Gaélique écossais

Gaélique écossais
Gàidhlig
Pays Écosse, Nouvelle-Écosse, États-Unis, Australie
Région Highlands, Hébrides, Île du Cap-Breton
Nombre de locuteurs Environ 57 000 locuteurs en Écosse en 2011[1].

Environ 87 000 personnes âgées de plus de trois ans en Écosse comprennent le gaélique écossais en 2011[1].
Environ 2 000 locuteurs en Nouvelle-Écosse[2].

Typologie VSO, flexionnelle, accusative, accentuelle, à accent d'intensité
Classification par famille
Statut officiel
Régi par Bòrd na Gàidhlig (organe exécutif écossais) et Scottish Qualifications Authority
Codes de langue
ISO 639-1 gd
ISO 639-2 gla
ISO 639-3 gla
Étendue individuelle
Type vivante
IETF gd
Linguasphère 50-AAA-aa, 50-AAA-ab, 50-AAA-ac
WALS gae
Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme (voir le texte en français)

Bonn 1.

Tha gach uile dhuine air a bhreth saor agus co-ionnan ann an urram's ann an còirichean. Tha iad air am breth le reusan is le cogais agus mar sin bu chòir dhaibh a bhith beò nam measg fhein ann an spiorad bràthaireil.

Le gaélique écossais (en gaélique écossais Gàidhlig, en anglais Scottish Gaelic, en vieux scots Erse [3],[4],[5],[6]) est une langue appartenant à la branche gaélique (à comparer avec le Gaeilge et le Gaelg) des langues celtiques, lesquelles se rattachent elles-mêmes à la famille des langues indo-européennes. Il est principalement parlé en Écosse dans les Highlands et les Hébrides. Il est également pratiqué par quelques communautés de Nouvelle-Écosse au Canada, surtout dans l'île du Cap-Breton, du fait de l'émigration de paysans écossais expulsés de force par de grands propriétaires terriens au XIXe siècle ; cette forme de la langue est devenue le gaélique canadien.

En tant que langue traditionnelle des Gaels, ou Scots (les Celtes venus d'Irlande qui peuplèrent le nord-ouest des îles Britanniques vers le Ve siècle)[7],[8], le gaélique occupe une place importante dans la culture traditionnelle écossaise : il constitue la langue historique de la majeure partie de l'Écosse actuelle. À ce titre, il est célébré chaque année, à l'occasion du « Mòd Nàiseanta Rìoghail » de la « Comunn Gàidhealach » (Assemblée nationale royale de la Société des Highlands).

Néanmoins, il ne faut pas confondre le gaélique écossais avec le scots, langue germanique, formée à partir du vieil anglais parlé en Northumbrie. Le scots est également reconnu comme langue régionale de l'Écosse.

Le gaélique écossais est radicalement différent de l'anglais et un locuteur anglophone ne comprendra pas une conversation en cette langue.

Classification et dialectes

Article détaillé : classification du gaélique.

Traditionnellement, le gaélique écossais est considéré comme l'une des trois langues appartenant à la famille des langues gaéliques, parfois aussi appelées « langues en Q ». Toutefois, il s'agit d'un concept non gael puisque cette lettre n’existait pas en vieil irlandais, et qu’elle n’a été importée qu’en mannois, où l’on se sert de la phonétique anglaise. Toutefois, certains continuent d'utiliser cette dénomination de nos jours en français[9].

Les langues gaéliques sont un sous-groupe de la famille des langues celtiques. Toutefois, d'autres linguistes estiment que cette classification est une construction mentale qui remonte à une époque où les l’Irlande et le Royaume-Uni, des États-Nations naissants, souhaitaient appuyer leur légitimité et leur unité sur le symbole puissant de la langue nationale unique. Pour ces linguistes, il est absurde de parler de « Gàidhlig agus Gaeilge ». La différence qui sépare les langues gaéliques est essentiellement politique. En réalité, les langues gaéliques fonctionneraient comme un continuum où le taux d’intercompréhension varie[10],[11].

