France au XIXe siècle

Peinture de Claude Monet, Impression, soleil levant, 1872.
Claude Monet est l'un des plus illustres représentants d'une France en plein renouveau artistique au long du XIXe siècle. Sa peinture Impression, Soleil levant est considérée comme l'élément fondateur du mouvement impressionniste.

La France entre dans son XIXe siècle en 1814 selon la majorité des historiens. La délimitation temporelle du XIXe siècle est sujette à controverse au sein des historiens. Certains affirment que le siècle commence en 1789, lors de la Révolution française alors que d'autres commencent ce siècle en 1814, après la défaite des armées napoléoniennes. Il y a également une divergence entre les chercheurs en histoire concernant la date de fin de ce XIXe siècle français, certains soutenant que le siècle se termine en 1914 au début du premier conflit mondial pendant que d'autres le terminent en 1945, date de la fin du deuxième conflit mondial. Néanmoins, en dépit de ces nombreux désaccords, la délimitation traditionnelle du XIXe siècle français reste la période s'étendant de 1814 à 1914.

Le pays entame, pendant ce siècle, une série de mutations tant politiques qu'économiques et sociales. Depuis 1789 la France est le laboratoire institutionnel de l'Europe avec en 81 ans, trois républiques, deux monarchies et deux empires, record inégalé en Europe. Au niveau idéologique et politique, le XIXe siècle français restera principalement le siècle de l'opposition entre partisans de la révolution et contre-révolutionnaires. La démocratie et le parlementarisme finissent par s'imposer à la fin du XIXe siècle avec le triomphe des républicains et des libéraux et l'enracinement de la Troisième République. La France connaît un rayonnement international fort au XIXe siècle et est un acteur incontournable des relations internationales au même titre que les autres grandes puissances européennes. À cette époque, la France possède un vaste empire colonial, s'étendant sur tous les continents du monde.

L'Église, ciment traditionnel de la société française, perd petit-à-petit de son influence avec la laïcisation progressive de l'état voulue par des républicains anticléricaux face aux monarchistes soutiens de l'Église. Au niveau économique, la France est bouleversée par la révolution industrielle, entraînant une progressive industrialisation et la sortie d'une économie primaire. Cette industrialisation provoque un rééquilibrage de la population entre les villes et les campagnes. Dans les années 1910, la population citadine française atteint la barre symbolique des 50 %. Le XIXe siècle est également une période de relatives avancées sociales et scientifiques françaises. En 1914, les Français disposent déjà du droit de grève (loi Ollivier en 1864), d'une presse totalement libre (Loi sur la presse en 1881), du droit de syndicalisation (loi Waldeck-Rousseau en 1884), d'association (Loi sur les associations en 1901) et du droit de vote (depuis 1848, mis à part les femmes). L'instruction est rendue gratuite, laïque et obligatoire avec les lois Ferry de 1881-1882. Les avancées, de Pasteur notamment, dans la médecine permettent une vie meilleure à chacun.

La France se distingue également par son influence artistique, le XIXe siècle produit plusieurs générations d'artistes brillants, ce siècle est considéré encore aujourd'hui comme le siècle des lettres français avec l'émergence d'artistes tels qu'Honoré de Balzac, Victor Hugo, Stendhal, Gustave Flaubert, Guy de Maupassant ou encore Émile Zola.

Histoire

Monarchies post-révolutionnaires

Restauration

Article détaillé : Restauration (histoire de France).
Charles X en costume desacre.
Charles X s'aliène les libéraux en prenant des mesures réactionnaires, avec le concours de Villèle.

