Florence Aubenas

Florence Aubenas
Image illustrative de l'article Florence Aubenas
Florence Aubenas lors du Festival international de géographie 2015.

Naissance (56 ans)
Bruxelles (Belgique)
Profession Journaliste
Spécialité Grand-reporter
Autres activités Essayiste
Récompenses Prix Joseph-Kessel
Globe de cristal
Prix d'Académie
Médias
Média principal Presse écrite
Pays Drapeau de la France France
Presse écrite Le Monde
Autres médias Libération, Le Nouvel Observateur

Florence Aubenas, née le à Bruxelles, est une journaliste française.

Elle a effectué la plus grande partie de sa carrière au sein du quotidien Libération comme grand reporter jusqu'à son départ en 2006 pour l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur puis Le Monde à partir d'avril 2012. Lors d'un reportage en Irak, en 2005, elle a été retenue en otage pendant 5 mois (157 jours).

Biographie

Famille

Florence Aubenas est la fille de Jacqueline Aubenas[1], journaliste, critique de cinéma et chargée de cours à l'INSAS et l'ULB, et d'un diplomate européen[2]. Elle est la sœur de Sylvie Aubenas.

Carrière

D'abord étudiante à l'école européenne de Bruxelles I à Uccle[2], elle effectue deux années de classes préparatoires littéraires, puis est diplômée du Centre de formation des journalistes (promotion 1984)[3], Florence Aubenas est journaliste pour Le Matin de Paris et Le Nouvel Économiste, avant d'entrer en 1986 à Libération. Secrétaire de rédaction[4], elle a couvert de nombreux événements au Rwanda, au Kosovo, en Algérie, en Afghanistan et en Irak, ainsi que plusieurs grands procès en France. Elle s'est ainsi fait connaître pour sa couverture du procès d'Outreau, étant l'une des premières à exprimer ses doutes sur la culpabilité des prévenus finalement innocentés. En , alléguant un désaccord avec le nouvel actionnaire principal Édouard de Rothschild, elle invoque la clause de cession pour quitter Libération et rejoindre le Nouvel Observateur[5]. Elle gagne en 2010 un procès contre Libération qui refusait l'application de cette clause de cession[6].

De février à juillet 2009, elle prend un congé sans solde, s'installe dans une chambre d'étudiant à Caen et s'inscrit à Pôle emploi pour chercher du travail en cachant son métier de journaliste : elle prétend n'avoir qu'un baccalauréat littéraire[7]. Elle mène une enquête sur la France des travailleurs précaires qui survivent avec un salaire inférieur au SMIC. Ce type d'expérience avait déjà été réalisé par Günter Wallraff en Allemagne se faisant passer pour un Turc dans les années 1980, Elsa Fayner en France au cours des années 2000[8] ou Barbara Ehrenreich aux États-Unis. Après avoir enchaîné les petits boulots, elle travaille comme femme de ménage sur les ferrys au quai de Ouistreham. De cette expérience naît le livre Le Quai de Ouistreham, publié le , qui devient un succès de librairie avec 120 000 exemplaires vendus au 12 avril 2010 [9].

Florence Aubenas se met à travailler pour Le Monde à partir d'avril 2012. Elle couvre le conflit syrien du côté des rebelles de l'armée syrienne libre pendant plusieurs semaines, dans le gouvernorat d'Alep[10]. Alors que la présence des groupes extrémistes islamistes est de plus en plus remarquée par les observateurs étrangers, elle ne mentionne à aucun moment la présence djihadiste, ce que Frédéric Pichon, chercheur et spécialiste de la Syrie, analyse comme révélateur de l'aveuglement des médias vis-à-vis de la révolte syrienne[11].

Enlèvement

Le , Florence Aubenas est enlevée à Bagdad en compagnie de son fixeur, Hussein Hanoun al-Saadi à l'université de Bagdad lors d'un reportage sur les réfugiés de Falloujah.

Cet enlèvement survient plus de deux semaines après la libération des journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot[12].

