Débarquement de la baie des Cochons

Débarquement de la baie des Cochons
Description de cette image, également commentée ci-après

Carte de Cuba montrant l'emplacement de la baie des Cochons.

Informations générales
Date 17
Lieu Baie des Cochons, Cuba
Casus belli Révolution cubaine
Issue Victoire du gouvernement cubain ; Fidel Castro se déclare ouvertement communiste et renforce son alliance avec l'URSS
Belligérants
Drapeau de Cuba Cuba Flag of Brigade 2506.svg Brigade 2506
Drapeau des États-Unis États-Unis
Commandants
Fidel Castro
José Ramón Fernández 
Juan Almeida Bosque
Raúl Castro
Che Guevara
Pepe San Román 
Erneido Oliva 
John F. Kennedy
Forces en présence
25 000 soldats
200 000 miliciens
9 000 policiers
(dans toute l'ile, la plupart de ces forces ne seront pas engagées dans la bataille)
1 500 hommes
8 avions B-26
Pertes
Armée et milice cubaine :
176 morts
300 blessés
Brigade 2506 :
114 morts
1 202 prisonniers (dont 360 blessés)

États-Unis :
4 morts

Guerre froide

Coordonnées 22° 13′ 00″ nord, 81° 10′ 00″ ouest

Géolocalisation sur la carte : Cuba

(Voir situation sur carte : Cuba)
Débarquement de la baie des Cochons

Le débarquement de la baie des Cochons est une tentative d'invasion militaire de Cuba par des exilés cubains soutenus par les États-Unis en avril 1961. Planifiée sous l’administration de Dwight Eisenhower, l'opération était lancée au début du mandat de John F. Kennedy. Elle visait à faire débarquer à Cuba, le , environ mille quatre cents exilés cubains recrutés et entraînés aux États-Unis par la CIA. Leur objectif était de renverser le nouveau gouvernement cubain établi par Fidel Castro, qui menait une politique économique défavorable aux intérêts américains et se rapprochait de l'URSS[1]. L'opération fut un échec complet[2].

Histoire

Localisation de la baie des Cochons sur une carte de 1961.

Après leur arrivée au pouvoir en 1959, les révolutionnaires castristes engagent une politique de révolution agraire, ce qui entraîne la nationalisation des terres des grands propriétaires. La nationalisation enlève aussi aux grands propriétaires terriens cubains leurs latifundios et minifundios ; la main d'œuvre ne leur appartient plus et ils ne bénéficient plus ou très peu des richesses qu'ils tiraient de leurs terres[3].

Le gouvernement révolutionnaire amorce également un rapprochement diplomatique et commercial avec l'URSS[2], alors en pleine guerre froide avec les États-Unis, ce qui pousse ces derniers à instaurer des restrictions commerciales en 1960 et finalement un embargo total contre l'île ; tous les échanges commerciaux Cuba/États-Unis prennent fin, notamment les exportations importantes de sucre de canne que Cuba envoyait à l'acheteur nord-américain[3]. Fidel Castro affirme le « devoir des peuples d’Amérique latine de récupérer leurs richesses nationales » et annonce la nationalisation des intérêts économiques que possédaient les États-Unis à Cuba.

En août 1960, la CIA contacte à Chicago Cosa Nostra dans l'intention d'élaborer un projet d'assassinats simultanés de Fidel Castro, Raúl Castro et Che Guevara. En échange, si l'opération réussissait et qu'un gouvernement pro-américain était restauré à Cuba, les États-Unis s'engageaient à ce que la mafia y récupère « le monopole des jeux, de la prostitution et de la drogue »[4]. En janvier 1961, le gouvernement américain de Dwight Eisenhower rompt ses relations diplomatiques avec Cuba[5].