Face à la déroute du Premier Empire napoléonien, on envisage un retour à la monarchie. Louis XVIII est appelé sur le trône de France par le sénat d'Empire[1]. Une charte est octroyée par Louis XVIII à la France[2]. Louis XVIII considère impossible un retour à l'Ancien Régime et s'attache à concilier Révolution et Royauté, ce qui suscite des espoirs chez les libéraux[3]. Après le court interlude des Cent-Jours où les puissances coalisées battent une seconde fois Napoléon et contraignent ce dernier à un second exil, Louis XVIII et les bourbons prennent réellement le pouvoir[4]. En 1815, les partisans d'un royalisme fort, les ultras-royalistes, dirigent le pays. La postérité appellera cette période la Terreur blanche de 1815[5]. En août 1815, ces députés ultras sont majoritaires à la chambre : c'est la chambre introuvable[6]. Durant l'année où elle détient le pouvoir, la chambre droitière vote des mesures répressives envers les anciens membres de l'Empire. Ainsi, des lois sont votées contre ceux qui ont permis le bref retour de Napoléon en 1815, des lois sont également votées contre la liberté de la presse, jugée dangereuse par la majorité ultra, c'est la Terreur blanche légale[7]. Louis XVIII, qui comprend vite que cette chambre ne reflète pas le pays réel, décide de dissoudre la chambre des députés en 1816[8]. Cette chambre introuvable est remplacée par une majorité de royalistes constitutionnels, souhaitant libéraliser quelque peu le pays[9]. Sous l'impulsion d'Élie Decazes, principal personnage qui incarne ce royalisme constitutionnel, des mesures libérales sont votées comme la loi Lainé en 1817 sur le système électoral, la loi Gouvion-Saint-Cyr sur l'armée en 1818 ou encore les lois de Serre en 1819 sur la liberté de la presse[10].

Le régime de la Restauration semble parti pour être une monarchie constitutionnelle à l'anglaise, tout en libéralisant politiquement la France. C'est sans compter sur un choc inattendu qui va renverser les chambres, l'assassinat du neveu du roi, sur lequel repose l'avenir dynastique[11]. Les mesures libérales sont jugées responsables de la situation et en 1820, la Restauration prend un virage à droite irréversible. Durant 10 ans, des lois conservatrices et pour certaines, faisant penser à un retour de l'Ancien Régime, sont votées par les gouvernements successifs : loi du double-vote en 1820, loi du milliard aux émigrés et loi du sacrilège en 1825[12]. À cela s'ajoute le retour des ultras à la chambre en 1824, sous le nom de « chambre retrouvée » et l'arrivée sur le trône d'un monarque ne souhaitant aucune conciliation avec la Révolution française : Charles X[13]. L'opposition de gauche s'unit sous la défense des idéaux révolutionnaires. Elle rassemble constitutionnels, libéraux et républicains. Cette opposition triomphe finalement de cette chambre retrouvée aux élections de 1827[14]. Charles X, un temps conciliant, décide de ne plus jouer le jeu parlementaire dès 1829 et nomme un gouvernement ultra alors que la majorité de la chambre est libérale. L'opposition entre les deux idéologies conduit une lutte d'abord légale pendant 1 an, puis, à la suite des ordonnances contre-révolutionnaires de Charles X, à une lutte illégale et à une révolution désormais célèbre sous le nom de Trois Glorieuses[15]. Charles X est chassé du trône et les libéraux appellent son lointain cousin Louis-Philippe pour le reprendre. C'est la fin de la Restauration et le début de la monarchie de Juillet[16].

Monarchie de Juillet

Article détaillé : Monarchie de Juillet.

A partir de 1830, une nouvelle monarchie voit le jour en France après la révolution des Trois glorieuses qui a failli accoucher d'une république. Cette période coincide avec l'arrivée au pouvoir de la bourgeoisie, alors qu'elle en était partiellement exclue lors de la Restauration précédente. La monarchie de Juillet est caractérisée par les premiers vrais pas du parlementarisme, qui certes existait dans le régime précédent mais était extrêmement limité. Les gouvernements successifs dirigés par Guizot et consorts doivent accompagner une France en pleine mutation du fait de la révolution industrielle.

