Cruauté

Dans son acception la plus courante, la cruauté se rapporte à un jugement moral blâmant un individu qui impose des souffrances inutiles, et parfois prolongées dans le temps, à un autre individu humain ou animal. Ces mauvais traitements sont infligés de façon active ou par négligence, et peuvent être d'ordre physique ou affectif. Il est généralement admis que l'individu cruel éprouve envers ses victimes des sentiments qui vont de l'indifférence au plaisir sadique.

Étymologie

Le substantif "cruauté" est dérivé du latin crudelitatem, issu de crudelis (cruel).

Psychopathologie

L'individu cruel possède généralement une empathie émotionnelle absente ou très pauvre, jumelée à un instinct agressif marqué. Cette combinaison favorise l'émergence d'une surcharge narcissique qui peut déborder en actes sadiques, surtout si la loi n'est pas assez dissuasive. De nombreuses études ont relevé que que les comportements cruels exprimés dès l'enfance ou l'adolescence sur les animaux, sont fréquemment le fait de personnalités elles-même abusées dans leur jeunesse, et constitue des facteurs prédictifs d'une violence tournée vers les humains à l'âge adulte[1].

Les 9 motivations de la cruauté

Selon Stephen Kellert, de l'Université Yale, et Alan Felthous, de l'Université du Texas, il existe neuf motivations[2] poussant à la cruauté envers les animaux, et qui par extrapolation, peuvent aussi s'appliquer aux êtres humains.

  • La volonté de contrôle
  • Le châtiment (après une bêtise supposée commise par la victime)
  • L'absence pure et simple de considération pour la victime
  • L'instrumentalisation (plaisir de mise en scène de la violence)
  • L'amplification (usage par exemple d'un animal pour faire mal à autrui, pour prolonger la violence de l'individu)
  • Le plaisir de choquer l'entourage, par amusement
  • La vengeance (la victime peut être la cible directe, ou avoir des liens affectifs avec le sujet de la haine)
  • Déplacement de l'agression (L'individu est la victime expiatoire d'une frustration ressentie à l'extérieur)
  • Sadisme non-spécifique (obsessions de la mort et de la souffrance)

Paradoxe de l'acte cruel

Selon le sociologue Michel Wieviorka, un trait courant de la cruauté se traduit par la volonté du bourreau de traiter ses victimes d'une "manière inhumaine qui les chosifie, ou les animalise, en tout cas les extraie de l'humanité (...) il faut bien marquer une distance absolue avec lui, s'autoriser à le concevoir comme n'étant pas de la même espèce que soi-même (...) C’est en faisant de l’autre un non-homme, un non-sujet, un être déshumanisé puisque pouvant être avili et détruit comme un objet ou un animal, c’est en étant cruel que l’on peut se vivre comme restant soi même un être humain".

Ainsi, plus la victime est avilie dans sa dignité, plus cela aiderait le bourreau à s'éloigner du poids de la faute. La victime, dégradée de toute humanité, est transformée en pur objet ludique soumis à la volonté du bourreau qui veut, inconsciemment, s'affranchir de toute culpabilité envers un individu qui cesse d'être un sujet moral. Paradoxe psychologique qui conduit le bourreau à devoir surenchérir l'inhumanité de ses actes, pour affirmer sa propre pseudo-humanité distanciée de celle de la victime deshumanisée ou animalisée[3].

Notes et références

  1. Laurent Bègue, « De la cruauté envers les animaux à la violence », Cerveau & Psycho,‎ (lire en ligne)
  2. « Kellert 1985 | Animal Studies Bibliography | Animal Studies at Michigan State University », sur www.animalstudies.msu.edu (consulté le 13 septembre 2018)
  3. Michel Wieviorka, « La cruauté », 'Le Coq-héron",‎ (lire en ligne)

Voir aussi