Gauchisme

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Gauchisme est un terme qu'on trouve dès le XIXe siècle[1] et utilisé pour qualifier l'action politique d'individus ou d'organisations que l'on considère comme étant à gauche.

Histoire

Lénine

Dans son ouvrage La Maladie infantile du communisme (le « gauchisme »), rédigé en 1920, Lénine qualifie ainsi de « gauchistes » certains partis communistes d'Europe, dont il jugeait que leur radicalisme (refus de participer aux syndicats non communistes, rejet du parlementarisme) les coupait des masses et par conséquent les empêchait de s'implanter dans la classe ouvrière. Le terme a été employé pour désigner notamment les conseillistes, mais aussi la gauche communiste dans son ensemble. Par extension, il a été utilisé pour qualifier les différentes tendances de l'extrême gauche.

Critique du léninisme

Le communiste anti-léniniste Otto Rühle, figure du Communisme de conseils, engagé dans des polémiques avec Lénine depuis longtemps[2], a sévèrement critiqué le contenu de cette brochure de Lénine :

« un écrit polémique plein de poison et de bile, agressif, grossier, un tissu de fausses interprétations, de suspicion et de falsifications […] un vrai régal pour tout contre-révolutionnaire […] Quand Hitler interdit en Allemagne en 1933 toute la littérature socialiste et communiste, ce fut le seul écrit dont il maintint la publication. Et il savait ce qu’il faisait[3]. »

Portrait d'Herman Gorter

Le communiste Hollandais Herman Gorter critique lui aussi cette analyse du gauchisme par Lénine dès 1920[4].

À l'inverse, pour bien signifier qu'ils étaient à gauche du léninisme, certains courants se sont eux-mêmes revendiqué du « gauchisme » dans les années 1960. Daniel Cohn-Bendit et son frère Gabriel publient ainsi en 1968 le livre Le Gauchisme, remède à la maladie sénile du communisme, dont le titre se veut une réponse au texte publié par Lénine[5].

Critique du marxisme

En 1949, des anarchistes sud-américains définissent le gauchisme comme :

« une dispute entre marxistes [...], des positions "à droite" de la majorité des tendances anarchistes[6]. »

Critique globale

Le Movimiento Ibérico de Liberación critique le gauchisme comme une mystification.

« La société actuelle possède ses lois, sa justice, ses gardiens, ses juges, ses tribunaux, ses prisons, ses crimes, sa « normalité ». Devant cette situation apparaît une série d’organes politiques (partis et syndicats, réformistes et gauchistes, etc.) qui feignent de contester cette situation alors qu’en fait ils ne font pas autre chose que de consolider la société actuelle. »

&

« Le « gauchisme » n’est pas autre chose que l’extrême-gauche du programme du capital[7]. »

Sociologie

En 1971 le sociologue Richard Gombin[8], dans son livre Les origines du gauchisme, en donne une définition :

« Par gauchisme, nous désignerons cette fraction du mouvement révolutionnaire qui offre ou veut offrir une alternative radicale au marxisme-léninisme en tant que théorie du mouvement ouvrier et de son évolution [...] Le gauchisme apparaît comme une pratique révolutionnaire partout où la lutte des classes rompt le cadre établi par les organisations traditionnelles : partout donc où elle est dirigée à la fois contre le système et contre les directions ouvrières. [...] Tous les gauchistes s'accorderont sur le principe d'autonomie qui exclut, par conséquent, tous les schémas autoritaires, centralisateurs, dirigistes, planificateurs, idéologiques[9]. »

La sociologue et politiste Isabelle Sommier tout en critiquant la définition de Gombin et la dichotomie entre gauchisme culturel et gauchisme politique, donne pour définition :

« Le gauchisme se présente plutôt comme une alternative au communisme orthodoxe. »

Pour l'année 1968, elle relève les estimations de 5000 à 16000 "gauchistes"[10].

Gauchisme culturel et gauchisme politique

Jean-Pierre Le Goff opère un distinguo entre gauchisme culturel et gauchisme politique[11].

Insulte - critique

Le terme a une connotation critique entre mouvements de gauche, où il sert à reprocher à un autre groupe le caractère contre-productif de sa stratégie.

En 1968, le Parti communiste français avait qualifié de « gauchistes » toutes les organisations communistes opposantes, notamment trotskistes. En 1969, l'Internationale situationniste qualifie les partis (la forme parti) de gauchistes[12].

