Crise socio-économique et politique du Portugal en 2009 et après

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Crise portugaise de 2011
Image illustrative de l'article Crise socio-économique et politique du Portugal en 2009 et après
Manifestation dans l'Avenida da Liberdade

Localisation Drapeau du Portugal Portugal
Date 2009 - en cours
Type Crise politique et sociale

La crise socio-économique et politique du Portugal en 2009 et après est une crise liée à la récession économique et à l'austérité budgétaire que connaît le pays depuis 2009. Ces difficultés conduisent d'ailleurs à la démission du gouvernement le 23 mars après le rejet d'un plan d'austérité par les députés.

Elles conduisent également à un mouvement appelé Geração à rasca (génération en difficulté)[1] : le 12 mars 2011, plus de 300 000 portugais ont manifesté pacifiquement[2] contre les problèmes socio-économiques dans les rues du pays.

Le Portugal connaît une crise socio-économique, le chômage est au-dessus des 11 %. Plus de 200 000 personnes à Lisbonne et plus de 100 000 personnes à Porto ont manifesté dans les rues. La CGTP est pour la baisse du chômage et le changement de politique. D'autres manifestations sont attendues la semaine suivante[3].

À ces difficultés économiques et sociales s'ajoute, le , la démission du Premier ministre José Sócrates, à la suite du rejet de son quatrième plan d'austérité par les députés[4].

Crise économique

Premier plan de sauvetage

Crise sociale

Le 12 mars 2011, l'Avenida da Liberdade à Lisbonne était témoin de descente de 200 000 à 300 000 personnes. Il y a eu aussi des manifestations dans les villes de Porto (80 000 personnes), de Funchal, de Ponta Delgada, à Viseu, dans un total de 11 cités portugaises.

Crise politique

Le Premier ministre José Sócrates.


Le président du PPD/PSD, Pedro Passos Coelho.


Le président Aníbal Cavaco Silva.

Le déclenchement : un nouveau plan de rigueur rejeté par l'opposition

Avec l'apparition de nouvelles tensions sur les marchés financiers, le ministre des Finances, Teixeira dos Santos, annonce le un nouveau programme de stabilité de croissance (PEC) comprenant de nouvelles corrections budgétaires, dont une réduction des avantages fiscaux[5]. Le Parti social-démocrate (PPD/PSD) fait alors part de son refus de soutenir ces nouvelles mesures de rigueur[6],[7], ce à quoi José Sócrates répond qu'en cas de rejet du PEC à l'Assemblée de la République, il n'aura pas d'autre choix que de démissionner et « convoquer de nouvelles élections ». Il refuse cependant tout scénario de crise politique, car cela signifierait pour lui « entrer dans le programme du FMI : fin du treizième mois, baisse du salaire minimum, licenciements dans la fonction publique »[8].

Critiques internes et externes

Cette position lui vaut les critiques de l'ensemble des autres partis politiques du pays[9],[10], les communistes parlant de « victimisation »[11] et les conservateurs l'accusant d'être lui-même responsable de la crise politique qu'il dit redouter[12]. Le chef des sociaux-démocrates, Pedro Passos Coelho, confirme son opposition « ferme et irréductible » face à l'attitude « impardonnable et déloyale » du gouvernement le 17 mars, à la suite d'un entretien avec le président Aníbal Cavaco Silva[13]. Critiqué par d'anciens ministres de son parti[14], dont certains réclament son départ[15],[16], Sócrates annonce qu'il déposera au Parlement une nouvelle version du PEC[17], à laquelle le PSD continue de s'opposer[18],[19].

