornique -a[24]. Le celtibère possédait un infinitif en -unei[25].

Un nom verbal a été trouvé sur les inscriptions de Châteaubleau : UEION-NA, UEIOM-MI[8]

Syntaxe

La syntaxe du gaulois est encore quasiment inconnue. On a reconnu quelques coordinations, peut-être quelques pronoms relatifs, anaphoriques et démonstratifs.

L'enclise

Les pronoms et les particules de phrases peuvent être suffixés ou infixés[9].

L'enclise des pronoms après les prépositions est générale dans les langues celtiques. Le vieil irlandais rib « à vous » est comparable au gaulois RISSUIS de même signification, formé de ris « avant, pour » (correspondant à pris- dans la latin priscus « ancien ») et de suīs « vous » (issu de *swēs, de l'indo-européen *(s)wes- / *(s)wos-).

Des démonstratifs semblent être infixés entre le préverbe et le verbe, par exemple so dans TOŚOKOTE.

Des particules relatives se suffixent aux verbes, ainsi -io dans DUGIIONTIIO « qui honorent », mais s'infixe dans ATEIOGNIOU « que je connais »[8]

Ordre des mots

L'ordre des mots dans la phrase paraît être de préférence sujet-verbe-compléments[9]. L'ordre verbe-sujet se rencontre moins souvent : c'est le cas de phrases avec le verbe ieuru (« a offert »), dans lesquelles les mots au datif et à l'accusatif se placent librement avant ou après.

Lorsque le verbe est omis, le nom d'un dieu au datif se situe à la deuxième place entre le sujet et le complément d'objet, alors que sa place est libre dans le cas d'une phrase où le verbe est exprimé.

Quand le sujet est un pronom, il est enclictique, c'est-à-dire suffixé au verbe.

Lexique

Vocabulaire courant

Des objets familiers ont servi à écrire des messages brefs, parfois clairement traduisibles[9] :

NEĐĐAMON DELGU LINDA « Je contiens la boisson des suivants » (Trouvé à Banassac gravé sur une coupe)

  • neððamon « le plus proche » : superlatif au génitif pluriel avec suffixe -amo-, comme dans le vieil irlandais nessam, le gallois nesaf, le moyen breton nessaff, à partir d'un comparatif, voir le gallois nes « plus proche ».
  • delgū :1ère personne du singulier, d'un indo-européen *delgh- « tenir, contenir », voir le gallois daly / dala, le breton « dalc'h- » « tenir ».
  • linda : neutre à l'accusatif pluriel, voir le vieil irlandais lind « boisson ; étang », le gallois llynn « boisson ; lac », le breton lenn.

GENETA IMI DAGA VIMPI « Je suis une jeune fille bonne et belle » (Trouvé sur un peson de fuseau près de Sens)

  • genetā « jeune fille (ou fille) » : voir le gallois geneth « jeune fille » (voir le russe женщина)
  • imi « je suis » : ιμμι (immi) en gallo-grec, de l'indo-européen *h1es-mi
  • dagā : en vieil irlandais deg-, dag- « bon / bonne », gallois da « bon / bonne »
  • vimpi : voir le gallois gwymp « joli(e) »

Noms de nombres

Les comptes de potiers de La Graufesenque ont révélé les nombres ordinaux de 1 à 10[9].

gaulois étymologie breton gallois vieil irlandais
premier CINTVX- = *cintuxsos

/ Cintusmus

*kintu-kso- (comparatif)

/ *kintu-samo- (superlatif)

kentoc'h « plus tôt»

/ kentañ « 1er »

/ cyntaf « 1er » cét « d'abord »
second ALLOS, ALOS indo-euro. : *h2él-(y)-os « autre ». cf latin : alius « autre » eil ailvieux gall. : eil all
troisième TR- = *tritios, Tritios *tṛtyos ← indo-euro. : *tréy(es) « 3 »[23]. cf latin : tertius trede ← vieux bret. : tride, trete[24] trydydd ← vieux gall. : tritid[24] treide
quatrième PETVAR- = *petuarios indo-euro. : *kwetwór(es) « 4 »[23], avec suffixe -yo- pevare ← vieux bret. : petguare[24] pedwarydd ceithre
cinquième PINPETOS indo-euro. : *pénkwe « 5 », avec suffixe -to-. cf latin : quintus, grec : πεμπτός pemped pymhed coíced
sixième SVEXOS = *suexsos indo-euro. : *sweks « 6 », avec voyelle thématique -o- c'hwec'h « 6 » chwech « 6 » « 6 »
septième SEXTAMETOS

