Constructivisme (politique)

Le constructivisme ou rationalisme constructiviste est une attitude politique – définie et dénoncée par des libéraux – qui proclame que les choix publics doivent être guidés par la volonté de construire un certain type de société. Elle s'oppose à l'individualisme qui, selon Friedrich Hayek dans La Route de la servitude, consiste à « reconnaître l'individu comme juge en dernier ressort de ses propres fins, [à] croire que dans la mesure du possible ses propres opinions doivent gouverner ses actes. »[1].

Cette acception du mot constructivisme dans la pensée, entre autres, de Hayek diffère de l'acception épistémologique classique[2].

Théoriciens

La notion de constructivisme se retrouve principalement chez Friedrich Hayek, théoricien de l'ordre spontané, et sert à qualifier tout régime qui affecte à la société entière un but collectif qui serait réalisé par des moyens politiques, en général associés à une conception scientiste, au nécessaire mépris de l'individu qui doit s'y plier. Pour Hayek, il trouve ses origines dans le cartésianisme et dans la pensée de certains philosophes des Lumières qui pensaient pouvoir appréhender les phénomènes sociaux comme les phénomènes physiques[3]. Il fera ultérieurement de l'École Polytechnique la « source de l'orgueil scientiste » qui reproduit ce même schéma.

Il a marqué les tout débuts de la révolution russe, et un écho en est évoqué dans la toute dernière scène du film Le Docteur Jivago. On remarque en particulier que dans les films réalisés à cette période en Russie, il n'est plus question du tout d'aliénation du travailleur par la chaîne de montage. Celui-ci est montré au contraire heureux de ce qu'il produit, et qui a du sens - bien qu'il fasse somme toute la même chose, dans les mêmes conditions, de la même façon et aux mêmes horaires qu'avant la révolution.

Pascal Salin reprend ce vocabulaire de Hayek dans son ouvrage Libéralisme et écrit ainsi :

« L'attitude constructiviste consiste à penser que l'on peut « construire » une société selon ses propres vœux, qu'on peut la conduire comme on le ferait d'une quelconque machine. Or, parmi les constructivistes, on peut distinguer des conservateurs qui souhaitent maintenir la société telle qu'elle est et des réformistes qui souhaitent au contraire la modifier. Il serait par ailleurs erroné de placer nécessairement le conservatisme à droite et de voir des réformistes dans tout socialiste. En effet, dans un système aussi largement collectiviste que le système français, ce sont bien souvent les socialistes qui sont conservateurs, par exemple lorsqu'ils se déclarent en faveur du maintien des avantages acquis, lorsqu'ils luttent pour la défense de la Sécurité sociale ou défendent les services publics à la française. Par opposition, le libéral est, selon les propres termes de Friedrich Hayek, celui qui laisse faire le changement, même si on ne peut pas prévoir où il conduira. Il implique, par conséquent, une confiance dans les capacités des personnes à s'adapter continuellement à des conditions changeantes et toujours imprévisibles. Or, il n'est pas excessif de dire qu'en France, tout au moins dans l'univers politique, pratiquement tout le monde est constructiviste. Selon ses humeurs, ses préjugés, son niveau d'information ou le sens de ses propres intérêts, chacun s'efforcera soit de maintenir ce qui existe, soit au contraire de le modifier d'une manière plus conforme à ses propres souhaits. (...) Il en résulte évidemment une extrême politisation de la vie que traduit fortement le fameux thème du « tout est politique ». Or, rien n'est politique par nature, mais tout le devient dès lors que l'approche constructiviste est dominante[5]. »

Notes et références

  1. Friedrich Hayek, La Route de la servitude, chap. 5, édition Quadrige, p. 49.
  2. Le constructivisme épistémologique se caractérise par exemple volontiers comme anti-cartésien (cf. Edgar Morin) à l'inverse du rationalisme constructiviste décrit par Hayek
  3. Philippe Nemo, La Société de droit selon F. A. Hayek, PUF, 1988, pages 25 et suivantes
  4. Pascal Salin, Libéralisme, Odile Jacob, Paris, 2000, p.25.

Voir aussi

Bibliographie

  • Friedrich Hayek, The Counter-Revolution of Science, 1952, (ISBN 0913966673)
  • Philippe Nemo, La Société de droit selon F. A. Hayek, PUF, 1988, 436 p, (ISBN 2130414974)
  • Laurent Francatel-Prost, Le vocabulaire de Hayek, Ellipses, 2003, (ISBN 272981714X)

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