Quoi qu'il en soit, il est certain que le gaélique écossais n'est pas une langue homogène et qu'il comprend de nombreuses variétés dialectales, souvent identifiées aux îles, comme le gaélique de Leòdhas, les gaéliques de Barraigh, des Hearadh, du nord de Uibhist, du sud de Uibhist (17,5 %), de l'île de Skye (9 %), ou encore le gaélique de la mer, mais aussi avec les régions des Highlands ou des villes comme le gaélique du pays des Makay (nom gaélique du Sutherland) ou celui de Glaschu (Glasgow).

Histoire

« Les quatre Royaumes », illustration tirée de « Celtic Scotland : a history of ancient Alban », page 254 (par William Forbes Skene, Édimbourg : Edmonston & Douglas, 1876)

Le gaélique écossais est issu du vieil irlandais (goídelc), forme ancienne des langues gaéliques que l'on peut aujourd'hui reconstituer à partir des sources écrites disponibles. Cette langue était parlée par les Gaels pendant une période que l'on estime s'étendre plus ou moins entre le VIe siècle et le Xe siècle.

Sa présence sur les territoires actuels que constituent l'Écosse, l'île de Man et le nord de l'Angleterre n'est pas attestée par les sources de l'antiquité, ce qui porte à croire qu'il y aurait été importé par les Gaels[12]. Les premières incursions des Gaels sur la côte brito-romaine et en Calédonie remonteraient au IVe siècle après J.C., à l'époque où les Brito-Romains étaient confrontés aux invasions anglo-saxonnes. Les clans gaels parlaient une forme ancienne du goídelc.

L'établissement gael le plus important semble avoir été le Dál Riata (littéralement « la partie de Riata », probablement du nom du chef de clan qui l'a fondé). Ce qui était au départ un comptoir, est devenu par la suite une colonie maritime étendant son emprise sur un vaste territoire marin, comprenant une partie des côtes irlandaises et écossaises et les centaines d'îles avoisinantes. La colonie s'est finalement émancipée, devenant un royaume à part entière. Le centre du pouvoir s'est d'abord déplacé en Écosse, où il a continué d'entretenir des relations avec sa terre irlandaise d'origine, puis lors de la bataille de Mag Rath, vers 637, la gaélie du Dail Riata est devenue indépendante[12].

La carte ci-contre, dite « des quatre royaumes », illustre l’étendue du territoire du Dál Riata écossais et ses frontières approximatives avec le Dál Riata d’Irlande, les royaumes des Pictes, des Brito-Romains et des Angles de « Bernicia »[13]. À partir de cette séparation, les variations dialectales qui pouvaient exister au sein de cette langue gaélique commune se sont probablement renforcées.

Jusqu'au VIIIe siècle, le gaélique écossais est resté confiné au Dál Riata, mais avec l'arrivée des Vikings, il a commencé à se répandre dans les territoires pictiques situés au nord des embouchures du Forth et du Clyde. En effet, les Pictes se cherchaient des alliés pour combattre les envahisseurs scandinaves et des alliances se sont forgées par le mariage d'aristocrates gaels et pictes. Vers 900, la langue des Pictes semble avoir disparu, remplacée par le vieil irlandais d'Écosse[14], lui-même commençant à se différencier du vieil irlandais d'Irlande.

Le gaélique écossais est historiquement lié à l'irlandais, d'où son nom ancien d'erse, forme scots du mot anglais Irish[4]. Cependant les deux langues ont commencé à diverger dès le Ve siècle. Le gaélique écossais a connu durant la période des Grandes invasions par des échanges culturels et linguistiques intenses avec les autres peuples du nord de l'île de Bretagne. Si la proximité demeure évidente, l'intelligibilité mutuelle des deux langues n'est pas évidente ; elle est la moins difficile pour les irlandophones du comté de Donegal, et à la limite ceux du Connacht[10],[11].

Caractéristiques

Prononciation de « An t-Eilean Sgitheanach » (« l'île of Skye », nom de cette île en gaélique écossais)

L'alphabet gaélique comporte 18 lettres : a, b, c, d, e, f, g, h, i, l, m, n, o, p, r, s, t, u. Historiquement, le nom de chaque lettre était celui d'un arbre (ailm - orme, beith - brith, call - noisetier, et ainsi de suite). Cette nomenclature remonte à l'époque de l'écriture oghamique.

