Féculerie

Féculerie de Gasselternijveen (Pays-Bas), fondée en 1902. Le bâtiment est classé « monument provincial ».

La féculerie est une activité industrielle du secteur agroalimentaire consistant à extraire la fécule des tubercules ou racines de diverses plantes, et à la traiter pour produire différents produits dérivés. La fécule est aussi connue sous le nom d'amidon, cependant dans ce cas on parle uniquement de l’amidon extrait des tubercules et des racines comme la pomme de terre par exemple.

Le terme féculerie désigne aussi l'usine dans laquelle se pratique cette opération.

Les plantes cultivées à cet effet, sont principalement la pomme de terre, la patate douce, le manioc, l'igname et le taro.

Pour les usines traitant l'amidon issu des céréales, principalement le maïs et le blé, et du pois protéagineux, on parle plutôt d'« amidonnerie ».

Outre l'amidon et ses dérivés, cette industrie produit également des protéines et des fibres alimentaires, ainsi que des sous-produits recyclés dans l'agriculture ou l'élevage (aliment du bétail).

Historique[1],[2]

Les premières féculeries

Les premières cultures de pomme de terre observées se développe dans les Vosges vers le milieu du XVIIème siècle. Ce tubercule, bien adapté aux sols pauvres, se répand rapidement sur l’ensemble du département y compris en montagne.

La première féculerie a elle vu le jour dans les Vosges en 1833. Cette industrie va connaitre un développement rapide puisque le département va voir son nombre de site d’exploitation passer à 250 sites en 1858 et 300 en 1878. Dans les Vosges elles profitent de la force hydraulique mais surtout d’une eau de lavage d’excellente qualité. Leurs multiplications correspondent à l’essor de l’industrie du textile, la fécule étant principalement utilisée pour hourdir les fils de chaîne des tissages implantés, quant à eux, sur les deux versants du massif vosgien, dès le début du XVIIIe siècle.

La production de fécule va atteindre son optimum dans les années 1860, avec une vente record de 10 000 tonnes en 1871. Cette production est aussi qualitative puisqu’elle va obtenir des médailles d’or aux expositions universelles de 1967, 1878 et 1900.

Cependant cette industrie va connaitre une régression aussi rapide que son ascension puisqu’en 1901 il ne reste plus que 75 féculeries dans la région et les dernières vont cesser de fonctionner dans les années 1960.

Cette régression est liée à une concurrence qui s’accroit dès 1880. Elle vient tout d’abord d’autres régions françaises, mais également d’Allemagne, d’Hollande et d’une autre fécule à base de maïs d’importation. Malgré l’élévation des droits de douane, la production de fécule verra son cours chuter. Au lendemain de la Première Guerre Mondiale, malgré un regroupement en coopératives de producteurs de pomme de terre, les féculeries vosgiennes ne parviennent pas à soutenir la concurrence de régions plus fertiles et le processus de transformation davantage industrialisé. Aujourd’hui, le nord de la France concentre l’essentiel de la production féculière.

La féculerie Robert ou féculerie de La Neuveville-devant-Lépanges

Cette féculerie est connue pour avoir été l’une des dernières à fonctionné dans les Vosges. Crée en 1910 par Antoine et Albert Robert, elle devait remplacer les autres féculeries du village dont l’activité s’était arrêtée au début du 20ème siècle. Elle a cessé de fonctionner en 1968 et est aujourd’hui la propriété de Jean-Louis Robert.

La féculerie aujourd'hui

Aujourd'hui, il n’existe plus que deux féculeries en France : Roquette Vecquemont dans la Somme (80) et Syral Haussimont dans la Marne (51). Elles sont exclusivement dédiées à l’exploitation de la pomme de terre féculière. Installées en milieu rural, elles participent à l’équilibre des territoires et au soutien de l’emploi local, 1 300 Producteurs, 2 700 emplois salariés directs et indirects au total.

Les féculeries sont aujourd’hui représentées par le GIPT (= Groupement Interprofessionnel pour la Valorisation de la Pomme de Terre).

