Diaspora arménienne en France

Arméniens de France

Populations significatives par région
Population totale 600 000 (2013)
Autres
Langues français, arménien
Religions Christianisme, surtout apostolique arménien, ainsi que arménien catholique, arménien évangélique et protestants divers.

Les Arméniens de France (en arménien Ֆրանսահայ) sont les personnes d'origine arménienne vivant en France.

Démographie

Il y avait environ 600 000 Arméniens en France en 2011 (dont 400 000 nés en France) selon des estimations du Comité de défense de la cause arménienne (CDCA) et du Centre de recherches sur la diaspora arménienne (CRDA), mais le président du CRDA déclarait en même temps que « Tout recensement précis est impossible dans ce domaine ». Hratch Varjabedian, directeur du Bureau français de la cause arménienne, parlait à la même époque de 400 000 électeurs français d'origine arménienne[1],[2].

Selon l'INSEE, en 2008, il y avait en France métropolitaine 14 732 personnes nées en Arménie[3] ainsi que 1 704 enfants de moins de 18 ans nés en France et d'origine arménienne[4].

La communauté est concentrée principalement à Marseille (principale ville de débarquement des Arméniens après le génocide[5]), Lyon, Valence, Paris et sa banlieue (principalement à Arnouville, Alfortville, Clamart et Issy-les-Moulineaux).

Histoire

Il faut remonter au XVe siècle pour voir des marchands arméniens présents dans le port de Marseille. Cette communauté arménienne, par ses liens avec l'Orient, est la première à importer des indiennes et à initier des artisans locaux à leur reproduction, avec des peintures colorées.

Leur présence amène Jean-Baptiste Colbert à créer en 1669 le port franc de Marseille des Arméniens. Ruinés par la chute de Candie, ils rejoignent la ville[6]. Appelés chofelins[7], ils apprennent aux maîtres cartiers marseillais à peindre les cotonnades de façon différente. Ils maîtrisent en effet la technique des « indiennes de Masulipatnam », appelée aussi Machilipatnam.

Extrait sonore d'une enquête orale réalisée en 2007 par l'association Paroles Vives relatant l'histoire d'une femme fuyant la mort et son installation en France.

Mais ce sont essentiellement les immigrations de la fin du XIXe et du début du XXe siècle qui amenèrent à Marseille la majorité de sa population arménienne actuelle[8]. Comme c'est souvent le cas dans la diaspora arménienne, la plupart des Arméniens de France ont immigré après le génocide arménien de 1915. Les arméniens ont dû fuir la violence avant de s'installer dans des conditions difficiles notamment dans les alentours de Marseille. En effet, l'installation à la périphérie permet, via des activités d'agriculture d'améliorer très relativement les conditions de vie comme en témoigne cet extrait sonore pour la Région de Berre-l'Étang.

Organisations

Les organisations communautaires arméniennes en France sont très nombreuses sur le plan religieux, culturel, social, sportif et politique.

Chacune des trois Églises arméniennes dispose de sa propre organisation, trois diocèses (Lyon, Marseille, Paris) dépendant du Catholicossat de tous les Arméniens (apostolique), l'Éparchie Sainte-Croix-de-Paris des Arméniens (catholique) et l'Union des Églises évangéliques arméniennes de France (protestante).

Dans les communes à forte implantation arménienne, on compte des associations à vocation culturelle comme la Maison de la culture arménienne de Décines (près de Lyon) ou la radio AYP FM (région parisienne), sociale comme la Maison des étudiants arméniens à Paris, sportive comme l'Union de la jeunesse arménienne d'Alfortville et l'Union Sportive de la Jeunesse d'Origine Arménienne de Valence (clubs de football), ou catégorielle comme l'Association nationale des anciens combattants et résistants arméniens ou l'Association des gays et lesbiennes arméniens de France .

Les équivalents arméniens les plus proches du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), du Conseil Représentatif des Français d'outre-mer (CREFOM) qui a pris la suite du Collectifdom (toutes les deux créées par un guadeloupéen Patrick Karam) ou du Conseil représentatif des associations asiatiques sont le Forum des associations arméniennes de France, créé en 1991[9], et le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France, nouvelle dénomination en 2001 du « Comité du 24 avril »[10]. Le Comité de défense de la cause arménienne (CDCA), créé en 1965, milite principalement pour la reconnaissance du génocide et la lutte contre le négationnisme.

Cette communauté dispose notamment d'une publication en langue arménienne, Nor Haratch, publié à partir de 2009 et dont la volonté est de prendre le relai de Haratch, fondé en 1925 à Paris par Charvarche Missakian.

Reconnaissance du génocide arménien

En 2001, le Parlement français vote une loi reconnaissant le génocide arménien[11]. En 2006, une proposition de loi est adoptée par l'Assemblée nationale, qui vise à rendre sa négation punissable de cinq ans de prison et de 45 000 euros d'amende[12]. Le , une exception d'irrecevabilité à la proposition de loi, est présentée au Sénat par Jean-Jacques Hyest et est adoptée[13],[14] : cela implique que la proposition de loi ne sera pas, elle-même, soumise au vote au Sénat.

