Emmanuel Beau de Loménie

Emmanuel Beau de Loménie
Biographie
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(à 77 ans)
Paris
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Parti politique

Emmanuel Beau de Loménie, né le à Paris et mort le à Paris, est un écrivain, essayiste, polémiste et journaliste français d'extrême droite[1].

Biographie

Engagé volontaire en 1915, blessé deux fois, il devient secrétaire général des étudiants d'Action française en 1919 mais s'éloigne assez vite de Charles Maurras. Il publie sa thèse de doctorat, sur la carrière politique de Chateaubriand, en 1929[2]. Maréchaliste respectueux mais hétérodoxe, la période de la Libération avait été pour lui délicate mais il réintégra l’Éducation nationale et enseigna au lycée Chaptal et au lycée Turgot de Paris.

Il est l'auteur de nombreux ouvrages politiques, historiques et littéraires. Durant les années 1950, il collabore à plusieurs périodiques, dont La Parisienne, Carrefour, Écrits de Paris ainsi qu'à La Nation française[3] de Pierre Boutang et Michel Vivier. Il s'est intéressé en particulier à Chateaubriand[4], à la Restauration et à l'histoire de la monarchie française.

En 1968, dans le cadre d'une réédition de textes d'Édouard Drumont sous l'égide de l'éditeur Jean-Jacques Pauvert et du philosophe Jean-François Revel, Beau de Loménie publie un éloge du polémiste, où il tente de construire un « anticapitalisme national » en mettant l'accent sur la teneur anticapitaliste des pamphlets du fondateur de La Libre Parole tout en minimisant leur antisémitisme[5],[6],[7],[8].

Les responsabilités des dynasties bourgeoises

Rédigée de 1943 à 1965, son œuvre principale s'intitule Les responsabilités des dynasties bourgeoises (en 5 tomes publiés aux Éditions Denoël de 1943 à 1973), dans laquelle Beau de Loménie développe sa théorie — son « obsessionnelle certitude[9] » — d'une influence prépondérante et ininterrompue au sein de la société française d'un faible nombre de « dynasties bourgeoises » se perpétuant de génération en génération depuis la Révolution française.

Tome 1 : De Bonaparte à Mac Mahon (1799-1873)

Dans ce premier tome publié à Paris par Denoël en 1943, Beau de Loménie soutient que le premier noyau des « dynasties bourgeoises » — les soi-disant futures « deux cents familles » — se composerait de personnages issus des milieux de justice et de basoche, qui devraient leurs enrichissements à la Révolution de 1789. Pour éviter la restauration monarchique qui les menace, ces ancêtres putatifs des « grands capitalistes » auraient faire appel à un militaire ambitieux et glorieux mais encore sans attache politique : Bonaparte. Devenu l'empereur Napoléon 1er, celui-ci serait devenu prisonnier de ces cadres avant d'être trahi par eux. Par la suite, ces mêmes « profiteurs » auraient joué des idéologies les plus diverses pour se maintenir en place et devenir « les maîtres de l'industrie et de la finance. »

L'historien Rémi Gossez[10] observe que « sous l'Occupation », « M. Beau de Loménie (...) s'applique à présenter le coup d'État [de Louis-Napoléon Bonaparte] comme ayant ouvert devant « l'équipe des grands juifs » de nouvelles et brillantes perspectives[11]. »

Tome 2 : De Mac Mahon à Poincaré (1873-1913)

Dans le second tome publié à Paris par Denoël en 1947, Beau de Loménie passe en revue la crise boulangiste, l'affaire Dreyfus et le Combisme. L'auteur entend démontrer les ressorts de certaines affaires, en affirmant par exemple que le plan des grands travaux de Freycinet aurait été imposé par les dirigeants des chemins de fer avant d'ouvrir, dès les débuts, la voie des déficits budgétaires. Beau de Loménie énonce également que le ministère de Gambetta fut torpillé par « les compagnies » et que les carrières des politiciens en vue s'expliqueraient par le paiement de services rendus aux mêmes « compagnies ». En outre, l'essayiste avance que la haute banque aurait poussé à la fondation de l'empire colonial pour s'y assurer le monopole de concessions abusives. Enfin, Beau de Loménie proclame que les accords conclus au Maroc entre les financiers français et allemands préparèrent la guerre de 1914.