Les projets d'avenir[3],[4]

Pour Syral Haussimont : Continuer d'assurer sa compétitivité, pour cela son groupe coopératif Tereos a investit 25 millions d'euros sur les trois prochaines années, afin d'augmenter les capacités de stockage existantes sur les exploitations d'environ 100 000 tonnes d'ici 2020, tout en poursuivant ses innovations en termes de conservation. Pour arriver à cet objectif, Tereos souhaite aménager des bâtiments existants en organisant des achats groupés d'équipements spécifiques (de ventilation ,d'isolation). Il étudie également un stockage expérimental à faible coût afin de la proposer aux coopérateurs.

Pour Roquette Vecquemont : Continuer à maintenir sa productivité en trouvant de nouveaux producteurs. En effet selon Bertrand Rault, responsable de l'approvisionnement de pomme de terre chez Roquette Vecquemont, l'usine est encore loin de la saturation, elle pourrait produire plus. Aujourd'hui l'usine produit l'équivalent de 16 000 hectares alors qu'elle a une capacité maximum de 19 000 hectares. Ainsi son groupe prospecte les agriculteurs principalement dans l'ouest de la Somme afin d'atteindre ce niveau de saturation d'ici 2020-2021. Leur but est notamment de convaincre les producteurs laitiers en difficultés et les jeunes exploitants qui s'installent. Pour cela, le groupe met en avant le fait que le cahier des charges est simple à tenir, que la culture ne nécessite pas de gros investissement, qu'elle n'a pas besoin d'irrigation mais également que toute la production est achetée au prix du contrat, ce qui est loin d'être le cas dans toutes les productions, notamment dans la production de lait.

Si les rendements n'ont pas été bon cette année à cause de ce manque de productivité, les perspectives d'avenir pour la filière semblent toutefois variées et encourageantes aux vues des nombreux débouchés dont elle dispose :

  • Les nouveaux débouchés à forte valeur ajoutée que sont la nutrition et la pharmacie. La fécule est ainsi utilisée dans des préparations alimentaires telles que les nouilles asiatiques, les sauces, le sucre glace, la charcuterie… Avec comme principaux clients des industriels tels que Danone, Fleury-Michon... Elle est aussi utilisée dans des produits pharmaceutiques pour la fabrication de comprimés. Les clients sont alors des industriels tels que Sanofi, Pfizer...
  • Ces débouchés viennent compléter les débouchés « historiques » que sont le papier, le carton, le textile...

La clientèle est donc très variée, notamment à l'étranger comme en Asie où les ventes du groupe ont été multiplié par deux, en Amérique du Nord (vente multiplié par 3), et dans des pays émergents. Le groupe a également investit 300 millions d'euros, au Canada, dans la construction de la plus grosse usine de protéines de pois au monde, ce qui va leur permettre de gagner des parts de marché.

Procédés[2]

Utilisations[5]

1. Utilisation du produit brut : les tubercules et racines  

Le légume-racine principalement traité dans une féculerie est la pomme de terre féculière.

  • Les tubercules de pomme de terre féculières présentent un ratio en amidon plus important (en moyenne 20%de teneur en amidon) que celui du blé, du maïs ou du pois protéagineux qui sont quant à eux transformés dans une amidonnerie.

Par ailleurs, l’amidon est un des principaux composants de la pomme de terre. [6]

  • La production mondiale de pomme de terre en 2010 est de 325 millions de tonnes dont 17 millions de pommes de terre féculières.
  • La majeure partie des pommes de terre féculières cultivées sont envoyées dans des féculeries européennes puisque l’Europe est le 1er producteur de fécule de pommes de terre avec une production allant de 1,5 à 1,8 millions de tonnes produites par an. [7]

Au sein de la féculerie, la pomme de terre féculière est donc transformée à travers plusieurs étapes d’extraction. Grace aux différents procédés de te transformation et d’extraction, on obtient de la pomme de terre féculière une poudre très blanche et plutôt épaisse : la fécule

Fécule de pomme de terre[8]
  • La fécule de pomme de terre est faite de grains typiques, larges, ovales et sphériques. Leur taille varie de 5 à 100 μm.
  • Les grains de fécule de pomme de terre sont environ deux fois plus gros que les grains de fécule d’autres plantes (tapioca ou céréales). C’est pourquoi elle possède une capacité d’absorption de l’eau bien plus grande et une meilleure texture.
  • La fécule de pomme de terre est une fécule très raffinée, contenant peu de protéine ou de graisse. C’est ce qui donne à la fécule sa couleur bien blanche et ses caractéristiques appréciées en cuisine : goût neutre, bonne clarté et transparence, excellent liant, texture longue, ne mousse pas, ne jaunit pas la préparation.[9]

Économie

Environnement

L’efficacité énergétique est au cœur de la problématique de la production industrielle afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre et à lutter contre le changement climatique.