La monarchie élargit le suffrage censitaire pour y inclure davantage d'électeurs. Néanmoins, le corps électoral de la nation est encore très restreint et se limite à la bourgeoisie, à la noblesse et aux rentiers. L'une des grandes batailles idéologiques entre les deux partis de gouvernement que sont le parti du mouvement et le parti de l'ordre prendra d'ailleurs son fondement dans cette problématique. Le parti de l'ordre n'est pas favorable à un élargissement du suffrage tandis que le parti du mouvement est pour baisser le cens électoral pour permettre à la petite bourgeoisie de voter et ainsi potentiellement gagner des électeurs.

Toutefois, mis à part quelques républicains radicaux, il n'est jamais question de suffrage universel. Ainsi, c'est une petite minorité prospère et galvanisée par les profits générés par la révolution industrielle qui est aux manettes du pouvoir tandis que le pays "réel" s'enlise dans les dernières crises de subsistance françaises. Ainsi, une mauvaise année 1847 tant sur le plan économique (mauvaises récoltes) que politique (campagne des banquets, scandales à répétition) conjuguée à l'intransigeance de Guizot à réformer le pays provoque la chute de la monarchie de Juillet.

Ainsi, en février 1848, au terme d'une insurrection menée principalement par les chefs de file du parti républicain, Louis-Philippe abdique et s'exile en Angleterre.

Deuxième République

Article détaillé : Deuxième République (France).

À la suite du succès de la Révolution française de 1848, les républicains ne tombent pas dans le même piège qu'en 1830 et se hâtent de proclamer la république. Dans un premier temps, la république est dirigée par un gouvernement provisoire qui adopte très vite des mesures symboliques comme l'adoption du suffrage universel masculin comme mode de scrutin, l'abolition définitive de l'esclavage portée par Victor Schœlcher ou encore l'abolition de la peine de mort pour les crimes politiques. Le gouvernement provisoire, porteur d'une véritable ambition sociale à ses débuts, se détache progressivement des socialistes pour ne compter que des modérés. Cette éviction des socialistes est entérinée par la victoire des républicains modérés aux législatives d'avril 1848. À la suite de cette élection, une commission exécutive sur le modèle du Directoire remplace le gouvernement provisoire. Les ateliers nationaux, créés auparavant par le gouvernement provisoire afin de lutter contre le chômage, sont brutalement remis en question lors des journées de juin. À partir de ce moment, la république abandonne son volet social pour plonger dans le conservatisme.

Second Empire

Article détaillé : Second Empire.

Troisième République

Article détaillé : Troisième République.

Courants politiques

Républicains

Portrait de La Fayette vers 1825.
La Fayette est considéré comme le meneur des républicains français jusqu'à sa mort en 1834.

Sous la Restauration, les républicains s'opposent à la monarchie et militent pour sa disparition. Ils ne peuvent participer aux décisions du fait du système électoral qui favorise les bourgeois et les nobles, soutiens du régime. Ils sont néanmoins présents à la chambre des députés à partir de 1816, date de la fin de la Chambre introuvable qui a décimé leurs rangs. Les républicains se constituent petit-à-petit en tant que force politique, et ce jusqu'au choc de l'assassinat du neveu du roi, le duc de Berry héritier du trône, le , qui conduit le gouvernement à mettre en place des mesures répressives[17]. Le mouvement républicain se développe dans la clandestinité, rassemblant ses partisans dans des sociétés secrètes comme la Charbonnerie, et promeut son combat par le biais de la presse. En 1820, face à la dérive droitière de la Restauration, les républicains sont décidés à abattre la monarchie et fomentent plusieurs insurrections. Toutes échouent, aboutissant à l'exil des principaux meneurs ou à des procès exemplaires allant jusqu'à leur condamnation à mort[18]. Après l'échec de ces tentatives de prises du pouvoir, les républicains se reconstruisent de l'intérieur avec l'arrivée d'une nouvelle génération dès le début du règne de Charles X. Dès lors, l'idée d'une alliance avec les royalistes modérés s'esquisse, puis se concrétise à la suite des mesures réactionnaires prises par Villèle et Charles X. Des modérés rejoignent alors les sociétés clandestines, pendant que les républicains collaborent à la presse libérale. Le succès de cette alliance aux élections législatives de 1827 les conforte dans l'idée que celle-ci leur permettra un jour de conquérir le pouvoir[19]. La situation s'accélère après la nomination de Polignac à la tête du gouvernement. Les républicains préparent une nouvelle insurrection dans le plus grand secret et sont les principaux protagonistes des Trois Glorieuses. Cependant Thiers et les libéraux détournent cette révolution à leur profit et c'est donc finalement une seconde monarchie parlementaire qui est instaurée, et non une république[20].