Le 22 décembre 2011, l'Assemblée nationale vote une nouvelle proposition de loi[15] condamnant la négation d'un génocide, y compris celui des Arméniens, et prévoyant une peine d'emprisonnement d'un an et 45 000 euros d'amende[16]. Cette proposition de loi est adoptée à son tour par le Sénat le 23 janvier 2012[17]. Elle est néanmoins jugée contraire à la constitution par le Conseil constitutionnel le 28 février 2012[18].

Personnalités notables

Show business

Littérature, théâtre, journalisme

  • Arthur Adamov (1908-1970), dramaturge (né en Russie)[29]
  • Louise Aslanian (1906-1945), écrivaine, poète, résistante, communiste
  • Henri Troyat (1911-2007), écrivain[30]
  • Vahé Katcha (1928-2003), écrivain, scénariste, journaliste
  • Jean-Claude Kebabdjian (né en 1942), éditorialiste et journaliste, fondateur et directeur du Centre de Recherches sur la Diaspora Arménienne

Musique

Art

Politique

Sport

Divers

Science

Business

Autres domaines

  • Anita Conti (1899-1997), exploratrice et photographe, première océanographe française

Notes et références

  1. « Les Arméniens en France », sur lepoint.fr,
  2. Lucie Tourette, « Turcs et Arméniens de France, qui sont-ils ? », sur la-croix.com, (consulté le 5 mars 2012).
  3. Tableau CD-MF2 - Immigrés selon le sexe, la catégorie de population et le pays de naissance détaillé - France, Insee 2008
  4. Tableau MF34 bis - Enfants de moins de 18 ans vivant dans une famille immigrée selon le sexe, le lieu de naissance et la nationalité de l'enfant, et le pays de naissance de la personne de référence de la famille ou du conjoint - France, Insee 2008
  5. Anouche Kunth, « "Vu au débarquement. Marseille". Le refuge des arméniens en France dans les archives de l'Ofpra » [PDF], sur ofpra.gouv.fr, OFPRA,
  6. Les belles de mai : deux siècles de mode à Marseille : collections textiles du Musée du Vieux-Marseille (XVIIIe – XIXe siècles), Marseille, Alors Hors Du Temps, 2002 (ISBN 978-2951793217), p. 35 [lire en ligne].
  7. « Jean-Baptiste Colbert (1619-1683) et les Arméniens », sur ADIC (consulté le 30 mars 2011).
  8. « Être Arménien... loin de l’Ararat : Arméniens de Marseille », sur http://www.armeniens.culture.fr/ (consulté le 30 mars 2011).
  9. Diaspora en France - Les Associations, site de l'Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée
  10. Statuts du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France, liste des organisations membres du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France
  11. « Loi n° 2001-70 du 29 janvier 2001 relative à la reconnaissance du génocide arménien de 1915 » [lire en ligne (page consultée le 8 novembre 2011)]
  12. « Proposition de loi complétant la loi n° 2001-70 du 29 janvier 2001 relative à la reconnaissance du génocide arménien de 1915 », Assemblée nationale, 12 avril 2006 [lire en ligne (page consultée le 8 novembre 2011)].
  13. Scrutin n° 200 - séance du 4 mai 2011
  14. Interview du sénateur Serge Lagauche
  15. « Proposition de loi portant transposition du droit communautaire sur la lutte contre le racisme et réprimant la contestation de l’existence du génocide arménien », Assemblée nationale, 18 octobre 2011 [lire en ligne (page consultée le 26 décembre 2011)].
  16. AFP, Damien Meyer, « Loi sur le génocide: la Turquie rappelle son ambassadeur », L'Express, (consulté le 22 décembre 2011).
  17. « Génocide arménien : la loi adoptée », sur Le Figaro, (consulté le 23 janvier 2012).
  18. « Décision n° 2012-647 DC du 28 février 2012 », sur http://www.conseil-constitutionnel.fr/ (consulté le 28 février 2012).
  19. « Alice Sapritch Resume », L'Express (consulté le 2 février 2014) : « Alice Sapritch, de son vrai nom Alice Sapric, née le 29 juillet 1916 à Ortaköy à Turquie et morte le 24 mars 1990 à Paris, est une actrice et chanteuse d'origine arménienne naturalisée française. »
  20. « Henri Verneuil », sur ofpra.gouv.fr : « Réfugié arménien de Turquie de 1923 à 1949. Il est né Achod Malakian le 15 octobre 1920 à Rodosto (actuellement Tekirdag, Turquie) dans la région de Marmara. »
  21. François-Guillaume Lorrain, « Francis Veber règle ses comptes », sur lepoint.fr,  : « ...né d'un père juif directeur littéraire du Matin - son grand-oncle était Tristan Bernard - et d'une mère arménienne... »
  22. « Francis Veber : " Je ne me prends pas au sérieux " », presse.fr,‎ (lire en ligne) :