L'opposition de Sócrates à une aide extérieure et les consultations du 21 mars

Il réaffirme le 19 mars qu'il refuse toute intervention du Fonds monétaire international (FMI), accusant Passos Coelho de s'être monté ouvert à un appel à l'aide financière extérieure[20]. Alors qu'il entreprend, le 21 mars, les consultations habituelles avant chaque réunion du Conseil européen, le ministre des Affaires étrangères, Luís Amado, se montre très critique du comportement tant du pouvoir de que l'opposition, affirmant la probabilité de nouvelles élections législatives[21], que le député et ancien ministre du Travail socialiste Paulo Pedroso souhaite, dans un tel cas, voir organisées « le plus rapidement possible », tout en réitérant son soutien au chef du gouvernement[22]. Quelques heures plus tard, le ministre des Affaires parlementaires, Jorge Lacão, souligne que la démission du gouvernement est « malheureusement une possibilité qui ne peut être exclue »[23]. Le 22 mars, alors que Pedro Passos Coelho dit désormais que de nouvelles élections sont « inévitables »[24], le Premier ministre subit un revers de ses partenaires européens, qui refusent tout changement dans les mesures d'austérité proposées[25] et décide alors de réunir la direction, les députés et les dirigeants locaux du PS[26]. Lors d'une pause dans la réunion, le président du groupe, Francisco Assis, confirme que le gouvernement démissionnera en cas de rejet du PEC[27], quelques heures après l'annonce par Miguel Macedo, son homologue social-démocrate, du dépôt d'une résolution parlementaire de rejet du programme d'austérité[28]. Au cours de la réunion, José Sócrates a par ailleurs refusé de se désister en faveur du président de l'Assemblée de la République, Jaime Gama, comme le suggérait un député, en rappelant qu'il avait remporté deux fois les élections législatives et été élu trois fois secrétaire général du Parti socialiste[29].

Le débat parlementaire du 23 mars

Le débat sur les cinq résolutions de rejet du programme de stabilité et de croissance s'ouvre comme prévu, le , dans l'après-midi. L'ambiance est très tendue, le président du groupe PS, Francisco Assis, accusant les sociaux-démocrates de « n'avoir rien à dire au pays » et dénonçant leur communiqué en anglais publié récemment[30], tandis que le ministre de l'Économie, José Vieira da Silva, s'insurge contre l'opposition, qui, selon lui, prépare « un futur encore pire pour les Portugais »[31]. Au nom du Parti social-démocrate, son ancienne présidente et ex-ministre des Finances, Manuela Ferreira Leite, évoque un « manque de confiance » envers le gouvernement, ajoutant que « ça ne vaut pas la peine d'insister », et affirme que le gouvernement a « caché la réalité »[32]. Elle lance ensuite que « dans une démocratie, il y a des solutions », et que si les socialistes n'en ont pas, « il y a ici des partis capables de résoudre les problèmes »[33]. À sa suite, le président du Parti populaire (CDS/PP), Paulo Portas, critique l'inefficacité des plans de rigueur, définissant le dernier comme une ultime tentative pour endiguer la hausse des taux d'intérêt, qui ont toujours grimpé après l'adoption des précédentes mesures[34]. Après que l'un de ses députés a conclu que le gouvernement « répétait les erreurs du passé »[35], le secrétaire général du Parti communiste portugais (PCP), Jerónimo de Sousa, pointe la responsabilité, voire « la complicité », du PPD/PSD dans l'adoption des autres plans d'austérité[36]. Après quoi le Bloc de gauche (BE), pointant que les sociaux-démocrates sont les seuls à ne présenter aucune alternative aux mesures gouvernementales dans leur projet de résolution, dénonce les attaques mutuelles entre les socialistes et le premier parti de l'opposition[37] et affirme que « programme après programme, le gouvernement est un applicateur local zélé de la recette européenne d'économie de l'abîme »[38]. Par la suite, le chef du groupe CDS/PP, Pedro Mota Soares, accuse José Sócrates d'avoir joué un double jeu en augmentant les salaires et les pensions avant les élections, puis de procéder à des coupes budgétaires après le scrutin[39], ce à quoi Miguel Macedo, président des députés du PPD/PSD, ajoute qu'il est « nécessaire de changer de gouvernement »[40]. À la fin du débat, Francisco Assis affirme que les partis d'opposition « peuvent faire chuter le gouvernement mais pas défaire le PS » et qu'il est fier de son activité politique, précisant qu'il espère avoir encore un chef du gouvernement comme Sócrates et que les Portugais ne veulent pas retourner aux urnes[41]. Pour finir, le ministre de la Présidence, Pedro Silva Pereira, dénonce une « coalition négative » de l'opposition, qui va, dans les faits, « voter une motion de censure », et rappelle que jusqu'à cette crise politique, « le Portugal a réussi à éviter le recours à une aide extérieure »[42].