/ SEXTAN « 7 »

suffixe -e-to-

/ indo-euro. : *séptṃ « 7 »

seizhved

/ seizh « 7 »

seithfed

/ saith « 7 »

sechtmad

/ secht « 7 »

huitième OXTVMETO- = *oxtūmetos

/ *oxtū « 8 »

terminaison -meto- empruntée au précédent

/ indo-euro. tardif : *oktō « 8 », de *oktoH(u)[23]

/ eizh « 8 » / wyth « 8 » / ocht « 8 »
neuvième NAMET- = *nāmetos *nawametosindo-euro. : *nówṃ / néwṃ « 9 », avec suffixe -to-. nav « 9 » vieux bret. : nau « 9 »[24] naw « 9 » nói « 9 »
dixième DECAMETOS indo-euro. : *dékṃ « 10 », avec suffixe -e-to-. dekved ← vieux bret. : decmet[24] degfed dechmad

Conjonctions et adverbes de coordination

  • AC : conjonction de coordination + emploi instrumental-sociatif « avec » ; (cf bret hag, anc gall ac, gall a, irl ag « et »)
  • -C : « et », suffixe de coordination entre 2 syntagmes de même nature (verbes, noms) (cf anc irl -ch) ;
  • ETI (adv.) : « de même, encore » (cf. latin etiam) - préposition (cf. latin idem ou item) ;
  • ETIC : « et encore », introduit une relative à l’instrumental ou un dernier élément de liste ;
  • EXTOS, EXTER* : « mais » (cf gall eithr « sauf », anc irl echtar) ;
  • COETIC : « et aussi », v. etic ;
  • NEUE* : « ou » ; (cf gall neu, écos neo)
  • NU : « maintenant, actuellement » (cf néerl, irl & gall nu) ;
  • TONI (adv) : « alors ; ensuite, puis ; de plus, en outre » (cf angl then, néerl dan, all dann, lat tum) ;
  • -UE : « ou », suffixe de coordination ;

Adverbes

  • AIUSAS : « pour toujours » (cf gall eisoes)
  • DESI : hier ; (cf gall ddoe, doe, br dec'h, anc irl indé, écos an-de, mann jei)
  • ETI : encore ; (cf bret eta « donc », gall eto « de nouveau », irl eadh « ainsi »)
  • MOXSOU* : bientôt, tôt ; (cf gall moch, irl moch, lat mox)
  • NU : maintenant ; (cf irl nu)
  • SINDIU : aujourd’hui ; (cf bret hiziv, gall heddiw, irl andiu, écos an-diu, mann jiu)
  • Sinnoxti* : cette nuit ; (cf bret henozh, gall heno, anc irl anocht).
  • TONI : alors, puis ;
  • INTE + adj. D masc. ou N : adverbe de manière en « -ment » - ex. inte marou (cf gall yn fawr, br ent-) = grandement