Il y a plusieurs sons en gaélique qui n'ont pas d'équivalent en français : ce sont les fricatives (en SAMPA) : /x/, /G/, /\j/, /C/.

Le gaélique utilise la flexion pour distinguer les cas des noms, et les temps, modes, et voix des verbes.

La grammaire gaélique possède quelques caractéristiques notables :

  • L'ordre des mots est verbe-sujet-objet.
  • Le gaélique combine les pronoms avec les prépositions pour créer des « prépositions conjuguées » comme dans les autres langues celtiques. Par exemple, aig (à) + mi (moi) > agam.
  • Les pronoms existent sous deux formes : les pronoms réguliers (mi, thu, e, etc.) et les pronoms emphatiques (mise, thusa, esan…).
  • Comme dans les autres langues celtiques (telles le breton et le gallois), le gaélique exprime la possession à l'aide d'une proposition : quelque chose est à quelqu'un.
  • Enfin, le gaélique possède de nombreux articles définis (qui dépendent du nombre, du genre, du cas, et de la lettre initiale du nom). Il ignore les articles indéfinis, comme le gallois et le breton ancien.

Mots d'origine gaélique

C'est du gaélique que viennent les mots « brogue » (de bròg, chaussure), « clan » (de clann, enfants), « claymore » (de claidheamh-mòr, épée-grande), « slogan » (de sluagh-ghairm, gens-qui-crient), « strontium » (de Sròn an t-Sìthein, le nom d'un lieu où l'on a découvert cet élément pour la première fois) et « whisky » (de uisge, eau, premier terme du nom composé uisge-beatha, eau-de-vie) et aussi certains mots de la toponymie locale : Ben Nevis (de beinn, montagne), Loch Ness (de loch, lac).

La règle « Leathann ri leathann is caol ri caol »

Signalétique routière bilingue dans les Highlands, montrant à la fois une faute d'orthographe dans Loch « Ailort » (l'orthographe correcte est « Ailleart ») et le nom de la localité où a été découvert le strontium (Sròn an t-Sìthein).

La prononciation du gaélique est régie par la règle d’or « Leathann ri leathann is caol ri caol » (les fortes avec les fortes et les faibles avec les faibles). Les voyelles fortes sont a, o et u. Les voyelles faibles sont e et i. Lorsqu’une ou plusieurs consonnes sont placées entre deux voyelles, ces dernières doivent être du même type. Si l’on note les voyelles faibles « A », les voyelles fortes « B » et les consonnes « C », on constate que les combinaisons A-C-B et B-C-A ne se produisent presque jamais (on notera toutefois l'existence de quelques exceptions comme airson, « comme » ou esan, « lui »). Dans le mot « Gàidhlig » par exemple, les consonnes « dhl » sont entourées de voyelles faibles (i). De même, dans le mot « leathann », les consonnes « th » sont entourées de voyelles fortes (a-

Le corollaire est que l'orthographe n’obéissant pas à cette règle est soit étrangère, soit fautive. Sur le panneau de signalétique routière bilingue de l'illustration ci-contre, par exemple, l'orthographe gaélique « Loch Ailort » (en vert) est fautive. Il s'agit en réalité de l'orthographe anglaise, la forme gaélique étant « Loch Ailleart »[16]

Toponymes en gaélique écossais

Article détaillé : Toponymie gaélique.

Les toponymes sont en majorité issus du vieil irlandais, avec toutefois des influences notables des langues germaniques (vieux norrois, scots et anglais) comme les léxèmes -bagh (baie) ou -bost (ferme). La plupart des toponymes gaëls ont une signification encore évidente dans la langue moderne alors que leur anglicisation n'a pas de sens : Dùn Chailleann par exemple, signifie littéralement « forteresse de Calédonie » alors que son anglicisation, Dunkeld, ne veut rien dire.

