Frithjof Schuon

Frithjof Schuon
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Frithjof Schuon vers 1990.

Biographie
Naissance
Décès
(à 90 ans)
Bloomington
Nationalité
Activités
Autres informations
Domaine
Religion
Mouvement
Disciples
Influencé par
Site web
www.frithjof-schuon.com
Œuvres réputées
De l'Unité transcendante des religions (), Forme et substance dans les religions (), La Transfiguration de l’Homme (1995). ()

Frithjof Schuon, (allemand : [ˈfʀiːtˌjoːf ˈʃuːˌɔn]), également connu sous le nom d'Isâ Nûr ad-Dîn, né le à Bâle, en Suisse, et mort le à Bloomington (Indiana), États-Unis, est un métaphysicien et ésotériste suisse d'ascendance allemande inspiré par René Guénon et appartenant à l'école de pensée pérennialiste. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur la religion et la spiritualité. Il est aussi artiste peintre et poète.

Pour Schuon, toute religion, outre son sens littéral, contient une dimension ésotérique, essentielle, primordiale et universelle. Cette « unité transcendante des religions » renvoie, entre autres, à l'Advaïta védanta — « non-dualisme » — hindou, tel que l'a exposé notamment Adi Shankara. Sa pensée est aussi influencée par les écrits de Maître Eckhart et de Grégoire Palamas pour ce qui concerne la christianisme et par ceux d'Ibn Arabi et d'Ahmad al-Alawi pour l'islam. Il s'intéresse également aux traditions amérindiennes.

Schuon est considéré par ses adeptes comme l'un des principaux représentants de la philosophia perennis. Il a rédigé la majeure partie de son œuvre en prose en français, consacrant ses dernières années à la composition de plus de trois mille poésies dans sa langue maternelle, l'allemand. Ses articles en français ont été rassemblés en une vingtaine de titres, traduits dans plusieurs langues. Il est le fondateur de la tariqa Maryamiyyah.

Biographie

Enfance

Frithjof Schuon, né en 1907 à Bâle, est le puîné des deux fils de Paul Schuon, violoniste d’origine allemande et de tradition luthérienne - devenu catholique[1] - et de Margarete Boehler, alsacienne de langue française[2]. Enfant précoce, il s’intéresse à l’art ainsi qu'aux religions, notamment celles du Proche-Orient et de l'Inde. Il lit ou se fait lire le Véda, la Bhagavad-Gita, le Coran, Platon, Goethe, Emerson[3],[1],[4]. Par son caractère et ses intérêts il attire l’attention et le respect de ses professeurs et camarades d’école[5].

Jeunesse

Son père meurt en 1920, et avec sa mère et son frère, le jeune Schuon s'installe à Mulhouse, dans un environnement catholique. Trois ans plus tard, il quitte les études pour subvenir aux besoins de sa famille et travaille comme dessinateur textile[6]. Il a 17 ans lorsqu'il découvre les écrits de René Guénon, qui sont pour lui une confirmation de son propre refus de la civilisation occidentale moderne, en même temps qu’une clarification de sa perception des principes métaphysiques et de leurs applications [7] ; Schuon dira plus tard de Guénon qu’il était« le théoricien profond et puissant de tout ce qu’il aimait »[8].

Vie adulte

À l'âge de 22 ans, après le service militaire, Schuon s’installe à Paris ; il reprend son métier de dessinateur textile, rencontre Louis Massignon et Émile Dermenghem, et apprend l’arabe[9]. Il reconnaît la validité de toutes les voies spirituelles révélées, et n’a pas d’attachement à une confession particulière ; son désir de trouver un maître spirituel et d’être initié dans une voie ésotérique, et ses recherches dans ce sens aboutissent en 1932 à la décision de partir pour l'Inde[10]. Mais au début de son voyage, lorsqu’il se trouve encore à Marseille, deux évènements imprévus le convainquent de se rendre à Mostaganem en Algérie, où réside un maître spirituel soufi renommé, Ahmad al-Alawi. À son arrivée à Mostaganem, il devient musulman et reçoit, peu après, l’initiation de la part du Sheikh al-Alawi avec le nom de 'Isâ Nûr ad-Dîn ; il passera quatre mois dans la zaouïa du Sheikh avant de rentrer en Europe[11].

