Expérience

L'expérience relève du vécu, c'est-à-dire de la connaissance acquise à travers l'expérience sensible (sensation et sens), par opposition à ce qui relève d'une connaissance pure et a priori. Elle se confond alors avec la signification courante lorsqu'on dit de quelqu'un qu'il est expérimenté: il a appris un savoir par la pratique, et non de façon théorique.

Au quotidien

De ce concept très extensif, ont dérivé des acceptions particulières. Ainsi, on nomme aussi expérience :

L'expérience professionnelle est évaluée dans la présentation d'un curriculum vitæ et au cours d'un bilan de compétences. La validation des acquis de l'expérience permet de valoriser une expérience autodidacte ou non qualifiée par un diplôme.

Philosophie

L'expression "expérience sensible" est utilisée pour éviter la confusion avec la compétence ou avec l'expérience scientifique qui procède de la méthode expérimentale ou de l'expérience technique.

Dans ses questionnements, ses propositions et sa méthode de travail, la philosophie utilise plusieurs concepts liés à l'expérience :

  • l'expériences de pensée : expression due à Ernst Mach, désignant une hypothèse non réalisable par expérimentation, qu'Einstein et Schrödinger ont abondamment utilisée. Les artistes en sont friands.
  • l'expérience intérieure : expression due à Georges Bataille évoquant l'expérience mystique dépouillée de la dimension divine .
  • l'expérience interne : l'ensemble des faits de conscience.

Empirisme

Au sens empirique, l'expérience se réfère au fait d'éprouver quelque chose susceptible d'enrichir le savoir pratique.

Rationalisme

À l'âge classique, le rationalisme admettait l'existence d'idées innées, non issues de l'expérience sensible, et d'idées composées par l'entendement seul, donc totalement indépendantes de l'expérience.

  • a priori : qui est antérieur et indépendant de l'expérience sensible,
  • a posteriori : qui est postérieur et dépendant de l'expérience sensible.

Kantisme

Au sens kantien, il s'agit de l'ensemble du processus de synthèse, utilisant les catégories de l'entendement, qui transforme les données sensibles en objets possibles pour la connaissance.

Structure théorique d'une expérience

La conduite d'une expérience mène à deux types de bénéfice :

  • le bénéfice pour l'expérimentateur en matière d'informations nouvelles relatives l'objet central de l'expérience , surtout si elle a été pertinente,
  • dans tous les cas, un enseignement sur les causes de l'éventuel échec, enseignement qui sera réinvesti dans la définition d'une expérience plus adéquate.

D'un point de vue très général, l'expérience isolée comporte sommairement trois phases : la préparation, l'expérimentation, l'évaluation.

Une expérience globale composée d'expériences partiellement individualisables comporte les trois mêmes pôles. Cependant si dans l'expérience isolée les trois phases constituent autant d'étapes réglées chronologiquement, dans l'expérience globale, il s'agit de trois registres qui interagissent en permanence. Ainsi :

  • L'évaluation est plus ou moins associée aux paramètres pris en compte dans la préparation, par exemple, les résultats questionnent la méthode d'échantillonnage ;
  • L'expérimentation peut être répétée, en fonction des deux autres phases.

La préparation se réalise autour d'une double intention : la réussite de la tenue de l'expérience, c'est-à-dire la conduite jusqu'à son terme ; la pertinence ou succès de l'expérience, c'est-à-dire l'accès à un résultat positif, à l'égard de l'objectif initial.

Chacune des intentions motivant et organisant l'expérience trouve ses limites dans au moins une forme d'incertitude : l'incertitude de base portant sur la réalisation de l'expérience est rejointe par autant d'incertitudes qu'il y a de choix possibles pour les conditions initiales.

La préparation est donc basée sur des perspectives et opérations d'anticipation, supputations de l'expérience qui peuvent en réduire l'incertitude. La préparation aboutit ainsi à la réunion des facteurs d'efficacité, voire d'efficience.

Dans l'expérience globale, chaque phase ne résultant pas simplement de la précédente, les liens entre les conditions initiales et les résultats sont affectés par une complexité qui apporte une nouvelle charge d'incertitude.

L'évaluation se réfère à des critères qui auront été explicités en association avec la détermination des facteurs d'efficacité.

L'expérience qualitative préalable

Wolfgang Köhler constate que « les physiciens ont mis des siècles à remplacer graduellement des observations directes et surtout qualitatives par d'autres, indirectes, mais très précises »[1]. Il cite souvent l'exemple du savant faisant une observation singulière d'ordre qualitatif avant que le résultat de sa découverte serve de fondement à une méthode d'évaluation quantitative du phénomène. Ces méthode se concrétise souvent en conception d'instruments de mesure toujours plus perfectionnés. L'exemple type est celui de Galilée, qui découvre le mouvement des planètes par l'observation avec une lunette astronomique qu'il a mis au point lui-même, pas à pas.

Il généralise ce constat historique en posant que toute nouvelle science se développe naturellement par le passage progressif des "expériences directes et qualitatives" aux "expériences indirectes et quantitatives". C'est notamment une caractéristique majeure des "sciences exactes". Il insiste sur la nécessaire accumulation préalable des expériences essentiellement qualitatives, conditions indispensables des investigations quantitatives ultérieures.

C'est le défi qu'il propose à son époque à la psychologie qu'il considère comme une "jeune science. Il invite ainsi à résister à l'imitation de la physique ; à ne pas plaquer les méthodes d'une science mûre sur les tâtonnements de celle qui se cherche et donc à favoriser avant tout la croissance des expérimentations préalables indispensables aux futures expériences quantitatives rigoureuses.

Reconnaissant la complexité de l'objet de la psychologie comparée aux simplifications que la physique autorise, il assure après avoir évoqué la question des tests qu"on ne saurait assez souligner l'importance de l'information qualitative comme complément nécessaire du travail quantitatif".

Aspect spéculatif de l'expérience

En sciences

Dans les disciplines scientifiques, les expériences sont qualifiées de scientifiques parce qu'elles sont conduites en respectant des protocoles aussi rigoureux que possible, concernant aussi bien la planification et la mise en œuvre concrète de la situation expérimentale, que le recueil des données (souvent au moyen d'instruments de mesure) ou l'interprétation théorique qui en est faite.

D'un point de vue théorique, une expérience est un engagement dans une situation de mise à l'épreuve d'un élément d'ordre spéculatif, souvent appelé hypothèse lorsqu'il s'inscrit dans un système logique. En raison de cet élément spéculatif, l'expérience comporte de manière intrinsèque un poids d'indétermination (incertitude) plus important que les autres types d'initiatives (actions, activités, projets, programmes, etc.) qui visent un but en réduisant au minimum les paramètres incertains. Il n'y a cependant pas de frontière nette, et toute initiative peut être au moins rétrospectivement appréhendée comme une expérience didactique, formatrice, capitalisable en elle-même.

Ésotérisme

Cette situation contextuelle de scientificité et cet engagement vis à vis de la vérité / réalité des faits ne sont pas toujours recherchés, il arrive ainsi qu'on parle d'expérience mystique quand se produit une révélation d'ordre spirituel .

Notes et références

Références

  1. W. Köhler, Gestalt Psychology,
    Traduction française La psychologie de la forme, Gallimard, Paris, 1964. Traduit par Serge Bricianer

Voir aussi

Bibliographie

  • Christian Godin, Dictionnaire de philosophie, Paris, Fayard, , 1534 p. (ISBN 9782213621166) Document utilisé pour la rédaction de l’article.

Articles connexes

Science

Lien externe