Coup d'État du 5 juillet 1977 au Pakistan

Coup d'État du 5 juillet 1977
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Reconstitution d'une unité militaire pakistanaise

Date 5 juillet 1977
Lieu Drapeau du Pakistan Pakistan
Résultat Renversement du gouvernement de Zulfikar Ali Bhutto
Chronologie
1er mars 1976 Muhammad Zia-ul-Haq devient chef de l'armée
7 mars 1977 élections législatives

Le coup d'État du 5 juillet 1977 au Pakistan, également connu sous le nom de code « opération fair play » a été mené par le chef de l'armée Muhammad Zia-ul-Haq qui renverse le gouvernement du Premier ministre Zulfikar Ali Bhutto.

Le coup a pour origine les élections générales du 7 mars 1977 et le mouvement de contestations qui suivit le scrutin avec des manifestations contestant les résultats donnant largement le parti PPP (Parti du peuple pakistanais) vainqueur.

Contexte

Émergence d'un pouvoir civil fort

La période précédant le coup d’État du 5 juillet 1977 a été marquée par l'émergence d'un pouvoir civil fort, chose inédite dans ce pays qui depuis son indépendance à peine trente ans plus tôt était habitué à l'instabilité politique et à l'influence des militaires. L'armée pakistanaise sort en effet largement affaiblie après plus de dix années des régimes militaires des généraux putschistes Muhammad Ayub Khan et Muhammad Yahya Khan entre 1958 et 1971, puis surtout par la défaite lors de la troisième guerre indo-pakistanaise qui aboutie à la déroute des forces armées et à la sécession du Bangladesh en 1971[a 1]. Dans le même temps, Zulfikar Ali Bhutto, ancien ministre d'Ayub Khan, fédère autour de lui de nombreux mouvements de gauche opposés au régime militaire[a 2]. Il réunit une vaste partie de la population autour de lui en promettant le progrès social aux classes laborieuses à l'occasion des élections législatives de 1970. Ces dernières sont largement remportées par sa formation politique, le Parti du peuple pakistanais, à l'exclusion de l'ancien Pakistan oriental sécessionniste[a 3].

Affaiblis, les généraux cèdent alors la place aux civils en suivant les résultats des élections législatives de 1970. Bhutto devient ainsi président de la république le 20 décembre 1971 et met fin à la loi martiale quelques mois plus tard[a 4]. Le 14 août 1973, Bhutto fait voter une nouvelle constitution dotant le pays d'un régime parlementaire et est élu dans la foulée Premier ministre par l'Assemblé nationale, devenu le poste le plus stratégique du pouvoir exécutif. Fazal Elahi Chaudhry le remplace au poste de président[a 4]. Il impose progressivement son autorité, notamment en créant des contre-pouvoirs civils face aux militaires. En 1972, il institue des forces fédérales de sécurité puis une agence fédérale de renseignement (FIA) en 1975, sous le contrôle de son gouvernement[a 5]. C'est également dans cette optique qu'il nomme Muhammad Zia-ul-Haq au poste de chef de l'armée au début de l'année 1976, en grillant la priorité de plusieurs d'officiers mieux placés. Bhutto l'aurait surtout choisi car il le voyait comme un homme simple et peu politisé[a 6],[1],[2].

Élections contestées

Muhammad Zia-ul-Haq en 1982

Anticipant les résultats des élections générales du 7 mars 1977, neuf groupes d’opposition s'unissent afin de créer l'Alliance nationale du Pakistan (PNA). L’instabilité ambiante bien connue au Pakistan dans les années 1970 se manifeste de nouveau à la suite de ces élections de mars 1977 qui sont jugées frauduleuses par de nombreux Pakistanais, à commencer par l’opposition avec parmi elle la PNA. En effet, avec la confirmation de l’écrasante victoire du Parti du peuple pakistanais et de son dirigeant fondateur Bhutto, la PNA dénonce de nombreuses fraudes électorales et lance un mouvement de contestation sans précédent alors que Bhutto mène des politiques socialistes. L’affrontement direct entre les partisans du PPP et les opposants fait plus de 200 victimes malgré l’intervention musclée de l’armée qui tente alors de rétablir la situation et de maintenir le calme dans l’ensemble du pays.

Coup d'État

Article détaillé : Muhammad Zia-ul-Haq.

Ainsi, après la mise en garde de la part de l'opposition, des manifestations violentes et de nombreuses guerres éclatent à travers l'ensemble du pays. Profitant de l’instabilité politique régnante, le général Muhammad Zia-ul-Haq orchestre un coup d’État le 5 juillet 1977 afin de renverser le gouvernement du premier ministre Zulfikar Alî Bhutto, en place depuis presque quatre ans. Des dirigeants politiques sont alors arrêtés et la loi martiale est instaurée. Après avoir promis de redonner le pouvoir à un gouvernement civil à la suite d'élections prévues en octobre, Zia déclare qu'un nouveau scrutin ne pourra être tenu avant que la justice ne se soit prononcée sur les nombreuses charges criminelles pesant sur Bhutto et ses anciens lieutenants. Le 6 juillet, une proclamation dissout les assemblées législatives, accorde tous les pouvoirs de décision aux administrateurs de la loi martiale et exhorte les organes du pouvoir judiciaire à ne plus questionner les ordres de l'exécutif. Zia procède par la suite à l'islamisation du Pakistan à travers une série de réformes[3].

Réactions internationales

Conséquences

Répression

Bhutto est emprisonné, libéré, puis de nouveau emprisonné. Il sera condamné à mort pour meurtre le . Zia-ul-Haq, devenu officiellement président le , refuse d'exercer son droit de grâce, malgré des appels internationaux en ce sens, notamment de la part des États-Unis, de la France et de l'URSS.

Militarisation et islamisation

Contestations et chute

Analyse

Notes et références

  1. (en) « uhammad Zia-ul-Haq (1924-1988) », sur historypak.com (consulté le 5 octobre 2017)
  2. (en) « General Muhammad Zia-ul-Haq », sur storyofpakistan.com, (consulté le 5 octobre 2017)
  3. 5 juillet 1977 : Renversement du gouvernement de Zulfikar Ali Bhutto au Pakistan, Perspective Monde
  • Christophe Jaffrelot, Le syndrome pakistanais, Hachette, , 657 p. (ISBN 978-2-213-66170-4)
  1. Jaffrelot 2013, p. 241.
  2. Jaffrelot 2013, p. 242.
  3. Jaffrelot 2013, p. 239.
  4. a et b Jaffrelot 2013, p. 251.
  5. Jaffrelot 2013, p. 250.
  6. Jaffrelot 2013, p. 331.

Voir aussi

Bibliographie

  • (en) Ayesha Siddiqa, Military Inc., Pluto Press, , 304 p. (ISBN 978-0745325453)
  • Christophe Jaffrelot, Le Syndrome pakistanais, Hachette, , 657 p. (ISBN 978-2-213-66170-4)

Liens externes

Articles connexes