Lors d'un second voyage à Mostaganem, en 1935, Adda ben Tounès, le successeur du Sheikh al-Alawî, mort entretemps, lui remet une ijâzah (certificat) qui mentionne : « je l’ai autorisé à répandre l’exhortation islamique chez les hommes de son peuple, parmi les Européens, en transmettant la parole du tawhid ». Bien que ce document ne mentionne pas le mot « moqaddem », Schuon affirme dans ses Mémoires que cette fonction lui fut attribuée, ce que confirmeront plus tard certains membres de la tariqa Alawiyya, alors que d'autres le contesteront [12]. Fin 1936, à la suite d’un songe – qu'il estime confirmé par des songes similaires de plusieurs amis – Schuon se considère investi de la fonction de cheikh. C’est ainsi qu’il fondera la première tariqa européenne à Bâle puis à Lausanne et à Amiens [13].

Au début de la Seconde Guerre mondiale, il sert pendant dix mois dans l’armée française. Fait prisonnier par les Allemands, libéré au bout d'un mois en tant qu'Alsacien, il franchit le Jura de nuit pour gagner la Suisse, y est emprisonné, avant de recevoir une autorisation de séjour (1941). Il s’installe à Lausanne, où il poursuit sa contribution aux Études Traditionnelles[14] initiée en 1933, correspond notamment avec le chamane sioux Black Elk[15], survivant du génocide amérindien et des politiques subséquentes, et en 1948 publie De l'Unité transcendante des religions chez Gallimard dans la collection Tradition créée par Luc Benoist et Jean Paulhan. Après son mariage avec Catherine Feer en 1949, il s’installe à Pully, dans la banlieue lausannoise, où il poursuit son œuvre[16].

Schuon noue des liens d’amitié ou épistolaires avec des personnes de différentes traditions: René Guénon, Ananda Coomaraswamy, Titus Burckhardt, Martin Lings, Seyyed Hossein Nasr, William Stoddart, Léo Schaya, Jean Borella, Marco Pallis, Joseph Epes Brown, Michel Vâlsan, Jean-Louis Michon, Huston Smith, Whitall Perry, Gai Eaton, William Chittick et bien d'autres [17]; plusieurs d'entre eux deviendront ses disciples.

Entre 1950 et 1975, Schuon se rend au Maroc à une dizaine de reprises, ainsi qu’en Angleterre, en Espagne, en Italie, en Turquie et en Grèce [18]. Son profond attachement pour la tradition des Indiens d’Amérique, dans laquelle, selon lui, « il s’est maintenu quelque chose de primordial et de pur » [19], motive deux longs séjours dans l’Ouest américain parmi différentes tribus[20] ; il est adopté, lors de son premier voyage, par les Sioux Lakotas[21].

C'est en 1969 que la tariqa de Schuon prend le nom de Maryamiyyah, en l'honneur de la Vierge Marie dont il dit avoir eu des visions[22].

En 1980, Schuon, accompagné de quelques disciples, s’installe à Bloomington, dans l'Indiana, aux États-Unis où un groupe déjà constitué les accueille. Selon l'universitaire Mark J. Sedgwick et l'auteur Patrick Ringgenberg, la communauté de Bloomington - nouveau siège de la tariqa - s'éloigne alors de plus en plus de la tradition musulmane soufie pour pratiquer une forme d'universalisme incluant des danses traditionnelles amérindiennes[23],[24]. En 1991, un ancien disciple en conflit avec Schuon et la tariqa accuse celle-ci d’avoir introduit dans ses activités des « assemblées primordiales » où se serait pratiquée la nudité en présence de mineures. Ces accusations valent à Schuon un procès pour affaire de mœurs mais se soldent par un non-lieu[25],[24],[26] et les excuses publiques du procureur[27]. Ces événements affectent Schuon[28]et jettent un certain discrédit sur le groupe et son fondateur [29]. D’autres sources biographiques[1],[30],[5],[31],[32] ne font mention ni d’assemblées primordiales ni de nudité, mais bien de participations occasionnelles à des danses indiennes, danses qui n’auraient nullement interféré avec la voie soufie car ne comportant aucun rite[33].

