Comte Julien

Le comte Julien (latin: comes Julianus, espagnol: Don Julián, Conde de Ceuta, arabe: يليان, Īlyan), ou Olbàn était le gouverneur de Ceuta (Septem), dans l'exarchat de Carthage, qui fut l'un des derniers bastions byzantin d'Afrique du nord. Il entretenait des relations d'amitié avec les chefs Wisigoths de la péninsule Ibérique avant de s'allier aux musulmans[1].

Selon les chroniqueurs arabes, Julian a eu un rôle important dans la conquête omeyyade de l'Hispanie, événement clé dans l'histoire de l'islam, dans lequel Al-Andalus tiens une place prépondérante, et dans l'histoire de ce qui devait devenir l'Espagne et le Portugal. Le comte Julien apporté une aide appréciable aux Arabes en leur fournissant des navires permettant le débarquement des forces arabo-berbères placées sous le commandement du commandant berbère Tariq Ibn Ziyad, en avril 711.

L'existence de ce personnage de religion chrétienne, mais d'origine incertaine, très probablement berbère - reste cependant mystérieuse : il semble qu'au moment de la conquête du Maghreb par le wali omeyyade de KairouanMusa ibn Nusair, qui étend ainsi l'autorité du califat de Damas jusqu'au détroit de Gibraltar, Julien était gouverneur de quelques villes de l'extrême sud de l'Andalousie pour le compte des rois wisigoths, et, en Afrique du Nord, de Tanger et de Septem Magna (Ceuta).

Contexte géographique

Le Maghreb, à l'époque romaine, été divisé en 2 grandes régions, la Maurétanie tingitane, et la Maurétanie césarienne. Les habitants de la Maurétanie, étaient des berbères, appelés "Maures", du latin Maurii. Après la chute de l'Empire Romain d'Occident, la gouvernance de la Maurétanie est passée sous le contrôle, toutefois partiel, de Constantinople (Byzance).

Vers le milieu du VIIe siècle, le Comte Julien, était nommé par Constantin IV à Constantinople pour gouverner la région des Ghomaras, en Maurétanie Tingitane : Le Comte Julien est devenu, alors, le gouverneur de ce territoire. Sa capitale était "Ceuta", qui n'est autre que la traduction arabe du nom original "Septem".

Biographie

Origines

Julien est parfois considéré comme un vassal de Rodéric, roi des Wisigoths. Luis García de Valdeavellano note d'autres possibilités, expliquant qu'il était très probablement un berbère de confession chrétienne.

« Nous ne sommes pas certains si il s'agissait d'un Berbère, d'un Wisigoth ou d'un Byzantin; En tant que «comte», il a peut-être été le souverain de la forteresse de Septem, autrefois partie du royaume wisigothique; Ou il a peut-être été un exarque ou un gouverneur au nom de l'Empire byzantin: ou, comme il semble plus probable, il a peut-être été un Berbère qui était le seigneur et le maître de la tribu catholique berbère Ghomaras[2],[3]. »

Retournement d'alliance

Au-delà des légendes qui entourent les circonstances relativement obscures dans lesquelles se déroulent les premiers épisodes de la conquête musulmane de la péninsule Ibérique, plusieurs documents indiquent assez clairement (« au-delà de tout doute raisonnable », selon l'historien espagnol Pedro Chalmeta) que le débarquement des forces arabo-berbères placées sous le commandement de Tariq ibn Ziyad a bénéficié de l'aide d'un chef byzantin, connu dans les sources arabes sous le nom « Youlyân », et dans l'historiographie chrétienne sous celui de « comte Julien ». Certaines sources Arabes de l'époque indiquent clairement que le comte Julien était le gouverneur byzantin de Ceuta. Ceuta et Tanger étant les deux derniers bastions byzantins au Maroc avant l'arrivée des musulmans.

Fidèle vassal des rois Égica (687-700) et Wittiza (702-710), il a pris, après la mort de ce dernier, le parti du prince Agila (« Akhila » pour les Arabes), écarté du trône de Tolède au profit du prétendant Rodéric.

S'étant soumis aux musulmans, qui lui enlèvent Tanger mais laissent momentanément Ceuta sous son gouvernement, Julien a alors pris part aux tractations engagées par Agila avec les Arabes, les incitant à franchir le détroit de Gibraltar pour aller soutenir dans la péninsule les prétentions de ce prince. Julien a notamment apporté une aide appréciable aux Arabes en leur fournissant des navires permettant, en juillet-août 710, le succès du raid de pillage dirigé par Tarif ibn Malik (qui laisse son nom à l'actuelle Tarifa), puis celui, infiniment plus décisif, du débarquement des forces arabo-berbères placées sous le commandement de Tariq ibn Ziyad, en avril 711, débouchant sur la bataille de Guadelete en juillet 711.

Légende

Des sources chrétiennes et arabes expliquent par ailleurs l'attitude de Julien en faisant état de la présence de sa fille, Florinde, à la cour du roi Rodéric à Tolède ; violée par le roi, la jeune fille aurait averti son père de cette humiliation en lui faisant parvenir un œuf pourri; ainsi prévenu, Julien livre la péninsule aux Arabes pour venger l'affront fait à sa fille. Cet épisode est généralement considéré comme légendaire.

Notes et références

  1. (en) Muslim Expansion and Byzantine Collapse in North Africa, Cambridge University Press, (ISBN 9780521196772)
  2. (es) Luis García de Valdeavellano, Historia de España, Alanza,
  3. (en) Juan Goytisolo, Don Julián, The Viking Press, Inc., (ISBN 0-670-24407-4)

Articles connexes