Parmi les lexèmes récurrents, on trouve:

  • Obar (embouchure): Obar Dheathain (Aberdeen), Obar Phuill (Aberfoyle), Obar Bhrothaig (Arbroath).
  • Bàgh ou -bagh (baie): Steòrnabhadh (Stornoway) , Càrlabhag (Carloway), Bàgh a' Chàise, Bàgh a' Chaisteil (Castlebay), Baile Àlasdair (Balloch).
  • Baile (ville): Baile Adainn (Haddington), Baile Mhàrtainn (Balmartin), Baile a' Mhanaich (Balivanich).
  • -bost (ferme): Siabost (Shawbost), Càrrabost (Carbost), Ceileabost (Colbost), Òrbost (Orbost).
  • Cill (chapelle): Cill Mhearnaig (Killmarnock), Cille Phàdraig (Kirkpatrick), Cille Chonaill (Kirkconnel), Cille Chuithbeirt (Kirkcudbright).
  • Camas (baie): An Camas (Cambus), Camas a' Bharrain (Cambusbarron), Camas Long (Cambuslang).
  • Dùn (forteresse): Dùn Phris (Dumfries), Dùn Bhlàthain (Dunblane), Dùn Dèagh (Dundee), Dùn Phàrlain (Dunfermline), Dùn Chailleann (Dunkeld), Dùn Fhothair (Dunottar), Dùn Breatann (Dumbarton), Dùn Èideann (Édimbourg).
  • Inbhir (embouchure): Inbhir Air (Ayr), Inbhir Nis (Inverness), Inbhir Pheofharain (Dingwall), Inbhir Ùig (Wick), Inbhir Àiliginn (Inveralligin).

Voici d'autres anglicisations de toponymes gaéliques:

Il va sans dire que dans certains cas, la langue anglaise n'a pas emprunté le toponyme gaélique, mais en a créé un nouveau. C'est par exemple le cas de Fort William (An Ghearasdan), deSaint Andrews (Cill Rìmhinn) ou encore de Rothesay (Baile Bhòid).

Exemples de mots et phrases courtes en gaélique écossais

  • Fàilte [ˈfaːlʧə] « Bienvenue ! »
  • Halò [ˈhaloː] « Salut ! »
  • Ciamar a tha thu? [ˈkʰjɛməɾə ˈhau] « Comment vas-tu ? »
  • Ciamar a tha sibh? [ˈkʰjɛməɾə ˈhaʃɪv] « Comment allez-vous ? »
  • Tha mi gu math [ˈhami kəˈmã] « Je vais bien. »
  • Tapadh leat [ˈt̪ʰaʰpə lɛʰt̪] « Merci » (singulier)
  • Tapadh leibh [ˈt̪ʰaʰpə ləv] « Merci » (pluriel)
  • Dè an t-ainm a tha ort? [dʒeːn ˈt̪ʰɛnəmə hɔɹʃt̪] « Comment t'appelles-tu ? »
  • Dè an t-ainm a tha oirbh [dʒeːn ˈt̪ʰɛnəmə hɔɾəv] « Comment vous appelez-vous ? »
  • Is mise ... [ˈsmiʃə] « Je suis ... » (je m'appelle ...)
  • Mar sin leat [ˈmaɹʃin lɛʰt̪] « Au revoir » (singulier)
  • Mar sin leibh [ˈmaɹʃin lev] « Au revoir » (pluriel)

Nombres en gaélique écossais

Lorsque l'on compte et que les nombres ne sont pas suivis d'un nom, les nombres entre 1 et 19 sont précédés de la particule a, qui infléchit (« a dhà ») et entraîne le préfixe h devant les voyelles : a h-aon, a dhà, a trì, a ceithir...

Lorsque les nombres sont suivis d'un nom, le nom reste au singulier pour les nombres duels. Aon et infléchissent les noms qui peuvent l'être sauf ceux commençant par d ou t. Ainsi, on dit aon chat (un chat), dà chat (littéralement « deux chat », singulier) et trì cait (trois chats). Le nom precède toujours le suffixe de dizaine deug, par exemple dà chat deug (douze chats, littéralement « deux chat -ze », singulier).

