Fusillés de Flirey

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Les fusillés de Flirey sont quatre soldats fusillés pour l'exemple pendant la Première Guerre mondiale. Le caporal Antoine Morange, les soldats Félix Baudy, François Fontanaud et Henri Prébost, incorporés au 63e RI, 5e Cie, ont été fusillés pour l'exemple le 20 avril 1915 à Flirey puis réhabilités en 1934.

Biographie

Félix François Louis Baudy, né le 18 septembre 1881 à Royère-de-Vassivière, est un militant du syndicat des maçons et aides de Lyon de la Confédération générale du travail fondée à Limoges en 1895. C'est un maçon de la Creuse travaillant sur les chantiers de Lyon[1].

Henri Prébost est né le à Saint-Martin-Château, il vivait à Villeurbanne où il exerçait le métier de maçon. Il était également militant de la CGT[2].

François Fontanaud est d'origine charentaise, son corps est inhumé à Montbron où il est né en 1883[3],[4].

Antoine Morange est né à Champagnac le 20 septembre 1882, il est le fils d'Antonin Morange et de Marguerite Vigier[5],[6].

Le caporal Antoine Morange, les soldats Félix Baudy, François Fontanaud et Henri Prébost ont été fusillés pour l'exemple le 20 avril 1915 à Flirey, à la suite du refus collectif de leur compagnie de remonter à l'assaut de la crête de Mort-Mare[7].

Circonstances de la peine

Le 19 avril 1915, une attaque devait avoir lieu à Mort-Mare (5 km sud de Thiaucourt), afin d’enlever une tranchée encore occupée par les Allemands au centre d’une première ligne conquise quelques jours plus tôt avec la perte de 600 hommes. Les troupes d’assaut avaient été tirées au sort et le hasard avait désigné l’une des compagnies fortement malmenées les 3, 4 et 5 avril lors des combats sur la route de Thiaucourt.

Au signal de l’attaque cette compagnie de 250 hommes refuse de partir à l'assaut et de quitter la tranchée : « ce n’est pas notre tour d’attaquer » disent-ils[8]. Quelques instants auparavant, parmi les quinze hommes qui venaient de sortir de la tranchée douze avaient été tués ou blessés et restaient là, sous les yeux de leurs compagnons[9].

Le général Delétoille ordonne que les 250 soldats passent en cour martiale pour délit de lâcheté afin d'être exécutés. Après l'intervention d'autres officiers, trois hommes sont finalement désignés et deux tirés au sort[10] . Ils comparaissent, pour une parodie de procès. L'un d'eux est acquitté. Deux hommes ont été choisis par tirage au sort dont le soldat François Fontanaud. Les trois autres : le caporal Antoine Morange, les soldats Félix Baudy et Henri Prébost ont été désignés par leurs supérieurs en raison de leur appartenance syndicale à la CGT[11]. Le général Joffre de passage dans le secteur aurait refusé sa clémence exigeant la plus grande sévérité à l'égard de la compagnie.

Le 20 avril, le caporal Antoine Morange, les soldats Félix Baudy, François Fontanaud et Henri Prébost sont fusillés à la lisière d’un bois de Manonville[7].

Les fusillés pour l'exemple de Flirey s'ajoutent à ceux de Vingré, Fontenoy, Fleury, Mouilly, Montauville... En quatre ans, 2 400 « poilus » auront été condamnés à mort et 600 exécutés[12], les autres voyant leur peine commuée en travaux forcés.

Réhabilitation

La stèle sur la tombe de Félix Baudy à Royère

Très peu, environ une quarantaine sur 600, dont Félix Baudy et ses compagnons de malheur, ont été rétablis dans leur honneur dans les années 1920 ou 1930. Ces quatre soldats ont été réhabilités en 1934[7].

Mémoire

La sépulture de Félix Baudy se situe dans le cimetière communal de Royère-de-Vassivière où une plaque, réalisée par ses amis maçons, y est posée avec cette inscription: "Maudite soit la guerre - Maudits soient ses bourreaux - Baudy n'est pas un lâche - Mais un martyr". Cette plaque a été rénovée en 2005 à l'initiative du comité laïque des amis du monument de Gentioux [13]. Son nom est aussi inscrit sur le monument aux morts de la commune[14].

Chaque 11 novembre des militants de divers horizons viennent déposer une gerbe sur la tombe de Félix Baudy dans le cimetière de Royère-de-Vassivière, après s'être recueillis devant le monument aux morts pacifiste de Gentioux.

Photo de l'exécution

Le , une photo clandestine de l'exécution est prise par Jean Combier, artilleur mais aussi photographe professionnel. Ce cliché distribué individuellement à des soldats n'est retrouvé qu'en 1976 par le fils de l'auteur[15]. Elle est ensuite publiée dans l'ouvrage « La Grande Guerre vue par l'artilleur Jean Combier 1914-1918 ».

Notes et références

  1. MémorialGenWeb.org - Félix BAUDRY
  2. MemorialGenWeb.org - Henri PRÉBOST
  3. Combat pour trois Poilus charentais fusillés Charente Libre,9 novembre 2013
  4. MemorialGenWeb.org - François FONTANAUD
  5. MemorialGenWeb - Antoine MORANGE
  6. Antoine Morange, fusillé pour l’exemple Le populaire.fr,24 avril 2015
  7. a, b et c Benoît Hopquin, « 14-18 : l'émergence d'une autre mémoire », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  8. Le refus d'obéissance Les fusillés de la Grande Guerre, ministère de l'éducation
  9. Les crimes des conseils de guerre de RG Réau 1926 Page 324
  10. Le bois de Mort-Mare, théâtre d’un drame de la justice militaire Verdun Meuse, mars 2014
  11. La paix gronde à La Courtine Le Monde, 6 juin 2014 « Le hasard fit bien les choses, puisque trois d’entre eux étaient membres de la CGT »
  12. Les fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999), Nicolas Offenstadt, Odile Jacob, 1999, p. 21
  13. Information GenWeb
  14. Information GenWeb
  15. Benoît Hopquin, « 14-18 : l'émergence d'une autre mémoire », Le Monde,‎ (lire en ligne).

Bibliographie

  • Le livre de J. Nouillac : "le 63 au feu" édité en 1919.
  • Henry Andraud, Quand on fusillait les innocents, Éditions Gallimard, 1935.
  • Site mémoire dédié au 63e Régiment d'infanterie de ligne 1914/ 1918 http://www.faurillon.com
  • Nicolas Offenstadt, "Les fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective, 1914-1999" éditions Odile Jacob novembre 1999.
  • Denis Rolland, La grève des tranchées, Paris, Imago, 2005.
  • Nicolas Meaux et Marc Combier (préf. Bertrand Tavernier, photogr. Jean Combier), Regard de soldat : La Grande Guerre vue par l'artilleur Jean Combier 1914-1918, Acropole Belfond, , 207 p. (ISBN 978-2735702572).