À l'issue du débat, les cinq partis d'opposition adoptent successivement les projets de résolution parlementaire de rejet du PEC qu'ils avaient déposés[43]

Démission du Premier ministre

Le Premier ministre se rend alors à l'audience prévue avec le président Cavaco Silva et lui présente sa démission, conformément à ses précédentes déclarations[44]. S'adressant ensuite aux Portugais, il dénonce le fait que « l'opposition a retiré au gouvernement toutes les conditions pour gouverner » afin de justifier sa démission[45]. Il appelle ensuite à la tenue d'élections législatives anticipées[46], une idée soutenue par Paulo Portas[47] et Jerónimo de Sousa[48]. Il ajoute que la solution à la crise politique ne peut être résolue « que par la décision souveraine des Portugais », rassure ses concitoyens en expliquant que « le pays ne se trouve pas sans gouvernement » et que ce dernier « accomplira pleinement son devoir »[49]. Il confirme qu'il sera candidat à sa succession lors de ces élections, non sans avoir prédit que le rejet du PEC aurait de très graves conséquences pour le financement du pays[50]. Le président de la République annonce dans le même temps que, conformément à la Constitution, il consultera les partis politiques représentés au Parlement le 25 mars en vue de trouver une solution à la crise politique[51]. Le lendemain, Pedro Passos Coelho confirme que sa formation recommandera au chef de l'État de prononcer la dissolution de l'Assemblée de la République[52]. En réaction à cette situation, deux agences de notation, Standard & Poor's et Fitch Ratings, ont abaissé la note de la dette publique portugaise[53]. Dans le même temps, le Premier ministre démissionnaire a affirmé, en marge du Conseil européen, que le Portugal n'avait pas besoin d'un plan de sauvetage, redoutant des conséquences identiques à la Grèce et l'Irlande[54], une position partagée par le chef de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker[55]. Le 29 mars, Standard & Poor's dégrade de nouveau la note de l'endettement portugais[56].