Frithjof Schuon meurt début mai 1998 à l’âge de 90 ans à Bloomington[34].

Aspects essentiels de son œuvre

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Doctrine

Fondements

Frithjof Schuon s'est intéressé dès son arrivée à Paris en 1923 à la Bhagavad-Gita et à l'advaïta védanta[35]. Dans une lettre de 1982, il écrit : « pendant près de 10 ans j'ai été complètement fasciné par l'hindouisme [...] je ne vivais pas d'autre religion que celle du Vedânta et de la Bhagavad Gita ; cela a été ma première expérience de la religio perennis »[36]. Bien qu'il estime que la doctrine de l'advaïta védanta « se trouve également, sous une forme ou sous une autre, même si parfois sporadiquement, dans [...] toutes les grandes religions »[37] et bien que, selon Harry Oldmeadow, une grande partie de son travail ait été dévolue aux religions abrahamiques[35], Frithjof Schuon considère l'advaïta védanta comme « l'expression doctrinale la plus directe »[37],[38],[39] de ce qu'il appelle tantôt la sophia perennis[37] ou philosophia perennis[40], tantôt l'essence de la réalité spirituelle[38] et tantôt la gnose[39]. En particulier, il relève dans l'advaïta védanta les notions d'âtman, de maya et de tat tvam asi [37],[41]. Il considère en outre que la « perspective de Shankara est une des expressions les plus adéquates possibles de la philosophia perennis »[40], Mark Perry ajoutant que l'idée formulée par Shankara dans l'advaïta védanta que le monde est fondamentalement irréel parce que seul le soi est réel constitue un « axe » de la propre pensée de Schuon[42].

Philosophie

Pas davantage que René Guénon, Frithjof Schuon ne se considère philosophe au sens moderne du terme, c’est-à-dire comme un penseur qui élabore ses convictions dans le seul cadre de la raison, même si celles-ci peuvent parfois provenir de perceptions fort subtiles. Schuon se reconnaît par contre dans la philosophie telle qu’elle était entendue par certains anciens, comme Platon[43], c’est-à-dire en tant que recherche de l'authentique sagesse, non par la seule pensée, ce qui est impossible, mais par l’intellection ou l’intuition spirituelle[44], sans laquelle la connaissance du réel ou du vrai demeure théorique [45]. Cette connaissance effective est la sophia perennis, à la fois humaine et divine car, en réalité, c’est Dieu qui se connaît lui-même dans le cœur du sage[46].

Métaphysique

Schuon identifie sa conception philosophique à la philosophia perennis, c’est-à-dire la science des principes métaphysiques qui, tout en affirmant la non-dualité du Principe, expose les différents degrés que celui-ci déploie dans son rayonnement cosmogonique : c’est la doctrine d'âtmâ et mâyâ. Le mot sanscrit âtmâ désigne le principe suprême, la « Réalité absolue », le « Sur-être » ou « Non-être », la « Divinité impersonnelle ». Tout le reste est mâyâ, dont le degré le plus élevé – mâyâ in divinis – correspond à l’« Être », au « Dieu personnel », à l’« Esprit incréé ». Les degrés suivants – Schuon en identifie trois conformément à la doctrine soufie des cinq présences divines – constituent la manifestation, premièrement la manifestation supra-formelle (esprit, intellect, logos créés, paradis, anges), ensuite la manifestation formelle, d’abord subtile ou animique, puis grossière ou matérielle (le monde visible). Dans le microcosme, ces cinq degrés correspondent, en sens inverse, au corps et à l’ego mortel ; à l’âme immortelle ; à l’esprit ou intellect créés ; à l’esprit ou intellect incréés ; au « Soi ». Mais, comme le rappelle Schuon, cette distinction « Sur-être/Être » ne s’applique qu’en métaphysique et jamais dans le rapport opératif de l’homme, en tant que sujet contingent, avec Dieu[47][incompréhensible].

Ésotérisme

Unité transcendante des religions selon Schuon, croquis adapté de l'introduction de Huston Smith à la version en anglais The Transcendent Unity of Religions.

