Coup d'État du 13 mai 1958

Putsch d'Alger
Informations générales
Date
Lieu Alger, départements français d'Algérie
Issue Fin de la traversée du désert pour le général de Gaulle, rappelé au pouvoir.
Fin de la Quatrième République et début de la Cinquième République.
Belligérants
Drapeau de la France Groupe des Sept Drapeau de la France Gouvernement français
Commandants
Drapeau de la France Pierre Lagaillarde
Drapeau de la France Raoul Salan
Drapeau de la France Edmond Jouhaud
Drapeau de la France Jean Gracieux
Drapeau de la France Philippe Auboyneau
Drapeau de la France Pierre Pflimlin
Drapeau de la France Robert Lacoste
Forces en présence
Manifestants Pied-noir Direction centrale des compagnies républicaines de sécurité
Pertes
aucune aucune

Guerre d'Algérie

Batailles

Guerre d'Algérie

Du 1er novembre 1954 au 19 mars 1962
Toussaint Rouge — Opération Eckhmül — Opération Aloès — Opération Véronique — Opération Violette — Opération Timgad — Bataille d'El Djorf — Opération Massu — Embuscade de Palestro — Bataille d'Alger — Bataille de Bouzegza — Bataille des Frontières — Coup du 13 mai — Opération Résurrection — Opération Couronne — Opération Brumaire — Semaine des barricades — Manifestation de Décembre 1960 — Putsch des généraux — Combat du Fedj Zezoua — Plan Challe — Opération Oiseau bleu
Du 19 mars 1962 au 5 juillet 1962
Bataille de Bab el Oued — Fusillade de la rue d'Isly — Massacre d'Oran

Le putsch d'Alger ou coup d'État du 13 mai est le coup d'État mené à Alger (département d'Alger) le mardi , conjointement par l'avocat et officier parachutiste de réserve Pierre Lagaillarde, les généraux Raoul Salan, Edmond Jouhaud, Jean Gracieux, l'amiral Auboyneau avec l'appui de la 10e division parachutiste du général Massu et la complicité active des alliés de Jacques Soustelle.

Dans le contexte de la guerre d'Algérie et d'une lutte pour le pouvoir, il avait pour but d'empêcher la constitution du Gouvernement Pierre Pflimlin et d'imposer un changement de politique allant dans le sens du maintien de l'Algérie française au sein de la République. Il se solda par la fin de la « traversée du désert » pour le général en retraite, Charles de Gaulle, et son retour aux affaires (indirectement, cela marque la fin de la Quatrième République et le début de la Cinquième République).

Situation à Paris

SFIO en crise et affaire de Sakiet

Articles connexes : Crise de Suez et Affaire de Sakiet.

En 1958, la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO), parti de gauche regroupant plusieurs courants socialistes, est au pouvoir depuis la formation du gouvernement Guy Mollet. Sa gestion de la crise de Suez (1956) puis de l'affaire de Sakiet (1957-1958) a créé de graves dissensions en son sein et suscité une crise de confiance entre l'armée et les dirigeants politiques. Au lieu de se résorber, celles-ci vont encore s'accentuer, contribuant à l'affaiblissement de l'autorité parisienne.

Vacance du pouvoir et perspective politique

Article détaillé : Crise de mai 1958.

À la suite de la chute du gouvernement Félix Gaillard le 15 avril 1958, le pouvoir républicain est mis entre parenthèses pendant vingt-huit jours. Le trouble ainsi installé dans l'ordre civil permet la prise du pouvoir par la force à Alger le 13 mai. Le détonateur est la perspective du choix de Pierre Pflimlin comme président du Conseil. Pflimlin est partisan de la négociation avec le FLN, ce que refusent les activistes à Alger[1].

Situation à Alger

La journée du 8 mai et le rejet des bons offices

Le 8 mai a lieu sur le Forum d'Alger (actuelle Esplanade de l'Afrique) la commémoration de la victoire de 1945.


Grève générale et hommage aux victimes

À la suite de la revendication par le FLN, le 9 mai, de l'exécution en Tunisie - indépendante depuis 1956 - de prisonniers français appelés du contingent en Algérie (sergent Robert Richomme, soldats René Decourteix et Jacques Feuillebois[2]) par l'ALN, et à l'initiative du général Raoul Salan[3], les Anciens Combattants, Européens et musulmans, se rassemblent auprès du monument aux morts de 1870, 1914-18 et 1939-45, Boulevard Laferrière d'Alger, en hommage aux trois victimes[4].

Les préparatifs du coup d'État

Article détaillé : Groupe des Sept (politique).

Le coup d'État est mis au point le par le Groupe des Sept, comité secret dirigé par Pierre Lagaillarde.

Déroulement du coup d'État

Lagaillarde contre Delbecque

Articles détaillés : Groupe des Sept (politique) et Comité de Vigilance.

À Alger, deux factions convoitent le pouvoir mis en ballotage par la vacance prolongée du gouvernement depuis 28 jours. L'avocat et président de l'Association Générale des Étudiants d'Alger, Pierre Lagaillarde (il est âgé de 26 ans et devient par la suite député sans étiquette[5] d'Alger) et ses alliés activistes du Groupe des Sept sont en rivalité avec les partisans gaullistes de Léon Delbecque, conseiller défense nationale et chef du Comité de Vigilance, qui est lui-même en liaison avec Jacques Soustelle.

