Cujus regio, ejus religio

Cujus regio, ejus religio

Cujus regio, ejus religio (littéralement « À chaque région sa religion ») est une maxime latine soulignant le principe politique, défendu au XVIe siècle, suivant lequel la religion d'un peuple devait être nécessairement celle de son souverain.

Ce fait nouveau était né après l'apparition du protestantisme en terre germanique et du fait que chaque prince (et chaque peuple) du Saint-Empire allemand pouvait opter pour le luthéranisme ou rester dans l'Église catholique.

Cette doctrine ne correspond pas à la conception catholique du gouvernement civil. En effet, la doctrine catholique exigeait que les souverains européens soient soumis au pape, ce qui favorisait l'unité religieuse de l'Europe et limitait les risques de conflits entre les princes. De surcroît, elle confirme la fin de l'unité confessionnelle de l'Empire, chaque prince ou ville impériale ayant désormais le libre choix de se déclarer catholique ou protestant.

Si cette doctrine peut être interprétée comme favorisant la liberté de choix d'une religion pour les souverains, elle renforce en revanche le principe de religion d'État ainsi que l'intolérance religieuse pour un État qui ferait une application stricte de cette maxime.

Histoire

Si la pratique du Cujus regio, ejus religio est très ancienne et présente dans toutes les civilisations - la religion étant presque toujours un ciment d'unité nationale - la défense du principe comme tel apparaît pour la première fois pendant la Réforme luthérienne pour régler la question religieuse, lors de la paix d'Augsbourg en Allemagne, en 1555. La phrase exacte fut prononcée par le juriste Joachim Stephani en 1612. Elle marque un tournant de la Réforme dans le Saint Empire, les contentieux étant désormais réglés sur le plan civil et non par des tentatives de conciliation doctrinale.

À l'issue de la guerre de Trente Ans, cette formule fut réutilisée, marquant clairement une volonté de compromis entre les États belligérants.

La doctrine s'est ensuite manifestée dans le principe absolutiste en France sous Louis XIV, le roi catholique imposant la même religion à toute la population, toujours pour favoriser l'unité du royaume, chacun devant adhérer aux principes fondateurs de la nation (révocation de l'édit de Nantes). Toutefois, la politique royale s'inspirait d'abord du gallicanisme catholique (à l'époque, la version française du catholicisme). Cette politique royale s'opposait en même temps à l'ultramontanisme[1] du pape. Il s'agit ici d'un épisode de la lutte séculaire entre l'Église et l'État.

La doctrine du Cujus regio, ejus religio est apparentée à l'erastianisme, doctrine née au XVIe siècle, qui proclame la supériorité du temporel sur le spirituel. Elle était déjà connue dans l'Empire byzantin à l'époque des querelles entre le pape Grégoire le Grand, l'empereur et le patriarche de Constantinople.

Références

  1. La doctrine qui a cours « de l'autre côté des monts », donc en Italie.

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