Pour Schuon, la métaphysique – qui part de la distinction entre atmâ et mâyâ – est la substance même de l'ésotérisme[48], auquel doit se joindre une méthode de réalisation [49], afin que le « penser » devienne « être » [50]. Il y a continuité entre l’exotérisme et l’ésotérisme lorsque celui-ci apparaît comme la dimension intérieure de celui-là et en adopte par conséquent le « langage », et il y a discontinuité lorsque l’ésotérisme transcende toute religion ; c’est la religio perennis, l’ésotérisme intemporel, essentiel, primordial, universel. Il constitue « l’unité transcendante des religions » et s’appuie, méthodiquement, sur une des révélations tout en ayant pour objet la Vérité une, commune à chacune d’elles[51],[52].

Méthode

Voie spirituelle

L’œuvre écrite de Schuon est marquée par la fonction de guide spirituel : le discours spéculatif se déploie immanquablement dans son prolongement opératif[53], car le discernement entre le réel et l’illusoire —  fondement de la voie de gnose — resterait purement mental [54] en l’absence, d’une part, de la concentration sur le réel par les rites et la prière [55], c’est-à-dire sans un lien effectif avec Dieu fondé sur une piété authentique, et, d’autre part, en l’absence d’un détachement suffisant à l’égard de l’égo et du monde. Ce discernement implique une prise de conscience de l’incommensurabilité entre le principe et la manifestation, et l'adhésion sincère [54],[56], grâce à une intelligence illuminée par la foi [57], à la nécessité d’un rapport concret et salvifique avec Dieu, le souverain bien[54], en vue de la régénération de notre individualité immortelle[58] , d’où la pratique d’une méthode spirituelle [59]. Cette méthode se fonde sur les rites exotériques et ésotériques de la religion pratiquée, et d’aucune autre [59] ; la prière en est l’élément central, car sans elle le cœur ne peut assimiler ou réaliser ce que le mental aura pu saisir [60]. Schuon rappelle les trois modes de prière : la prière personnelle dans laquelle l’orant s’ouvre spontanément et informellement à Dieu ; la prière canonique, impersonnelle, prescrite par sa tradition ; et la prière invocatoire ou prière du cœur [61], qui « est déjà une mort et une rencontre avec Dieu ; elle est déjà quelque chose du paradis et même, dans sa quintessence mystérieuse et « incréée », quelque chose de Dieu »[62] . Cette forme d’oraison est l’invocation d’un nom divin, d’une formule sacrée, d’un mantra ; elle concilie la transcendance et l’immanence de la vérité [57], car si d’une part celle-ci nous dépasse infiniment[63], le gnostique sait qu’elle est également « inscrite dans la substance même de notre esprit » [64],[65]; Dieu est à la fois le plus haut et le plus profond [66].

Vertus

Ces deux exigences que sont la doctrine et la méthode resteraient inopérantes sans un troisième élément : la vertu[67]. L’humilité, la charité et la véracité, c’est-à-dire l’effacement de l’égo, le don de soi et l’attachement foncier à la vérité sont, pour Schuon, des vertus essentielles, qui correspondent par ailleurs aux trois étapes de la voie : purification, épanouissement et union [68]. « Avoir une vertu, c'est avant tout ne pas avoir le défaut qui lui est contraire, car Dieu nous a créés vertueux, Il nous a créés à son image, les défauts sont surajoutés »[69]. Toute vertu est une participation à Sa beauté et une réponse à Son amour[70],[71].

Beauté

Bien que Schuon considère que les fondements de toute voie spirituelle sont la vérité, la prière et la vertu, il insiste également sur l’importance d’un quatrième élément : la beauté[72]. À la conscience de la beauté divine doivent correspondre, non seulement la beauté intérieure, les vertus, mais également le sens de la beauté extérieure, que ce soit dans la contemplation de la création ou dans la réceptivité pénétrante des meilleures productions humaines[73], sans oublier le rôle intériorisant, chez soi, d’une ambiance traditionnelle faite de beauté et de sérénité, étrangère aux caprices de la modernité[74]. « La beauté, quel que puisse être l’usage qu’en fait l’homme, appartient fondamentalement à son Créateur, qui par elle projette dans l’apparence quelque chose de son être »[75].

