G5 Sahel

G5 Sahel
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Situation
Région Sahel
Création
Langue Français
Organisation
Membres
Secrétaire permanent Najim Elhadj Mohamed

Site web http://www.g5sahel.org/

Le G5 Sahel ou « G5S » est un cadre institutionnel de coordination et de suivi de la coopération régionale en matière de politiques de développement et de sécurité, créé lors d'un sommet du 15 au 17 février 2014[1] par cinq États du Sahel : Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad[2].

Il s’est doté d’une convention[3] signée le 19 décembre 2014 et le siège de son secrétariat permanent[4] est en Mauritanie. Le poste de secrétaire permanent est confié au Niger.

Il se réunit à différents niveaux dont, pour le volet militaire, au niveau des chefs d’État-major des armées.

Ce cadre de coopération présente la particularité, au regard d’autres organisations,

  • de lier étroitement développement économique et sécurité, les États étant « (...) persuadés de l'interdépendance des défis de la sécurité et du développement (...) »[1] ;
  • d’impliquer des États du Sahel directement menacés par les différentes organisations djihadistes de la région (AQMI, MUJAO - Al Mourabitoune, Boko Haram).

Le G5 Sahel et les organisations sous-régionales

Le G5S s’inscrit dans une forte tradition d’intégration régionale en matière de développement économique et de lutte contre le terrorisme ; toutefois les membres du G5S sont, globalement, membre de trois organisations différentes pour chaque thématique : la Mauritanie avec le Maghreb voire le monde arabe, le Mali, le Burkina Faso et le Niger avec l’Afrique de l’Ouest et Tchad avec l’Afrique centrale.

Ainsi, sur le plan de l’intégration économique et du développement,

La lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme est aussi éclatée entre trois organismes de coopération sous régionale :

  • Le Mali, le Burkina Faso et le Niger sont membres du GIABA[5], ou Groupe Intergouvernemental d’Action contre le Blanchiment d’Argent (et le financement du terrorisme) en Afrique de l’Ouest qui regroupe 16 pays d’Afrique de l’Ouest, par ailleurs membres de la CEDEAO;
  • La Mauritanie est membre de l’organisation GAFIMOA / MENAFATF[6] avec les pays du Maghreb et du monde arabe;
  • Le Tchad est membre du GABAC, une organisation dépendant de la CEMAC et créée en 2000.

Seul le CILSS – Comité Inter-État de lutte contre la sécheresse au Sahel, reprend la logique territoriale du G5S, étendue à quelques pays d’Afrique de l’Ouest.

G5 Sahel et le développement durable

Le G5S affiche une forte volonté de développement durable, par la création d’infrastructures, par la promotion de l’économie et par le développement humain. Il appelle au soutien de la part de l’ensemble des partenaires au développement intéressés par la région, notamment le groupe de la Banque Mondiale, les coopérations bilatérales, les organisations de développement islamiques.

Un Programme prioritaire d'investissement (PIP) a été esquissé, pour répondre aux besoins du développement, notamment en matière de gouvernance, de sécurité, de résilience économique et d’infrastructures. Le G5S souhaite un financement à hauteur de 14,8 milliards de dollars pour le réaliser.

La Banque mondiale soutient l’établissement d’un secrétariat (économique) du G5S à Niamey[7].

Président en exercice du G5 Sahel en janvier 2018, affirmant que 25 % du budget nigérien est consacré à l’éducation, rendue gratuite et obligatoire jusqu’à 16 ans et ayant renforcé l’enseignement de l’histoire des religions à l’école pour mieux contrer la radicalisation, Mahamadou Issoufou plaide pour un plus grande intégration économique dans la région, pour favoriser le développement et donner des perspective à la jeunesse africaine : « le G5 Sahel n’a pas uniquement une dimension militaire. (...) La finalité est une intégration économique dans cette région sinistrée où l’on trouve des indices de développement parmi les plus faibles au monde. (...) Le développement exige plus d’intégration et un marché continental qui soit libéralisé au sein d’un marché commun (...) Pourtant, le commerce intra-africain ne représente que 13 % des échanges continentaux. Car les infrastructures manquent (...) ce qui contraint l’Afrique à importer ses produits d’autres continents (...) [Ce] manque d’intégration freine l’économie et renforce la pauvreté, de même que le chômage. Certains jeunes Africains n’ont plus d’autre choix que de fuir »[8]. Parmi ses projets figure un plan quinquennal de développement de la région du lac Tchad et « nous comptons, avec les autres pays du lac, exhumer un vieux projet : le transfert des eaux du fleuve Oubangui vers le lac Tchad via un canal créé pour l’occasion »[8].

