Denise Vernay

Denise Vernay
Denise Vernay c1944.jpg
Denise Jacob vers 1944.
Biographie
Naissance
Décès
(à 88 ans)
Paris
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Depuis
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Distinctions
Prononciation

Denise Vernay Écouter, née Denise Jacob le à Paris et morte le [1] à Paris, est une résistante française.

Arrêtée en 1944 pendant qu'elle transportait deux postes émetteurs et des finances pour le maquis des Glières, elle est torturée par la Gestapo puis déportée à Ravensbrück. Rescapée, elle s'engage pour témoigner sur la résistance et la déportation[2]. Elle est la sœur de Simone Veil.

Biographie

Enfance

Denise Jacob est la fille d'André Jacob, architecte, et d'Yvonne Steinmetz. Elle est la deuxième fille de leurs quatre enfants : Madeleine (surnommée « Milou »), Jean et Simone, qui deviendra plus tard Simone Veil. Sa famille quitte Paris lorsqu’elle a 6 mois pour s’installer à Nice[3].

Au lycée, sous l'Occupation, elle inscrit au tableau noir avec une camarade les mots d’ordre et messages diffusés par la radio de Londres[3] et diffuse des tracts[4]. Elle est éclaireuse puis cheftaine à la section neutre de la Fédération Française des Éclaireuses, branche du scoutisme laïque[5], et est totémisée Miarka. En 1941, elle obtient les baccalauréats de philosophie et de mathématiques[5].

Participation à la Résistance intérieure française

À l’automne 1942, alors que les rafles d’étrangers juifs s’intensifient, elle rejoint l’Union générale des israélites de France à Nice, et y aide à cacher des enfants et parents juifs[4],[5].

En juillet 1943, alors qu’elle est en camp de cheftaines éclaireuses avec sa sœur aînée Milou, leur père les avertit de l’intensification des rafles. Denise décide alors d’entrer en contact avec la Résistance. Hébergée dans un premier temps par les parents d’une camarade cheftaine, elle est mise en contact avec le mouvement Franc-Tireur. Elle devient agent de liaison au sein du mouvement lyonnais à 19 ans, en octobre 1943, sous le nom de code de Miarka[1], son nom de totem aux éclaireuses[3]. Elle reprend alors la mission de Nicole Clarence, qu'elle avait connu via les Éclaireurs de France[3]. D’octobre 1943 à mai 1944, elle se charge à bicyclette de glisser du courrier clandestin dans les boites aux lettres[6] du centre-ville de Lyon et de diffuser le journal clandestin Franc-Tireur.

Le 18 mars 1944, elle rend visite à sa famille à Nice pour les 21 ans de Milou[4],[5]. Les membres de sa famille sont arrêtés et déportés dix jours plus tard comme juifs. L'annonce de cette nouvelle la conduit à demander des missions plus risquées dans la Résistance et à vouloir rejoindre un maquis[5].

Au début du mois d'avril 1944, elle quitte Lyon pour Annecy et devient agent de liaison des Mouvements unis de la Résistance en Haute-Savoie [5], sous le nom de Annie[6]. Elle se porte volontaire pour récupérer en Saône-et-Loire deux postes émetteurs et des subsides qui y ont été parachutés, pour les acheminer vers le maquis des Glières[1],[7]. Elle effectue alors 240 km à bicyclette jusqu'à Cluny, où elle récupère les postes émetteurs et les finances, et les achemine en taxi jusqu'à Caluire, où elle est hébergée par une cadre de la Fédération Française des Éclaireuses, Reine Bruppacher[8]. Le lendemain, le 18 juin 1944, alors qu'elle est en route pour déposer le matériel à la gare d'Aix-les-Bains, son taxi est arrêté par une milice de la Gestapo entre Bourgoin et La Tour du Pin. Elle est conduite au siège de la Gestapo de Lyon, place Bellecour, où elle est torturée par les hommes de Klaus Barbie[3] et est soumise au supplice de la « baignoire »[6].

Déportation

À la suite de son arrestation, Denise Jacob est incarcérée dix jours au fort de Montluc, puis à Romainville et au petit camp de Neue-Bremm[5],[6], avant d'être déportée au camp de Ravensbrück, où elle arrive le 26 juillet 1944[1],[7]. Bien que juive, elle est déportée comme résistante, contrairement aux autres membres de sa famille[3]. Au camp de Ravensbrück, malgré sa propre fatigue, elle prend volontairement à plusieurs reprises la place de camarades polonaises exténuées par les expériences médicales, pour endurer à leur place les interminables appels. C'est Germaine Tillion, dont elle fut l'amie et par la suite la secrétaire à l'École des hautes études en sciences sociales (ex-École pratique des hautes études), qui en témoigne[3]. Elle a également pour camarades de déportation Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Noëlla Rouget[9].

