Flèche de Notre-Dame de Paris

Flèche de Notre-Dame de Paris
Flèche Notre-Dame de Paris.jpg
La flèche de Viollet-le-Duc en 2011.
Présentation
Type
Flèche (en)
Architectes
Matériau
Bois de chêne () et plomb
Inauguration
Destruction
Hauteur
96 m
Localisation
Adresse
Coordonnées
48° 51′ 11″ N, 2° 21′ 00″ E

La flèche de Notre-Dame de Paris est la flèche située à la croisée du transept de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

La cathédrale a connu deux flèches : la première, édifiée vers 1220-1230, est fragilisée par les intempéries et démontée à la fin du XVIIIe siècle ; la seconde, construite par Viollet-le-Duc, est inaugurée en et s'effondre en , au cours du violent incendie qui ravage les combles de la cathédrale.

La construction éventuelle d'une troisième flèche doit faire l'objet d'un concours international d'architecture.

Historique

La flèche d'origine

Une première flèche est édifiée au-dessus de la croisée du transept, entre 1220 et 1230. Elle repose sur un système de charpentes « fort ingénieux et bien conçu », selon les constatations faites en examinant la souche subsistant à son emplacement, juste avant la reconstruction du XIXe siècle[1] : toutes les pressions reposent sur les quatre piliers du transept. Ornement d'importance, cette flèche exerce aussi la fonction d'un clocher doté, au début du XVIIe siècle, de « six petites cloches, non comprise la cloche de bois »[2]. Elle s'élève à 78 mètres au-dessus du sol de l'église.

Cependant, elle commence à s'affaisser dès le milieu du XVIIIe siècle sous l'action du vent. En , à cause du vent et du pourrissement de la charpente, la grande croix qui la surmontait tombe avec les reliques placées dans la pointe de la flèche[3]. Celle-ci est démontée de 1786 à 1792.

La flèche de Viollet-le-Duc

La cathédrale reste sans flèche jusqu’à sa restauration, commencée par Jean-Baptiste Antoine Lassus et poursuivie, après sa mort en 1857, par Eugène Viollet-le-Duc. Inspirée par celle de la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans (elle-même inspirée par celle de la cathédrale Notre-Dame d’Amiens)[4], la nouvelle flèche est réalisée au milieu du XIXe siècle par l'entreprise de charpente Auguste Bellu — qui a déjà travaillé à Orléans — pour la structure en bois et par les ateliers Monduit pour la couverture métallique.

De style néo-gothique, elle est inaugurée le . Son manteau de plomb pèse quelque 250 tonnes. Il recouvre une structure d'environ 500 tonnes de chêne de Champagne[5],[6]. Elle culmine à 93 mètres, soit 21 mètres de moins que celle de la cathédrale d'Orléans.

Elle est encadrée à sa base, entre chaque portion de toiture, de statues monumentales des douze apôtres en cuivre repoussé. Celles-ci sont placées les unes en-dessous des autres, par quatre rangées de trois. Orienté vers les points cardinaux, chaque groupe surmonte une figure du tétramorphe symbolisant les Évangélistes : le bœuf pour Luc, le lion pour Marc, l'aigle pour Jean et l'ange pour Matthieu. Œuvre d'Adolphe-Victor Geoffroy-Dechaume, les statues s'inspirent de l'esthétique du XIIIe siècle. Tous les apôtres regardent Paris à l'exception de saint Thomas, patron des architectes. Il présente les traits de Viollet-le-Duc et se tourne vers la flèche, comme pour la contempler. À la base du poinçon central (un pilier de bois qui soutient la flèche), une plaque en fer, vissée à l'achèvement des travaux, comporte le dessin d'une équerre et d'un compas se croisant, symbole compagnonnique comme maçonnique, ainsi qu’un acronyme à la gloire du Grand Architecte de l’Univers. Certains en déduisent que Viollet-le-Duc et Bellu, tous deux mentionnés sur la plaque, étaient francs-maçons[8]. Mais la plaque comporte aussi le nom de Georges, un compagnon charpentier (dit « indien ») du « Devoir de liberté », l'une des branches du compagnonnage.

Le coq en cuivre repoussé situé au sommet de la flèche, d'un poids d'environ 30 kg, également œuvre d'Adolphe-Victor Geoffroy-Dechaume[10], contient trois reliques : une petite parcelle de la Sainte Couronne, une relique de saint Denis et une de sainte Geneviève[11]. Le morceau de la Sainte Couronne est installé par Viollet-le-Duc en 1860. Après la restauration du coq en 1935, il y est replacé par le cardinal Verdier, archevêque de Paris[12]. Le coq agit donc comme un « paratonnerre spirituel » protégeant les fidèles qui œuvrent selon la loi de Dieu.