Le G5 Sahel et la guerre contre le terrorisme

Le G5S apparaît comme le pendant politique et économique sahélien de l’opération militaire française Barkhane et est destiné à améliorer la coordination des activités de sécurité et de défense entre les États du G5 Sahel[9].

En décembre 2014, le G5S demande au Conseil de Sécurité de l'ONU la mise en place, en accord avec l’Union africaine, d'une force internationale en vue de « neutraliser les groupes armés, aider à la réconciliation nationale et mettre en place des institutions démocratiques stables en Libye »[10]. Le 21 décembre 2014, l'Algérie a annoncé s'opposer à cette proposition[11].

Du 20 au 27 décembre 2014, une première opération militaire conjointe est réalisée entre les forces de l'opération Barkhane, du Niger et du Tchad sur une zone se situant à la frontière entre la Libye d'une part, le Niger et le Tchad d'autre part. Cette opération, dénommé Mangouste, est commandée depuis un poste de commandement tripartite situé au fort de Madama[12]. Le 24 décembre 2014, le fort et l'opération reçoivent la visite des généraux Seyni Garba, Brahim Seïd Mahamat et Pierre de Villiers, respectivement chefs d’État-major (CEMA) du Niger, du Tchad et de la France[13].

La force conjointe

Le , les chefs d'États du G5 Sahel annoncent à N'Djaména la formation d'une force militaire anti-terroriste conjointe[14]. Le projet reste longtemps lettre morte mais est réactivé le [14],[15] sous le nom de Force conjointe du G5 Sahel (FCG5S).

En juin 2017, la France demande au Conseil de sécurité des Nations unies d'approuver le déploiement de la force du G5 Sahel[16],[17] et donc de lui accorder un financement. La proposition est soutenue par la Russie et la Chine, mais les États-Unis et le Royaume-Uni se montrent réticents — l'administration Trump ayant affiché son intention de réduire de manière conséquente la contribution américaine au budget des opérations de maintien de la paix[18],[19],[20]. Un accord est cependant trouvé entre la France et les États-Unis le 20 juin[21]. Le 21 juin, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte une résolution qui « salue le déploiement » de cette force, mais sans lui délivrer un mandat des Nations unies, et donc un financement[14],[20].

Un panneau d'affichage à Niamey (Niger) annonçant le sommet des chefs d'Etat du G5-Sahel en février 2018.

La force conjointe du G5 Sahel rencontre alors effectivement des problèmes pour se financer[22] dans la mesure où ses pays membres figurent parmi les plus pauvres du monde. Le budget nécessaire à cette force est estimé à 400 millions d'euros[14]. Les engagements son finalement les suivants ː

  • L'Union européenne s'engage à verser 50 millions d'euros[16],[14]
  • Les cinq pays du G5 Sahel, 10 millions d'euros chacun[23]. Le président du Tchad, Idriss Déby, menace cependant de retirer ses troupes du Mali et du Nigeria, estimant ne pas avoir été suffisamment soutenu financièrement[24],[25]. Malgré des sollicitations, l'Algérie refuse quant à elle de s'impliquer dans la région[26],[27].
  • Le 30 octobre 2017, les États-Unis promettent finalement une aide de 60 millions de dollars[28].
  • Le 13 décembre 2017, l'Arabie saoudite apporte une contribution de 100 millions de dollars et les Émirats arabes unis une contribution de 30 millions de dollars au financement de la force du G5 Sahel[29].