Vidéo du 1er mars 2005

Une cassette déposée à l'agence Reuters de Bagdad et diffusée le 1er mars par Sky-Italia fait apparaître Florence Aubenas s'exprimant en anglais pendant 26 secondes. Assise les mains entre les jambes, elle porte un polo gris et un polo noir[13]. Elle semble très éprouvée par sa détention et déclare être en mauvaise santé, y compris psychologique[14]. À la fin de la cassette, elle demande l'aide du député Didier Julia. Il n'est pas fait mention d'Hussein Hanoun. Les témoignages de Christian Chesnot et Georges Malbrunot, journalistes précédemment enlevés en Irak, incitent cependant à la réserve quant à l'interprétation de cette vidéo. Les ravisseurs semblent en effet employer un projecteur de lumière verte afin d'accentuer la fatigue des traits de leur victime.

La vidéo non datée ne s'accompagne pas d'une revendication et ne porte le nom d'aucune organisation[14].

Cinq autres « preuves de vie », des vidéos attestant que Florence Aubenas est toujours vivante, sont transmises aux services secrets français, puis à la famille de l'otage[15].

Soutiens

Des comités de soutien se constituent durant leur captivité. Après 100 jours, le , des médias, élus et organisations expriment leur solidarité avec les deux otages[16]. Des lâchers de ballons sont organisés, et le portrait géant de Florence Aubenas est exposé sur la façade de la Mairie de Paris jusqu'à sa libération[17].

Libération
Florence Aubenas au Press Club de France, le après sa libération.

Un communiqué du ministère des Affaires étrangères au matin du annonce la libération de Florence et Hussein la veille dans l'après-midi, et le retour de Florence en France dans la soirée[18]. Ils sont libérés dans la ville de Bagdad et remis aux agents de la DGSE, selon les plans de l'ambassade de France[15] après plus de cinq mois de captivité (157 jours). Son avion fait escale à Chypre où elle rencontre Philippe Douste-Blazy, ministre des Affaires étrangères, puis se pose à 19 h10 sur l'aéroport militaire de Villacoublay. Elle est accueillie par le chef d'État Jacques Chirac puis retrouve sa famille proche[19]. Peu après, elle est transférée en hélicoptère vers une base de la DGSE près d'Orléans afin d'obtenir des détails sur son enlèvement[20].

Lors d'une conférence de presse donnée le 14 juin, elle raconte ses conditions de détention[21]. Elle raconte que ses ravisseurs, qui se revendiquaient « moudjahidine » opposés à la présence américaine en Irak, ne l'autorisaient à parler que pour leur répondre, et lui interdisaient de marcher plus de 24 pas par jour, ou de communiquer avec ses codétenus, parmi lesquels Hussein Hanoun. Elle reçoit les noms de code « Leïla » et « numéro 6 ». Elle déclare ne pas se souvenir de la présence de journalistes roumains, même si ceux-ci avaient affirmé se trouver prisonniers dans la même cave[15].

Le contact entre les autorités françaises et les ravisseurs semble bien avoir été établi par l'intermédiaire de Khaled Jasim (membre Irakien de l'équipe de Didier Julia) le 25 mars[22], et repris par l'intermédiaire de Karim Guellaty le 29 mai. Officiellement et pour ne pas encourager d'autres enlèvements, la France n'a pas versé de rançon, un article du Times évoque néanmoins plus de 15 millions de dollars réclamés par les ravisseurs et dix millions versés[23]. Dans Un président ne devrait pas dire ça..., livre d'entretiens publié en 2016, François Hollande affirme que la France a bien payé une rançon[24].

Autres activités

Le , elle a été élue à la tête de l’Observatoire international des prisons (OIP)[25], responsabilité qu'elle occupe jusqu'en juin 2012.

Elle est aussi présidente du comité de soutien aux otages français Didier François et Édouard Élias, retenus en Syrie du 6 juin 2013 au 19 avril 2014[26],[27].