Pour Schuon, toutes ces considérations trouvent leur source et leur justification dans la nature « théomorphe » de l’être humain[76].

Schuon et la critique du monde moderne

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L’œuvre de Schuon s’inscrit dans la pensée de l’école pérennialiste[77]. Frithjof Schuon aborde la critique du monde moderne athée du point de vue de la spiritualité[77]. Dans ses écrits, il reformule et réaffirme les valeurs de sagesse et les principes métaphysiques des traditions orientales [78] négligées, voire dépréciées par l’Occident. Sa critique concerne le scientisme; et les limites relativistes et réductionnistes[79]des théories darwinistes, du rationalisme, du positivisme , du matérialisme, de la psychanalyse, et globalement la négation de Dieu, et la notion de surhomme exprimée par Nietzsche[80]. S'y ajoutent une critique des valeurs esthétiques de l’art pour l’art[81] et de celles de la morale, si celle ci n’est pas naturelle, intuitive et intérieure[82].

Cette approche a séduit nombre d’intellectuels du XXe siècle et a informé leur œuvre[83],[77]. Elle est réverbérée dans celles du scientifique Wolfgang Smith, de l’éducateur Ivan Illich, du poète Kathleen Raine (page 13) [80] et de l'économiste E.F Schumacher (page 12) [80].

Appréciations

L'islamologue Mohammed Arkoun, défenseur d'une conception historiciste et rationaliste de l'islam, reproche à Schuon d'avoir une conception romantique de celui-ci et de négliger les problèmes sociaux et matériels qui se posent aux musulmans dans la vie quotidienne. Mais Arkoun précise qu'il exprime une « forte conviction personnelle » et non une analyse ou une discussion des thèses de l'ouvrage de Schuon, De l'unité transcendante des religions. Arkoun dénonce le « conservatisme épistémologique », qui est propre non pas à Schuon selon lui mais à un certain nombre d'« apologètes chaleureux » de l'islam en Occident, qui sont écrivains, universitaires ou ésotéristes et propagent une vision mythologique de l'islam[84].

L'universitaire américain Gregory A. Lipton relève dans son texte De-Semitizing Ibn ʿArabī: Aryanism and the Schuonian Discourse of Religious Authenticity, l’influence sur Schuon de la notion de peuples aryens et sémites sur le regard nuancé qu'il porte sur l'œuvre d'Ibn Arabi ainsi que sur le soufisme confrérique exotérisant (appelé par Schuon « soufisme ordinaire »)[85].

L’auteur Patrick Ringgenberg réfute la thèse schuonienne qui affirme que, par l’intuition intellectuelle, le gnostique puisse « voir les choses telles qu’elles sont », donc objectivement ; et il ajoute : « on ne peut que constater, chez Schuon comme chez Guénon, une même confusion entre la prétention de leur perspective et une universalité qui, en réalité, se confond avec leurs limites subjectives et culturelles »[86].

L’écrivain catholique et traditionaliste guénonien Jean Hani (1917-2012), ancien professeur à l’université d’Amiens, établit un lien entre le don artistique et poétique de Frithjof Schuon, et « la chaleur qui accompagne toutes ses évocations des réalités et des expériences d’ordre spirituel », en comparant cette approche à la « froideur » de certaines œuvres métaphysiques dépourvues « d’amour dévotionnel », qui offrent le sentiment que leurs auteurs n’ont pas « pénétré vitalement la doctrine »[87]. Parallèlement, et à l’encontre du point de vue religieux et de la philosophie moderne, Hani corrobore l’assertion guénonienne et schuonienne attestant la possibilité pour l’intellect de connaître le réel dans certaines conditions particulières[88].