Sous la monarchie de Juillet, la lutte contre la monarchie continue et aboutit à de nombreuses insurrections républicaines, qui sont matées par les gouvernements successifs de Louis-Philippe. Le mouvement républicain est alors durement réprimé durant toute la durée du règne du « roi-citoyen ». Les républicains sont contraints à la clandestinité comme précédemment. À partir des années 1840, les républicains se restructurent et deviennent une force politique non négligeable mais ses divisions internes entre radicaux et modérés les handicapent. Les républicains profitent d'une situation économique et politique désastreuse pour gagner en influence et faire alliance avec les libéraux de Thiers pour faire tomber Guizot, ils incorporent les banquets libéraux pour finalement se les approprier en développant leurs idées d'une société plus égalitaire (réclamation d'un droit au travail, du suffrage universel..). En 1848, les républicains fomentent une révolution et proclament la république, tirant les leçons de leur échec de 1830.

Royalistes

Les royalistes dominent la vie politique de 1814 à 1851, ils participent à tous les gouvernements de la période (excepté durant l'année 1848). Il existe un clivage de fond entre les royalistes dès la Restauration. Les uns veulent concilier royauté et révolution et sont pour l'établissement d'une monarchie constitutionnelle très parlementaire, ce sont les royalistes constitutionnels et libéraux, tandis que les autres veulent en priorité un pouvoir royal fort, comme du temps de l'Ancien Régime, ce sont les ultra-royalistes. Avec les Trois Glorieuses, les Bourbons sont chassés du pouvoir et leur cousin de la branche d'Orléans monte sur le trône. Très vite, deux partis vont se former, ceux qui traitent Louis-Philippe d'usurpateur et qui n'acceptent comme rois que Charles X ou bien son petit-fils le « comte de Chambord ». La plupart de ces partisans reprennent les idées ultra-royalistes et sont appelés légitimistes. L'autre parti, c'est celui qui considère Louis-Philippe et ses descendants comme légitimes à la couronne de France. Ces partisans reprennent les idées des royalistes constitutionnels et libéraux et sont appelés orléanistes. Au sein même des orléanistes (au pouvoir de 1830 à 1848) éclate deux tendances : les libéraux, partisans d'une évolution institutionnelle du régime et prônant une extension des libertés publiques, regroupés dans le parti du mouvement et les conservateurs, partisans d'une stricte application de la charte de 1830, sans en modifier une ligne, regroupés dans le parti de la résistance.

Socialistes

Article détaillé : Socialisme en France.

Nationalistes

Articles détaillés : Boulangisme et Action française.

Diplomatie

Politique extérieure jusqu'en 1851

Politique extérieure du Second Empire

Article détaillé : Politique des pourboires.

Politique extérieure de la Troisième République

Article détaillé : Second empire colonial français.

Économie

Oscillations de 1815 à 1851

Mine au XVIIIe siècle dans le bassin houiller de la Loire, l'un des plus anciens gisements français exploité.