Prépositions et préfixes

  • AD : « vers, à » ; prép. + accusatif (cf anc irl ad- préverbe, anc gall ad « à ») adomi
  • AMBI : « autour, près de ; au sujet de » ; réfléchi (cf bret em, gall am, irl im)
  • ANDE : « sous » ; (cf bret dan, irl ann)
  • APO : « avec » ; (cf bret a, gall â)
  • ARE : « devant, auprès » ; prép. + dat. (cf gall bret er, irl air « sur »)
  • ATE : « de nouveau » ; (cf gall bret ad-, anc irl ath-, aith- « re- »)
  • AU : « de, en provenance de » ; prép. + génitif / datif (cf gall o « de », irl ó, bret vannetais a)
  • CANTA : « avec » ; prép. → Kantimi (avec moi) (cf. gall bret gant « avec », irl gan « sans »)
  • COM, CON : « avec, en entier » ; préfixe (cf. bret ken, kem, kev, gall cyf-, irl comh)
  •  : (1) « de, venant de (éloignement, séparation) » ; (2) « de (partitif) » ; (3) « sans », préfixe négatif ou intensif ; préposition + dat. (cf bret di, gall y, irl )
  • ENTER, ENTAR : « entre » ; prép + acc. (cf. bret etre, gall ithr, irl eidir)
  • ERI : (1) « par, au nom de, pour » ; (2) « autour de » (cf bret er « car », gall er « pour », irl air « car »)
  • ES : « hors de, sortant de » ; prép. + dat. (cf. bret eus, gall ech, irl as)
  • IN, ENI : « dans » ; préf. et prép. + dat. & acc. ; → Enimi (en moi) (cf. bret en, gall yn, irl a n-)
  • ISSOU : « dessous, au pied de, au-dessous de » ; préf. et prép. + dat. (cf bret is « bas, inférieur », gall is, irl is)
  • MEDIO : « au milieu de, au sein de » ; (cf. bret mez, anc irl mide)
  • RACO : « devant, avant » (cf bret araok « avant », rak, dirak « devant », gall rhag)
  • SEPOS (acc) : « excepté, au-delà, outre » > « sans » ; (cf bret hep « sans », gall heb « sans », irl seach « par le passé »)
  • TO : « à, pour », prép.+ datif (to, zu germ.) → Tâmii (pour moi) (cf. br da, irl do « à »)
  • TRE, TRI : « par, à travers » ; préf. et prép. + acc. (cf gall bret tre, irl tri)
  • UXSE : « au-dessus de, en haut de » ; (cf. bret us, uc'h, gall uwch « plus haut », irl ós)
  • VER : « sur, dessus »; préf. et prép. + dat. & acc. (cf bret war, gall ar, gor, irl for)
  • VERTO : (1) « contre, vers, près de » ; (2) « en vue de, pour, envers » (cf bret ouzh, gall gwrth, anc irl fri, irl re)
  • VO : « sous »; préf. et prép. + dat. & acc. (cf gall go, bret gou-, irl fo)

Inscriptions

Plusieurs inscriptions ont été retrouvées qui attestent de l'existence de l'écriture chez les Gaulois. Elles sont en majorité rédigées à l'aide de l'alphabet grec ou, après la conquête, de l'alphabet latin, et se retrouvent notamment en céramologie, numismatique, sur des objets de la vie quotidienne[26].

Inscriptions gallo-étrusques ou gauloises de Cisalpine (VIe siècle av. J.-C. - IIe siècle av. J.-C.)

  • Le lépontique fut utilisé en Gaule cisalpine, aujourd'hui au nord de l'Italie, pour les inscriptions gauloises sur la perle de Münsingen-Rain, le vase de Ptuj, la stèle de San-Bernardino-de-Brion.
  • La variété de l'alphabet nord-étrusque utilisée par les Lépontes a donné naissance à l'alphabet gallo-étrusque que l'on retrouve dans la Plaine du Pô pour noter le gaulois cisalpin, notamment sur la pierre de Todi et la borne de Vercelli[9].

Inscriptions gallo-grecques (IIIe siècle av. J.-C. - Ier siècle ap. J.-C.)

Inscriptions gallo-latines (Ier siècle av. J.-C. - IVe siècle ap. J.-C.)

Pierre dite de Martialis.

D'autres épigraphes ont été trouvés, tels les plombs de Chamalières et du Larzac, le plat de Lezoux, la tablette à defixio de Chartres, les tuiles de Châteaubleau[28], découvertes en 1997 et gravées en cursive latine[29] ou le graffite sur un vase trouvé à Argentomagus[30].

Notes

  1. Code générique.
  2. De même que certaines langues indo-européennes modernes dans d'autres groupes (bulgare, grec moderne, roumain).