Cependant, certains noms s’emploient aussi au singulier avec les nombres de 3 à 10. C’est le cas, entre autres, de bliadhna (année), latha (jour), oidhche (nuit), sgillinn (penny), duine (homme, personne), mìle (mille), ceud (cent) ou fichead (vingt). Ceci explique par exemple le nom du programme d'information Seachd Là (« Sept jours ») de BBC Alba. Cet usage est plus traditionnel, mais n’est pas enseigné dans les écoles gaéliques écossaises (Foghlam tro Mheadhan na Gàidhlig), où les Gnàthachas Litreachaidh na Gàidhlig sont la norme[17].

Le gaélique traditionnel utilise le système vicésimal, tandis que le gaélique scolaire utilise le système décimal. En gaélique traditionnel par exemple, 36 se dit sia-deug air fhichead (littéralement « six-ze au-dessus de vingt », soit seize plus vingt), mais en gaélique scolaire, 36 se dit trithead 's a sia (« trente et six »).

Gaélique écossais Gaélique irlandais Français Breton Anglais
0 neoini náid zéro mann zero
1 aon aon un/e unan one
2 dà / dithis deux daou / div two
3 trì trí trois tri / teir three
4 ceithir ceathair quatre pevar / peder four
5 còig cúig cinq pemp five
6 sia se six c'hwec'h six
7 seachd seacht sept seizh seven
8 ochd ocht huit eizh eight
9 naoi naoi neuf nav nine
10 deich deich dix dek ten
11 aon-deug aon déag onze unnek eleven
12 dà-dheug dó dhéag douze daouzek twelve
20 fichead fiche vingt ugent twenty

Nombre de locuteurs

Part de locuteurs du gaélique écossais en pourcentage de la population des paroisses d'Écosse.

Lors du recensement écossais de 2011, 57 375 personnes ont déclaré parler le gaélique écossais, soit 1,1 % de la population de plus de trois ans. Il s'agit d'une baisse d'environ 1 300 personnes par rapport au recensement de 2001[19], mais c'est la plus faible depuis que la question est posée.

On peut donc considérer que le déclin du gaélique écossais ralentit.

Cette tendance semble être confirmée par les études plus récentes : les derniers chiffres indiquent que la proportion de personnes capables de parler le gaélique écossais a légèrement augmenté dans les tranches d'âge les plus jeunes, ce qui est encourageant pour le futur de la langue[20]. Ceci est dû en partie au succès des écoles gaéliques, dont le nombre d'élèves n'a cessé d'augmenter depuis leur création en 1985.

Année Population totale Anglais et gaélique Gaélique seulement
1901 4 472 103 202 700 28 106
1921 4 573 471 148 950 9 829
1951 5 096 415 93 269 2 178
1971 5 228 965 88 415 477
1991 5 083 000 65 978 -
2001 5 062 011 58 652 -
2011 5 295 403 57 602 -

Les chiffres donnés pour 1755 à 2001 sont tirés de The Celtic Languages[12]. Ceux de 2011 sont tirés du recensement écossais de la même année[21].

Répartition géographique

Il est faux de croire que les « Gaels » (c’est sous ce nom que les locuteurs du gaélique se désignent eux-mêmes) vivent majoritairement dans la Gàidhealtachd. Bien que les parties reculées de l’Écosse présentent une concentration plus élevée de Gaels, il faut souligner qu’ils sont aussi présents dans les villes des Lowlands, en particulier à Glasgow et à Édimbourg. De fait le recensement de 2011 montrait qu’environ la moitié de la population gaelle résidait dans les Lowlands (dont environ 6000 locuteurs à Glasgow et 3000 à Édimbourg en 2011). Surnommée Baile Mòr nan Gàidheal (« la grande ville des Gaels »), Glasgow a longtemps constitué la destination des migrations forcées du XIXe siècle[22],[23]. En revanche, leur nombre est largement insuffisant pour représenter une proportion conséquente de la population des grandes villes[24].

La liste suivante présente les conseils régionaux d'Écosse par ordre de leur nombre de locuteurs gaéliques. Comme on le voit, les Gaëls ne sont pas seulement concentrés dans les Hébrides, mais aussi dans les grandes villes, en particulier à Glasgow, qui à elle seule, concentre 10% de la population gaélophone[25].

