Circonstant

En grammaire, un circonstant désigne un constituant syntaxique d'une proposition indépendant de la valence du verbe qui en constitue le noyau. Le terme s'oppose à celui d'actant et a été comme lui introduit par Lucien Tesnière[1].

Caractéristiques syntaxiques

  • Les circonstants peuvent être librement ajoutés ou supprimés sans modifier la structure syntaxique.
  • Contrairement à celui des actants, leur nombre maximal n'est pas défini. Ils peuvent se cumuler dans les limites de leur compatibilité sémantique.
  • Dans les langues comme le français où l'ordre des constituants est relativement contraint car exploité pour l'expression des fonctions syntaxiques, la place des circonstants est typiquement plus libre que celle des actants.
  • Dans les formalismes grammaticaux qui opèrent sur des syntagmes (grammaire de constituants), le circonstant se rattache directement au niveau de la proposition, tandis que l'actant fait partie du groupe verbal[2].

Caractéristiques sémantiques

  • Les circonstants ne sont pas directement impliqués dans le procès (action ou situation) exprimé par le verbe : ils expriment les circonstances dans lequel ils se déroulent[3].

Circonstant et complément circonstanciel

Ainsi défini, le circonstant est comparable au complément circonstanciel de la grammaire traditionnelle. Il existe toutefois une différence notable d'extension. De nombreuses grammaires, par exemple le Bescherelle[4] considèrent indifféremment comme complément circonstanciel le syntagme sous la tente dans les deux phrases suivantes :

  • Paul mange des noix sous la tente.
  • Paul habite sous la tente.

La structure syntaxique de ces deux phrases est pourtant sensiblement différente. Dans la première, le syntagme sous la tente est déplaçable et supprimable ; dans la seconde, il est indispensable dans le second cas pour avoir une phrase bien formée (*Paul habite n'est pas possible) et est plus difficile à déplacer (?Sous la tente, Paul habite et ?Paul sous la tente habite sont difficilement acceptables en discours normal). Dans le premier cas, c'est un circonstant, mais dans le second il s'agit d'un actant particulier appelé « adjet » ou « adstant »[5].

Certaines grammaires qui restent dans un cadre relativement traditionnel font cependant la différence :

  • Maurice Grevisse et André Goosse dans Le Bon Usage préfèrent parler de complément adverbial qu'il subdivisent en complément adverbial non essentiel, avec pour synonyme complément circonstanciel au cas où il est supprimable (donc effectivement un circonstant), et en complément adverbial essentiel dans la situation où il est requis (et donc un actant). L'appellation générique de complément essentiel couvre tous les actants qui sont des compléments, ce qui inclut aussi les différentes sortes de complément d'objet[6].
  • Martin Riegel, Jean-Christophe Pellat et René Rioul dans leur Grammaire méthodique du français font la même restriction quant à l'appellation de complément circonstanciel, et traitent le complément non supprimable comme un complément d'objet indirect[7].

Notes et références

  1. Tesnière 1959, p. 102, 125 et suivantes.
  2. Riegel, Pellat, Rioul 1999, p. 128-129.
  3. Tesnière 1959, p. 102, 125
  4. Nicolas Laurent et Bénédicte Deulaunay, La grammaire pour tous, Hatier, coll. « Bescherelle », 319 p., 20 × cm (ISBN 978-2-218-95200-5, ISSN 0990-3771, OCLC 864441895, notice BnF no FRBNF43512866, lire en ligne).
  5. Le terme d'adjet est le premier à avoir été formé, mais Gilbert Lazard et Denis Creissels ont ensuite suggéré de l'affecter à l'actant correspondant au complément d'objet indirect ou le complément d'objet second (le tiers actant dans la terminologie valencielle de Lucien Tesnière), à la suite de quoi Gilbert Lazard a proposé en remplacement le terme d'adstant. (Feuillet 2006, p. 383)
  6. Maurice Grevisse et André Goosse, Le Bon Usage : Grevisse langue française : grammaire française, Bruxelles & Louvain-la-Neuve, De Boeck ; Duculot, , 14e éd., 1600 p., 26 × cm (ISBN 978-2-8011-1404-9, OCLC 300396558, notice BnF no FRBNF42032693), p. 318-320 & 390-392.
  7. Riegel, Pellat, Rioul 1999, p. 128-129, 140-146 et 223.

Annexes

Articles connexes

Bibliographie

  • Lucien Tesnière (préf. Jean Fourquet), Éléments de syntaxe structurale, Paris, Klincksieck, , XXVI-672 p., 27 cm (OCLC 2673928, notice BnF no FRBNF33190498)
  • Martin Riegel, Jean-Christophe Pellat, René Rioul, Grammaire méthodique du français, 5e éd. mise à jour, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Linguistique nouvelle », , XXIII-646 p., 23 cm (ISBN 2-13-050249-0)
  • Jack Feuillet, Introduction à la typologie linguistique, Paris, Honoré Champion, coll. « Bibliothèque de grammaire et de linguistique » (no 19), , 716 p., 23 cm (ISBN 2-7453-1269-3 et 978-2-7453-3014-7, ISSN 1278-3889, OCLC 300511156, notice BnF no FRBNF40153083, présentation en ligne)