Pour Jacques Viret, professeur émérite de musicologie à l’université de Strasbourg, l’œuvre de Schuon apporte les réponses nécessaires aux questions que tout chercheur se pose sur lui-même, le monde, le sens de la vie, Dieu, le bien et le mal, l’amour, la beauté, l’art, les vertus, les religions, etc. ; « une œuvre d’un pareil prix pourrait et devrait jouer un rôle providentiel, vu l’état de délabrement spirituel d’un monde tiraillé entre le fanatisme ou l’étroitesse des intégrismes religieux, l’incroyance (souvent par refus de religions abâtardies) et les spiritualités au rabais, contrefaites ou tragiquement subverties »[89].

Le philosophe thomiste anglais Bernard P. Kelly dira de l'œuvre de Schuon qu’elle « possède l’autorité intrinsèque d’une intelligence contemplative. Schuon parle de la grâce comme quelqu’un qui la vit »[90].

Ouvrages

Essais

  • Leitgedanken zur Urbesinnung, Zürich, Orell Füssli Verlag, 1935, deuxième édition Urbesinnung - Das Denken des Eigentlichen (édition revue et corrigée), Aurum Verlag, 1989, traduit en français sous le titre Méditation primordiale : la conception du vrai, Les sept flèches, 2008, (ISBN 297003252X).
  • De quelques aspects de l'Islam, Paris, Chacornac, 1935.
  • De l'unité transcendante des religions, Gallimard, 1948, 1958 ; troisième édition (revue, corrigée et augmentée d'un nouveau chapitre), Le Seuil, 1979 [91] ; quatrième édition, Éditions Sulliver, 2000 ; cinquième édition, L'Harmattan, 2014.
  • L'œil du cœur, Gallimard, 1950 ; deuxième édition (revue et corrigée), Dervy-Livres, 1974 ; troisième édition, L'Âge d'Homme, 1995 ; quatrième édition, Éditions L'Harmattan, 2017.
  • Perspectives spirituelles et faits humains, Cahiers du Sud, 1953 ; deuxième édition, Maisonneuve et Larose, 1989 ; troisième édition, L'Âge d'Homme, 2003.
  • Sentiers de gnose, La Colombe, 1957 ; deuxième édition, La Place Royale, 1987 ; troisième édition (revue et corrigée), La Place Royale, 1996.
  • Castes et races suivi de Principes et critères de l'art universel, Derain, 1957 ; deuxième édition (revue et corrigée), Éditions Archè, 1979.
  • Les stations de la sagesse, Buchet/Chastel-Corréa, 1958 ; deuxième édition, Maisonneuve & Larose, 1992 ; troisième édition, Éditions L'Harmattan, 2011.
  • Images de l'esprit : shinto, bouddhisme, yoga, Flammarion, 1961 ; deuxième édition, Le Courrier du Livre, 1982.
  • Comprendre l'islam, Gallimard, 1961 ; deuxième édition, Le Seuil (Points Sagesses), 1976 et rééditions (avant propos d'Annemarie Schimmel).
  • Regards sur les mondes anciens, L'Harmattan, (1re éd. 1968).
  • Logique et transcendance, Éditions Traditionnelles, .
  • Forme et substance dans les religions, Dervy-Livres, 1975 ; deuxième édition, L'Harmattan, 2012.
  • L'ésotérisme comme principe et comme voie, Dervy-Livres, (1re éd. 1978).
  • Von der inneren Einheit der Religionen (traduction par l'auteur de De l'Unité transcendante des religions), Ansala-Verlag, 1979.
  • Le soufisme, voile et quintessence, Dervy-Livres, 1980, 2007.
  • Christianisme/Islam : visions d'œcuménisme ésotérique, Arché, 1981 ; deuxième édition, L'Harmattan, 2015.
  • Du divin à l'humain : tour d’horizon de métaphysique et d’épistémologie, Le Courrier du Livre, 1981.
  • Sur les traces de la religion pérenne, Le Courrier du Livre, 1982.
  • Approches du phénomène religieux, Le Courrier du Livre, 1984.
  • Résumé de métaphysique intégrale, Le Courrier du livre, .
  • Avoir un centre, Maisonneuve & Larose, 1988 ; deuxième édition, L'Harmattan, 2010.
  • Racines de la condition humaine, La Table Ronde, 1990.
  • Le jeu des masques, L'Âge d'Homme, 1992.
  • La transfiguration de l'homme, L'Âge d'Homme, .

