Classement académique des universités mondiales par l'université Jiao Tong de Shanghai

Le classement académique des universités mondiales par l'université Jiao Tong de Shanghai ou classement de Shanghai (appellation commune du Academic Ranking of World Universities en anglais) est un classement des principales universités mondiales, établi par des chercheurs de l'université Jiao-tong de Shanghai en Chine.

Ces institutions sont classées selon six critères (voir ci-dessous), notamment le nombre de publications dans les deux revues scientifiques Nature et Science, le nombre de citations de ces articles dans des revues scientifiques référencées, le nombre de prix Nobel et de médailles Fields attribués aux élèves et aux personnels de l'université.

Les créateurs du classement soulignent eux-mêmes certaines de ses limites, notamment un biais en faveur des institutions de grande taille comme le sont celles des pays anglophones, ainsi que les difficultés à définir des indicateurs adéquats pour classer les universités spécialisées dans les sciences sociales[1],[2]. De plus, dans ce classement essentiellement fondé sur la recherche et les publications dans des revues scientifiques spécialisées, aucun critère n'évalue la qualité de l'enseignement, ni le niveau des élèves diplômés, élément paradoxal dans un classement d'institutions dont l'une des deux vocations premières, à côté de la recherche, est l'enseignement et la formation professionnelle d'élèves qui pour la plupart ne se destinent pas à la recherche.

Historique

Le but initial de ce classement était de comparer les universités chinoises avec les meilleures universités mondiales. Pour répondre à la demande du président de l'université Jiao Tong qui souhaitait pouvoir envoyer ses étudiants dans les meilleures universités, le professeur Nian Cai Liu, un chimiste travaillant pour cette université, établit un premier classement en 2003[3]. Faute de moyens et ne disposant que de deux collaborateurs, il va alors au plus simple, ne prenant en compte que des données accessibles par Internet et jugées objectives[3] : le nombre de prix Nobel et médailles Fields (pour les mathématiques), le nombre de chercheurs les plus cités dans leur discipline, le nombre de publications dans les revues scientifiques Nature et Science et le nombre de chercheurs répertoriés dans deux bases de données d'articles scientifiques, l'une sur les sciences humaines, l'autre sur les sciences pures. La publication de ce classement six mois plus tard connaît immédiatement un important écho mondial.

Critères

Les concepteurs du classement ont publié la méthode de calcul en 2005[4]. Elle inclut les critères pondérés suivants:

Critères Indicateurs Pondération
Qualité de l'enseignement Nombre de prix Nobel et de médailles Fields parmi les anciens élèves[N 1] 10 %
Qualité de l'institution Nombre de prix Nobel et de médailles Fields parmi les chercheurs[N 2] 20 %
Nombre de chercheurs les plus cités dans leurs disciplines 20 %
Publications Articles publiés dans Nature et Science pendant les cinq dernières années[N 3] 20 %
Articles indexés dans Science Citation Index, et Arts & Humanities Citation Index[N 4] 20 %
Taille de l'institution Performance académique au regard de la taille de l'institution[N 5] 10 %

Classement mondial des universités

Critiques

En France

Un prix Nobel obtenu par un professeur d'université français peut valoir deux fois moins qu'un Nobel obtenu par un professeur d'université américain ou britannique. En effet, la recherche française s'effectuant en général dans des unités mixtes de recherche qui associent des universitaires au CNRS, le classement Shanghaï attribue 50 % du bénéfice à l'université et 50 % à l'organisme du CNRS[5]. Mais puisque le CNRS et les autres organismes de recherche français n'apparaissent pas dans le classement Shanghaï, cela veut dire que « la moitié du bénéfice du prix ne profite à personne et s'évapore complètement » (Albert Fert[5]). Pour ce qui concerne les 60 % de la note, qui dépendent du décompte d'articles et du nombre de citations, « le principe général est le même que pour les prix. (...) dans le cas de publications d'un laboratoire universitaire associant l'université et un organisme comme le CNRS, à peu près 50 % du bénéfice restera en général à l'université et 50 % s'évaporera en ne profitant à personne[5]. »