Usages

En 1999, des militants escaladent la flèche pour commémorer le soulèvement tibétain de 1959, comme l'avait fait l'alpiniste Chantal Mauduit en 1997[13]. Sylvain Tesson en fait l'ascension une centaine de fois dans les années 1990[14].

Jusqu'à sa chute, la flèche est un point du réseau géodésique français[15].

Travaux de restauration

Dans le cadre d'un programme global de restauration de la cathédrale d'une durée de dix ans et dont le coût est estimé à 60 millions d'euros, une opération de travaux de restauration de la flèche débute le par la dépose, à l'aide d'une grue de 80 mètres, des seize statues transportées dans l'entreprise périgourdine Socra à laquelle est confiée la restauration financée par le mécénat. Elles seront restaurées deux à deux en atelier. Pendant ce temps les quatorze autres trouveront place dans le chœur de la cathédrale pour y être exposées pendant les travaux de restauration de la flèche prévus pour durer trois ans pour un coût de 11 millions d'euros[16].

La restauration de la cathédrale dans les années 1990 n'avait concerné que la façade occidentale. La flèche n'a pas fait l'objet de travaux depuis 1935-1937. Or, plus de 160 altérations repérées sur l'édifice ont rendu sa restauration indispensable. Des cassures, déchirures, soulèvement de plaques, fissures sur les soudures, ont altéré l'étanchéité de sa couverture de plomb, mettant en péril l'intégrité de sa charpente. La couverture de plomb comme les statues devront en outre faire l'objet de prélèvements et d'analyses pour déterminer la nature de la pellicule qui les recouvre, aucune information n'ayant été retrouvée dans les documents relatifs aux travaux de restauration précédents. La maîtrise d'ouvrage de l'opération est confiée au service de la Conservation régionale des monuments historiques au sein de la direction régionale des Affaires culturelles d'Île-de-France et la maîtrise d'œuvre à l'architecte en chef des monuments historiques, Philippe Villeneuve. Des travaux de même ampleur sur la flèche seront ensuite programmés tous les 80 ans[16],[17].

Destruction par incendie

Article détaillé : Incendie de Notre-Dame de Paris.

Le , vers 18 h 50, un incendie se déclare dans la charpente de la cathédrale. Rapidement, le feu se propage à l'ensemble du toit. La chaleur, estimée à plus de 800 °C[18], fait fondre le plomb enveloppant l'armature en bois de la flèche, qui ne tarde pas à s'enflammer à son tour. Puis le plomb liquide se transforme en gaz[réf. nécessaire][a] qui émet des fumées toxiques et de nombreuses particules[19]. Pour prévenir tout risque d’intoxication, les habitations voisines sont évacuées[19].

La partie haute de la flèche s'effondre vers 19 h 45[20]. Sa chute provoque la destruction d'une partie des voûtes de la nef, notamment celle de la quatrième travée. L'effondrement de la partie basse sur elle-même entraîne la destruction de la croisée du transept.

Les seize statues entourant la flèche ont été déposées quatre jours auparavant, le , et envoyées à la Socra pour restauration[21],[22]. Elles ne sont donc pas affectées par l'incendie.

Le coq situé au sommet de la flèche s'en détache lors de la chute. D'abord cru perdu, il est retrouvé dans les décombres le lendemain de l'incendie[23]. Abîmé, il est confié lui aussi à la Socra. La dépose du reliquaire était programmée pour [24].

Chronologie

Incendie de Notre-Dame de Paris

Projet de reconstruction

Le , le Premier ministre, Édouard Philippe, annonce le lancement d'un concours international d'architecture pour décider s'il faut réédifier la flèche. Dans l'affirmative, il conviendra de définir la nature de cette reconstruction : à l'identique de celle de Viollet-le-Duc ou d'une structure inédite[25].

La flèche dans la culture populaire

Chanson

La flèche est mentionnée dans les paroles de la chanson de 1952 Notre-Dame de Paris, écrite par Eddy Marnay, composée par Marc Heyral et créée et interprétée par Édith Piaf : « […] Henri Quatre / Verdâtre / Aime sous son verre de gris[b] / La vieille flèche / Qui lèche / Le plafond gris de Paris […]. »[26].

Jeu vidéo

La flèche de Viollet-le-Duc apparaît dans le jeu vidéo d'action-aventure et d'infiltration Assassin's Creed Unity[27], développé par Ubisoft Montréal et sorti en 2014[28]. L'édifice y est représenté de manière assez détaillée et il est possible pour les joueurs de le faire gravir par l'extérieur par un personnage. L'intrigue et l'action se déroulant durant la Révolution française, la présence de cette flèche du XIXe siècle dans le jeu est cependant un anachronisme, assumé par la créatrice principale du décor du jeu, car, selon elle, aurait été décevante pour les joueurs une représentation de la flèche d'origine, qui à cette époque était endommagée et sur le point d'être démantelée[29].