L'économie française, durant les deux monarchies restaurées ainsi que durant la Deuxième République, se modernise de manière considérable. Mais contrairement à l'économie britannique, citée comme modèle à l'époque, la France ne connaît pas de décollage flagrant de son économie comme outre-manche. En effet, outre le fait que la France n'entre pas avec la même vigueur que le Royaume-Uni dans la Révolution industrielle, l'économie française part avec de lourds handicaps[21].

Depuis 1789, la production française est boudée par l'Europe, du fait de sa situation géopolitique. Le marché français est jusqu'en 1815 un marché fermé, protectionniste, dans lequel les français commercent avec les français principalement du fait du blocus imposé par l'Angleterre. La France souffre d'abord du fait de son charbon très cher. En effet, l'extraction de cette ressource est très coûteuse si bien que malgré les tarifs douaniers, le charbon belge concurrence le charbon français. Ce combustible est alors la première source d'énergie utilisée par les industries ce qui explique le développement plus tardif des industries françaises, qui sont gênées par le coût de cette matière première alors indispensable à toute production. De même, la France, qui sort de plus de 20 années de guerres permanentes, possède une croissance démographique faible à l'instar de ses voisins européens. On manque de main-d’œuvre dans les industries françaises, d'autant plus que les hommes préfèrent encore travailler dans les champs, craignant des disettes ou des famines. De grandes usines comme l'usine métallurgique d'Alès sont contraintes de recruter de la main-d’œuvre étrangère afin de faire tourner leurs usines. Le système bancaire français, complètement obsolète, ne favorise pas les investissements. L'économie française de ce début du XIXe siècle est moyenne, les handicaps vus précédemment sont contrecarrés par des initiatives comme la création de la Haute Banque, censée favoriser les investissements. Le retard technologique qu'avait la France par rapport à l'Angleterre a quasiment disparu à la fin des années 1840, notamment grâce au développement des chemins de fer français, financés au tiers par des capitaux étrangers. La meilleure arme de la France pour son économie reste ses tarifs douaniers. Durant la Restauration, la monarchie impose un fort protectionnisme qui permet à l'économie française d'être préservée des exportations étrangères, notamment britanniques. La monarchie de Juillet, plus libérale et anglophile, assouplira cette politique[22].

La révolution industrielle

Article détaillé : Révolution industrielle.

Grande dépression

Article détaillé : Grande Dépression (1873-1896).

Démographie et Société

Monde rural au XIXe siècle

Première moitié du siècle

En ce XIXe siècle, l'augmentation de la population se fait par l'intermédiaire de l'augmentation de surface cultivable. L'agriculture, principal emploi du monde rural, est encore une agriculture de subsistance. Les campagnes sont surpeuplées et jusqu'en 1850, les céréales panifiables sont majoritaires. Le système de terres n'a alors pas beaucoup évolué depuis l'Ancien Régime, il se compose toujours de fermiers et de métayers. La seule exception étant la propriété, qui selon le code civil, est divisée entre tous les héritiers alors qu'avant seul l'aîné était bénéficiaire.

La France des villes

Religion

Article détaillé : Religion en France au XIXe siècle.

Au XIXe siècle, l'immense majorité de la population française se considère comme catholique. La Révolution française est vécue par les ecclésiastiques comme une période sombre : dépossession de leurs biens et baisse de leur influence. De ce fait, le XIXe siècle se présente pour eux comme un siècle de reconquête, voulant revenir à la situation pré-révolutionnaire, que beaucoup d'ecclésiastiques considèrent comme normale. Cette politique de reconquête porte ses fruits dans le domaine de l'éducation mais conduit à des conflits avec ceux qui se considèrent comme continuateur de la Révolution (soit les Républicains et les libéraux)[23].

Histoire de la Religion au XIXe

portrait de Lammenais de 1831
Hugues Felicité Robert de Lamennais, promoteur du catholicisme social dans les années 1830.