Poésies

  • Sulamith (original allemand), Urs Graf Verlag, 1947.
  • Tage- und Nächtebuch (original allemand), Urs Graf Verlag, 1947.
  • Road to the Heart (original anglais), World Wisdom Books, 1995.
  • Liebe / Leben / Glück / Sinn (original allemand), 4 vol., Verlag Herder, 1997.
  • Poésies didactiques, vol. 1-10 (bilingue original allemand/traduction française), Les Sept Flèches, 2001-2005.

Le compositeur John Tavener est l’auteur des Schuon Lieder (2003, cycle de chansons pour soprano et ensemble) sur des poèmes de Frithjof Schuon [92].

Compilations d'écrits de Frithjof Schuon

  • The Feathered Sun, Plains Indians in Art and Philosophy, World Wiisdom, 1990 ; introduction de Thomas Yellowtail (ISBN 9780941532082).
  • Trésors du Bouddhisme, Nataraj, 1997 ; comprend la plupart des textes de Frithjof Schuon traitant du bouddhisme.
  • The Fullness of God: Frithjof Schuon on Christianity, World Wisdom, 2004 ; textes réunis par James S. Cutsinger, avant-propos d'Antoine Faivre.
  • The Essential Frithjof Schuon, World Wisdom, 2005 ; préface et textes réunis par Seyyed Hossein Nasr.
  • Prayer fashions Man, World Wisdom, 2005 ; textes réunis par James S. Cutsinger.
  • Art from the Sacred to the Profane, World Wisdom, 2007 ; textes et illustrations réunis par Catherine Schuon.
  • Vers l'Essentiel : lettres d'un Maître spirituel, Les Sept Flèches, 2013 ; lettres françaises de Frithjof Schuon réunies par Thierry Béguelin.
  • De tout cœur et en l'esprit : choix de lettres d'un Maître spirituel, L'Harmattan, 2015 ; lettres allemandes de Frithjof Schuon réunies et traduites par Ghislain Chetan, préface de Patrick Laude.
  • La conscience de l'absolu : aphorismes et enseignements spirituels, Hozhoni, (1re éd. 1991), textes réunis par Thierry Béguelin[93].

Annexes

Bibliographie

  • (en) Patricia Adrichem, Frithjof Schuon and the problem of religious diversity (thèse), Université de La Trobe, (OCLC 225547806).
  • (sv) Kurt Almqvist, Tidlös besinning i besinningslös tid : ur Frithjof Schuons verk, Stockholm, Ed. Natur & Kultur, (ISBN 9789127419742).
  • Thierry Béguelin, « Préface », dans Frithjof Schuon, Vers l'Essentiel: lettres d'un maître spirituel, Lausanne, Éditions Les Sept Flèches, , 235 p. (ISBN 9782970032588).
  • (en) Jennifer Casey, Frithjof Schuon Messenger of the Perennial Philosophy, Bloomington, World Wisdom, , DVD (ISBN 9781936597048).
  • Bernard Chevilliat (dir.), Frithjof Schuon, 1907-1998 : biographie, études et témoignages, Avon, Connaissance des religions, (ISBN 2-7029-0392-4, notice BnF no FRBNF37674306).
    • Patrick Laude, « Remarques sur la notion d'ésotérisme chez Frithjof Schuon », dans Bernard Chevilliat, Frithjof Schuon, 1907-1998 : études et témoignages, Connaissance des religions, .
    • Seyyed Hossein Nasr, « Frithjof Schuon et la Tradition islamique », dans Bernard Chevilliat, Frithjof Schuon, 1907-1998 : études et témoignages, Connaissance des religions, .
  • Bernard Chevilliat, « Frithjof Schuon ou le regard de l'aigle », Ultreïa, no 7,‎ .
  • (en) James Cutsinger, Splendor of the True: a Frithjof Schuon Reader, Albany, Ed. State University of New York Press, (ISBN 9781438446127).
  • (en) Michael O. Fitzgerald, Frithjof Schuon Messenger of the Perennial Philosophy, Bloomington (Ind), Ed. World Wisdom, , 256 p. (ISBN 9781935493594).
  • (en) M. Ali Lakhani, « A Commentary on the Teachings of Frithjof Schuon », Sacred Web, no 20,‎ (ISSN 1480-6584)
  • Patrick Laude (dir.) et Jean-Baptiste Aymard (dir.), Frithjof Schuon, L’Âge d’Homme, coll. « Les dossiers H », , 484 p..
    • Jean Biès, « Frithjof Schuon et la primordialité hindoue », dans Patrick Laude et Jean-Baptiste Aymard, Frithjof Schuon, L’Âge d’Homme, coll. « Les dossiers H », .
    • Jean Hani, « Hommage », dans Patrick Laude et Jean-Baptiste Aymard, Frithjof Schuon, L’Âge d’Homme, coll. « Les dossiers H », (lire en ligne).
    • Patrick Laude, « L'esthétique métaphysique et spirituelle de Frithjof Schuon », dans Patrick Laude et Jean-Baptiste Aymard, Frithjof Schuon, L’Âge d’Homme, coll. « Les dossiers H », .
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Notes et références

