Fondation de Mont-de-Marsan

Remparts de Mont-de-Marsan, inscrits aux monuments historiques

La fondation de Mont-de-Marsan s'articule autour du développement de trois bourgs[1] : le Bourg Vieux, marquant le point de fondation de la ville autour du château primitif à la confluence des deux rivières, le Bourg Neuf, situé dans le prolongement du Bourg Vieux, toujours protégé par les deux rivières (Bourg Vieux et Bourg Neuf resteront les centres administratifs et militaires de la ville) et le Bourg de la Fontaine, quartier commercial, se développant autour du port fluvial de Mont-de-Marsan.

Mont-de-Marsan gardera pendant des siècles sa triple vocation : défensive (jusqu'à la destruction des forteresses à partir de la fin les guerres de religion), commerciale (jusqu'à l'arrêt du transport fluvial sur la Midouze en 1903) et religieuse (jusqu'à la dispersion des moines et religieuses à la Révolution française). Son nouveau statut de préfecture va modifier sa physionomie au cours du XIXe siècle : agrandissement par annexion de communes voisines, destruction d'anciens bâtiments militaires et religieux pour permettre l'édification des nouveaux bâtiments administratifs.

Les origines

Le Bourg Vieux (Borg Vieilh)

En 1133, Pierre de Marsan, vicomte de Marsan, fonde officiellement la ville autour d'un château fort, le Château Vieux[2], situé à la confluence de deux rivières, la Douze et Midou, formant une vaste presqu'île de 400 m de long sur 225 m de large. Il établit ainsi un castelnau comme en fleurissent de nombreux à l'époque dans le sud-ouest de la France. Le petit bourg qui entoure le château couvre un faible périmètre et doit être simplement clos d’un fossé.

Si Pierre de Marsan choisit, pour l'édification de sa forteresse, l'éperon délimité par la confluence des deux rivières, c'est pour la protection naturelle qu'offre le lieu mais aussi pour en contrôler le passage et de tirer profit des péages, assurant ainsi de substantiels revenus à sa vicomté, à une époque où les chemins sont rares et les échanges réalisés principalement par voie fluviale.

Le Bourg Neuf (Borg Nau)

Lavoir du Bourg-neuf

Peu après, Pierre de Marsan crée le Bourg Neuf, dans le prolongement du Bourg Vieux. Pour le protéger, lui et ses successeurs font construire de puissantes fortifications entre les deux rivières, prolongent les remparts de Mont-de-Marsan le long de la Douze, et vers le sud jusqu’au confluent du Midou. Toutes ces fortifications sont construites en pierres coquillères, typiques de l’architecture médiévale montoise. L'entrée primitive de la ville s'effectue par la porte de Roquefort, donnant accès au quartier du Bourg-Neuf. Le couvent des Clarisses, se situe depuis le XIIIe siècle près de cette porte, avant sa destruction au XVIe siècle au moment des guerres de religion[3].

Il reste de cette époque quelques vestiges[4] : des remparts, les deux maisons fortes romanes de Mont-de-Marsan et le donjon Lacataye.

Les remparts, hauts d'une dizaine de mètres, sont construits en grand appareil en pierre coquillère d'Uchacq, comme le sont les constructions de cette époque en ville. Édifiés sans doute dès le XIIe siècle, ils assurent la défense la ville à l'est. Quatre tours barlongues subsistent. Les remparts sont inscrits aux Monuments historiques en date du [5]

Le Bourg de la Fontaine (Borg de la Font)

À peine passé le milieu du XIIe siècle, la ville dépasse ses limites premières entre Douze et Midou. Reliée à la ville par le pont de Pierre (aujourd’hui, pont de l’Hôtel de Ville), l’agglomération a traversé le Midou.

Le quartier du port de Mont-de-Marsan, sur la rive gauche de la Midouze, commence à naître. Il connaît un développement rapide grâce à la position stratégique de la ville à la limite de la Haute Lande, de la Chalosse et de l'Armagnac, entre Bayonne et Toulouse, Pau et Bordeaux. Un nouveau quartier se développe autour du port, le Bourg de la Font, autour d’une rue qui monte (l’actuelle rue Gambetta), et s’arrête au carrefour (aujourd’hui des quatre cantons).

C'est dans ce quartier que s'installe le couvent des Cordeliers vers 1260. Il est, lui aussi, entouré de murailles percées de portes donnant accès aux routes d'Aire-sur-l'Adour, Saint-Sever et Tartas. Le bourg se développe le long des trois axes et en deux siècles une véritable ville est née. La ville prend donc dès le XIIIe siècle un caractère triple : défensif (protection des habitants en cas d'invasions et cantonnement des troupes le reste du temps)[6], portuaire et religieux.