Tome 3 : Sous la IIIe République, la guerre et l'immédiat après-guerre (1913-1923)

Publié à Paris, par Denoël en 1954[12].

Tome 4 : Du Cartel à Hitler (1924-1933)

Dans le quatrième tome publié à Paris par Denoël en 1963, Emmanuel Beau de Loménie couvre une période s'échelonnant de 1924 à 1933, qualifiée par l'auteur d'époque de grandes folies financières et diplomatiques. L'essayiste considère que les crises économiques couplées aux scandales financiers (Marthe Hanau, Albert Oustric…) engendrèrent des révoltes à l'origine de la Seconde Guerre mondiale, en un temps où l'inflation était considérée comme le seul remède aux maux économiques.

Tome 5 : De Hitler à Pétain (1934-1940)[13]

Critiques

Beau de Loménie vise à exposer une prétendue influence démesurée[n 1] d'un petit nombre de « dynasties bourgeoises » immuables. Plusieurs historiens (Jean-Noël Jeanneney, Jean-Pierre Rioux, Sylvain Schirmann, Philippe Hamman...) soulignent que son système se rattache à une théorie du complot dont la popularité transcende les frontières politiques malgré les vues d'extrême droite de l'auteur[n 2],[n 3].

Ainsi, dans son étude sur le grand commerce français entre 1925 et 1948, l'historienne Laurence Badel précise qu'il se pose « dans le champ d'étude des milieux d'affaires, le délicat problème de la place des groupes de pression dans la société française. En dépit des réflexions conduites dans ce domaine, une suspicion entache toujours l'existence et l'action de ces groupes et a contaminé la vision historique que l'on peut avoir de certaines questions. S'intéresser aux groupes, c'est s'exposer à être accusé de véhiculer une vision du monde reposant sur le complot et les groupes occultes à la manière d'un Beau de Loménie. Sans éluder l'importance des stratégies matrimoniales, des connivences mondaines et des solidarités d'institutions, il est possible de dresser une histoire « noble » des milieux d'affaires et de leur organisation à des moments déterminés pour promouvoir le succès d'une cause[17]. »

Rendant compte de l'ouvrage La mort de la troisième République (Éditions du Conquistador, 1951), le politologue François Goguel souligne « la fantaisie des méthodes de travail » de Beau de Loménie eu égard à ses nombreux « exemples d'affirmations aussi purement gratuites ou notoirement inexactes », qu'il s'agisse de confusions commises entre différentes personnes ou de soi-disant révélations sans mention de source. Goguel conclut que « le propos » de Beau de Loménie « n'est pas l'exactitude du détail, c'est l'exposé d'une thèse. Il est trop profondément convaincu pour admettre que les faiblesses de sa documentation de base puissent infirmer ses conclusions. En réalité, quoi qu'il en pense, M. de Loménie n'est pas le moins du monde historien, mais bien pamphlétaire et mémorialiste[18]. »