Le , le sommet du G5 du Sahel qui se tient à Bamako, au Mali, marque le lancement officiel de la force militaire conjointe transfrontalière la (FCG5S) composée de cinq bataillons de 750 hommes, soit un bataillon par pays[30],[31],[32],[33]. Les dirigeants du G5 Sahel espèrent alors que cette force pourra être portée progressivement à 10 000 hommes[14]. Son objectif principal est la lutte contre les groupes djihadistes, mais elle est également chargée d'intervenir contre le trafic de drogue, d'armes et de migrants[31]. Placée sous le commandement du général malien Didier Dacko, cette force dispose d'un droit de poursuite de part et d’autre des frontières[31]. Le Liptako-Gourma, dite aussi la « zone des trois frontières », à la croisée des territoires malien, nigérien et burkinabé, est considérée comme la zone prioritaire[31],[32].

Le secrétaire permanent de la Force conjointe est le Nigérien Mamane Sidikou.

Le 14 juillet 2018, le Tchad annonce la nomination du général de division Oumar Bikimo comme chef d'état-major adjoint de la force militaire conjointe du G5 Sahel[34].

Poste de commandement opérationnel de la force G5-S

Depuis septembre 2017, Sévaré, située en banlieue de Mopti, au Mali, accueille le poste de commandement opérationnel de la force G5 Sahel[35]. Il subit une attaque suicide le 29 juin 2018 et l'Union européenne a décidé en juillet de financer la totalité de la reconstruction[36].

Opérations militaires

Le 1er novembre 2017, le G5 Sahel lance sa première opération militaire — baptisée Hawbi — plus de 350 soldats burkinabés, 200 maliens, 200 nigériens et 180 français effectuent une démonstration de force dans la région de N'Tillit[37],[38],[39],[40],[41]. Elle s'achève le 11 novembre ; selon le général malien Didier Dacko : « Beaucoup de difficultés sont apparues, des difficultés de coordination, et des moyens de communication à parfaire encore, et des délais de mise en place à parfaire encore pour que les prochaines opérations soient mieux conduites »[41].