Le 2 mars 1945 elle est transférée à Mauthausen dans un convoi de déportées "Nuit et Brouillard" (NN) destinées à être exterminées[10]. Elle est finalement libérée par une délégation de la Croix-Rouge internationale le 21 avril 1945.

Ses parents et son frère, déportés comme juifs, sont assassinés dans les camps. Sa sœur Milou meurt peu après son retour de la déportation dans un accident de voiture, sa soeur Simone Veil survit[2].

Témoin de la déportation

En 1947, elle épouse Alain Weill dit Alain Vernay (1918-2015)[10], résistant, journaliste, conseiller économique, avec qui elle a trois enfants et sept petits-enfants[11].

Tout au long de sa vie, elle participe à perpétuer la mémoire de la Résistance et de la déportation. Elle est membre active de l'Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance (l'ADIR), puis participe à la création de la Fondation pour la mémoire de la déportation[1] aux côtés de camarades de déportation : Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Marie-José Chombart de Lauwe ou Anise Postel-Vinay[6]. Elle participe aussi aux recherches sur l'histoire du camp de Ravensbrück avec l'ethnologue Germaine Tillion, qu'elle avait rencontré en déportation[2].

Elle meurt à Paris le 4 mars 2013, à l'âge de 88 ans.

Distinctions

Hommages

Plaque de l'allée Denise-Vernay.

Une allée porte son nom dans le jardin des Grands-Explorateurs Marco-Polo et Cavelier-de-la-Salle (6e arrondissement de Paris).

Des rues portent son nom à Albi et Orléans.

Bibliographie et autres sources

  • « Denise Vernay », dans Marie Rameau, Des femmes en résistance: 1939-1945, Paris, Éditions Autrement, (ISBN 978-2-7467-1112-9), p. 54-61 [extraits en ligne].
  • Aleth Briat et Pierre Kerleroux, « Une jeune résistante face à la répression », Historiens & Géographes, n°413,‎ janvier - février 2011, p. 27 à 31
  • Antoine de Meaux, Miarka, Paris, Éditions Phébus, , 256 p. (ISBN 978-2-7529-1219-0)

Liens externes

  • Gilles Heuré, « “Miarka”, un portrait sensible de la résistante Denise Jacob », Télérama, no 3696,‎ , p. 48-49 (lire en ligne).

Notes et références

  1. a b c d e f et g « Le Point - Décès de Denise Vernay, résistante et déportée », sur Le Point, (consulté le 30 octobre 2014).
  2. a b et c Thomas Wieder, « Ancienne déportée et résistante, Denise Vernay », Le Monde,‎
  3. a b c d e f et g Marie Rameau, Denise Vernay in Des femmes en résistance 1939-1945, Autrement Editions, (ISBN 978-2-7467-1112-9), p. 54 - 61
  4. a b et c « Denise Vernay, mémoire de la déportation :: Florentine et Jean Sueur », sur florentinejeansueur.webnode.fr (consulté le 5 novembre 2020)
  5. a b c d e f et g « "Une jeune résistante face à la répression" - entretien avec Denise Vernay réalisé par Aleth Briat et Pierre Kerleroux », Historiens & Géographes, n°413,‎ janvier - février 2011, p. 27 à 31
  6. a b c d et e Jeannine Guidollet, « Denise Vernay-Jacob », sur fondationresistance.org, Fondation de la Résistance, (consulté le 25 juin 2019).
  7. a et b « Mort de la résistante Denise Vernay », sur Libération, (consulté le 30 octobre 2014).
  8. « Témoignage de Denise Vernay », Debrouillum Tibi, bulletin de Association des anciennes de la Fédération française des éclaireuses, no 38,‎
  9. « Noëlla Rouget, la déportée qui a fait gracier son bourreau », sur www.franceinter.fr (consulté le 8 novembre 2020)
  10. a et b Jeannine Guidollet, « Denise Vernay-Jacob », sur fondationresistance.org, (consulté le 9 juin 2018).
  11. « Alain Vernay, pionnier du journalisme économique », sur lefigaro.fr, Le Figaro, (consulté le 9 juin 2018).