Prise du bâtiment du Gouvernement Général

Midi : Des voitures équipées de haut-parleurs invitent la population d'Alger à manifester dans le calme.

14 heures : Grève générale en accord avec la décision du Comité de Vigilance. Les magasins sont fermés et les rideaux de fer tirés.

17 heures : Depuis le Plateau des Glières, Lagaillarde vêtu de son uniforme d'officier parachutiste de réserve (dit « tenue léopard »), lance ses troupes à l'assaut du gouvernement général (surnommé "GG", devenu après l'indépendance de l'Algérie le Palais du gouvernement), symbole de l'autorité parisienne en Algérie. Alger est alors la deuxième ville de la République en terme démographique.

Après s'être opposés tout d'abord aux CRS qui font usage de gaz lacrymogène, puis aux troupes de la Circulation Routière (unité logistique de l'armée de terre dont l'uniforme particulier rappelle celui de la police militaire américaine coiffée du célèbre casque « M.P. ») et enfin aux parachutistes qui se refusent à ouvrir le feu sur des compatriotes français, les insurgés incendient la bibliothèque du GG contenant des documents administratifs.

Les insurgés, qui se décrivent comme des « Montagnards » (propos tenus par Massu lui-même), prennent le contrôle du GG.

Après le renversement in absentia du gouverneur socialiste Robert Lacoste jugé trop modéré par les partisans de l'Algérie française, Lacoste quitte Alger pour Paris le 8 mai, un comité de salut public est constitué avec à sa tête des civils et des militaires, européens et arabes.

Comité de salut public

Article détaillé : Comité de salut public (1958).

Depuis le balcon du gouvernement général, le général Massu s'adressa à la foule algérienne amassée au pied du bâtiment par le biais de la lecture d'un télégramme officiel s'adressant au président de la République. Il demandait la mise en œuvre d'un « gouvernement de salut public ». Le lendemain, du même balcon, le général Salan, nommé président du comité, précisa la demande d'un nouveau gouvernement par un sonore « Vive de Gaulle ». Léon Delbecque, membre du RPF puis des Républicains sociaux et fidèle du général de Gaulle, devient vice-président du Comité de salut public. Un autre fidèle du général, Lucien Neuwirth, en fait aussi partie.

Réactions aux événements

Gouvernement Pflimlin

Article détaillé : Gouvernement Pierre Pflimlin.

En réaction l'assemblée vote la constitution du gouvernement Pflimlin pour rétablir l'autorité républicaine.

Opération Résurrection

Article détaillé : Opération Résurrection.

Pour accélérer le calendrier législatif et la nomination du gouvernement de salut public, les putschistes à Alger planifient une opération aéroportée en Corse, c'est-à-dire en métropole, dernier obstacle avant le continent.

Sans effusion de sang, l'opération Résurrection débouche sur la création d'un second comité de salut public. La menace d'une nouvelle opération, cette fois-ci sur le sol hexagonal, et l'imminence d'un putsch sur Paris incitent à la passation de pouvoirs « au plus illustre des Français » par le président René Coty. D'après ses opposants, le général de Gaulle aurait en fait organisé avec ses hommes placés dans les comités de salut public son retour au pouvoir, si besoin par la force, en s'appuyant sur l'armée française en Algérie, avec un parachutage sur Paris dont Massu et Salan auraient fait partie. Ce parachutage aurait ensuite été annulé in extremis, René Coty s'étant résolu à transmettre les pleins pouvoirs à de Gaulle[6].

Sortie de crise

Gouvernement de salut public

Article détaillé : Gouvernement Charles de Gaulle (3).

Devant la menace de prise de pouvoir par l'armée après les coups d'Alger et de Corse, René Coty transmit le pouvoir exécutif à de Gaulle le 1er juin 1958. Dans la foulée celui-ci forma un gouvernement provisoire remplaçant le contesté gouvernement Pierre Pflimlin qui avait cessé d'être deux jours auparavant.

Notes et références

  1. B. Droz et E. Lever, Histoire de la guerre d'Algérie, Seuil, 1982.
  2. Guerre d'Algérie: les prisonniers des djounoud, Yves Sudry, Collection Histoire et perspectives méditerranéennes, Editions L'Harmattan, 2005, p.196
  3. Extrême-droite en France, Volume 1, Ariane Chebel d'Appollonia, Volume 110 de Historiques (Bruxelles), Editions Complexe, 1998, p.114
  4. La révolution du 13 mai: avec les témoignages inédits de ses principaux acteurs, Alain de Sérigny, Plon, 1958, p.56
  5. Assemblée nationale, Base de données des députés français depuis 1789]
  6. Témoignages dans le documentaire "Je vous ai compris", CITEL vidéo, décembre 2010

Voir aussi

Bibliographie

  • La révolution du 13 mai: avec les témoignages inédits de ses principaux acteurs, Alain de Sérigny, Plon, 1958
  • Les 13 complots du 13 mai ou La Délivrance de Gulliver, Merry & Serge Bromberger, Fayard, 1959
  • Le coup d'état du 13 mai: Ils ont pris Alger pour mieux la perdre, Roger Trinquier, L'esprit Nouveau, 1962
  • Les complots d'Ajaccio: Mai 1958, Paul Silvani, Albiana, 2009

Filmographie

Documentaire
Vidéos d'archives INA

Articles connexes

Liens externes