Le , des avions américains bombardent les aéroports et aérodromes du pays, détruisant une grande partie des avions au sol (civils et militaires). L'objectif initial de la CIA est de débarquer une force de 1 400 opposants cubains, qu'elle a recrutés et formés, afin qu'ils s'emparent d'une colline près de la baie des Cochons. Mesurant ses forces, l'objectif de la troupe contre-révolutionnaire n'était pas de s'emparer de La Havane et de la totalité de l'île mais de conquérir une portion relativement importante du territoire pour y établir un « gouvernement provisoire » (vraisemblablement dirigé par Miró Cardona) aussitôt reconnu par les États-Unis, qui réclamerait (et obtiendrait) une intervention militaire américaine[6][7].

La défense militaire de la partie ouest de Cuba est confiée au commandement de Che Guevara, la partie centrale à Juan Almeida Bosque et la partie orientale à Raúl Castro, tandis que Fidel Castro coordonne depuis La Havane toutes les forces cubaines.

Débarquement

La baie des Cochons près de Playa Larga.

Le matin du samedi 15 avril, six bombardiers américains B-26 peints aux couleurs cubaines (dans l'intention de faire croire qu'il s'agissait d'une rébellion cubaine et non d'une attaque américaine), en violation des conventions internationales, décollent du Nicaragua et attaquent les bases aériennes de La Havane et de Santiago (sud).

La plupart des appareils de l'armée cubaine ainsi que de nombreux avions civils sont détruits au sol. Seuls neuf appareils qui n'étaient pas au sol sont restés intacts et joueront un rôle décisif 48 heures après. Le 16 avril, lors de l'enterrement des sept victimes des bombardements, Fidel Castro, après avoir comparé le débarquement à l'attaque de Pearl Harbor, lance : « Ce que les impérialistes ne peuvent nous pardonner, c'est d'avoir fait triompher une révolution socialiste juste sous le nez des États-Unis ».

Le lendemain, le 17 avril vers 1 h 15, la brigade 2506 débarque en deux endroits, à Playa Larga et Playa Girón, c'est-à-dire au fond et à l’entrée orientale de la baie des Cochons, à 202 km au sud-est de La Havane. Au large, de nombreux cargos et autres bâtiments de guerre américains sont destinés à consolider la tête de pont. Les exilés cubains, qui ont débarqué dans une région agricole dont les habitants ont bénéficié des réformes agraires mises en place par le gouvernement de Castro, ne reçoivent pas le soutien attendu de la part des populations. L'intervention de la milice et des troupes de Fidel Castro, appuyés par la dizaine d'avions militaires cubains encore en état, mettent l'envahisseur en déroute et les combattants anticastristes se rendent à l'armée cubaine le 19 avril.

Après la bataille, Che Guevara soutient des discours de moralité auprès de certains des prisonniers : « un curé phalangiste qui demande pardon mais qui est bientôt renvoyé en Espagne, un play-boy qui plaide aussi non coupable et ne veut pas être confondu avec les « sbires », un noir à qui Guevara fait la leçon : tu es venu te battre dans une invasion financée par un pays où règne la ségrégation raciale, pour permettre aux jeunes gens bien de récupérer leurs clubs privés, tu as moins d'excuses que les autres »[7].

Causes de l'échec

Pour Pierre Kalfon l'échec du débarquement résulterait de deux raisons notables. D'une part, aucun soulèvement populaire tel qu'envisagé par l'administration Kennedy ne s'est produit. Pour le journaliste, la CIA se serait à ce sujet laissée intoxiquer par sa propre propagande et aurait refusé de comprendre qu'en 1961 une très large majorité de Cubains soutenait une révolution qui, à ce moment, n'avait pas encore adopté un caractère communiste mais se traduisait plus simplement par des réformes démocratiques et un début de redistribution des richesses. Par ailleurs, les Américains imaginaient avoir entièrement détruit la petite aviation cubaine dans les bombardements des quelques bases aériennes du pays qui avaient précédé le débarquement, et n'avaient donc pas intégré à leur stratégie la possibilité d'une intervention aérienne au côté des forces cubaines. En réalité huit appareils avaient été dissimulés et convertis en avions de combat ; durant les combats ceux-ci parvinrent à couler deux navires de transport et à abattre quatre bombardiers B-26 américains, ce qui influença fortement l'évolution de la bataille[7].