Références

  1. a et b « Communiqué final du Sommet des Chefs d’État du G5 du Sahel : Création d'un cadre institutionnel de coordination et de suivi de la coopération régionale dénommé G5 du Sahel », sur Le Sahel (consulté le 9 janvier 2015)
  2. Philippe Leymarie, « Une coopération régionale pour s’émanciper de la France », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne)
  3. « G5S » (consulté le 4 juillet 2017)
  4. « Accueil - SECRETARIAT PERMANENT DU G5 SAHEL » (consulté le 4 juillet 2017)
  5. « GIABA », sur GIABA (consulté le 9 janvier 2015)
  6. (en) « MENAFATF », sur MENAFATF (consulté le 9 janvier 2015)
  7. « G5 Sahel : les partenaires techniques et financiers se mobilisent pour accélérer le développement régional », sur La Banque Mondiale, (consulté le 9 janvier 2015)
  8. a et b Ghalia Kadiri et Joan Tilouine, « Pour le président du Niger, « le terrorisme ne peut être vaincu seulement par les armes » », lemonde.fr, (consulté le 5 février 2017)
  9. « Opération Barkhane : visite de M. Manuel Valls, Premier Ministre », sur Ministère français de la Défense, (consulté le 9 janvier 2015)
  10. « Le G5 Sahel demande une intervention de l’ONU en Libye, en accord avec l’Union africaine », sur Zone Militaire / Opex360, (consulté le 9 janvier 2015)
  11. « L’Algérie répond à l’appel du G5 du Sahel : L’intervention militaire menace le devenir des libyens », sur L'Actualité, (consulté le 9 janvier 2015)
  12. « Opération Barkhane : point de situation du 30 décembre 2014 », sur Ministère de la Défense, (consulté le 9 janvier 2015)
  13. « Le CEMA fête Noël aux côtés des soldats en opération », sur Ministère de la Défense, (consulté le 9 janvier 2015)
  14. a, b, c, d, e et f Benjamin Roger, G5 Sahel : enfin une force conjointe à l’issue du sommet de Bamako ?, Jeune Afrique, 30 juin 2017.
  15. Lutte antiterroriste : les pays du G5 Sahel s’acheminent vers la création d’une force commune, Jeune Afrique avec AFP, 7 février 2017.
  16. a et b Alain Chémali, Mali: la France propose à l’ONU le déploiement d’une force africaine au Sahel, Géopolis avec AFP, 8 juin 2017.
  17. La France va demander à l'ONU d'autoriser une force antiterroriste au Sahel, LCI, 7 juin 2017/
  18. Marie Bourreau, Force du G5 Sahel: la France confrontée aux réticences des États-Unis à l'ONU, RFI, 10 juin 2017.
  19. Marie Bourreau, Bras de fer aux Nations unies entre Paris et Washington sur la force antiterroriste du G5 Sahel, Le Monde, 16 juin 2017.
  20. a et b Rodrigue Arnaud Tagnan,Pourquoi les États-Unis freinent l'action militaire de la France et de ses alliés africains au Sahel, Slate, 3 juillet 2017.
  21. ONU: accord entre Paris et Washington sur une force anti-jihadistes au Sahel, AFP, 20 juin 2017.
  22. Laurent Larcher, Emmanuel Macron dans le bourbier sahélien, La Croix, 2 juillet 2017.
  23. Force G5 Sahel: la position de la Mauritanie, RFI, 3 juillet 2017.
  24. Cyril Bensimon, Idriss Déby : « Je ne suis pas un aventurier, un guerrier, je suis un homme seul », Le Monde, 25 juin 2017.
  25. James Barma, Antiterrorisme : l'Afrique va-t-elle devoir faire sans le Tchad ?, Le Point avec AFP, 26 juin 2017.
  26. Thomas Hofnung, « Macron et le Sahel, c’est par où la sortie ? », Le Monde, 30 juin 2017.
  27. Seidik Abba, La sécurité au Sahel se construit sans l’Algérie : jusqu’à quand ?, Le Monde, 24 mars 2016.
  28. G5 Sahel : Washington annonce 60 millions de dollars d'aide, France 24 avec AFP, 30 octobre 2017.
  29. Coup d'accélérateur à la force du G5 Sahel, AFP, 13 décembre 2017.
  30. Florence Richard, G5 au Sahel : Macron lance la force conjointe antijihadiste, France 24, 1er juillet 2017.
  31. a, b, c et d Célian Macé, Nouvelle force au Sahel : par ici la sortie?, Libération, 30 juin 2017.
  32. a et b Christophe Châtelot, Le G5 Sahel, une force antiterroriste balbutiante, Le Monde, 2 juillet 2017.
  33. A Bamako, Macron promet une aide financière et logistique aux pays du « G5 Sahel », Le Monde avec AFP 2 juillet 2017.
  34. « Changement à la tête du G5 Sahel - RFI », RFI Afrique,‎ (lire en ligne)
  35. « Mali: inauguration du quartier général de la force conjointe du G5 Sahel », RFI,‎ (lire en ligne)
  36. Philippe Chapleau, « L'UE va financer la reconstruction du QG de la Force conjointe du G5 Sahel à Sévaré », sur Ouest-France, (consulté le 26 juillet 2018).
  37. Première opération pour la force anti-jihadiste G5 Sahel, AFP, 1er novembre 2017.
  38. Olivier Fourt, Hawbi: la première opération de la force conjointe du G5 Sahel, RFI, 2 novembre 2017.
  39. Sans Barkhane, point de salut pour les débuts de la force du G5 Sahel, AFP, 3 novembre 2017.
  40. Mali: une première opération du G5 Sahel sans accroc, RFI, 4 novembre 2017.
  41. a et b Olivier Fourt, G5 Sahel: opération Hawbi, les premiers enseignements,RFI, 9 novembre 2017.