Starch Europe [10]

L' European Starch Industry Association (AAF) créée en 2006 et renommée en 2014 en tant que "Starch Europe" représente les intérêts de l'industrie européenne de l'amidon au niveau européen et international. Ses membres comprennent 26 entreprises productrices d'amidon de l'Union Européenne, représentant ensemble plus de 95% de l'industrie de l'amidon de l'UE.[11]

La mission de l’association est de promouvoir et de protéger la réputation des produits à base d’amidon et les intérêts des producteurs auprès des institutions et des parties prenantes européennes et internationales dans un environnement concurrentiel équitable.

En 2012, la European Starch Industry Association, a publié le rapport de synthèse de son étude d'évaluation du cycle de vie de ses produits. Cette initiative fait suite à une précédente étude menée en 2001 sur certains produits et  utilise des méthodologies et bases de données mises à jour. L’institut de recherche VITO - Vision on Technology, fournit une étude de l’impact du cycle de vie des principaux produits à base de fécule sur l’environnement : empreinte carbone, épuisement de l’eau et occupation des terres agricoles.[12]

La féculerie de pommes de terre d’Haussimont[13]

La société Syral Haussimont est spécialisée dans la production de fécules de pommes de terre pour les industries de l’agro-alimentaire, du carton-papier et du bioplastique.

La production de fécule nécessite une grande quantité d’eau. En effet, les pommes de terre sont lavées, râpées, puis baignées pendant les différentes phases du processus. Après utilisation, cette eau est traitée puis répandue sur des terrains agricoles. Cependant, ces cours d’eau présentent des taux d’azote supérieurs aux seuils fixés par les réglementations.

En 2012, avec la participation du Conseil régional et l’agence de l’eau Seine-Normandie, la direction régionale de l’ADEME en Champagne-Ardenne a soutenu la féculerie d’Haussimont pour mettre en place d’un nouveau système d’évaporation et d’extraction de protéines, combiné à un système de récupération d’énergie, afin de faire baisser le taux d’azote dans les eaux utilisées mais également garantir une excellente qualité des produits, réduire au maximum les impacts sur l’environnement et maîtriser les coûts énergétiques

Bilan de cette initiative :

  • 6 GWh de gaz économisés par an
  • 1 275 teq CO2 évitées par an
  • 10 % d’économie soit 150 k€ / an

Notes et références

  1. « Branche Féculerie », sur www.gipt.net (consulté le 7 novembre 2018)
  2. a et b Raf, « La féculerie Robert de La Neuveville-devant-Lépanges (Vosges) - FDMF - Fédération des Moulins de France », sur www.fdmf.fr (consulté le 7 novembre 2018)
  3. « Pommes de terre : Début de la campagne féculière », sur La France Agricole (consulté le 10 novembre 2018).
  4. « Des perspectives d’avenir variées pour la féculerie de Vecquemont », L'Action Agricole Picarde,‎ (lire en ligne).
  5. « Les applications de la fécule - Fecule de Pomme de Terre BIO », sur organicpotatostarch.eu (consulté le 8 novembre 2018)
  6. « La fécule de pomme de terre - Les champs de L'amidon », Les champs de L'amidon,‎ (lire en ligne)
  7. « Plaquette Haussimont », sur www.Haussimont.com,
  8. « Fécule de pomme de terre », dans Wikipédia, (lire en ligne)
  9. « Les applications de la fécule - Fecule de Pomme de Terre BIO », sur organicpotatostarch.eu (consulté le 8 novembre 2018)
  10. (en-GB) « Starch Europe: everything you need to know about Starch and Sugars », sur www.starch.eu (consulté le 9 novembre 2018)
  11. (en-GB) « Starch Europe is The European Starch Industry Association », sur www.starch.eu (consulté le 9 novembre 2018)
  12. (en-GB) « EU starch industry publishes Life Cycle Assessment study of starch products - Starch Europe », sur www.starch.eu (consulté le 9 novembre 2018)
  13. « Economies d’énergie dans une féculerie de pommes de terre à Haussimont (51) », Rapport de l'ADEME,‎ (lire en ligne)

Bibliographie

Articles connexes