Au XIVe siècle, la ville continue à s’étendre vers ce qui sera la place Saint-Roch et le long de la Midouze vers la place du Commerce. Gaston Fébus, sous les menaces soulevées par la guerre de Cent Ans, protège le bourg de remparts et fait restaurer le château Nolibos en 1344. L’entrée de la ville par la porte de Roquefort est peu à peu délaissée pour la porte de Saint-Sever. Au XVIIIe siècle, le quartier du port se développe le long de la Midouze.

Entièrement fortifiée, Mont-de-Marsan atteint ainsi la superficie qui restera la sienne pendant près de six siècles[7].

Après la destruction du château Nolibos, la ville conserve ses remparts, mais le maréchal de Montrevel autorise en 1726 leur destruction, à la demande des habitants. En 1746, on abat encore une tour. En 1777, l'autorisation est donnée pour démolir les six portes de la ville, qui représentaient une gêne pour la circulation. La ville ainsi aérée amorce sa modernisation.

Ville de religion

Le couvent des Cordeliers

Les Franciscains établis en France prennent le nom de Cordeliers, en référence à leur tenue, faite d'un froc gris de laine agrémenté d'une ceinture de corde et d'un capuchon court et arrondi.

Un couvent des Cordeliers est fondé dans le bourg de la Fontaine de Mont-de-Marsan vers 1260[8]. Les Francisains de Mont-de-Marsan vivent de la générosité des habitants de la vicomté. Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, leur couvent est un lieu d'inhumation pour de nombreux habitants de la ville. En 1794, la Terreur les oblige à se disperser.

Le couvent des Clarisses

Ancienne chapelle romane du XIVe siècle dont la construction est attribuée aux Clarisses

Installé depuis 1256 à Beyries (commune du Frêche), le couvent de sainte Claire ou des Clarisses est transféré à Mont-de-Marsan en 1275, à la suite un procès-verbal signé par Pierre de Betous, l'évêque d'Aire. Le premier couvent est établi à l'est de la ville, à l'extérieur des fortifications[9] sur l'Hôpital Saint-Jacques. En 1577, il est saccagé par les troupes d'Henri III de Navarre lors des guerres de religion[3], puis définitivement détruit entre 1585 et 1588. Les Clarisses achètent alors une maison à Martin de Mesmes à l'intérieur de la ville en attendant la construction d'un nouveau couvent qui sera achevé en 1691. Par la suite, elles s'agrandissent en achetant deux maisons au Bourg-Neuf. Elles sont définitivement dispersées lors de la Révolution française[10]. L'emplacement du second couvent servira à la construction de l'actuelle préfecture des Landes, achevée en 1818.

Le couvent des Capucins

En 1677, Mont-de-Marsan repousse la demande de construction d'un couvent de Capucins, arguant que la ville possède déjà quatre autres couvents : ceux des Cordeliers et des Barnabites[11] pour les hommes, ceux des Clarisses et des Ursulines[12] pour les femmes[13]. L'abbé Malet, curé de Mont-de-Marsan de 1845 à 1883, fait venir quelques Capucins et les installe dans un couvent qu'il fait bâtir à ses frais, rue de la Croix-Blanche. Expulsés en 1882, ces moines reviennent après la guerre de 1914-1918.

Pont de la May de Diu

Aujourd'hui disparu, le pont de la May de Diu, autrement dit de la Mère de Dieu en gascon, est le plus ancien pont connu de Mont-de-Marsan. Soumis à péage, il permet au Moyen Âge le franchissement de la Douze pour entrer dans la ville par la porte de Roquefort[14], la principale entrée d'alors. Cette voie d'accès passe à l'époque entre l'ancien couvent des Clarisses et la partie orientale des fossés. Il s'agit sans doute à l'origine du seul pont de la ville, ce qui explique que les habitants ne lui donnent un nom que tardivement. Privé de débouché au XVIe siècle par la construction des bastions de la Tenaille, il est désaffecté et semble être en ruine dès le XVIIe siècle. Aujourd'hui, les restes d'une pile sont encore visible dans le parc Jean Rameau.

Préfecture et urbanisme

Architecture

Le , un décret de l'Assemblée Constituante fait de Mont-de-Marsan le chef-lieu du département des Landes nouvellement créé. La ville se dote ainsi, dès la première moitié du XIXe siècle, de bâtiments dignes de cette position, affirmant sa vocation administrative et tertiaire : préfecture des Landes, Conseil général des Landes, palais de justice de Mont-de-Marsan, gendarmerie, prison de Mont-de-Marsan, caserne, bureau de bienfaisance, pépinière départementale[15], bureau de garantie des matières d'or et d'argent.

En 1808, Napoléon rédige le décret de Bayonne qui pose les bases d'un nouvel urbanisme. À Mont-de-Marsan, cela se traduit par des édifices néoclassiques, harmonieux, fonctionnels et imposants, construits dans le quartier aristocratique du vieux bourg. Le tracé de l'actuelle rue du [16] est l'œuvre de l'architecte et urbaniste David-François Panay. L'implantation d'un ensemble de bâtiments administratifs à cet endroit marque le début d'un bouleversement du vieux centre urbain. La ceinture et les remparts sont ainsi éventrés pour ouvrir la ville au nord, et les pouvoirs nouveaux s'installent au milieu des notables, dans la Grand-rue[17],[6].