Tout au long du XIXe siècle, la France religieuse est régie par le régime concordataire, issu d'un accord signé entre le pape et Napoléon Ier en 1801. Ce concordat de compromis entre un Napoléon agnostique mais désireux de contrôler les problèmes religieux de la France et un pape contraint de s'appuyer sur une France catholique va durer jusqu'en 1905, rompu par la loi de séparation de l'Église et de l'état. Le concordat est un compromis entre les idées révolutionnaires de la Constitution civile du clergé et l'organisation du corps épiscopal d'avant 1789[24]. Ce concordat n'a pas été aboli tout de suite par les républicains pour la simple raison que le concordat de 1801 accordait un grand contrôle de l'état sur la religion. C'est en effet l'état qui finance les cultes lui permettant ainsi un moyen de contrôle sur la religion. L'état nomme également les évêques, certes l'investiture canonique est toujours nécessaire pour entériner un nouvel évêque mais seul l'état français possède l'initiative, la Restauration nommera 60 % de nobles aux évêchés mais leur nombre diminuera fortement à partir de 1830. Le concordat oublie de mentionner le clergé régulier, les congrégations ne sont plus pris en charge par l'état. Les autres religions sont petit-à-petit reconnues par l'état et subventionnée, les protestants et les juifs deviennent citoyens de France dans un processus de mise à égalité des différentes religions[25].

Durant toute la première moitié du XIXe siècle, la religion catholique tente de se reconstruire tout en essayant de garder son rôle de ciment de la société française. Après une phase de rétablissement après l'Empire, le catholicisme connaît un véritable renouvellement tant spirituel qu'organique. Félicité de Lamennais tente de faire évoluer le catholicisme français vers un catholicisme social. Soucieux de présenter un visage moderne de la religion, il veut réconcilier science et foi et réclame la suppression des chaines concordataires ainsi que les libertés d'enseignement, de presse et d'association. Après la révolution de 1830 et le renversement des Bourbons, ce mouvement suscite un réel écho dans les rangs cléricaux mais inquiète fortement le Pape et l'épiscopat. Le Pape finit par condamner les écrits de Lamennais en 1832 dans l'encyclique Mirari vos, le catholicisme social est rejeté par l'autorité pontificale[26]. L'Église française tente également de se moderniser de par son internationalisation (missionnaires, étudiants en théologie dans les universités allemandes) et de par leur volonté d'associer les laïcs à la vie religieuse au moyen d'associations. À la suite des lois qui donnent une prédominance de l'Église dans l'éducation (notamment la loi Falloux en 1850), les congrégations religieuses, notamment féminines, se multiplient. Certains ordres datant du Moyen-Âge réapparaissent comme les Bénédictins et les Dominicains[27].

portrait de Pie IX.
Pie IX condamne fortement les dérives libérales du Second Empire dans son syllabus de 1864.

Après avoir joué un rôle important de 1815 à 1848 dans ce que les historiens appellent l'alliance du trône et de l'autel, la Deuxième République va achever de faire glisser l'Église vers le camp conservateur, ruinant les espoirs de libéraux comme Lamennais. L'Église catholique approuve le coup d'état du 2 décembre 1851 et retrouve son rôle de ciment de la société durant la phase autoritaire de l'Empire (seule l'Église peut se réunir librement et peut diffuser sa presse pendant que les autres associations sont soumises à la censure). Ce ralliement décisif ne passera pas aux yeux des libéraux et des républicains qui, à partir de ce moment, voueront une haine féroce à l'Église[28]. L'Église catholique est confrontée à de nombreux problèmes à la première partie de cette seconde moitié du XIXe siècle. Elle ne parvient pas à rallier les ouvriers à leur cause, se met à dos les républicains et surtout, doit faire face à une remise en question de son dogme. Darwin, de par ses théories, remet en cause la Bible, et a une grande influence sur les élites intellectuelles, qui à cette époque penchent de plus en plus vers l'agnosticisme. Durant la deuxième phase du Second Empire, la phase libérale, l'Église française se tourne massivement vers le pape face aux mesures de Napoléon III, c'est un net retour de la vision ultra-montaine. Cette vision est véhiculée par le syllabus papal de 1864 qui liste « les principales erreurs de notre temps » ainsi que par les journaux catholiques, notamment le très influent L'Univers de Louis Veuillot. Tous les royalistes se rallient à cette vision ultra-montaine, voyant en la personne du pape un substitut du roi (il n'y a plus de roi en France depuis 1848) mais surtout un défenseur de l'ordre contre-révolutionnaire, comme le disait dès le début du XIXe siècle Joseph de Maistre[29].