Rang Council area Nombre de locuteurs Percentage(%)
1 Na h-Eileanan Siar 14 092 24,5
2 Highland 12 081 21,0
3 Glasgow City 5907 10,3
4 Argyll and Bute 3466 6,0
5 Edinburgh, City of 3176 5,5
6 Arberdeen, City of 1636 2,8
7 Aberdeenshire 1405 2,4
8 North Lanarshire 1332 2,3
9 Perth and Kinross 1285 2,2
10 Fife 1282 2,2
11 South Lanarkshire 1239 2,2
12 Renfrewshire 962 1,7
13 East Dunbartonshire 917 1,6

Statut officiel au Royaume-Uni et en Écosse

Depuis une loi du parlement écossais votée le [26], le gaélique écossais est une langue officielle de l'Écosse (avec l'anglais). Il est utilisé dans la signalisation routière bilingue : le Gaelic Language (Scotland) Act 2005, aussi connu sous le nom d'Achd na Gàidhlig en gaélique, a été voté par une coalition de députés travaillistes et libéraux-démocrates. Il exige que la langue soit traitée avec « respect égal » à celui de l'anglais et pour ce faire, il crée un organe exécutif public, le Bòrd na Gàidhlig (« Bureau du gaélique ») dont consiste à assurer le respect de ce statut[24].

Comme le français, le gaélique écossais bénéficie du soutien d’une « académie », la Scottish Qualifications Authority (SQA) (anciennement Scottish Examination Board), l'organisme public responsable de la délivrance des diplômes de l'enseignement public du gouvernement écossais. En 1981, le Scottish Examination Board a publié les Gnàthachas Litreachaidh na Gàidhlig (Conventions orthographiques du gaélique écossais), révisées en 2005 puis en 2009.

Charte européenne des langues régionales ou minoritaires

Le gaélique écossais est reconnu par le Royaume-Uni comme langue régionale de l'Écosse, selon la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, ce qui force Westminster et Holyrood à entreprendre une action résolue de promotion du gaélique écossais[28]. Toutefois, suite au référendum britannique sur la sortie de l'Union européenne, ces engagements risquent d’être remis en question : le « Brexit » serait une rupture des mécanismes de protection des droits européens.

British Nationality Act

Depuis le British Nationality Act de 1981[30], qui définit notamment les conditions de la naturalisation britannique, le gaélique écossais bénéficie aussi d'un statut particulier au Royaume-Uni : c'est l'une des trois langues (au choix) dont le demandeur doit démontrer qu'il a une connaissance suffisante pour accéder à la nationalité britannique. Ainsi, il est possible de passer le test Life in the UK en gaélique écossais, en anglais ou en gallois[31].

Dans les tribunaux écossais

Le statut du gaélique écossais dans les tribunaux écossais est virtuellement inexistant. La loi en vigueur émane d’un jugement de 1982, rendu dans l’affaire Taylor contre Haughney, qui dispose que dans les tribunaux écossais, les plaideurs n'ont le droit de témoigner ou de plaider en gaélique écossais, que s’ils sont incapables d'utiliser l'anglais.

Pour rendre sa décision, la Cour de justice s’est fondée sur un autre jugement, remontant à l’époque de l’Empire britannique (affaire Alexander McRae, 8 janvier 1841), selon lequel le tribunal se déclarait incompétent pour recevoir un témoignage en gaélique écossais, par le biais d’un interprète, quand il était démontré que le témoin pouvait parler anglais « with a perfect distinctness »[32].

De fait, tous les locuteurs du gaélique écossais parlent aussi anglais, car depuis les Highlands Clearances, le gaélique écossais n’était utilisé que pour le catéchisme et la lecture de la Bible ; car à partir de 1872, date de l’Education (Scotland) Act (loi écossaise de 1872 sur l’enseignement), il était interdit d’enseigner dans les écoles dans une autre langue que l’anglais [33]; enfin, car ce n’est que depuis 1985, date du lancement de l'enseignement par l’intermédiaire du gaélique (Foghlam tro Meadhan na Gàidhlig ou gaelic medium education en anglais), que le gaélique a pu redevenir un support de l’enseignement en Écosse, et ce uniquement à certaines conditions.