Les bases de données utilisées pour l'établissement du classement recensent des revues de toutes les langues. En sciences exactes, les journaux en langue autre que l'anglais ayant à peu près disparu, les revues recensées sont donc très majoritairement publiées en anglais, quel que soit leur pays d'édition (Amérique du nord, Europe, Japon). Parmi celles-ci, Nature et Science bénéficient en sciences exactes d'une notoriété inégalée. En sciences humaines et sociales par contre, la promotion de travaux se fait également lors de conférences ou dans des revues non anglo-saxonnes, et ce pour des raisons multiples (coût, accessibilité, pertinence, impact, etc.). De fait, la publication des travaux de sciences humaines ne se fait donc pas majoritairement en langue anglaise et elle est, à ce titre, moins bien prise en compte par ce classement. De plus, les analyses bibliométriques sont faussées par des biais culturels importants (les Chinois citent des Chinois, etc.)[6].

Philippe Mahrer, directeur du Collège des ingénieurs met en cause ce classement. Selon lui, il n'a qu'une faible notoriété en Chine, même auprès des étudiants, bien que, selon l'ambassade de France en Chine : « [ce classement] trouve en effet un écho important chez les étudiants chinois, pour qui le prestige de l’université est déterminant car il fait partie des critères de recrutement professionnel en Chine. »

Le classement est produit par l'Institut d'enseignement supérieur, institut d'une université consacrée aux sciences dures et à la technologie. De plus, Philippe Mahrer considère qu'il ne tient compte que de critères privilégiant la taille de l'établissement : ainsi, des pays disposant de nombreuses écoles ou universités, d'excellence mais de petite taille, passeraient à côté de ce classement. Enfin, ce classement ignorerait les universités, centres de recherche ou écoles travaillant en réseau comme c'est de plus en plus le cas en Europe[7]. Ce dernier point est tout particulièrement dénoncé (et mis en évidence) par le prix Nobel de physique Albert Fert[5].

Dans un rapport d’avril 2009, J-C. Billaut, D. Bouyssou et Ph. Vincke décortiquent le fonctionnement du classement de Shanghai, avec leur éclairage de spécialistes d’aide multicritère à la décision. Il en ressort une critique très argumentée des critères qui sont utilisés, ainsi que des paradoxes dans la méthode utilisée[8].

De plus, on peut se poser la question de l’influence réelle du classement de Shanghai sur les choix des étudiants, un critère qui devrait pourtant être prioritaire pour évaluer la pertinence d’un tel classement. En effet, le classement de Shanghai est principalement considéré par les administrations, les équipes pédagogiques et les ministères, alors que l’orientation des étudiants, et notamment vers les universités de sciences sociales, prend en compte de nombreux facteurs, souvent personnels. Cette question reste cependant à approfondir[9].

Bien que ce classement soit très contesté, il a des influences directes sur la politique de la recherche en France, étant par exemple l'un des motifs principaux avancés pour la constitution des Pôle de recherche et d'enseignement supérieur (PRES). Valérie Pécresse justifie en effet son influence ainsi : « M. Legendre a rappelé que le classement de Shanghai était certes critiquable mais que puisqu'on ne pouvait changer les indicateurs dont nous n'étions pas maîtres, il valait mieux les retourner en notre faveur. Lorsqu'ils choisissent leur future université, les étudiants américains, australiens, chinois, indiens regardent ce classement. C'est la mondialisation. On ne peut s'en abstraire et nous devons donc gagner des places, ce qui n'est pas contraire à l'exigence d'excellence de l'université française[10]. »

En 2013, lors d’une nouvelle publication du classement, la ministre de l’enseignement supérieur Geneviève Fioraso semblait indiquer un très léger changement de perspective vis-à-vis du classement, tout en lui conservant son importance : « Sans négliger les effets d'image et de visibilité que ces classements produisent, je me concentre plutôt sur la réussite des étudiants, l'introduction de l'anglais pour attirer des étrangers, l'incitation à multiplier les coopérations européennes[11] ».