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    « The Vedanta stands out among explicit doctrines as one of the most direct formulations possible of what constitutes the very essence of our spiritual reality. »
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    « Advaita Vedanta [...] is the most direct possible expression of gnosis. »
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    « The perspective of Shankara is one of the most adequate expressions possible of the philosophia perennis or sapiential esoterism. »
    .
  41. Le tat tvam asi est un principe d'égalité absolue entre la réalité ultime (brahman) et le soi (âtman).
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  76. Scott 2007, p. 1.
  77. a, b et c Abstract of final chapter Against the Modern World Segdwick
    « Explores the history and doctrines of Traditionalism, a movement established by René Guénon in the 1920s, and later developed further by Julius Evola (in politics), Frithjof Schuon (in religion), and Mircea Eliade (in academia). Traditionalism sees modernity as terminal decline from traditional metaphysical truth. »
  78. (en)The Matheson Trust, The Heart of the Religio Perennis, Frithjof Schuon on Esotericism, H. Oldmeadow, pdf, page 3
    « Schuon's writings are governed by an unchanging set of metaphysical principles. They exhibit nothing of a "development" or "evolution" but are, rather, re statements of the same principles from different vantage points. »
  79. (en)Seyyed Hossein Nasr in Introducing The Writings of Frithjof Schuon , section Critic of the Modern World, Page 48
    « Such works as Logic and Transcendence contain not only whole chapters on the refutation of such modern philosophical ideas as rationalism and relativism, but return to these themes in later chapters treating of theology and religion. »
    « The criticism of the modern world by Schuon involves at once philosophy, science, art, everyday life and even religion wherever modernism has succeeded in penetrating into its structure. »
  80. a, b et c (en)Looking Forward to Tradition Ancient Truths and Modern Delusions, H. Oldmeadow, 2014, pdf, Pages 10,11 et 14
    « Many of the luminaries of modern though—from Darwin and Marx, through Nietzsche and Freud, down to the Parisian postmodernists—deprive man of his fundamental freedom by portraying him as the subject of blind, impersonal forces. »
    « Scientism, rationalism, relativism, materialism, positivism, empiricism, evolutionism, psychologism, individualism, humanism,existentialism—these are some of the prime follies of modernist thought. »
  81. (en)‘’Frithjof Schuon on Culturism’’ by Harry Oldmeadow
  82. (en)Living in Truth: Frithjof Schuon on the Spiritual Life, page 8
  83. Mark Segdwick :« The final chapter looks at Traditionalism’s possible influence in the future, and asks why so many intellectuals found this anti-modernist movement so attractive. »
  84. Mohammed Arkoun, « Schuon (Frithjof), De l'unité transcendante des religions [compte rendu] », Archives de sciences sociales des religions, vol. 48, no 2,‎ (lire en ligne)
  85. (en) Lipton, Gregory A., « De-Semitizing Ibn ʿArabī: Aryanism and the Schuonian Discourse of Religious Authenticity », Numen, vol. 64, no 2-3,‎ 2017, 35 p. (ISSN 0029-5973, lire en ligne)
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Liens externes