Notes et références

Notes

  1. La température d'ébullition (1 749 °C) du plomb (passage de la phase liquide à la phase gazeuse) n'a vraisemblablement pas été atteinte.
  2. Conformément aux versions du texte selon les sources présentes sur l'Internet, qui toutes orthographient « verre de gris » (de vin gris ?), alors qu'on s'attendrait plutôt à trouver l'orthographe « vert-de-gris ».

Références

  1. Ch. Friès, « Notre-Dame de Paris (Travaux de restauration) », Encyclopédie d'architecture, 1re série, vol. 9,‎ , p. 109–110 (lire en ligne).
  2. Jacques du Breul, Le théatre des antiquitez de Paris, Paris, Claude de La Tour, , p. 11 [lire en ligne].
  3. In Dubu, Histoire, description et annales de la basilique de Notre-Dame de Paris, Maison Saigner et Bray, Paris, 1854, p.  25.
  4. Cindy Roudier-Valaud, « La flèche de Notre-Dame de Paris était inspirée de celle de la cathédrale d'Orléans, et bâtie par le même charpentier », La République du Centre, .
  5. Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle, B. Bance, (lire en ligne)
  6. Edmond Renaudin, Paris-Exposition, ou guide à Paris en 1867, Paris, Delagrave, , p. 95 [lire en ligne].
  7. Léo Pajon, « Notre-Dame de Paris : Viollet-le-Duc, l'architecte qui fit de la cathédrale un chef-d'œuvre », sur Geo, .
  8. « De Notre-Dame à l’Élysée, petite histoire du coq », sur Le Figaro, (consulté le 21 avril 2019).
  9. Marc Fourny, « Les dix secrets de Notre-Dame de Paris », sur Le Point, .
  10. Ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem, La France et la Terre sainte : Mille ans d'histoire, Parole et silence, , 284 p. (ISBN 978-2-84573-862-1), p. 64.
  11. « Notre-Dame du Tibet », sur Libération, .
  12. Thomas Hermans, « Notre-Dame de Paris : la sidération et l’émotion de Jack Lang, Fabrice Luchini, Marion Cotillard… », sur Le Figaro, .
  13. IGN/SGN, « Serveur de fiches géodésiques de l'IGN », sur IGN (consulté le 2 juin 2012).
  14. a et b « Restauration des seize statues de cuivre de la flèche de Notre-Dame de Paris », sur Direction régionale des Affaires culturelles d'Île-de-France.
  15. Interview de Philippe Villeneuve, architecte en chef des monuments historiques, Le Parisien, « Le chantier unique au monde de Notre Dame de Paris », sur YouTube, .
  16. « Notre-Dame de Paris : au cœur de l'incendie avec les pompiers », sur France Info, (consulté le 17 avril 2019).
  17. a et b « Incendie de Notre-Dame : le feu a-t-il pollué l’air de Paris ? », sur Le Parisien, .
  18. « VIDÉO - Incendie à Notre-Dame : les images de la flèche en train de s'effondrer », sur LCI, .
  19. Thomas Hermans, « Le spectaculaire déplacement des statues de Notre-Dame pour leur restauration », sur Le Figaro, (consulté le 15 avril 2019).
  20. France 3 Nouvelle-Aquitaine, « Dordogne : les statues de Notre-Dame de Paris restaurées à la Socra », sur YouTube, (consulté le 16 avril 2019).
  21. Claire Bommelaer et Jean-Baptiste Garat, « Notre-Dame : le coq de la flèche retrouvé parmi les décombres », sur Le Figaro, .
  22. Jean-Wilfried Forquès et Guillaume Dussourt, « Le coq reliquaire de Notre-Dame retrouvé : « C'est une très bonne nouvelle ! » », sur RMC, (consulté le 17 avril 2019).
  23. « Notre-Dame: un concours international d'architecture pour reconstruire la flèche », sur Le Figaro, (consulté le 17 avril 2019).
  24. « Paroles de Notre-Dame de Paris par Édith Piaf (lyrics) », sur Paroles.net (consulté le 20 avril 2019).
  25. « Hugo, Piaf, Picasso, Aragon… Quand Notre-Dame de Paris inspire les artistes », sur Le Journal du dimanche, (consulté le 20 avril 2019).
  26. William Pereira, « Incendie à Notre-Dame de Paris : « La cathédrale a été notre référence pour tout ce qu’on a construit ensuite », explique le producteur d’Assassin’s Creed », sur 20 minutes, .
  27. Mathilde Lizé, « Assassin's Creed Unity : Notre-Dame comme vous ne l'avez jamais vue ! », sur Le Point, .

Voir aussi