Christianisme en Éthiopie

Prêtre de l'église Yemrehanna Krestos.

Le christianisme en Éthiopie regroupe environ 60 % de la population selon le recensement de 1994[1],[2]. Les membres de l'Église orthodoxe Tewahedo éthiopienne représentent alors 50 % de la population, les autres chrétiens sont surtout protestants, mais aussi membres d'autres églises orthodoxes ou catholiques.

Orthodoxie monophysite

Le christianisme apparaît en Éthiopie au début du IVe siècle avec la conversion du roi Ezana d'Aksoum par Frumentius vers 330[3]. Vers 480, un groupe de moines, les Neuf Saints introduisent le monachisme et le monophysisme, c'est-à-dire le refus des définitions christiques du concile de Chalcédoine (451) et contribuent à la diffusion du christianisme. Ils incitent également à traduire les textes religieux en ge'ez.

L'influence du christianisme orthodoxe est perceptible dans la peinture, la littérature – surtout ge'ez – mais aussi dans les habitudes quotidiennes des Éthiopiens. Au niveau artistique, les églises éthiopiennes sont souvent richement décorées et un art chrétien s'est développé dans le pays. La construction d'églises et de monastères est un moyen d'expression architectural, avec des productions particulièrement remarquables comme les églises rupestres de Lalibela édifiées à partir du XIIe siècle. La littérature ge'ez inclut beaucoup d'œuvres à caractère essentiellement religieux: vies de saints, récits de miracles, etc., mais aussi politique (hagiographies, histoires, etc.).

Les chrétiens orthodoxes d'Éthiopie respectent les interdits alimentaires de l'Ancien testament (les seules viandes autorisées sont celles de bœuf, de chèvre et mouton, et de poulet) et pratiquent un régime strict sans produit animal (viande, produits laitiers, œufs… parfois poisson) les mercredis et vendredis ainsi que pendant les nombreuses périodes de jeûne (jusqu'à 180 jours par an) ; les restaurants ne proposent souvent pas de viande ces jours-là. Par ailleurs, ils ne mangent normalement que de la viande issue d'animaux abattus selon le rite orthodoxe. La société éthiopienne étant très marquée par le christianisme, les caricatures religieuses ou insultes à l'encontre de personnages bibliques peuvent être mal perçues.

L'orthodoxie monophysite est restée la religion officielle de l'Éthiopie jusqu'à la révolution de 1974, et l'instauration d'un État laïc.

Autres christianismes

Au XVIe siècle, des missionnaires jésuites tentent de convertir les élites, mais ils sont expulsés du pays en 1633 par le negus Fasiladas[4]. En 1854, un missionnaire catholique, Mgr de Jacobis, est encore expulsé du pays. Cependant, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, des catholiques s'installent à nouveau à proximité des colonies européennes, française (le territoire d'Obock devenu la Côte française des Somalis) et italienne (Érythrée) qui se développent sur le littoral de la mer Rouge. Dans l'est du pays au Hararghe, un missionnaire catholique comme monseigneur Jarosseau a intégré l'entourage de dignitaires éthiopiens comme le ras Makonnen et son fils, Tafari, futur empereur Haïlé Sellassié Ier. On trouve une cathédrale à Addis-Abeba dès le début du XXe siècle.

Depuis le XXe siècle, et en particulier après la Seconde Guerre mondiale, de nombreux missionnaires protestants sont venus dans le pays. Les relations sont parfois difficiles, en particulier car les protestants ne reconnaissent pas les saints qui tiennent une place centrale dans la pratique des orthodoxes. Toutefois, les protestants étaient bien vus après 1941, car ils étaient assimilés aux libérateurs britanniques. Dans un souci de diplomatie, et de reconnaissance, l'empereur Haïlé Sellassié Ier accepta l'implantation de missions protestantes, britanniques et américaines.

La religion catholique est assimilée aux Italiens qui ont occupé le pays entre 1935 et 1941, et au régime fasciste responsable de massacre de civils, comme celui ordonné par Graziani en 1937, ou l'exécution de prêtres orthodoxes, comme abune Petros. Pour les dignitaires éthiopiens, l'Église catholique a fermé les yeux sur les exactions commises pendant cette période. Les Éthiopiens attendent un pardon du Vatican[réf. nécessaire].

Situation rare dans le monde, ce sont surtout des musulmans qui se convertissent à la religion chrétienne protestante. Les orthodoxes, plus conservateurs, sont attachés à leurs racines. Les musulmans qui deviennent protestants viennent surtout d'ethnies converties à l'islam entre le XVIIe et le XXe siècle, généralement issues des hauts plateaux, situation commune par exemple aux Tigrés, où le protestantisme n'existait pas avant 1941. Dans l'Est, où l'islam est implanté depuis plus longtemps, le phénomène est beaucoup plus rare, voire inexistant, car du fait de son histoire, la culture musulmane y est plus ancrée. Aussi, de nombreux Falashas, Juifs éthiopiens, non reconnus par Israël deviennent protestants.[réf. nécessaire]

Notes et références

  1. Alain Gascon, « Éthiopie : la croix contre la croix. Fédéralisme et prosélytisme des Églises penté », Hérodote, vol. 119,‎ , p. 95-109 (lire en ligne)
  2. « Chiffres du recensement en Éthiopie » [PDF], (consulté le 23 novembre 2015)
  3. Michel Rouche, Les Origines du christianisme : 30-451, Hachette, , p. 140
  4. Pennec (Hervé), 2003.

Bibliographie

  • Hervé Pennec, Des jésuites au royaume du prêtre Jean (Éthiopie), Paris, Centre culturel Calouste Gulbenkian, 2003, 372 p.
  • (fr) Mathurin Veyssière de Lacroze, João Bermudez, Histoire du christianisme d'Éthiopie et d'Arménie, Vve Le Vier et P. Paupie, 1739, (ASIN B001BMUX7G), voir sur Google livres sur Google Livres.

Articles connexes