Sources

Références

  1. Cf. « gallique » qui renvoie à « gallican ».
  2. Kershaw Chadwick et al. 2001, p. 420
  3. Lambert 2003, p. 10
  4. César 1950
  5. Delamarre 2003
  6. Voir l'article Druide.
  7. « Trévires », histoiredumonde.net.
  8. a, b, c, d, e et f Lambert 1998
  9. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Pierre-Yves Lambert, La langue gauloise, Paris, Errance,
  10. 300 si on agrège tous les mots des dialectes français, 150 si on s'en tient au français courant.
  11. Alors que le mot « miel », produit qui se vend bien, est issu du latin.
  12. Les Romains privilégient l'amphore.
  13. « La langue française : toute une histoire ! », émission de Canal Académie du 31 octobre 2010 avec le linguiste Jean Pruvost
  14. a et b Savignac 2014, p. 15
  15. Delamarre 2008, p. 55
  16. a et b P.-Y. Lambert, La langue gauloise, , p. 43
  17. Savignac 2014, p. 16
  18. Savignac 2014, p. 16
  19. P.-Y. Lambert, La langue gauloise, , p. 44
  20. Éléments de morphologie (déclinaisons) in Dictionnaire de la langue gauloise de Xavier Delamarre (voir bibliographie).
  21. Delamarre 2003, p. 342-346
  22. Savignac 2014, p. 17
  23. a, b, c et d Jean Haudry, L'Indo-européen, Paris, PUF,
  24. a, b, c, d, e et f Albert Deshayes, Dictionnaire étymologique du breton, Douarnenez, Le Chasse-Marée, , 765 p., p. 39
  25. (en) Václav Blažek, « Celtiberian », Département de Linguistique et Langues baltes, Université Masaryk, Brno,‎ (lire en ligne)
  26. Xavier Delamarre, « Que doit le français à la langue gauloise ? », émission le Salon noir sur France Culture, 20 mars 2013
  27. Lejeune 1985
  28. F. Melmoth, « La tuile inscrite de Châteaubleau, in : Dossier "Parlez-vous Gaulois ? " », L'Archéologue, no 59,‎ , p. 18-20
  29. Transcription du texte de Châteaubleau (lecture de P.-Y. Lambert).
  30. Barry W Cunliffe (trad. Patrick Galliou), Les Celtes, Paris, Editions Errance, , 336 p. (ISBN 978-2-877-72203-2, OCLC 47989713), .204

Bibliographie

  • Jules César (trad. L.-A. Constans), Commentaires sur la Guerre des Gaules, (ISBN 978-2-070-37315-4), « Livre VI, 14 »
  • Michel Lejeune, Recueil des inscriptions gauloises : Textes gallo-grecs, t. I, Paris, CNRS, (ISBN 2-222-03460-4)
  • Pierre-Yves Lambert, Nouveaux textes gaulois, coll. « Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres », (lire en ligne), p. 657-675
  • Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, Une approche linguistique du vieux-celtique continental, Errance, coll. « Hespérides », (ISBN 2-877-72237-6)
  • Jean-Paul Savignac, Dictionnaire français-gaulois, Paris, Éditions de la Différence, (1re éd. 2004) (ISBN 978-2-7291-2078-8, présentation en ligne)
Source du lexique
  • Nora Kershaw Chadwick, Myles Dillon, Christian-Joseph Guyonvarc'h et Françoise Le Roux, Les Royaumes celtiques, Armeline, , 509 p., livre relié - 24 x 18,5 (ISBN 2-910-87813-9)
  • Pierre Hollocou et Jean-Yves Plourin, De Quimperlé aux Montagnes Noires, les noms de lieux et leur histoire, Emgleo Breiz, 2006, Réf : 702267
  • Albert Deshayes, Dictionnaire étymologique du breton, Douarnenez, Chasse-Marée, (ISBN 2-914-20825-1)
  • Francis Favereau, Addenda au Dictionnaire du Breton Contemporain
  • Pierre-Yves Lambert, La langue gauloise, Description linguistique, commentaire d'inscriptions choisies, Errance, (ISBN 2-877-72224-4)
  • Xavier Delamarre, Noms de lieux celtiques de l'Europe Ancienne. -500 +500. Arles (Errance), 2012.
  • Jean-Paul Savignac, Les Gaulois, leurs écrits retrouvés : "Merde à César, Paris, Éditions de la Différence, (ISBN 978-2-7291-1323-0, présentation en ligne)
  • Albert Dauzat, "Noms prélatins de l'eau en hydronymie", "Toponymie gauloise et galloromaine de l'Auvergne et du Velay", in La Toponymie française, Paris, Payot, 1971
  • Auguste Vincent, "Antiquité, Gaulois", in Toponymie de la France, Brionne, Gérard Montfort, 1980

Compléments

Articles connexes

Liens externes