Pour le journal Le Monde, l'analyse de la composition sociale des prisonniers « avait de quoi justifier tous les discours guévaristes sur la lutte des classes entre une minorité de privilégiés et les autres. Il s'agissait de récupérer 371 930 hectares de terres, 9 666 immeubles, 70 usines, 10 centrales sucrières, 3 banques, 5 mines et 12 cabarets » confisqués à l'ancienne classe possédante par la révolution[7].

Conséquences du débarquement

Panneau commémoratif à Playa Girón.

L'opération a poussé le gouvernement cubain à s'allier ouvertement à l'URSS, sous le nom d'« opération Anadyr », et a constitué une humiliation internationale pour les États-Unis. Elle est aussi la cause directe de la crise des missiles de Cuba l'année suivante. Lors du règlement de la crise, les États-Unis se sont engagés à ne pas attaquer militairement Cuba.

Les États-Unis mettent en pratique le « Projet Cubain », visant à saboter l’économie cubaine (destructions des récoltes, minages des ports, attentats contre des usines, etc) pour exacerber les tensions à Cuba et générer un soulèvement populaire contre le gouvernement.

Les prisonniers sont libérés en décembre 1962 après un accord avec les États-Unis contre de la nourriture et des médicaments.

Notes et références

  1. Denise Artaud, « De la chute d'Arbenz à la Baie des Cochons : l'amorce d'un tournant dans la guerre froide », Matériaux pour l'histoire de notre temps, 1999, vol. 54, no 1, p. 31-33. [lire en ligne].
  2. a et b Équipe de Perspective Monde, « Débarquement d'exilés cubains à la baie des Cochons », sur perspective.usherbrooke.ca, Perspective Monde (consulté le 13 août 2009).
  3. a et b Marcel Niedergang, Les 20 Amériques Latines, Tome 3, éd. du Seuil, 1969 - chap. « Cuba », p. 211 à 253.
  4. Simon Tisdall, « CIA conspired with mafia to kill Castro », sur the Guardian, (consulté le 27 juillet 2016).
  5. Encarta, « Baie des Cochons, affaire de la » (consulté le 13 août 2009).
  6. « L'invasion de la baie des Cochons à Cuba -- Hernando CALVO OSPINA » (consulté le 26 juillet 2016).
  7. a, b, c et d Pierre Kalfon, Che, Points, , 761 p..

Voir aussi

Bibliographie

  • Hernando Calvo Ospina, « 1961, baie des Cochons », dans Le Monde diplomatique, avril 2011.
  • Johnson Haynes, La Baie des Cochons : l'invasion manquée de Cuba : 17 avril 1961 (trad. Jacqueline Hardy), Robert Laffont, Paris, 1964, 389 p.
  • (es) Manuel Hevia Frasquieri et Andrés Zaldívar Diéguez, Girón : preludio de la invasión : el rostro oculto de la CIA, Editora Política, La Havane, 2006, 253 p. (ISBN 978-959-010710-8).
  • (en) Howard Jones, The Bay of Pigs, Oxford University Press, Oxford, New York, 2008, 237 p. (ISBN 978-0-19-517383-3).
  • Jacobo Machover, Anatomie d'un désastre : Baie des Cochons, Cuba, avril 1961, Vendémiaire, Paris, 2011, 190 p. (ISBN 978-2-36358-004-7).
  • (en) Jim Rasenberger, The brilliant disaster : JFK, Castro, and America's doomed invasion of Cuba's Bay of Pigs, Scribner, New York, 2011, 460 p. (ISBN 978-1-4165-9650-9).

Documents audio-visuels

Articles connexes

Liens externes