Autres œuvres

  • La Carrière politique de Chateaubriand, de 1814 à 1830, Paris, Plon, 1929, présentation en ligne.
  • Les demeures de Chateaubriand (1930)
  • Qu’appelez-vous droite et gauche ? (1931)
  • La Restauration manquée, l'affaire du drapeau blanc, Paris, Édition des portiques, 1932, présentation en ligne.
  • D'une génération à l'autre (1933)
  • L'Inauguration (1934)
  • Naissance de la nation roumaine (1937)
  • Pour une Révolution Économique Française dans la Paix Sociale (avec Jean Hardy) (1937)
  • Les dynasties bourgeoises et la fête impériale suivi de quelques essais et mises au point par Jean de St-Chamant, Paul Mariel, Jean Banes, I. Maulvault, M. Raval, François Le Grix, Paris, Sequana, 1942
  • Lendemains de Libération (clandestin) (1944)
  • Le débat de ratification du Traité de Versailles, à la Chambre des députés et dans la presse en 1919 (1945)
  • L'esprit de 1848 (avec divers collaborateurs) (1948)
  • Occident (avec divers collaborateurs) (1950)
  • La mort de la Troisième République, Paris, Éditions du conquistador, 1951, présentation en ligne, présentation en ligne.
  • Lettres de Chateaubriand à Madame Récamier (avec Maurice Levaillant), Flammarion, 1951.
  • Lettres de Madame de Staël à Madame Récamier, Domat, 1952.
  • Maurras et son système (1953)
  • Chroniques de la Quatrième (1956)
  • L'Église et l'État : un problème permanent (1957), présentation en ligne.
  • L’Algérie trahie par l'argent (1957)
  • Les Glorieux de la décadence (1964)
  • Édouard Drumont ou l'anticapitalisme national (1968)
  • Les Pollueurs de l'Histoire (1980)

Notes et références

Notes

  1. « Tous les travaux cités (...) ont eu pour premier bienfait, il va sans dire, de rompre avec l'atmosphère de suspicion systématique qui entourait toute observation du patronat au temps des « 200 familles » et qu'ont alors « illustrée » les livres d'E. Beau de Loménie et d'A. Hamon[14]. »
  2. « Que n’a-t-on écrit - et ce dès les années trente - sur la subordination du pouvoir politique à la toute-puissance des milieux d’affaires ? Les mythes ont couru sur « les dynasties bourgeoises », « la synarchie », les trusts et le Comité des Forges[15]. »
  3. « En France, les études publiées sur le patronat ont avant tout visé à mettre au jour les pratiques de l’ombre entre organisations patronales et institutions politiques, avec une dimension journalistique ou militante davantage qu’historique . Ceci est parfois le fait de polémistes  (Cf. les mythologies affairistes, des « banquiers juifs cosmopolites » aux « 200 Familles » ou au « Mur d’argent ». Très significatif à ce sujet est Beau de Loménie (E.), Les responsabilités des dynasties bourgeoises, Paris, Denoël, 1943.), mais les études historiennes scientifiques sont aussi marquées par le prisme de « la réalité d’une oligarchie patronale, finalement assez restreinte, qui détient les leviers de l’influence. Cette oligarchie des affaires s’est évidemment transformée, adaptée, modernisée au fil du temps », et ce serait là l’objet de l’analyse. On l’a compris, le couple patron/politique a généré des représentations négatives, et ce sont d’abord ces dernières – les « affaires », les complots  – qui ont été travaillées, plus que ne l’ont été les passages et les passeurs, c’est-à-dire les engagements directs des patrons dans l’arène électorale[16]. »