Notes et références

Notes

  1. Y compris le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel (« prix Nobel d'économie »). Sont pris en compte les élèves ayant obtenu leurs diplômes de bachelor, master et doctorat de l'institution. Un coefficient de 1 est attribué aux promotions de 1991-2000, 0,9 aux promotions de 1981-1990 et ainsi de suite jusqu'à 0,1 pour les diplômes remis entre 1901-1910. Les personnes ayant obtenu plus d'un diplôme dans la même institution ne sont comptabilisées qu'une seule fois. Les prix Nobel de littérature et prix Nobel de la paix sont exclus du barème.
  2. Est pris en compte le nombre de chercheurs travaillant dans l'institution lors de la remise du prix. Une pondération décroissante est appliquée : 1 pour les lauréats de 2001-2004, 0,9 pour les lauréats de 1991-2000, 0,8 pour 1981-1990, et ainsi de suite jusqu'à 0,1 pour les lauréats de 1911-1920. Si un lauréat a plusieurs affiliations, chaque affiliation se voit attribuer le même coefficient. Pour les prix Nobel qui sont partagés, les coefficients sont proportionnels à la part du prix Nobel qu'ils ont obtenu.
  3. Les auteurs coécrivants sont comptabilisés ainsi : 1 pour l'affiliation de l'auteur correspondant, 0,5 pour l'affiliation du premier auteur (deuxième auteur si l'affiliation du premier auteur est la même que l'affiliation de l'auteur correspondant ), 0,25 pour l'affiliation de l'auteur suivant, et 0,1 pour les affiliations des autres auteurs. Seuls les articles ayant fait l'objet d'une publication sont pris en compte. Cet indicateur n'est pas pris en compte pour les institutions de sciences humaines et sciences sociales.
  4. Nombre total d'articles indexés dans Science Citation Index (version de base et augmentée) et Arts & Humanities Citation Index en 2004. Seuls les articles ayant fait l'objet d'une publication sont pris en compte.
  5. La somme pondérée des cinq indicateurs, divisée par le nombre de chercheurs (équivalent temps-plein).

Références

  1. (en) N. C. Liu et Y. Cheng, « Academic Ranking of World Universities – Methodologies and Problems » [PDF], Higher Education in Europe, vol. 30, no 2, (voir archive)
  2. (en) Big is (made) Beautiful : Some comments about the Shanghai ranking of world-class universities - Michel Zitt et Ghislaine Filliatreau, première conférence internationale sur les universités de classe mondiale, Shanghai, juin 2005 [PDF] (voir archive)
  3. a et b Anthony Lattier et François-Xavier Rigaud, « L'homme de Shanghai », Le Point,
  4. (en) Nian Cai Liu, Ying Cheng et Li Liu, « Academic ranking of world universities using scientometrics - A comment to the “Fatal Attraction” », Scientometrics, vol. 64, no 1,‎ , p. 101–109 (ISSN 0138-9130 et 1588-2861, DOI 10.1007/s11192-005-0241-z, lire en ligne)
  5. a, b, c et d Albert Fert (prix Nobel de physique), « Comment le classement de Shanghaï désavantage nos universités », Le Monde,
  6. (en) « Is China really becoming a science and technology superpower? », sur http://namesorts.com/, (consulté le 24 août 2014)
  7. Philippe Mahrer, « Université-Grandes écoles, le vrai poids de la France », Les Échos,
  8. (en) Jean-Charles Billaut, Denis Bouyssou et Philippe Vincke, « Should you believe in the Shanghai ranking ? » [PDF], Rapport interne LI Tours,
  9. (en) Does the Shanghai Academic Ranking Really Matter? French and American Students Respond - Marc Goetzmann, La Jeune Politique, 30 août 2013 (voir archive)
  10. Compte-rendu analytique de la réunion du 11 juillet 2007 - Sénat français
  11. Classement de Shanghaï : un palmarès bousculé par l'Asie - Isabelle Rey-Lefebvre, Le Monde, 15 août 2013

Voir aussi

Article connexe

Liens externes

  • (en) Site officiel
  • (en) (zh) Site officiel de l'université Jiao-tong de Shanghai
  • (mul) Résultats des Classements des Universités - UniversityRankings.ch