Publications

Sur Le Quai de Ouistreham

  • « Quai de Wigan, Quai de Ouistreham, même combat », comparaison du livre de Florence Aubenas avec l'ouvrage de George Orwell, par Pierre Ansay, Politique, revue débats[28], Bruxelles, no 65, juin 2010
  • Création radiophonique, version en cinq épisodes, diffusée sur France Culture ( 29-08/02-09-2011)[29]

Prix

Notes et références

  1. Véronique Kiesel, « L'ACTRICE : Jacqueline Aubenas », sur Le Soir.be, (consulté le 16 juillet 2017)
  2. a et b Mathieu Oui, « Les 20 ans de Florence Aubenas », sur L'Étudiant.fr,
  3. Violaine Costes, « Bio express de Florence Aubenas » [archive], sur UniversCités,
  4. « FLORENCE AUBENAS, OTAGE POUR TOUJOURS », sur OJIM (consulté le 15 juillet 2017)
  5. « Florence Aubenas quitte Libération », sur L'Obs, (consulté le 16 juillet 2006)
  6. « Florence Aubenas gagne contre Libération », sur Le Point.fr, (consulté le 16 juillet 2017)
  7. Damien Cartron et Manuella Roupnel-Fuentes, « Sur les quais des précaires », sur la vie des idées, (ISSN 2105-3030, consulté le 16 juillet 2010)
  8. Elsa Fayner, Et pourtant je me suis levée tôt… Une immersion dans le quotidien des travailleurs précaires, Paris, éditions du Panama, 2008.
  9. « Pour une critique de l’édition dominante », Acrimed, 16 juin 2010.
  10. « Florence Aubenas : "Les rebelles syriens n'ont aucun doute : ils vont gagner" », sur Le Monde.fr, (consulté le 16 juillet 2017)
  11. Frédéric Pichon, Syrie : Pourquoi l'Occident s'est trompé, Editions du Rocher, 2014, p.75
  12. Libérés le 21 décembre 2004
  13. « Reporters sans frontières "bouleversée" par le traitement infligé à Florence Aubenas », sur RSF.org, (consulté le 15 juillet 2017)
  14. a et b « La France avec Florence Aubenas », sur La Croix.fr, (consulté le 15 juillet 2017)
  15. a, b et c Mireille Duteil, Jean Guisnel, Olivier Weber et Mirel Bran, « Les secrets d'une libération », sur Le Point.fr, (consulté le 16 juillet 2017)
  16. « Florence Aubenas : cent jours et des questions », sur La Dépêche du Midi.fr,
  17. Louise Michel D., « Otages libérés: que sont-ils devenus? », sur JOL press,
  18. « Communiqué du ministère des affaires étrangères » [archive], (consulté le 15 juillet 2017)
  19. Didier Hassoux et Véronique Soulé, « Ils sont enfin libres », sur Libération.fr,
  20. Dominique de Montvalon et Henri Vernet, « Florence Aubenas », sur Le Parisien.fr,
  21. « Florence Aubenas raconte ses conditions de détention », sur Le Monde.fr, (consulté le 15 juillet 2017)
  22. Voir Libération du 13 juin, entretien dans le bureau de Pierre Vimont au quai d'Orsay ; Khaled Jasim (à Amman) est alors représenté par Karim Guellaty.
  23. Selon un article du Times paru sur son site internet le , la France aurait versé 10 millions de dollars (7,8 millions d'euros) pour la libération de Florence Aubenas. Le gouvernement français maintient son démenti sur le versement d'une quelconque rançon quoi qu'ait pu affirmer le chef de la police criminelle irakienne qui a défendu la thèse de la vénalité des ravisseurs (reportage France 3, 19/20 du 13 février 2006).
  24. Lénaïg Bredoux, « François Hollande, monarque en son miroir », sur Mediapart, (consulté le 16 octobre 2016).
  25. Voir sur nouvelobs.com.
  26. http://otagesensyrie.org
  27. « SYRIE. Fabius pense que les journalistes otages "sont en vie" », sur L'Obs,
  28. Voir sur le site de la revue.
  29. Adaptation : Nadine Eghels, réalisation : Jean-Matthieu Zahnd, équipe de réalisation : Olivier Dupré et Adrien Roch, assistante de réalisation : Julie Gainet.
  30. « Prix Joseph Kessel 2010 à Florence Aubenas » (consulté le 17 mai 2010).
  31. « Florence Aubenas remporte un Globe de cristal » (consulté le 16 février 2011).
  32. Les lauréats, sur le site officiel de l'Académie Française.

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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