Références

  1. Olivier Dard, « La corruption dans la France des années 1930 : historiographie et perspectives de recherche », dans Jens Ivo Engels, Frédéric Monier et Natalie Petiteau (dir.), La politique vue d'en bas : pratiques privées, débats publics dans l'Europe contemporaine, XIXe-XXe siècles : actes du Colloque d'Avignon, mai 2010, Paris, Armand Colin, coll. « Armand Colin - recherches / Les coulisses du politique à l'époque contemporaine », , 260 p. (ISBN 978-2-200-27435-1, présentation en ligne), p. 214, n. 23.
  2. Leymarie 2008, p. 378.
  3. Guillaume Gros, Philippe Ariès : un traditionaliste non-conformiste : de l'Action française à l'École des hautes études en sciences sociales, 1914-1984, Villeneuve-d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, coll. « Histoire et civilisations », , 338 p. (ISBN 978-2-7574-0041-8), p. 137.
  4. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5621245k/f309.image
  5. Édouard Drumont ou l’anticapitalisme national, présenté par Emmanuel Beau de Loménie, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1968.
  6. Michel Winock, « Édouard Drumont et l'antisémitisme en France avant l'affaire Dreyfus », Esprit, nouvelle série, n° 403, mai 1971.
  7. Olivier Dard, « Mythologies conspirationnistes et figures du discours antipatronal », Vingtième Siècle : Revue d'histoire, Paris, Presses de Sciences Po (PFNSP), no 114 « Patrons et patronat en France au XXe siècle »,‎ , p. 141 (lire en ligne).
  8. Élisabeth Roudinesco, Retour sur la question juive, Albin Michel, 2009.
  9. Jeanneney 1984, p. 265.
  10. Maurice Agulhon et Jean-Claude Caron, « Nécrologie : In memoriam Rémi Gossez. Un quarante huitard s’est éteint », Revue d'histoire du XIXe siècle, n° 37, 2008, p. 247-251, lire en ligne.
  11. Rémi Gossez, « Bibliographie critique : Littérature de Coup d'État », 1848 - Revue des révolutions contemporaines, n° 189, décembre 1951, p. 153-158, lire en ligne.
  12. Daniel Saltet, « Beau de Loménie (E.) - Les Responsabilités des dynasties bourgeoises. Tome III, Sous la Troisième République. La guerre et l'immédiat après-guerre (1914-1924) », Revue française de science politique, volume 5, n° 4, octobre-décembre 1955, Paris, Presses universitaires de France, p. 877-878, lire en ligne.
  13. Claude Lévy, Sur la grande bourgeoisie française des années 30 (Les responsabilités des dynasties bourgeoises d'E. Beau de Loménie), Revue d'histoire de la Deuxième Guerre mondiale, n° 98, avril 1975, p. 94-96, lire en ligne.
  14. Jean-Pierre Rioux, « Les élites en France au XXe siècle. Remarques historiographiques », Mélanges de l'École française de Rome. Moyen Âge, Temps modernes, t. 95,‎ , p. 13-27 (lire en ligne).
  15. Sylvain Schirmann (préf. Raymond Poidevin), Les relations économiques et financières franco-allemandes, 24 décembre 1932-1er septembre 1939, Paris, Ministère de l'économie, des finances et de l'industrie, Comité pour l'histoire économique et financière de la France, coll. « Histoire économique et financière de la France / Études générales », , XI-304 p. (ISBN 2-11-087835-5, lire en ligne), chap. XVIII (« Vers le « Munich économique » »).
  16. Philippe Hamman, « Patrons et milieux d'affaires français dans l'arène politique et électorale (XIXe-XXe siècles) : quelle historiographie ? », Politix, Paris, Armand Colin, no 84 « Hommes d’affaires en politique »,‎ , p. 35-59 (lire en ligne).
  17. Laurence Badel (préf. René Girault), Un milieu libéral et européen : le grand commerce français, 1925-1948, Paris, Ministère de l'économie, des finances et de l'industrie, Comité pour l'histoire économique et financière de la France, coll. « Histoire économique et financière de la France / Études générales », , XVIII-576 p. (ISBN 2-11-090083-0, lire en ligne), « Introduction ».
  18. François Goguel, « Beau de Lomenie (E.) - La mort de la troisième République », Revue française de science politique, volume II, n° 2, avril-juin 1952, Paris, Presses universitaires de France, p. 413-414, lire en ligne.

Annexes

Bibliographie

  • Jean-Noël Jeanneney, L'argent caché : milieux d'affaires et pouvoirs politiques dans la France du XXe siècle, Paris, Seuil, coll. « Points. Histoire » (no 70), , 2e éd. (1re éd. 1981, Fayard), 306 p. (ISBN 2-02-006728-5), « Les dynasties bourgeoises de Beau de Loménie », p. 265-271.
  • Éric Georgin, « Entre volonté et renoncement : la Restauration jugée par Charles Maurras », Napoleonica. La Revue, Fondation Napoléon, no 22,‎ , p. 52-69 (DOI 10.3917/napo.022.0052, lire en ligne).

Articles connexes