Notes et références

  1. La jeunesse Portugaise dans la rue, page consultée le 15 mars 2011.
  2. (pt) Bispos elogiam caráter pacífico das manifestações , page consultée le 15 mars 2011.
  3. (pt) Lisboa terá nova manifestação no próximo fim-de-semana, page
  4. Le Portugal se dirige vers des élections anticipées, page consultée le 17 mars 2011.
  5. (pt) Le gouvernement veut appliquer un impôt extraordinaire sur toutes les pensions en 2012, Público, le
  6. (pt) Passos Coelho rejette le nouveau PEC du gouvernement, Público, le
  7. (pt) Passos Coelho : « Nous sommes arrivés à la fin », Público, le
  8. (pt) Le Premier ministre reconnaît qu'il démissionnera en cas de rejet du PEC, Público, le
  9. (pt) Le PSD accuse Sócrates de « confusion », Público, le
  10. (pt) Le BE dit que Sócrates place les Portugais entre « le marais » et « l'inondation », Público, le
  11. (pt) Le PCP critique la « victimisation », Público, le
  12. (pt) Le CDS affirme que c'est le Premier ministre qui a provoqué la crise politique, Público, le
  13. (pt) Passos réaffirme l'opposition du PSD aux mesures du gouvernement, Público, le
  14. (pt) António Costa : Le discours de Teixeira dos Santos a été le plus « désastreux » jamais fait au Portugal, Público, le
  15. (pt) Medeiros Fereira suggère le nom d'António Costa pour remplacer Sócrates, Público, le
  16. (pt) Carrilho se joint à Medeiros et demande un changement de chef du PS, Público, le
  17. (pt) Le gouvernement introduira au Parlement une nouvelle version du PEC IV, Público, le
  18. (pt) Le PSD refuse catégoriquement de négocier une nouvelle version du PEC, Público, le
  19. (pt) Le PSD confirme qu'il votera contre le nouveau PEC, Público, le
  20. (pt) Sócrates assure ne pas être disponible pour gouverner avec le FMI, Público, le
  21. (pt) Luís Amado : des élections anticipées sont « probables », Público, le
  22. (pt) Paulo Pedroso : « Si c'est pour avoir des élections, qu'elles aient lieu le plus vite possible », Público, le
  23. (pt) Lacão met la pression en disant que le rejet du PEC peut être à l'origine de la démission du gouvernement, Público, le
  24. (pt) Passos Coelho n'a pas peur d'aller aux élections, qu'il considère « inévitables », Público, le
  25. (pt) Les pays de la zone euro excluent des modifications du PEC présenté par le gouvernement, Público, le
  26. (pt) Sócrates se réunit ce soir avec la commission politique, les députés et les présidents de fédération du PS, Público, le
  27. (pt) Le PS réaffirme que le Premier ministre se démettra si le PEC tombe, Diário de Notícias, le
  28. (pt) Le PSD veut une clarification politique qui conduise à un nouveau gouvernement de majorité élargie, Expresso, le
  29. (pt) Jour J pour des élections anticipées, Diário de Notícias, le
  30. (pt) Assis parle de peur du PSD, Diário de Notícias, le
  31. (pt) Vieira da Silva accuse l'opposition d'aller donne le pire futur aux Portugais, Diário de Notícias, le
  32. (pt) Ferreira Leite accuse Sócrates de cacher la réalité, Diário de Notícias, le
  33. (pt) Ferreira Leite met au défi le PS de remplacer Sócrates, Diário de Notícias, le
  34. (pt) Portas dit que le PEC IV est une énième tentative pour endiguer les taux d'intérêt, Diário de Notícias, le
  35. (pt) Honório Novo accuse le gouvernement de refaire les mêmes erreurs, Diário de Notícias, le
  36. (pt) Jerónimo de Sousa « coresponsabilise » le PSD, Diário de Notícias, le
  37. (pt) Pedro Soares (BE) dénonce saturation des accusations PS/PSD, Diário de Notícias, le
  38. (pt) Pureza dénonce « l'économie de l'abîme », Diário de Notícias, le
  39. (pt) Mota Soares dit qu'il y a eu un « triste spectacle de passe-culpabilité », Diário de Notícias, le
  40. (pt) Miguel Macedo dit qu'il est « nécessaire de changer de gouvernement », Diário de Notícias, le
  41. (pt) « À quelques mètres d'ici se trouve un pays qui ne veut pas d'élection », Diário de Notícias, le
  42. (pt) Pedro Silva Pereira critique la coalition négative, Diário de Notícias, le
  43. (pt) L'opposition approuve les résolutions contre le PEC IV, Público, le
  44. (pt) Sócrates a démissionné, Expresso, le
  45. (fr) Le premier ministre portugais présente sa démission, Le Monde, le
  46. (pt) Sócrates désire et va aux élections, Público, le
  47. (pt) Paul Portas : la démocratie existe pour résoudre des problèmes comme celui-là, Público, le
  48. (pt) Jerónimo de Sousa défend que « la parole soit donnée » au peuple, Público, le
  49. (pt) Sócrates : la crise politique peut être résolue seulement par des élections, Expresso, le
  50. (fr) Portugal: le Premier ministre Socrates démissionne après le rejet de son plan d'austérité, L'Express, le
  51. (pt) Cavaco reçoit les partis vendredi, Expresso, le
  52. (pt) Le PSD va réaffirmer à Cavaco que des élections sont l'unique sortie, Público, le
  53. (fr) L'Europe replonge dans les turbulences avec le Portugal, L'Express, le
  54. (fr) Portugal: "pas besoin" de plan (Socrates), Le Figaro d'après l'Agence France-Presse, le
  55. (pt) Le président de l'Eurogroupe estime que le Portugal ne demandera pas d'aide financière, Diário de Notícias, le
  56. (pt) S&P baisse à nouveau la note portugaise, Público, le

Annexes

Articles connexes