Claude Julien (journaliste)

Claude Julien
Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Formation
Activité
Autres informations
A travaillé pour

Claude Julien, né le à Saint-Rome-de-Cernon (Aveyron) et mort le à Sauveterre-la-Lemance (Tarn-et-Garonne), a été une des grandes figures du quotidien Le Monde et rédacteur en chef, puis directeur, du Monde diplomatique.

Biographie

Résistant, Claude Julien avait créé, à l'âge de 19 ans, à la Libération un journal intitulé Debout[1]. Après des études en sciences politiques à l'Université Notre-Dame, dans l'Indiana (États-Unis), il devint un des journalistes français spécialistes des États-Unis.

Il découvre alors l'Amérique de la ségrégation raciale et des luttes sociales acharnées, mais aussi de l'opulence et des violents contrastes entre riches et pauvres.

De retour en France, il devient journaliste à La Vie catholique illustrée (1949-1951), puis rédacteur en chef de La Dépêche marocaine de Tanger. Il rejoint le service Étranger du Monde en 1951, dont il prend la direction en 1969.

Lors de la révolution cubaine en 1959, Claude Julien, alors envoyé spécial, est enthousiasmé par les événements. Il publie une « série » intitulée Cuba ou la ferveur contagieuse dans Le Monde du 17 au 23 mars 1960, dans laquelle il présente une vision idéalisée du régime, se faisant le relai des chiffres fantaisistes avancés par la version officielle du régime sans aucun recul critique[2].

En réaction à une idée reçue, il écrit en 1968 un livre remarqué L'Empire américain. Ce n'est pas écrit-il parce que les Etats-Unis ne possèdent pas de colonies, qu'ils ne constituent pas un Empire. Leur domination économique, favorisée par des interventions multiformes pour protéger leurs intérêts économiques, desquels ils tirent - du moins pour une majorité de la population - leur très haut niveau de vie. L'auteur mit à jour sa théorie huit ans plus tard avec Le rêve et l'Histoire.

En janvier 1973, il succède à François Honti à la direction du Monde diplomatique, dont il développera considérablement la diffusion et l'audience. Sous sa direction, jusqu'en 1990, la diffusion du journal passera de 50 000 à 150 000 exemplaires et s'imposera par son analyse précoce de la mondialisation, comme un des ferments de la pensée altermondialiste.

Après le renversement du président Allende par le général Pinochet au Chili, il publia en 1974 un article dans l'Encyclopedia Universalis, intitulé « Une expérience socialiste peut-elle réussir dans la légalité ? » Comme réponse, il suggérait que ce type d'expérience ne pouvait réussir que par une mainmise totale du pouvoir sur les rouages de l'appareil d'État (police, justice, armée) ainsi que sur tous les moyens de communication (presse écrite, radio et télévision). Pour cela, une action résolue et rapide dans ce sens, sitôt l'arrivée au pouvoir, en utilisant la réglementation en vigueur, mais en la détournant de son objet initial et en mettant en place une nouvelle législation et en plaçant une équipe nouvelle aux postes-clés.

Élu dans un contexte difficile par la Société des rédacteurs du Monde à la succession de Jacques Fauvet lors de la première élection de ce type en 1981 où étaient candidats Jacques Amalric (ayant atteint le deuxième tour), Jacques Decornoy, et André Fontaine[3],[4], il avait dû se retirer quelques mois plus tard et retourner au Monde diplomatique.

Fondateur des Cercles Condorcet, il présida la Ligue française de l'enseignement et de l'éducation permanente de 1990 à 1998. Il fut membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence, et président du Festival des Francophonies à Limoges.

Extrait d'un livre de Claude Julien sur le journalisme

« A vrai dire, il s'en moque. Énormes sont les moyens mis en œuvre pour conditionner l’opinion publique, et, dans leur immense majorité, ces moyens – à la fois intellectuels et matériels – sont aux mains des hommes du pouvoir, directement ou par relais, administrativement ou par complaisance. Une société peut, dans de telles conditions, se permettre de sacrifier aux rites de la démocratie chaque fois que cela ne porte pas atteinte aux intérêts des puissants, mais ses dirigeants savent bien qu’elle changerait de visage si la démocratie était libérée de ses entraves. Voilà bien le danger. Pour tenter de l'écarter, il faut convaincre le grand public que, en dépit d’incontestables déficiences, la société libérale avancée est quand même plus agréable à vivre que tout autre modèle existant de par le monde. […] »

— Claude Julien dans Le devoir d'irrespect, Alain Moreau, 1979

Ouvrages publiés

Spécialiste de l'Amérique du Nord, Claude Julien a publié plusieurs ouvrages comme :

  • Puissance et faiblesses des syndicats américains, 1955.
  • L'Amérique en révolution, 1956.
  • le Nouveau Nouveau Monde, 1960.
  • La Révolution cubaine, Paris, 1961.
  • Le Canada, dernière chance de l'Europe, 1965.
  • L'Empire américain, Grasset, 1968.
  • Le Suicide des démocraties, Grasset, Paris, 1972.
  • Le Rêve et l'Histoire. Deux siècles d'Amérique, Paris, Grasset, 1976

Et de nombreux autres livres sur les médias comme :

  • Le devoir d'irrespect (1979)

Notes et références

  1. "Décès - Claude Julien", Ignacio Ramonet, Le Monde diplomatique, 12 mai 2005
  2. "Castro a mystifié les intellectuels français", Axel Gyldén, L'Express, 21 octobre 2010
  3. Élection : direction du monde, reportage de Bruno Masure dans le journal télévisé de TF1 le 20 février 1980 ; sur le site de l'INA
  4. Élection : direction du monde, reportage de Jacques Merlino dans le journal télévisé de 20h d'Antenne 2 le 24 février 1980 ; sur le site de l'INA.

Liens externes