Le jugement de 1982 refuse donc tout statut particulier au gaélique écossais, qui depuis, est traité de la même manière qu’une langue étrangère[34]. De plus, il empêche le Royaume-Uni d'appliquer les engagements qu'il a pris lors de la ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires (voir l'article 9: Justice)[35].

Promotion de la langue

Fondée à Oban en 1891, la Comunn Gàidhealach (« l'Association gaëlle ») est une association gaélophone qui s’est donné pour but de soutenir la langue et sa culture. Elle lutte pour qu’il soit enseigné et elle promeut les domaines culturels qu’il véhicule : littérature, histoire, musique, etc. Son activité la plus connue et l'organisation du Mòd, un festival gaël ayant lieu chaque année à l'automne.

Le Comunn na Gàidhlig, ou CnaG (« l'Association du gaélique ») est une association à but non lucratif, fondée en 1984, qui vise à promouvoir l'usage de la langue aux niveaux local, régional et national, en particulier chez les jeunes, par le biais d'activités extra-scolaires comme les camps de vacances Sradagan ("étincelles"), mais aussi au niveau familial en proposer un soutien aux parents qui souhaitentn apprendre le gaélique avec leurs enfants.

Fèisean nan Gaidheal (« les festivals des Gaëls ») est une association à but non lucratif, fondée en 1988, dont le rôle principal est l'organisation de festivals de musique traditionnelle gaëlle au cours desquels les jeunes peuvent participer à des ateliers et prendre des cours de musique, notamment en gaélique. L'association encourage ses members, les professeurs de musique qu'elle engage et le public à utiliser la langue gaélique.

Bien que son rôle exécutif officiel date de l'Achd na Gàidhlig voté en 2005, le Bòrd na Gàidhlig a été établi en 2002, avec les mêmes objectifs que de la Comunn na Gàidhlig, soit obtenir un statut officiel pour la langue.

Références

  1. a et b (en) Recensement écossais de 2011
  2. « Oifis Iomairtean na Gaidhlig »
  3. James Boswell, Samuel Johnson, The journal of a tour to the Hebrides, with Samuel Johnson, L.L.D., Londres, Henry Baldwin, , 534 p., p. 196
  4. a et b (en) Charles Jones and Wilson MacLeod, "Standards and differences: Languages in Scotland, 1707-1918", in Ian Brown, Edinburgh History of Scottish Literature: Enlightenment, Britain and Empire (1707-1918), Édimbourg, Edinburgh University Press, , 400 p., p. 26
  5. (en) « Erse », sur Oxford dictionaries (consulté le 15 août 2018)
  6. (en) « Erse », sur Dictionary of Scots language (consulté le 15 août 2018)
  7. (en) « The Kingdom of the Gaels », sur BBC - Scotland's History, (consulté le 27 juillet 2018)
  8. (en) John MacLeod, Highlanders: A History of the Gaels Paperback – 6 Mar 1997, Sceptre; New Ed edition,
  9. Catherine Maignant, La France et l'Irlande : destins croisés (16e - 21e siècles), Villeneuve-d'Ascq, Presses Univ. Septentrion, , 242 pages p., p. 85
  10. a et b Ciarán Ó Duibhín, « "Gàidhlig" agus "Gaeilge" — ouch! », Sabhal Mòr Ostaig,
  11. a et b Colm Ó Baoill, « The Gaelic Continuum », Éigse, , p. 121–134
  12. a, b et c (en) Donald MacAulay, The Celtic Languages, Cambridge University Press, , p. 137
  13. William Forbes Skene, Celtic Scotland : a history of ancient Alban, Édimbourg, Edmonston & Douglas, (lire en ligne)
  14. (en) Tim Clarkson, The Picts: a history, Londres, Tempus publishing,
  15. (gd) « Loch Ailleart », sur Learn Gaelic
  16. (en) Roibeard Ó Maolalaigh, "Corpas na Gàidhlig and Singular Nouns with the Numerals ‘three’ to ‘ten’ in Scottish Gaelic" in Scottish Cultural Review of Language and Literature, Amsterdam, Rodopi, , p. 113-141
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Annexes

Articles connexes

Liens externes