Annexions de communes voisines

En tant que nouvelle préfecture, Mont-de-Marsan se doit d'avoir une certaine stature, tant en population qu'en superficie. Avec moins de 5 000 habitants, elle dépend à l'époque du préfet, alors que les villes de plus de 5 000 habitants dépendent du ministre de l'intérieur, donc du Consul. Ces raisons font que la Ville souhaite, au début du XIXe siècle, annexer les communes de Saint-Médard-de-Beausse, Nonères et Saint-Jean-d'Août[18], ainsi qu'une grande partie de Saint-Pierre-du-Mont. Or ces villages ne voulaient pas disparaître en tant que tels ou se voir amputés d'une part importante de leur territoire. Discussions et tractations aboutissent en 1836 au statu quo du Conseil d'État, maintenant les communes dans leurs limites. La population de Mont-de-Marsan continue d'augmenter entre-temps, de 4 200 habitants en 1822 à 5 574 en 1863.

En 1864, la préfecture relance son processus d'annexion. Après avis favorable du Conseil d'arrondissement comme du Conseil général des Landes, le Conseil municipal vote favorablement pour un passage à 9 300 habitants[6].

Création de quartiers

Au fil du temps, de nouveaux quartiers se créent ou sont annexés :

  • Bize : du nom d'un entrepreneur de transport
  • Briole : ancienne métairie
  • Bourg-neuf : premier faubourg de la ville
  • Brouchet : nom de lieu
  • Le Coq Hardi : nom d'un restaurant
  • La Caserne
  • Corneillan : nom d'une maison
  • La Croix-Blanche : ancien quartier des cardiers croix d'une maison
  • Crouste : du gascon craouste, terrier de blaireau
  • Fontainebleau : ancienne maison de campagne de l'évêché d'Aire-sur-l'Adour
  • Les Gézits : quartier des exclus, des gézitains
  • Harbaux : nom de la métairie de Harbos, qui existait déjà au XIIIe siècle sous le nom de Farbo
  • La Hiroire : nom du domaine
  • Le Mamelon Vert : nom d'une attaque lors de la campagne de Russie par le maréchal Bosquet
  • La Patte d'Oie : forme du carrefour
  • Le Péglé : nom gascon du four à goudron
  • Le Peyrouat
  • Le Plumaçon : nom de la métairie, qui a laissé son nom aux arènes du Plumaçon
  • Les Quatre-Cantons : ou quatre angles
  • Rigole : peut-être en référence à un écoulement d'eau
  • Le Sablar : sans doute une ancienne carrière de sable
  • Le Tuco : nom d'une métairie

Nonères et Saint-Jean-d'Août gardent leur nom en tant que quartier et Saint-Médard-de-Bausse devient juste Saint-Médard. Les nouveaux quartiers sont essentiellement pavillonnaires. Le premier mouvement pavillonnaire débute à Mont-de-Marsan dans les années 1930 avec les pavillons Loucheur[19],[6], puis prend de l'ampleur dans les années 1960 avec les Castors Landais.

Notes et références

  1. Panneaux de présentation de la ville
  2. À l'emplacement actuel du théâtre municipal de Mont-de-Marsan
  3. a et b Voir les guerres de religions dans les Landes
  4. Les vestiges des remparts et les trois tours, situées entre la rue Victor Hugo et le Midou, sont inscrits au Monuments historiques par arrêté du 21 novembre 1942.
  5. Site du ministère de la culture
  6. a b c et d Mairie de Mont-de-Marsan, service communication, Pascal Larrazet.
  7. Voir la destruction des fortifications de Mont-de-Marsan
  8. Entre les actuelles rues Frédéric Bastiat et des Cordeliers.
  9. À l'emplacement de l'ancienne maison Nihous, 4 rue Victor Hugo, en face du square des Anciens Combattants. Actuelle place de la Douze.
  10. Mont-de-Marsan : ville de religions Mairie de Mont-de-Marsan, Service Communication, Pascal Larrazet
  11. Établi sur l'actuelle place du Général Leclerc
  12. Au 4 rue du 8 mai, actuel siège du Service départemental de l'Architecture et du patrimoine.
  13. Registres de l'Hôtel de Ville, Documents historiques sur Mont-de-Marsan, F.Dulamon
  14. Située au niveau de l'actuel square des Anciens Combattants
  15. L'actuel parc Jean Rameau
  16. Sur l'emplacement du couvent des Ursulines
  17. Actuelles rues Armand Dulamon et Victor Hugo
  18. Voir les anciennes communes des Landes
  19. Du nom de la loi Loucheur de 1928

Voir aussi