L'expression est employée par des altermondialistes pour fustiger l'attitude de certaines composantes de leur mouvement, par exemple la formation de Black Blocs durant des manifestations.

Par exemple, le 27 août 2015, François de Rugy justifie sa sortie du parti Europe Écologie Les Verts en le qualifiant de « parti qui s'enfonce dans une dérive gauchiste »[13].

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • Lénine, La Maladie infantile du communisme (le « gauchisme ») (lire en ligne sur marxist.org)
  • Daniel Cohn-Bendit et Gabriel Cohn-Bendit, Le Gauchisme, remède à la maladie sénile du communisme, éditions Seuil, Paris, 1968
  • Max Gallo, Gauchisme, réformisme et révolution, éditions Robert Lafont, 1968
  • Claude Prévost, Les Étudiants et le gauchisme, Éditions sociales, 1969.
  • Pierre Sorlin, Lénine et le gauchisme, revue études, juin 1970, pages 805 et suivantes [1] Via Gallica.bnf.fr
  • Richard Gombin, Les Origines du gauchisme, Seuil, 1971.
  • Thierry Pfister, Le Gauchisme, publ. Filipacchi, 1972.
  • Abel Jeannière, « L'enjeu fondamental du nouveau combat social ou les causes cachées du gauchisme », Revue Études,‎ , p. 545-558. Via Gallica.bnf.fr
  • J.-M. Chauvier, "Gauchisme" et nouvelle gauche en Belgique, Numéros 600 à 603 de Courrier hebdomadaire du C.R.I.S.P, Centre de recherche et d'information socio-politiques, 1973[14],[15].
  • Edvard Iakovlevitch Batalov, Marina Vichnevskaïa, et Nathalia Peressada, Philosophie de la révolte : Critique de l'idéologie du gauchisme, Éd. Du Progrès, 1976
  • Théodore Kaczynski, Manifeste de 1971 - l'Avenir de la société industrielle, Climats, 2010
  • Henri Rey, « Les anathèmes gauchistes contre le PCF et la CGT », Savoir/Agir, no 6,‎ , p. 23-28 (lire en ligne). Via Cairn.info.

Références

  1. (fr) Ch Bellangé, Le Parti Républicain, Dentu, .
  2. Otto Rühle contre Lénine : le parti, un outil dépassé ?
  3. Otto Rühle, Lénine combat la Gauche allemande, p. 43. dans Fascisme brun, fascisme rouge, éditions Spartacus, 1975.
  4. Hermann Gorter (graphie moins usuelle du prénom du même auteur), Lettre ouverte au camarade Lénine.
  5. Rey 2008
  6. Textes et circulaires dans le Cahier anarchiste américain (numéro 2), éditions Apatride, Montevideo, 1949.
  7. AUTODISSOLUTION DE L’ORGANISATION POLITICO-MILITAIRE DITE « MIL » Texte du MIL écrit au congrès de Toulouse en août 1973 et publié dans la revue CIA n° 2.
  8. http://www.persee.fr/doc/rfsp_0035-2950_1973_num_23_2_418134_t1_0330_0000_001
  9. Richard Gombin, Les Origines du gauchisme, Seuil, 1971.
  10. Article "Les gauchismes" par Isabelle Sommier dans "Mai-juin 68", sous la direction de Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti et Bernard Pudal; éditions de l'Atelier/éditions ouvrières, 2008, pages 295 et suivantes.
  11. Jean-Pierre Le Goff, Mai 68. L’héritage impossible, Paris, La Découverte, 1998 réédité en 2002 et 2006 (ISBN 2-7071-3654-9).
  12. Lola Miesseroff, Voyage en outre gauche. Parole de francs-tireurs des années 68, éditions Libertalia, 2018.
  13. Raphaëlle Besse Desmoulières, « François de Rugy : « Pour moi, EELV, c’est fini » », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)

    « Je quitte Europe Ecologie-Les Verts car pour moi EELV, c’est fini. Le cycle ouvert par Daniel Cohn-Bendit en 2008 est arrivé à son terme. Aujourd’hui, on n’arrive plus à avoir les débats, ni de fond ni stratégiques, au sein d’un parti qui s’enfonce dans une dérive gauchiste. »

  14. "Gauchisme" et nouvelle gauche en Belgique (I)
  15. « Gauchisme » et nouvelle gauche en Belgique (II)