Après la guerre franco-prussienne, les religieux tentent d'influer sur le pouvoir monarchiste à l'assemblée. Ils réclament fermement une intervention à Rome pour restituer au pape l'intégralité de ses états pontificaux et la montée du « comte de Chambord » sur le trône de France. Désavoués par l'opinion, l'Église se heurte à l'hostilité républicaine. Ces derniers veulent mettre en place une société laïque ce que le pape n'accepte pas. Les républicains vont alors tenter de laiciser les deux éléments qui font l'influence de l'Église : les congrégations et l'éducation. Dans les années 1880, les lois Ferry donnent lieu à de vifs débats entre républicains et catholiques mais l'affrontement n'ira jamais plus loin que le débat, l'Église sait que la population approuve la politique républicaine tandis que les républicains savent qu'il est nécessaire de garder le concordat pour asseoir son emprise sur l'Église. L'Église et le pape finit par accepter la république avec l'encyclique au milieu des sollicitudes de 1892[30]. S'ouvre alors une phase de remise en question pour les cléricaux, qui comprennent vite que l'Église moderne ne peut se baser que sur les populations rurales. Dans les années 1890, l'Église tente de se rapprocher des classes laborieuses citadines en promouvant un nouveau catholicisme social, des cercles catholiques sont créés dans le but de rallier les ouvriers à la religion. Le pape Léon XIII approuve cette vision dans sa bulle Rerum novarum. Ainsi, les cercles catholiques d'ouvriers sont créés par Albert de Mun, le mouvement de la démocratie chrétienne commence à émerger dans le monde politique, des périodiques comme La Justice sociale sont créés pour promouvoir toutes ces avancées. Dans le même temps, les catholiques tentent de rallier progressivement les élites intellectuelles agnostiques[31]. Néanmoins, malgré toutes ses tentatives, les cléricaux se compromettent dans l'affaire Dreyfus, soutenant les anti-dreyfusards. Dès lors, la séparation de l'Église et de l'état devient inévitable pour les républicains radicaux et c'est dans cet objectif que les électeurs les portent au pouvoir aux élections législatives de 1902[32].

La séparation de l'Église et de l'État

Corrélation entre religion et éducation

Arts et sciences

Arts

La France romantique

Article détaillé : Romantisme français.

La France de la seconde moitié du XIXe

Articles détaillés : Réalisme, Naturalisme et Impressionnisme.

Sciences

Article détaillé : Louis Pasteur.

Références

Annexes

Articles connexes

Bibliographie

  • Jean-Pierre Chaline, Dominique Barjot et André Encrevé, La France au XIXe siècle 1814-1914, PUF, , 656 p. (ISBN 978-2-13-056787-5). 
  • Francis Démier, La France sous la Restauration (1814 - 1830), Gallimard, , 1095 p. (ISBN 9782070396818)
  • Jeanne Gilmore, La République clandestine (1818-1848), Aubier, , 456 p. (ISBN 9782700722819). 
  • Bertrand Goujon, Monarchies postrévolutionnaires,1814 - 1848, Seuil, coll. « L'univers historique, Histoire de la France contemporaine », , 443 p. (ISBN 9782021033472)
  • André Jardin et André-Jean Tudesq, La France des notables : I. L'évolution générale, 1815 - 1848, Seuil, , 249 p. (ISBN 2-02-000666-9)

Articles et liens