    « De père juif et de mère arménienne, Francis Veber ... »

  23. « François Berléand », sur lepoint.fr : « François Berléand est un acteur français, né le 22 avril 1952 à Paris d'un père russe d'origine arménienne »
  24. « François Berléand Resume », L'Express (consulté le 2 février 2014)
  25. « Serge Avedikian's "The Last Round in Istanbul" to reflect on Armenian Genocide », Armenpress,‎ (lire en ligne)
  26. (hy) Irina Hovhannisyan, , Radio Free Europe/Radio Liberty Armenian Service,‎ (lire en ligne) :

    « ... Վարդան Պետրոսյանի Ֆրանսիայի քաղաքացի լինելը ... »

  27. « Pascal Légitimus : "Mon métissage a été un handicap pour m’introduire dans un groupe" », sur europe1.fr,  : « Sa mère est arménienne, son père guadeloupéen d’origine éthiopienne »
  28. « Simon Abkarian : c'est l'histoire d'un (beau) mec », Télérama,‎ (lire en ligne)
  29. « Arthur Adamov », Encyclopædia Britannica (consulté le 9 février 2014)
  30. Murielle Lucie Clément, Écrivains franco-russes, Amsterdam, Rodopi, (ISBN 978-90-420-2426-7), p. 131
  31. « Jacques Hélian », OVGuide (consulté le 30 janvier 2014)
  32. The Armenian genocide cultural and ethical legacies, New Brunswick, New Jersey, Transaction Publishers, (ISBN 978-1-4128-3592-3), p. 215
  33. « Michel Legrand is in Yerevan », Public Radio of Armenia,‎ (lire en ligne)
  34. (en) Rouben Paul Adalian, Historical Dictionary of Armenia, Scarecrow Press, (ISBN 978-0-8108-7450-3), p. 201
  35. « Danyel Gerard », Olympia (consulté le 30 janvier 2014) : « Gérard Daniel Kherlakian, dit Danyel Gérard, est né à Paris le 7 mars 1939, d'un père arménien et d'une mère corse d'origine antillaise. »
  36. « Sylvie Vartan Speaks of Her Armenian Origin », Azg Daily,‎ (lire en ligne)
  37. « André Manoukian », Universal Music France, (lire en ligne)
  38. « French Star Patrick Fiori Sings with Armenia's 'Belle' Nune », Asbarez,‎ (lire en ligne)
  39. « Hélène Ségara to spend two days in Armenia », Armenpress,‎ (lire en ligne)
  40. Setian, Madlen E. et Capan, Levon M., « French-Armenian conductor Alain Altinoglu to debut at the Met next winter », The Armenian Reporter,‎ (lire en ligne[archive du ]) :

    « An Armenian whose parents are originally from Istanbul, Mr. Altinoglu was born in Paris ... »

  41. « Zorayan museum, Stephanie's art gallery to host Jean Carzou exhibit », PanARMENIAN.Net,‎ (lire en ligne)
  42. Portraits of Hope: Armenians in the Contemporary World, New York, Berghahn Books, (ISBN 978-1-84545-257-5), p. 101
  43. David Marsh, The Euro, New Haven, Yale University Press, (ISBN 978-0-300-17390-1), p. 1956 :

    « Chirac's appointee as finance minister - effectively No. 2 to the prime minister - was the prime, precisely-worded Edouard Balladur, born in Turkey of an Armenian family who emigrated to Marseille in the 1930s. »

  44. Elite Configurations at the Apex of Power, Leiden, Brill Publishers, (ISBN 978-90-04-12808-8), p. 41 :

    « Edouard Balladur, former prime minister, is the grandson of an Armenian immigrant »

  45. Epstein Marc et Alain, Louyot, « Arméniens de France: la mémoire intacte », L'Express,‎ (lire en ligne)
  46. Portraits of Hope: Armenians in the Contemporary World, New York, Berghahn Books, (ISBN 978-1-84545-257-5), p. 205
  47. Lionel Froissart, « Alain Prost, 42 ans, dirige son écurie de F1. Ressemble-t-il encore à l'ancien pilote perfectionniste et plaintif, séducteur et économe? Il roule pour lui. », Libération,‎ (lire en ligne)
  48. « Aujourd'hui, la F 1 ne contente personne », L'Express,‎ (lire en ligne)
  49. « Soccer: Former French-Armenian player wants to coach Armenia », ArmeniaNow,‎ (lire en ligne)
  50. (hy) « Armenians of the World - Serj Churuk », Shant TV, (consulté le 9 février 2014)
  51. « Armenian capital’s mayor meets with architect Michel Mossessian », Armenian News, (consulté le 7 octobre 2014)
  52. Julie Street, « Francis Kurkdjian, Parfumeur », France Today,‎ (lire en ligne) :

    « Kurkdjian, a suave-looking Frenchman of Armenian descent ... »

Voir aussi

Articles connexes

Lien externe

  • « Conseil de coordination des organisations arméniennes de France » (consulté le 7 avril 2009).